C. XIV
NOTE 6, p. 61.
Certains modernistes ont réclamé contre le culte extérieur et demandé qu'on diminue le nombre etqu'on eippêche l'accroissement des dévotions où il se manifeste. D'autres, au contraire, aiment les cérémonies dont ils admirent le symbolisme. (Cf. Pascendi, loc. cit., n" 106.) Les protestants libéraux en arrivent à rejeter tout culte extérieuret toute société religieuse extérieure. (Cf. Pascendi, loc. cit., n" G5.)
c< Si l'essence du christianisme, dit M. Loisy, est telle que l'a définie M. Harnack, ce christianisme pur exclut
tout culte extérieur. Cas singulier d'une religion qui semblerait faite pourdes légions angéliques,dont chaque individu constituerait une espèce, et non pour des hommes destinés à vivre ensemble sur laterre.»//'^ iv7jigile et V Eglise, p. 177.) a L'idée que les théologiens protestants se font volontiers du culte en esprit n'est pas plus rationnelle qu'évangélique, dit encore M. Loisy. Il est impossible de réunir les hommes dans un culte purement intérieur, et l'on essaierait vainement d'imposer un tel culte à l'être humain^ qu'on ne peut dépouiller de sa condition physique, et qui ne peut être pensant sans être entendant et parlant. Sa vie religieuse ne peut pas davantage être indépendante de tout élément sensible, qui l'aide à prendre conscience d'elle-même, à se définir et à s'affirmer. Jésus le premier a donné à ses disciples une formule de prières; il a observé les pratiques du culte juif; il n'a jamais recommandé aux siens un culte sans pratiques extérieures; il n'a jamais eu l'intention d'instituerun tel culte. La parole du Christ Johannique sur le culte « en esprit et en vérité» (1) n'oppose pas un culte purement intérieur à un culte extérieur; mais le culte qu'on peut dire inspiré, spiritualisé, le culte chrétien que connaît l'évangélistc et qui est animé par l'esprit donné aux croyants, culte qui peut s'accomplir en tout lieu, est substitué au culte localisé à Jérusalem ou sur le mont Garizim. » (L'Evangile et VEglise, p. 213-214.) Dans son commentaire sur le chapitre quatrième de saint Jean (p. 357-358), M. Loisy condamne l'interprétation des protestants en ce qui concerne le culte en esprit, a Est-il nécessaire d'observer que Jésus déclare abrogée, dit-il, la localisation obligatoire du culte public à Jérusalem, et qu'il ne rejette pas pour autant la légitimité de tout symbole, de tout culte extérieur et public en un lieu quelconque, si cette manifestation n'est que l'expression régulière du culte en esprit. » Enfin, M. Loisy constate que les protestants les plus radicalement opposés au culte extérieur reconnaissent l'heureuse influence de ce culte et que leur religion subsiste pour ce qu'ils en ont gardé. Voici les
{\) Jean, iv, 23-24.
paroles de M. Loisy :<( M. Harnack lui-même reconnaît (1) que les dévolions au Sacré Cœur, à la Sainte Vierge, et autres semblables, sont devenues, dans l'Eglise catholique, une source de bénédictions et un moyen d'arriver au Dieu bon. » {L'Evangile et VEglise, p. 23^.) Plus loin (p. 233.) M. Loisy ajoute : « Le protestantisme lui-même ne subsiste-t-il pas, comme religion, par ce qu'il a retenu d'organisation ecclésiastique, d'enseignement officiel et de culte confessionnel?» M. Loisy d'ailleurs professe sur l'origine et sur l'action des sacrements, comme sur révolution du culte, des idées que Pie X a condamnées. (Cf. L'Evangile et l'Eglise, p. 177-234; Simples réflexions sur le déci'et du Saint Office Lamentabili sane exitu et sur l'Encyclique Pascendi Dominici gregis, p. 84, xl.)
Chose curieuse! Les sectes maçonniques qui interdisent aux chrétiens d'affirmer leur foi par des cérémonies extérieures se livrent à des manifestations où elles singent nos fêtes. Sans parler des rites observés dans les loges et qui sont d'une liturgie si bizarre, si ridicule, on peut assister, particulièrement en Italie, à des processions où le culte maçonnique essaie d'égaler en splendeur le culte catholique. A Rome, en 1918, je me suis trouvé par hasard sur le passage d'un cortège immense où toutes les loges étaient représentées et où leurs divers insignes étaient déployés autour d'un cercueil.
En vertu de quel principe, dans la capitale de la chrétienté^ refuse-t-on aux fidèles l'exercice du droit qu'on accorde aux francs-maçons?
(1) Dogmengeschichte , m, 670, n. 3.
NOTE 1, p. 69.
Au cours de cette conférence^ nous donnons au culte social le nom de culte pitblic.Pav culte social nous entendons les actes religieux d'un peuple^ d'une nation où l'on voit s'unir les titulaires du pouvoir et leurs sujets pour rendre à Dieu les hommages qui lui sont dus etpour les lui rendre au nom de cette personnalité morale qui s'appelle la société.
On pourrait appeler culte public aussi le culte offert à Dieu par le représentant religieux du peuple qui est le prêtre. Le prêtre, en effet, qui offre le saint sacrifice s'acquitte auprès de Dieu d'une fonction publique. Dans notre conférence nous avons voulu établir la nécessité pour l'Etat de professer ouvertement la vraie religion. Qu'on le remarque, les protestants sont logiques lorsqu'ils suppriment le culte public, puisque d'après leur doctrine la religion est affaire privée. Ils sont encore logiques lorsqu'ils abolissent le sacerdoce, car ils enseignent que tout homme est prêtre pour son propre compte, et puisque, par ailleurs, tout acte du ministère sacerdotal a les caractères d'un culte public.
Qu'on le remarque aussi, le culte public ne se confond pas avec le culte extérieur, le culte privé ne se confond pas avec le culte secret. Le prêtre, qu'il dise la messe devant les fidèles ou en son particulier, accomplit un acte de culte public. Il en est de même du roi qui, loin de tout regard, consacre à Dieu son royaume. Au contraire l'individu qui récite une prière à haute voix devant une foule accomplit un acte de culte privé.
NOTE % p. 70.
Chez les Juifs, le culte avait un caractère solennelle ment social. Les chefs du peuple et le peuple prenaient
part aux fêtes religieuses, et continuellement les juges ou les rois demandaient à Jéhovah pour tout Israël le pardon, la victoire, la bénédiction, et pour tout Israël offraient des actions de grâces et des adorations. En Egypte, à Babylone, àNinive, chez les Perses, chez les Grecs et les Romains^ le culte était officiel et public.
NOTE 3, p. 71.
Les Dominicains de la province de Toulouseont fondé au Brésil une mission dont ont parlé les Nouvelles Religieuses du 15 mars 1919, p. 189-192. Les Indiens qu'ils évangélisent, Karajas, Kayapas, Cherentes, Tapirapès et autres ne semblaient pas, quand nos Pères parurent, avoir la moindre notion d'un Etre supérieur. Il en est ainsi de quelques races qui ne sont pas des races primitives, mais des races dégénérées physiquement, intellectuellement et moralement. Mais, sans compter que ces rares exceptions n'infirmeraient nullement la règle que nous avons rappelée, il est permis de croire que, devant les étrangers, ces peuplades barbares réussissent à cacher leurs croyances. « Ce n'est pas seulement en Grèce, dit le P. Lagrange, que ce sentiment religieux plus ou moins parfait a éclaté, plus ou moins spontanément. Les anthropologistes modernes l'ont retrouvé parmi les peuples les plus grossiers. Même, d'après Lang, il se trouve bien plutôt chez les sauvages qui n'ont aucun rudiment de civilisation que chez les demibarbares ou chez les barbares. Si on a exprimé là-dessus des doutes, c'est que l'enquête n'avait pas été assez approfondie et que les meilleures croyances sont conservées dans des mystères auxquels les étrangers sont difficilement admis. » (Etudes sur les religions sémitiques, p. 22.)
NOTE 4, p. 73.
Léon XIII [Immortale Dei, édit. de la Bonne Presse, Lettres apost. de Léon XIII, t. II, p. 21-22) développe
cette idée en ces termes: « Si la nature et la raison imposent à chacun l'obligalion d'honorer Dieu d'un culte saint et sacré, parce que nous dépendons de sa puissance et que, issus de lui, nous devons retourner à lui, elles astreignent à la même loi la société civile. Les hommes, en effet, unis par les liens d'une société commune, ne dépendent pas moins de Dieu que pris isolément; autant du m.oins que l'individu, lu société doit rendre grâces à Dieu dont elle tient l'existence, la conservation et la multitude innombrable de ses biens. C'est pourquoi, de même qu'il n'est permis à personne de négliger ses devoirs envers Dieu, et que le plus grand de tous les devoirs est d'embrasser d'esprit et de cœur la religion... ainsi les sociétés politiques ne peuvent sans crime se conduire comme si Dieu n'existait en aucune façon, ou se passer de la religion comme étrangère ou inutile. » Qui ne comprendrait la profondeur de ce raisonnement? Qui ne voit que les motifs invoqués pour supprimer le culte social et public aboutissent fatalement à la suppression du culte privé?
NOTE 5, p. 74.
Saint Thomas se plaît à développer cette belle pensée que. dans son royaume, le roi doit être ce que l'âme est dans le corps, et imiter dans son gouvernement le gouvernement même de Dieu dans le monde. « Hoc igitur offidum rex suscepisse cognoscat, ut sit in regno sicut in corpore anima, et sicul Deus inmundo. [De lieginiine Principum^ lib. I, cap. 12.) Le saint docteur s'explique et montre comment l'on trouve entre l'action de Dieu gouvernant le monde et l'âme gouvernant son corps une frappante analogie. Il montre ensuite comment le roi apprendra ce qu'il doit faire dans son royaume en contemplant l'action de l'âme dans le corps et l'action de Dieu dans le monde. (Cf. De Regimine Principmn, lib. I, cap. 12-15.) A quel heureux état n'aboutirions-nous pas si les dépositaires de l'autorité essayaient d'atteindre cet idéal I
NOTE 6, p, 78.
Liberté des cultes, — Neutralité. — Athéisme d'Etat,
Dans son Eacyclique Immortale Dei [loc. cit., p. 23), Léon XIII affirme avec énergie la nécessité pour la société ce d'embrasser d'esprit et de cœur la religion, non pas celle que chacun préfère, mais celle que Dieu a prescrite et que des preuves certaines et indubitables établissent comme la seule vraie entre toutes. » Ainsi, il n'est pas plus permis à la société qu'aux individus d'almettre n'importe quelle religion « selon leur bon plaisir ». Léon XIII développe sa doctrine dans l'Encyclique Libevtas prœstantissimiim (édit. de la Bonne Presse, citée plus haut, t. II, p. 193 et suiv.) : a Et d'abord, dit-il à propos des individus, examinons cette liberté si contraire à la vertu de religion^ la liberté des cultefi, comme on l'appelle, liberté qui repose aur ce principe qu'il est loisible à chacun de professer telle religion qu'il lui plaît, ou môme de n'en professer aucune. Mais, tout au contraire, c'est bien là, sans nul doute, parmi tous les devoirs de l'homme, le plus grand et le plus saint, celui qui ordonne à l'homme de rendre à Dieu un culte de piété et de religion. Et ce devoir n'est qu'une conséquence de ce fait que nous sommes perpétuellement sous la dépendance de Dieu, gouvernés par la volonté et la providence de Dieu, et que, sortis de
lui, nous devons retourner à lui Envisagée au point
de vue social, cette même liberté veut que l'Etat ne rende aucun culte à Dieu, ou n'autorise aucun culte public ; que nulle religion ne soit préférée à l'autre, que toutes soient considérées comme ayant les mêmes droits, sans même avoir égard au peuple, lors même que ce peuple fait profession de catholicisme. Mais pour qu'il en lut ainsi, il faudrait que vraiment la communauté civile n'eût aucun 'devoir envers Dieu, ou, qu'en ayant elle pût s'en affranchir; ce qui est également et manifestement faux. On ne saurait mettre en doute, en effet, que la réunion des hommes en société ne soit l'œuvre de la volonté de Dieu, et cela, qu'on la considère dans ses
membres, dans sa forme qui est l'autorité, dans sa cause ou dans le nombre et Timportance des avantages
qu'elle procure à l'homme C'est pourquoi la société
civile, comme société^ doit nécessairement reconnaître Dieu comme son principe et son auteur^ et, par conséquent, rendre à sa puissance et à son autorité l'hommage de son culte. Non, de par la justice; non, de par la raison, l'Etat ne peut être athée, ou, ce qui reviendrait à l'athéisme, être animé à l'égard de toutes les religions, comme on dit, des mêmes dispositions^ et leur accorder indistinctement les mêmes droits. Puisqu'il est donc nécessaire de professer une religion dans la société^ il faut professer celle qui est la seule vraie... Cette religion, les chefs de TEtat doivent donc la conserver et la protéger... »
NOTE 7, p. 79.
Tolérance des faux cultes dans l'Etat.
« Dans son appréciation maternelle, l'Eglise tient compte du poids accablant de l'infirmité humaine, et elle n'ignore pas le mouvement qui entraîne à notre époque les esprits etles choses. Pour ces motifs, tout en n'accordant de droit qu'à ce qui est vrai et honnête, elle ne s'oppose pas cependant à la tolérance dont la puissance publique croit pouvoir user à l'égard de certaines choses contraires à la vérité et à la justice, en vue d'un mal plus grand à éviter ou d'un bien plus grand à obtenir ou à conserver.
« Dieu lui-même, dans sa Providence, quoique infiniment bon et tout-puissant, permet néanmoins l'existence de certains maux dans le monde, tantôt pour ne point empêcher des biens plus grands, tantôt pour empêcher de plus grands maux. Il convient, dans le gouvernement des Etats, d'imiter celui qui gouverne le monde. Bien plus, se trouvant impuissante à empêcher tous les maux particuliers, l'autorité des hommes doit permettre et laisser impunies bien des choses qu atteint pourtant et à juste titre la vindicte de la Providence divine (1). » .(LÉON XIII, loc. cit , p. 203.)
(1) s. Augustin, De lib arh., lib. I, ch. cxvi, num, 14,
Tolérer, n'est pas approuver. — a Néanmoins, dans ces conjectures, si en vue du bien commun et pour ce seul motif, la loi des hommes peut et même doit tolérer le mal, jamais pourtant elle ne peut ni ne doit l'approuver, ni le vouloir en lui-même, car, étant de soi la privation du bien, le mal est opposé au bien commun que le législateur doit vouloiret doit défendre du mieux qu'il peut. Et en cela aussi la loi humaine doit se proposer d'imiter Dieu, qui, en laissant le mal exister dans le monde, ne veut ni que le mal arrive, ni que le mal n'arrive pas, mais veut permettre que le mal arrive. Et cela est bon (IK Cette sentence du docteur angélique contient, en une brève formule, toute la doctrine sur îa tolérance du mal. » (Léon XIll, ibid., p. 205).
Imperfection de l'Etat où l'on est obligé de tolérer le mal. Limites de la tolérance, a II faut reconnaître, pour que notre jugement reste dans la vérité, que plus il est nécessaire de tolérer le mal dans un Etat, plus les conditions de cet Etat s'écartent de la perfection ; et de plus, que la tolérance du mal appartenant au principe de la prudence politique doit être rigoureusement circonscrite dans les limites exigées par sa raison d'être, c'està-dire parle salut public. C'est pourquoi, si elle est nuisible au salut public, ou qu'elle soit pour l'Etat la cause d'un plus grand mal, la conséquence est qu'il n'est pas permis d'en user, car, dans ces conditions, la raison du bien fait défaut. Mais, si, en vue d'une condition particulière de l'Etat, l'Eglise acquiesce à certaines libertés modernes, non qu'elle les préfère en elles-mêmes, mais parce qu'elle juge expédient de les permettre et que la situation vienne ensuite à s'améliorer, elle usera évidemment de sa liberté en employant tous les moyens, persuasion, exhortations, prières, pour remplir, comme c'est son devoir, la mission qu'elle a reçue de Dieu, à savoir de procurer aux hommes le salut éternel. Mais une chosedemeure toujours vraie, c'estque cette liberté, accordée indifféremment à tous et pour tous, n'est pas, comme nous l'avons souvent répété, désirable par ellemême, puisqu'il répugne à la raison que le faux et le
(i) S. Thomas, ** p., q. xix, art. 9, ad 3>^"».
vrai aient les mêmes droits, et, en ce qui touche la tolérance, il est étrange de voir à quel point s'éloignent de l'équité et de la prudence de l Eglise ceux qui professent le Libéralisme. » (Léon XllI, ibid., p. 20G-207.)
NOTE 8, p. 81.
Il est clair que dans les pays qui, depuis longtemps, ont, comme la France, vécu et profité du catholicisme, on est plus inexcusable si Ton n'en reconnaît pas la vérité. Dans son Encyclique Nobilissima gallorum gens, Léon XIII montre victorieusement que la prospérité du catholicisme en France et la prospérité de la France ont toujours marché de pair.
NOTE 9, p. 82.
J'ai voulu rappeler dans ce passage que ni les individus, ni les gouvernements n'ont le droit d'embrasser une religion fausse sous prétexte qu'elle est la religion de leur pays. Ils sont tenus d'embrasser et de favoriser la vraie religion. (Cf. Montesquieu, Esprit des lois^ Liv. XXIV-XXV.)
NOTE 10, p, 83.
Saint Thomas (De Regimine Principum, lib. I, cap. d5) enseigne et explique que le principal but des gouvernements est la béatitude éternelle de leurs sujets. Il écrit : « Ad régis officium pertinet eâ ratione vitam muliitudinis bonum procurare secundum quod congruit ad cœlestem beatitudinem consequendam ; ut scilicet ea prœcipiat quae ad cœlestem beatitudinem ducunt, et eorum contraria, secundum quod fuerit possibile, interdicat. »
Léon XIII [Immortale Dei, loc cit., p. 23) commente ce texte en ces termes : « Comme donc la société civile a été établie pour l'utilité de tous, elle doit, en favorisant la
prospérité publique, pourvoir au bien des citoyens de façon non seulement à ne mettre aucun obstacle, mais , assurer toutes les facilités possibles à la poursuite et ^ l'acquisition de ce bien suprême et immuable auxquels ils aspirent eux-mêmes. La première de toutes consiste à faire respecter la sainte et inviolable observance de la religion dont les devoirs unissent l'homme à Dieu. »
NOTE Id, p. 84.
Léon XIII souligne encore cette flagrante contradiction du libéralisme qui, sous toutes ses formes, est plus lâche vis-à-vis du mensonge et du mal qu'il n'est juste vis-à-vis du vrai et du bien. « 11 arrive bien souvent à ces grandsprôneurs de tolérance d'être, dans la pratique, durs et serrés, quand il s'agit du catholicisme ; prodigues de libertés pour tous, ils refusent souvent à l'Eglise sa liberté. » [Liherlas^ loc cit., p. 207.)
NOTE 1:^ p. 86.
Ce grand Léon XllI n'a pas manqué de rappeler aux peuples que même leurs intérêts temporels dépendaient de leur fidélité au vrai Dieu. Dans diverses encycliques, il revient longuement sur cette vérité. Contentons-nous de citer un passage de lEncyclique Humanum Genus, dirigée contre la franc-maçonnerie (op. cit.^i. I, p. 265-266):
« Les malfaisantes erreurs que nous venons de rappeler menacent les Etats des dangers les plus redoutables. En etîet, supprimez la crainte de Dieu et le respect dû à ses lois ; laissez tomber en discrédit l'autorité des princes; donnez libre carrière et encouragement à la manie des révolutions ; lâchez la bride aux passions populaires, brisez tout frein sauf celui des châtiments, vous aboutirez par la force des choses à un bouleversement universel et à la ruine des institutions : tel est, il est vrai, le but avéré, explicite, que poursuivent de leurs
APPENDICES 'ai 1
f'Iïorts beaucoup d'associations communistes et socialistes ; et la secte des francs-maçons n'a pas le droit de se dire étrangère à leurs attentats puisqu'elle favorise leurs desseins et que, sur le terrain des principes, elle est entièrement d'accord avec elles. »
NOTE i,p,^l.
Les actes de religion, — Dans cette conférence nous parlons des actes propres à la religion. Ces actes sont intérieurs ou extérieurs.
Les actes intérieurs, actes principaux de la religion, sont : la dévotion et la prière. La dévotion est l'acte par lequel nous nous livrons avec promptitude et empressement au service de Dieu. La contemplation et la méditation nourrissent et augmentent la dévotion. La joie est le fruit delà dévotion, bien que, par accident, la dévotion puisse causer de la tristesse à celui qui constate sa misère et qui n'arrive pas en ce monde à posséder Dieu, à le servir, à en jouir comme il voudrait. Cf. saint Thomas, IP II«^,q. lxxxii.
La prière nous fournit le sujet de deux conférences : 4a quatrième et la cinquième.
Actes extérieurs de la religion. — Les actes extérieurs de religion sont V adoration., le sacrifice , les ohlations, les prémices^ les dîmes.
Par l'adoration, nous nous offrons nous-mêmes à Dieu en aftirmant extérieurement notre dépendance vis à-vis de lui.
Par ïe sacrifice, l'oblation, fes prémices, la dîme^ nous offrons à Dieu les choses extérieures dont nous sommes les maîtres. En quoi consistent ces actes religieux, nous le dirons pour le sacrifice, nous renvoyons nos lecteurs à saintThomas pour les autres(Il*II«^,q. Lxxxv-
LXXXVll).
Trois autres actes revêtent un caractère religieux : le vœu, le serment, Vinvocàtion du nom de Dieu. Par le vœu, nous promettons d'abandonner à Dieu un de nos biens. Par le serment nous prenons Dieu à témoin et nous jurons devant lui que nous disons la vérité.
Par l'invocation du nom de Dieu, nous supplions nos semblables soit de nous dire la vérité, soit de nous écouter et de nous croire, soit de nous secourir. (Cf. saint Thomas, 11^ II* , q. lxxxviii-xgi.)
NOTE 2, 'p. 97.
Il appartient, dit saint Thomas, à la vertu de religion d offrir à Dieu le respect et l'honneur qui lui sont dus. Par la prière nous affirmons que nous dépendons de Dieu, que nous avons besoin de lui comme de l'auteur de tous nos biens. (Cf. saint Thomas, 11^ II* , q. lxxxiii, art. 3.)
NOTE 3, p, 98.
Un être peut agir indirectement de deux façons : 1° en contraignant soit physiquement, soit moralement les éléments qui lui sont soumis à suivre ses directions et son impulsion. C'est ainsi que la force brutale oblige à lui céder ceux qui sont trop faibles pour lui résister. C'est ainsi que les supérieurs exigent l'obéissance de leurs inférieurs. 2° l^es inférieurs recourent à leurs supérieurs en les priant et en leur demandant de réaliser leurs désirs. C'est donc indirectement que la prière produit ses effets. Directement c'est Dieu qui, en nous exauçant, fait ce que nous voulons. Mais la prière est bel et bien contenue dans la série des causes secondes et nous sommes insensés lorsque nous n'en usons pas, comme nous serions insensés si, voulant du pain, nous négligions de semer. « Quanta agantur Christiani stultitia, qui in exleris effectibus média natura, aut arie speratis, conantur , ut mediie adhibeaniur causœ, alioquin censent vanam esse expectationerrm In orationum autem
fructibus procurandis sommant, tanquam oraliones iniei' causas non sint, aut inter 7'emolas valde sint. Quo fit ut sommantes in causis^ nil percipiamus in fructibus. » (Cajetan, IP II^ , q. lxxxiii, art. 2.)
NOTE 4, p. 101.
Toutes les objections quo l'on peut faire contre la prière, on peut les faire contre les autres causes secondes. Il est inutile de prier, dit-on, puisque dans la volonté de Dieu tout est déterminé d'avance. Si Ton était logique, il faudrait ajouter : « Il est inutile d'accepter les soins du médecin, puisque Dieu a décidé d'avance que je serai guéri. » On no saurait trop le répéter, Dieu n'a pas seulement décidé que les choses arriveraient, il a décidé qu'elles arriveraient dans un certain ordre et que les unes naîtraient des autres. « Selon Tordre de sa sagesse et de sa Providence, dit Cajctan, Dieuarésolu de multiplier les hommes au moyen de l'acte générateur, le blé au moyen de la semence et de la culture du sol, les maisons au moyen des architectes; ainsi il a résolu de procurer le salut de beaucoup, et de produire beaucoup d'effets dans le monde au moyen de la prière et du culte divin. » (II* 11^, q. lxxxiii, art. 2 )
Ajoutons-le, d'ailleurs, Dieu se plaît souvent à prévenir nos vœux, et sa libéralité nous accorde fréquemment des grâces que nous n'avons pas demandées. S'il exige parfois que nous lui demandions, avant de nous accorder ce que nous désirons, c'est en vue de nous être utile. C'est, en effet, afin que nous recourions à lui avec confiance dans notre misère, afin que nous le reconnaissionscomme l'auteur de nos biens (II* II* ,q. lxxxiii, art. 2.)
NOTE 5, p. 102.
Eireurs sur îaprîère. — Saint Thomas (11*11^ ,q. lxxxiii, art. 2), en quelques lignes, signale à notre attention les erreurs concernant la prière. Los anciens, dit-il, se sont trompés de trois façons au sujet de la prière. Certains
320 LA JUSTICE ENVERS DIEtJ
ont cru que les choses humaines n'étaient point régies par la Providence divine ; que, dès lors, il était inutile de prier Dieu et de l'adorer. D'autres estimaient que tout arrive nécessairement, que les choses humaines même n'échappent pas à cette loi. Que cette nécessité vienne des décrets immuables de la Providence, de l'influence fatale des astres, de l'enchaînement des causes, peu importe, elle rend la prière inutile. Une troisième erreur consiste à penser que les dispositions de la Providence sont sujettes à des changements, et que nos prières peuvent les modifier.
Naturellement ceux qui nient l'existence de Dieu déclarent du même coup la prière inutile. Wiclef, Jean Huss, Luther, Calvin, les jansénistes soutenaient que la grâce ou les passions entraînent nécessairement notre volonté et que dès lors tout dans notre vie arrive nécessairement sans que nos interventions puissent rien y changer. Les euchitcs ou priants voulaient que la prière suffît au salut et changeât la volonté de Dieu.
Les pAlagiens n'admettaient pas que la prière fût nécessaire au salut, car ils professaient que l'homme peut se sauver par ses propres forces.
Parmi les modernes quelques-uns comme Jean-Jacques Rousseau [Emile, liv. IV, profession de foi du vicaire savoyard), comme Jules Simon [La religion naturelle, S*" partie, La Providence, ch. iv; 4° partie, Le culte, ch. i), se prononcent contre la prière de demande qui fait « de l'homme agenouillé devant Dieu un courtisan mendiant une faveur». (Cf. P. Monsabré,^!'' Conf. de Notre-Dame, Index ^ II L)
NOTE 6, p. 105.
Il est clair que l'efficacité de la prière touche au problème de la Providence et de ses conseils infaillibles. (Voir sur cette question, P. Monsabré, Conf. de N.-D., 1876, particulièrement la 21^ Conférence.)
^OTE 7, p. 115.
Saint Thomas (IWI*, q. Lxxxiii,art.l5, ad2""^) explique pourquoi nous ne sommes pas toujours exaucés. Qu'on
APPENDICES '^ti
se reporte à ce passage de la Somme ou si l'on veut au Commentaire qu'en a donné le P. Monsabré dans son livre sur la Pinère, eh. xii, par. 3, on sera éclairé sur les refus, les relards que Dieu oppose à nos prières, et sur les compensations qu'il nous ménage.
NOTE 1, p. 126.
« Kant va jusqu'à considérer la prière comme une superstition dès qu'elle est enveloppée de paroles et de formules, parce que Dieu, dit-il^ n'a nul besoin d'explication sur les désirs formés au dedans de nous. (De la Relig.^ concl. de la IV'^ partie.) Mais, si la prière n'est qu'une aspiration vers le bien et vers le Dieu qui est la source du bien, elle peut, selon Kant, être exaucée, c'està-dire produire une amélioration morale, et conséquemmentêtre admise par la religion naturelle. L'analogie de cette doctrine avec celle de Malebranche est frappante, surtout si l'on tient compte de la différence d'origine entre les deux philosophes et de caractères entre les deux philosophies. » (Cf. P. Monsabré, Conférences de Notre-Dame, 1876, hidex, lll.)
En parlant delà prière vocale, saint Thomas fil-' II*, q. Lxxxiii, art. 12) distingue entre la prière co?n?îiziHe récitée par le prêtre, et la prière individuelle. La prière comDiune doit être vocale afin qu'elle arrive aux oreilles du peuple pour lequel elle est offerte.
Il convient aussi que la prière individuelle soit vocale parce que la prière vocale, comme le culte extérieur, excite à la prière mentale et à la piété, est la consécration à Dieu d'une de nos facultés et l'expression toute naturelle de la dévotion intérieure.
NOTE 'i, p. 127.
La prière n'est pas l'ascension de l'âme vers Dieu si elle n'est faite avec attention. « Si je ne prie que des
lèvres, dit saint Paul (I Corinth. xiv, 14), mon âme ne tire pas profit de la prière. )> L'attention que l'on apporte à la prière vocale est de trois sortes : attention aux paroles que l'on prononce, ne aliquis in eis erret ; attention au sens des paroles; attention à Dieu que l'on prie et à la chose pour laquelle on prie. Cette dernière attention, dit saint Thomas, est tout à fait nécessaire; c'est d'ailleurs la plus facile^ elle est à la portée de tous, tandis que tous ne peuvent pas prononcer comme il faut les paroles ni en comprendre le sens. « Est maxime necessaria et hanc etiam possunt habere idiotie. » (IPII^e^q. lxxxiii, art. i3K
NOTE 3, p. 131.
Ce n'est pas que la prière de l'homme en état de péché soit nécessairement sans effet, Dieu écouta la prière du publicain. Mais c'est en vertu de sa miséricorde, non en vertu de sa justice que Dieu écoute les pécheurs qui l'implorent avec persévérance, avec piété, pour leur salut personnel. (Cf. saint Thomas, IPIL^, q. lxxxiii, art. 16.) Par ailleurs, la prière du pécheur n'est pas méritoire. La prière, en effets a une double vertu : une vertu méritoire, une vertu impétratoire. Elle n'est point méritoire si elle ne procède d'une âme en état de grâce : elle peut garder son caractère impétratoire, même quand elle émane d'une âme en état de péché, pourvu qu'elle réunisse les qualités que nous avons énumérées dans la note précédente. (Cf. saint Thomas, IP 11^ , q. lxxxiii, art. 15.)
Pour que la prière soit efficace, il faut qu'elle soit persévérante. Cette persévérance consiste, soit dans la continuité du vouloir qui poursuit un môme objet, soit dans la continuité de l'acte de la prière même. L'acte particulier qui s'appelle la prière ne peut être ininterrompu, mais il nous est possible de vouloir en tout et toujours la gloire de Dieu et notre salut, par une intention que nous renouvelons souvent et que nous ne rétractons jamais. Ce vouloir est une prière perpétuelle.
« II faut toujours prier, et ne cesser jamais (1). Cette