y. Luc, xvm
prière perpétuelle ne consiste pas en une perpétuelle lension de l'esprit qui ne ferait qu'épuiser les forces et dont on m^ viendrait peut-être pas à bout. Cette prière perpétuelle se fait lorsque, ayant prié à ses heures, on recueille de sa prière et de sa lecture quelque vérité ou quelque mot que l'on conserve dans son cœur^ et qu'on rappelle sans effort de temps en temps ; en se tenant le plus qu'on peut dans un état de dépendance envers Dieu, en lui exposant son besoin ; c'est-à-dire, en l'y remettant deyant les yeux sans rien dire. Alors^ comme la terre, entr'ouverte et desséchée, semble demander la pluie, seulement en exposant au ciel sa sécheresse ;^ainsi l'âme en exposant ses besoins à Dieu. Et c'est ce que dit David : cv Mon âme, ô Seigneur, est devant vous comme une K terre desséchée. » Seigneur, je n'ai pas besoin de vous prier; mon besoin vous prie; mon indigence vous prie; ma nécessité vous prie. Tant que cette disposition dure, on prie sans prier ; tant qu'an demeure attentif à éviter ce qui nous met en péril, on prie sans prier: et Dieu entend ce langage. » (Bossuet. Méditations sur l'Evangile. Sermon sur la montagne. 41" jour.)
Quant à l'exercice même de la prière explicite et formelle, il faut le prolonger aussi longtemps qu'il excite la dévotion, il faut l'interrompre quand il engendre l'ennui et la lassitude! C'est pourquoi les solitaires de l'Egypte priaient souvent, mais brièvement. « Conveniens est ut oratio tantum duret quantum est utile ad excilandum interioris desiderii fervorem. Ciini vero hanc mensuram evced.it ita quod sine tœdio durare non possit, non est ulterias oratio protendenda. » (Saint Thomas, II* ll'^ , q. Lxxxiii, art. 14.)
NOTE A, p. 135.
Prier par Jésus- Christ. — «Il faut apprendre à demander par Jésus-Christ. Demander par Jésus-Christ, c'est demander ce qu'il commande ; c'est demander sa gloire: c'est interposer le nom du Sauveur ; c'est mettre sa confiance en ses bontés, et aux mérites infinis de son sang.... En demandant en un tel nom, auquel le Père
ne peut rien refuser, on est assuré d'obtenir ; car Jésus- Christ l'a promis; et douter c'est faire Jésus-Christ menteur. )) (BossuET, loc. cit., 44«jour. )
(( C'est là véritablement ce qui s'appelle prier Jésus- '^hrist et en Jésus-Christ, que de s'unir en esprit avec Jésus-Christ priant, et s'unir, autant qu'on peut, à tout l'effet de cette prière. Or l'eflet de cette prière c'est qu'étant unis à Jésus-Christ Dieu et homme, et par lui à Dieu son Père, nous nous unissons en eux avec tous les fidèles, et avec tous les hommes, pour n'être plus, autant qu'il est en nous, qu'une même âme et un môme cœur. Pour accomplir cet ouvrage d'unité, nous ne devons plus nous regarder qu'en Jésus-Christ : et nous devons croire qu'il ne tombe pas sur nous la moindre lumière de la foi, la moindre étincelle de l'amour de Dieu, qu'elle ne soit tirée de l'amour de Dieu, qu'elle ne soit tirée de l'amour immense que le Père éternel a pour son Fils; à cause que ce même Fils, notre Sauveur, étant en nous, l'amour dont le Père l'aime l'étend aussi sur nous par une effusion de sa bonté : car c'est à quoi aboutit toute la prière de Jésus-Christ. » (Bossuet. Ibid. La Cène. Seconde partie, 73^ Jour.)
NOTE 5, p. 139.
le Saint-Esprit dans la prière. « L'Esprit aide notre faiblesse : car nous ne savons pas que demander en priant; mais l'Esprit lui-même demande pour nous avec des gémissements inénarrables.
« Or celui qui scrute les cœurs sait ce que désire l'Esprit-Saint : car il demande pour les saints ce qui est selon Dieu. » Ainsi s'exprime saint Paul [Romains, ch. VIII, 26-27.)
D'après saint Augustin, il ne faut pas entendre ce passage en ce sens que le Saint-Esprit demande, interpelle, gémit lui-même, mais en ce sens qu'il nous inspire de demander ce qu'il faut, d'interpeller et de gémir comme il faut. Bien que cette inspiration soit une œuvre ad extra, et par conséquent commune à toute la Trinité, elle est spécialcmentattribuée au Saint-Esprit, quireçoit du Père et du Fils la mission d'enseigner aux hommes à
prier. (Cf. saint Augutin, ep. 130, ch. xv. In Joan. Evang. Tract. MI, n. 2).
Les hérétiques abusaient de ce passage de l'Apôtre pour soutenir que le Saint Esprit n'est pas Dieu; c'est pourquoi il est nécessaire de l'expliquer.
Saint Thomas, à son tour, commente ces deux versets de saint Paul... Nous savons, dit-il en substance, ce qu'il faut demander en général, nous ne savons pas ce qu'il faut demander en particulier. Par exemple, nous pouvons nous tromper en demandant la grâce d'accomplir un acte de vertu qui,excellenten soi, ne conviendra pas à tel ou tel. Ainsi à l'homme tenu de mener la vie active, le repos de la contemplation ne saurait toujours convenir. Le désir des biens nécessaires à l'entretien de la vie est légitime en soi, mais si Dieu nous accordait en cette matière ce que nous désirons, ses dons souvent seraieat pour nous nuisibles. De même, la délivrance de la tentation, si Dieu nous exauçait, pourrait nourrir notre orgueil, tandis que la tentation même entretient notre humilité.
Nous ne savons pas non plus d'une manière parfaite comment il faut demander, car nous ne pénétrons pas à fond les motifs qui nous font agir. Combien croient agir par zèle de la justice, qui ne sont poussés que par la rancune.
Saint Thomas, à la suite de saint Augustin, affirme contre Arius et Macédonius, que les gémissements n'ont point de place dans la vie du Saint-Esprit. Il nous fait demander, interpeller et gémir. Il nous fait demander, car il cause en nous de bons désirs, des désirs qui, sous sa direction, ne peuvent que nous être utiles. Il nous fait gémir, car il nous fait soupirer après les biens célestes et pleurer sur la prolongation de notre exil. Il nous, fait gémir d'une façon ineffable, car nos gémissements concernentla patrie céleste doutThomme ne peut parler comme il faut, ou bien parce que les mouvements que le Saint-Esprit imprime à notre cœur sont mystérieux et ne sauraientêtre peints par l'homme. Il nous fait demander ce qui est selon Dieu, c'est-à-dire ce qui est conforme au bon plaisir de Dieu. (Cf. s. Thomas, in Ep. ad Rom., ch. viii, lec. 5.)
NOTE 1, p. 150.
Le P. Lagrange [Etudes sur les Religions sémitiques j dit : « Le sacrifice se trouve dans toutes les religions, et dès les origines, autant du moins que nous pouvons les atteindre » (p. 244). Renan [Histoire du peuple d'hraël, p. 52), cité par le P. Lagrange^ constate le même fait, en l'interprétant suivant son esprit et sa méthode. Voici ses paroles : « Le sacrifice est l'erreur la plus vieille, la plus grave, la plus difficile à déraciner parmi celles que nous a léguées l'état de folie que l'humanité traversa en ses premiers âges. «
Ce fait, avons-nous dit, suppose une loi primordiale de notre nature. Cependant, l'idée du sacritice n'est pas de ces idées premières que la loi naturelle nous impose sans que nous ayons, si je puis ainsi m'exprimer, la faculté de réfléchir ou de raisonner. La loi du sacrifice appartient à l'ordre naturel, parcequ'elle nous est dictée lion seulement par la religi(\n révélée, mais d'abord par la raison. Cependant, la nécessité d'offrir à Dieu des sacrifices, ne nous apparaît pas immédiatement comme la nécessité de nous vêtir; elle découle d'un certain nombre de vérités que nous pouvons connaître par nos propres forces, par exemple, l'existence d'un être souverain à qui rien n'échappe de notre vie et qui, en tout, est notre bienfaiteur.
Lors donc que saint Thomas range le sacrifice parmi les institutions de droit naturel, il enseigne que la raison nous obligerait à offrir à Dieu des victimes, même si la loi divine et la loi positive ne nous y contraignaient pas.
Remarquons encore que la loi naturelle nous oblige à offrir des victimes, elle ne détermine pas la nature des victimes, ni des sacrifices. Cette détermination appartient à la loi positive, divine ou humaine. « Determiiiatio sncrificiorum est ex instiiuiione humana vel dity/na ». Saint Thomas, 11^ 11^, q. lxxxv, art. 1, corp. et ad 1""". (Cf. Cajetan, ibid.)
NOTE % p, ISl.
Les satanistes voulaient qu'on offrît des sacrifices au démon pour se le concilier. Leur idolâtrie avait été condamnée par Jésus-Christ lui-même, lorsque le démon lui proposant de l'adorer^ le Maître lui répondit: «Arrière, Satan. Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu n'adoreras que Lui. >»
Offrir une adoration ou un sacrifice à une créature, c'est tomber dans l'idolâtrie. Or, pn soi, l'idolâtrie est le plus grave des péchés, car par l'idolâtrie nous rendons à une créature l'honneur qui n'appartient qu'à Dieu, et, autant que nous le pouvons, nous faisons, suivant l'express'ion hardie de saint Thomas, un autre Dieu à côté de Dieu dont nous diminuons ainsi la suprématie. a Quantum in se est, facit alium Deuni in mundo, minue'ns principatum divinum ». IV IL^, q. xciv, art. 3.
Les protestants s'acharnent à dire que dans le catholicisme nous adorons la Vierge et les Saints. Pourquoi ne lisent-ils pas les documents officiels et les textes des Conciles où l'Eglise explique sa foi?
Nous rendons à Dieu seul et au Christ, Fils de Dieu, un culte de latrie qui comporte l'adoration et le sacrifice. En adorant Dieu et en lui offrant des sacrifices, nous proclamons qu'il est par Lui-même la perfection infinie, le Principe premier, la Providence et la Fin dernière de tous les êtres. Nous n'accordons ces titres à personne. A la sainte Vierge, nous rendons un culte àliyperdulie, c'est-à-dire que dans nos hommages nous la plaçons au-dessus de tous les anges et de tons les saints. Aux saints, nous rendons un culte de dulie. Le culte de latrie est donc l'honneur qui n'est dii qu'à Dieu ; le culte de dulie est l'honneur dû aux créatures, ïhyperdulie est l'honneur dû à la plus parfaite des créatures, la sainte Vierge. Le culte de latrie diffère complètement et spécifiquement des deux autres. .
Le Concile de Trente dit à propos du sacrifice qui appartient au culte de latrie : a Quoique l'Eglise ait coutume de célébrer quelquefois des messes en l'honneur et en mémoire des saints, elle n'enseigne pour
tant pas que le sacrifice leur soit offert, mais bien à Dieu seul qui les a couronnés. Aussi le prêtre ne dit-il pas : Pierre ou Paul, je vous offre ce sacrifice, mais rendant grâce à Dieu de leur victoire, il implore leur protection, afin que pendant que nous faisons mémoire d'eux sur la terre, ils daignent intercéder pour nous dans le ciel. » (Sess. 22, ch. 3.)
NOTE 3, p. 153.
Le sacrifice avait certainement cette signification dans l'ancienne loi, il l'a certainement conservée dans la nouvelle. Mais quelle idée les peuples étrangers au Judaïsme et au Christianisme ont-ils conservée du sacrifice? Il est difficile de le savoir pour le passé. — « Pourquoi, dit le P. Lagrange [loc. cit., p. 244), le sacrifice a-t-il paru si nécessaire et si efficace ? C'est une grave question qui divise les esprits. » L'idée juste et primitive du sacrifice, à mesure que s'altérait l'idée de Dieu, s'altérait elle-même. Il est permis de le croire, sous les rites qui semblaient avoir pour unique but d'apaiser des dieux irrités, se cachait la volonté de rendre hommage au Souverain de l'univers, comme se cachait, à quelque degré, sous les aberrations du polythéisme, un reste de monothéisme.
NOTE 4, p. 155.
Dans le christianisme, tout le pouvoir du prêtre sur les fidèles découle de son pouvoir sur le corps de Jésus- Christ. Avant tout l'on est prêtre dans le christianisme parce que, chaque jour^ l'on immole la sainte victime. C'est là, par excellence, l'acte du sacerdoce, l'acte auquel se rapporte tout notre ministère. C'est pourquoi, dans l'Eglise^ le prêtre conscient de sa dignité attache tant d'importance à la célébration de la sainte Messe.
Il faut entendre d'une façon large ce que nous disons du prêtre comme sacrificateur. Dans le Nouveau Testa-
ment le prêtre, et, le prêtre seul, a le droit d'immoler la victime. Dans l'Aucien Testament, non seulement les lévites, mais les particuliers pouvaient égorger les animaux destinés à l'autel de Jéhovah. (Cf. Lesètre. Dictionnaire de la Bible. Sacrifice.)
NOTE 5, p. 157.
Le Concile de Trente s'exprime en ces termes sur le sacerdoce de la nouvelle loi : « Le sacrifice et le sacerdoce sont tellement joints et liés ensemble, par la disposition et l'établissement de Dieu, que l'un et l'autre se sont rencontrés danstoutes les lois. Comme donc^ dans le Nouveau Testament l'Eglise catholique a reçu, de l'institution de Notre-Seigneur, le sacrifice visible de la sainte Eucharistie, aussi l'aut-il reconnaître que, dans la même Eglise, il y a un nouveau sacerdoce, visible et extérieur, dans lequel l'ancien a été transféré : et les saintes Lettres font voir, comme la tradition de l'Eglise catholique l'a aussi toujours enseigné, que ce sacerdoce a été institué par notre même Seigneur et Sauveur; et qu'il a donné aux apôtres et à leurs successeurs, dans le sacerdoce, la puissance de consacrer, offrir et administrer son corps et son sang : ainsi que de remettre et de retenir les péchés. » (XXllI'' Session^ ch. i.)
« Si quelqu'un dit que dans le Nouveau Testament il n'y a point de sacerdoce visible et extérieur, ou qu'il n'y a point une certaine puissance de consacrer et d'offrir le vrai corps et le vrai sang de Notre-Seigneur, et de remettre et de retenir les péchés, mais que tout se réduit à la commission de prêcher l'Evangile ; ou bien que ceux qui ne prêchent pas, ne sont aucunement prêtres : qu'il soit anathème ». (lùid. Can. L)
NOTE 6, p. i59.
Plus haut nous avons parlé des sacrifices privés, mais dans le christianisme le sacrifice de l'Eucharistie est
aussi public que possible, car il est offert au nom de toute la société chrétienne. Il est facile de s'en rendre compte en suivant les prières de la sainte Messe.
NOTE 7, p. 1G3.
Le travail de destruction est essentiel au sacrifice. On le trouve dans toutes les religions. « En fait, dit le P. Lagrange, il (le sacrifice) consiste toujours en une immolation, variant selon la matière offerte, car si l'objet n'est pas animé, il n'y a lieu qu'à une simple destruction. » (Op. cit., p. 244.)
NOTE 8, p. J64.
On répète parmi les rationalistes contemporains que le sacrifice a pour but d'apaiser la Divinité, mais ce but du sacrifice en suppose un autre qui est fondamental, à savoir la volonté d'affirmer la souveraineté absolue de Dieu et notre totale dépendance vis-à-vis de lui. Saint Thomas l'enseigne continuellement. La religion, dont le sacrifice est l'acte le plus auguste et le plus significatif, nous amène à reconnaître l'autorité de Celui qui a tiré les êtres du néant. D'autre part, lorsque le sacrifice a un caractère expiatoire, l'on y remarque un autre élément capital : la substitution. La victime, en mourant, empêche les coupables de mourir. Cetle idée apparut chez les Hébreux, elle apparaît aussi très nettement chez les païens. D'après Ovide [East., vi, 158-161) la nymphe Grana pour sauver le jeune enfant Proca, menacé par les oiseaux delà nuit, offre à ceux-ci les entrailles d'une truie de deux mois avec cette prière : « Oiseaux de la nuit, ne touchez pas aux entrailles de l'enfant : au lieu de ce petit, une petite victime est immolée. Recevez, je vous prier, cœur pour cœur, fibres pour fibres : nous vous offrons cette vie à la place d'une meilleure. » (Cf. Lesêtre, Dictionnaire de ta Bible, Sacrifice, col. 1315.)
Le christianisme nous montre Jésus-Christ s'immolant et mourant afin de nous arracher à la mort éternelle.
NOTE 9, p, 167.
Dans la loi ancienne, celui qui offrait un sacrifice imposait les mains à la victime^ celle-ci recevait une sorte d'onction et une sorte de pouvoir, le pouvoir de représenter ceux qui l'immolaient. Bien que je ne trouve cette idée nulle part, je pense qu'en analysant les cérémonies du judaïsme on découvrirait en cette onction et en ce pouvoir quelque chose de l'onction et du pouvoir propres aux rois. (Cf. Lesèïre, Dictionnaire de la Bible^ Impositions des mains.) •
On couronnait aussi les victimes. (Cf. Lesktre, Dictionnaire de la. Bible, Couronne, col. 1084.) Voulait-on simplement, en les couronnant, les rendre plus belles et plus agréables à la Divinité?
Voulait-on leur conférer une sorte de royauté afin qu'elles pussent représenter le peuple à la place duquel on les immolait? On arriverait peut-être à élucider ce problème, en étudiant de plus près les auteurs qui, comme Hérodote, Lucien, Diodore do Sicile, Ovide, etc., mentionnent les couronnes déposées sur la tête des victimes. (Cf. Lesêtre, Couronne, loc. cit.)
Quoi qu'il en soit, Notre-Seii^neur, en devenant victime sauve le monde parce qu'il est roi, parce qu'en qualité de chef de l'humanité, il nous porte tous dans ses flancs sacrés. Il goûte la mort pour tous parce que tous sont en lui comme les sujets dans leur roi.
Il est vrai, d'ailleurs, qu'en se sacrifiant Jésus acquiert un nouveau titre à la royauté, mais il était roi avant d'être victime, il adore et il expie pour tous parce qu'il est roi de tous.
Lettre de Son Eminence le Cardinal Gasparri, Secrétaire d'Etat, a l'auteur