‹ Exposition de la morale catholique (volume 3)Chapitre 36 sur 71 · DIMANCHE DE PAQUES · texte numérisé non relu

DIMANCHE DE PAQUES

LE DIEU CiCHi:

1ère lu es Deus abxconditus, Detis Israël, Salrator.

Vous êtes vraiment un Dieu caché, ô Dieu d'Israël, ô Sauveur 1

ISAÏE, xi,v.

Monseigneur (1), Messieurs,

Sachant que l'orgueil et Fenvie de paraître sont les plus grands obstacles à notre sanctification, le Christ nous a donné les plus impressionnantes leçons d'humilité. 11 nous les a données dans le mystère de son Incarnation : il nous les donne dans le mystère de l'Eucharistie.

Dans le mystère de l'Incarnation il cache la splen-

(1) Sa Gr. Mgr Rola.\d-Gosseli.\-.

LA VERTU DE TEMPiRAA'CE 18

deur de sa nature; la transcendance de sa Personne sous les traits humains d'un enfant pauvre, faible, inconnu. Au cours de sa vie mortelle il cache sa puissance divine sous les apparences de finfirmité. Si cette puissance éclate dans un miracle plus stupéfiant, comme la résurrection d'un mort, il défend, avec véhémence, aux témoins du prodige den répandre la nouvelle. « Pr^cepit illis vchcnienter ni nano id sriref. » ( l ) Sites hommes, frappés de sa grandeur, veulent le couronner roi, il se dérobe à l'admiration, à la reconnaissance, et il fuit dans la solitude de la montagne (2). Si au Thaboi', Moyse et Elle lui rendent témoignage, si de la nue. la voix du Père fait entendre ces mots glorieux : « Voici mon Fils hien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances ». il prescrit aux témoins de sa transfiguration de garder un silence absolu sur le phénomène auquel ils ont assisté : « Ne parlez à personne de cette vision, dit-il, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts (3). » Pendant son passage sur la terre, il s'est caché au point de s'anéantir, s 'mcfipsnm exinanicit; il s'est anéanti au point de devenir l'esclave de tous, f(n'mam scrri arcipiens, il est devenu l'esclave de tous au point d'obéir jusqu'à la mort, et la mort de la croix. Ifuiiiiliavif smirtipsum, factus oht'dunt.s uscjiic ml iiioili'.m, niorton nuteui cruels (i).

(1) s. Mah.:, v-'f.S.

(2) S. Jba», VI, li).

(3) S. Mattii., XVII, 9.

(4) l'Uilipiiieiis, ii, ", S.

ALLOCUTION 2/0

Dans l'Eucharistie, le Christ consomme le mystère de son Incarnation. Au tabernacle il se cache plus quà la crèche, phis quà la croix, plus qu'au tombeau. A la crèche, c'est un eni'anl (pii ouvre el ferme les yeux, un enfant que Marie porte dans ses bras, (jue Siméon presse sur son cœur. Au tabeinacle. le Christ ne paraît plus rien. Exinanivit scmefipswu. A la croix, si défiguré qu'il soit, il remue <Micoie, il parle, il se plaint. Au tabernacle, il est immobilp, il est muet. Au tombeau, it y a encore un cadavre, on reconnaît encore ses traits, on peut encore le toucher, l'embaumer; au tabernacle, la réalité de son être nous échappe entièrement, elle €st invisible, iutangible, inaccessible aux sens.

Visus. g us fus, fart us. iii fe fullitur.

Il est tellement caché que pour surprendre sa présence, il faut croire que tout est Aiai dans ce qu'il nous a dit. que rien n'est aussi vrai que ce qu'il nous a dit.

Credo quidquid dijlf Del Filius, Xil hoc rerifufis verbo vertus.

Cependant il est là avec toute sa Divinité, a^ec sa puissance, avec sa science, avec sa gloire: il est là avec son humanité, avec son corps, avec ses yeux si doux, avec son visage si beau, avec ses lèvres si élo- (luentes, avec ses mains si agissantes, avec son cœur

si aimant, avec son àme si Aaste, avec son intelligence si vive, avec sa volonté si forte, avec sa double substance, avec sa personne infinie. \'ere. realiter, substaiitidliter. Mais tout cela est enseveli, voilé et comme anéanti sous les dehors d'un morceau de pain et d'une goutte de vin.

Pendant sa vie, il obéit à sa mère, à son père adoptif, il se prête à toutes les fantaisies de ses ennemis. Il se laisse baiser par Judas, enchaîner par les Juifs. On le trame de Gethsémani au Sanhédrin, du Sanhédrin au prétoire, du prétoire au palais d'Hérode, du palais dHérode à la colonne de la flagellation, au Calvaire et à la mort : il ne résiste pas. Et era subditus il lis. Far tus obcdiens usque ad niortetii. Ici il est plus soumis encore. Il est soumis à tous les prêtres : le plus indigne Tappelle, il vient. On l'enferme dans le tai)ernacle. il y reste, on le porte en triomphe au milieu des chants. Ses fleurs et des lumières, il laisse faire; on profane l'hostie, on la foule aux pieds, il ne proteste pas, il est l'esclave de tous. Formain servi acdpieiis.

Pourquoi, Messieurs, cet anéantissement? Pourquoi le Christ, voulant rester parmi nous n'y demeuret-il pas sous des signes plus glorieux? Pourquoi s'al)andonne-t-il à la merci de tous.'

Pour différents motifs parmi lesquels je ne retiens aujourd'hui que le motif de l'humilité.

ALLOCUTIO.N 277

Il veut nous apprendre à aimer la vie cachée, à ne point paraître, à ne montrer pour en tirer vanité ni les grâces, ni les dons naturels que nous avons reçus. Il veut nous apprendre à garder le silence sur nous-mêmes, à ne pas parler de nos mérites, à nous taire modestement comme il se tait.

Il veut nous apprendre encore à rapporter à Dieu toute gloire. Il disait un jour : a Pour moi, je n'ai pas souci de ma gloire. Ego... non quaro gloriam meam (1) ». Dans lEucharistie il ne cherche que la gloire de son Père. Mais s'il était sous des dehors éclatants nous aurions rendu à son humanité des hommages qui nappartiennent qu'à sa Divinité. Les anciens, après avoir adoré l'Esprit pur dans le soleil, ne tardèrent pas à adorer le soleil lui-même. Les apôtres n'étaient-ils pas sans cesse tentés de s'arrêter à ce qu'ils voyaient en Jésus-Christ? Au Thabor. un peu de lumière répandue sur sa face suffit pour égarer leur cœur. Jésus, avant de mourir, signalait le même danger quand il leur disait : « Il faut que je m'en aille, sinon vous aimeriez trop mon humanité, a'ous n'auriez pas en vous l'Esprit qui doit vous attacher au Père. Expedit vohis ut ego vadani : si enim non abiero, Paracletus non veniet ad vos (2). » En annihilant pour ainsi dire dans l'Eucharistie son humanité, il nous défend contre la tentation d'accorder à sa nature créée un culte qui ne lui est point dû si on

fd) s. Jbax. VIII, 49.

(2) S. Jea5. XVI, ".

la considère séparément et en elle-même, un culte qui lui est dû uniquement à cause de son union avec le Verbe.

Eu se soumettant à tous, il continue à nous donner l'exemple de la plus parfaite obéissance. L'humilité conduit à l'obéissance et en est un effet. On peut même dire que l'obéissance à Dieu et à l'ordi'e établi par lui est ce qu'il y a de plus essentiel dans l'humilité, de même que l'indépendance de Dieu et de l'ordre voulu par lui est ce qu'il y a de plus foncier dans l'orgueil. En vivant dans l'état d'obéissance, Jésus- Christ nous enseigne donc encore à pratiquer cette belle vertu d'humilité, qui esl le fondement en nous de l'édifice spirituel.

Ecoutons, Messieurs, les suaves leçons d'humilité (jue Jésus-Christ nous donne sans cesse dans le sacrement de l'autel. Efforçons-nous de cacher notre vie en Dieu, de tout faire non pour notre gloire, mais pour la gloire de Dieu, d'obéir à Dieu et à tous ses commandements; par là nous prouAerons que notre humilité est réelle et sincère. Et puisque dans l'Eucharistie nous trouvons non seulement d'édifiants exemples, mais encore la grâce et l'énergie dont nous avons besoin pour les suivre. npprochons-nous souvent de la table sainte afin de nourrir, d'entretenir, de faire croître, d'enraciner à jamais en nous la grande vertu à laquelle Dieu a promis la gloire de l'éternelle béatitude. Ainsi soit-il.

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