‹ Exposition de la morale catholique (volume 3)Chapitre 9 sur 71 · ISAÏE, XI · texte numérisé non relu

ISAÏE, XI

(6) Ecclésiastique , xlv, 1.

(7) Nombres, xii, 3.

(8) Ecclésiastique, xlv, 4.

{9)Ibid, XLV 3.

(10) fbid., XLV, 2.

(H) Ibtd., XLV, 5.

Mémento, Domine, David et omnis mansuetudinis cjus (l). Dieu appartient aux êtres doux; il est. si j'ose ainsi m'exprimer, à leur disposition; la douceur leur garantit réternelle et pleine possession de Celui qui a dit : Beati mites quoniam ipsi possidebunt terram.

La mansuétude est conquérante : elle gagne Thumanité.

Sur l'humanité les victoires de la force sont éphémères et superficielles. Ephémère et superficiel le règne de ceux que Bossuet appelle « des ravageurs de provinces ». Ephémères et superficiels les triomphes de ceux qui se flattaient, hier encore, de tenir l'univers dans leurs mains et d'en être pour toujours les arbitres ! On n'est pas maître de l'humanité aussi longtemps qu'on n'est pas maître de son âme. Avec des soldats, avec des canons, on prend des villes et des proA^nces, on ne prend ni l'âme d'une race, ni l'âme d'une nation, ni l'âme d'un homme. On prend les âmes avec la bonté, avec la mansuétude, fleur de la bonté. C'est par la douceur de son accueil et de son attitude que le Christ éveille en Judas non des pensées de repentir, hélas ! mais du moins un réel remords ; c'est par la douceur de son affectueux regard qu'il touche saint Pierre, par la douceur de son langage et de sa résignation qu'il émeut Pilate et qu'il convertit le bon larron. C'est en employant la douceur

(1) Psaume cxxxi, 1.

que François de Sales ramène à la foi d'innombrables hérétiques ; c'est par une inaltérable douceur que Dominique de Guzman réussit à convaincre les pécheurs. Quoi qu'en aient dit ses détracteurs, le grand Patriarche, dont la chrétienté [célèbre le centenaire avec tant d'éclat, était d'une mansuétude pleine de charme qui lui attirait la confiance et la sympathie de tous. Ceux qui l'ont connu l'appelaient « le doux père », et expliquent par sa rayonnante bonté son empire sur les esprits et sur les consciences.

Comme les individus, les peuples s'inclinent devant la mansuétude. On ne les dompte pas en les terrorisant; en faisant peser sur eux un joug de fer, on les éloigne, on les exaspère, on les prépare aux insurrections qui, un jour ou l'autre, les affranchiront, car un peuple soumis par la seule force, tôt ou tard se libérera. Les conquêtes solides et durables sont l'œuvre de la douceur. Ménager les susceptibilités de la province ou de la cité que l'on désire s'attacher, respecter leurs traditions, leurs croyances, leurs langues, ne point choquer, quand ce n'est point absolument nécessaire, leurs préjugés mêmes : tel est le moyen de réussir. Je sais un homme qui est sans rival dans l'art de conquérir, ce n'est pas le guerrier, ce n'est pas le personnage politique, ce n'est pas le diplomate, ce n'est pas le commerçant, ce n'est pas le financier, quelle que soit l'importance de leur rôle :

c'est le missionnaire qui agit uniquement par voie de persuasion et de douceur. Si, comme j'aime à le constater, les capitaines, les gouverneurs, les consuls, les industriels, les banquiers ont obtenu dans les territoires dépendant de nous des résultats heureux, ils les ont surtout obtenus en empruntant au ministre du Christ sa méthode de mansuétude et dhumanité. Le glaive a son utilité; mais s'il peut l'aire des esclaves, seul il ne fera jamais des sujets. Au moment où TAlsace et la Lorraine nous sont revenues, au moment où se forment des sociétés composées de races hier séparées, au moment où tant de royaumes et tant de républiques s'agrandissent, je ne pense pas qu'il soit inopportun de rappeler cette doctrine. Je voudrais que ma voix portât loin ul [)arvîul à tous ceux qui, après avoir atrocement souffert pour la justice, ont connu la victoire. Je voudrais leur dire : Soyez résolus dans la revendication de vos droits, mais rendez votre succès décisif [lur voire esprit de douceur et de charité.

Enfin, Messieurs, il est une terre rebelle que nous subjuguons difficilement, c'est notre àme. L'histoire est rempUe des luttes de l'homme contre lui-même, des crises intérieures qui déchirent nos vies. Tout l'offorl moral consiste à s»^ discipliner, à établir la suprématie de la raison sur la vol(.)nté. la royauté de l'espril sur la matière, sur les sens, sur les passions. Dans ce Imvail nul naboulit s'il ne

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procède avec douceur. On ne se maîtrise pas en se l'éprenant avec àpreté. en s'accablant de reproches. Ce zèle impétueux provoque des réactions qui ne profitent qu'au mal. Aussi, mieux vaut-il, après avoir succombé, se relever tout doucement, déteslei' ses fautes, s'humilier sans s'étonner de sa chute, puisque, dit saint François de Sales, « ce n'est pas chose admirable que l'infirmité soit infirme, la faiblesse faible et la misère chétive (1) ». Cette manière d'accuser notre cœur, de le réprimander, de le corrifici- sera efficace : « la repentance qu'il en conservera, comme l'enseigne encore l'évèque de Genève, entrera bien plus a^ant et pénétrera mieux que ne ferait une repentance dépiteuse, injurieuse et tempélueuse (2) ». Beati mites quoninm ipsi possidebunt tcrrnin (3),

Demandons à Dieu, Messieurs, de ramener sur la terre le règne de la mansuétude. Le monde dévasté par un effroyable fléau s'est enivré de haine, de violence et de sang : il aspire à la tranquillité. Après avoir assisté aux luttes barbares dont il n'avait jamais été le témoin, épuisé, lassé, meurtri, il a hâte d'entendi'c des hymnes d'amour et de fraternité. Certes, il ne retrouA^era pas la paix si les droits de la justice sont méconnus : car, avant tout, la paix est œuvre de justice, pax opus justiti;e, mais la mansuétude

(1) Vie dévote. \\\<^ partie, cli. ix.

(2^ Ihicl.

(3) Append. N. 4, p. 21):;.

ne contribuera pas peu au retour de cette vertu. 11 lui appartient de désarmer moralement et intérieurement les âmes afin d'assurer le désarmement matériel et extérieur. Heureusement, au milieu des secousses qui ont ébranlé lunivers. notre pays est resté calme.

Ah! soyons les apôtres ardents, les défenseurs de r union sacrée, sachons la maintenir en nous groupant autour de nos chefs religieux et politiques. Hier, elle nous a valu la victoire, elle fera demain notre force, notre joie, notre sécurité, Pour obtenir ce résultat si désiral)le, renonçons à nos querelles, à nos rivalités; vis-à-vis les uns des autres usons de patience, de miséricorde, de compassion et ranimons en nous l'esprit de douceur. Par nos exemples, par nos paroles, par nos écrits, par notre action, propageons partout cet esprit. Alors, les individus et les peuples jouiront de cette paix qui naît de la justice, mais qui ne s'affermit et ne devient inébranlable qu'au soleil de la mansuétude et de la charité. Alors les fils du Père céleste se réconcilieront à ses pieds et goûteront ensemble la suavité ineffable dont il est le premier principe et le souverain dispensateur. Gustate et videte quoniam suavis est Dominus (1).

\\) Ps. XXXIII, 9.

L'HUMILTTÉ

SOMMAIRE

L'humilité, sœur tlt* la ii\ansuétude. Nécessité de riiumilité, fondement de la vie spirituelle. L'humilité se rapproche de la modération propre à la tempérance. Elle nous empêche de céder à l'orgueil qui nous inspire l'amour déréglé des grandeurs. Attitude que l'humilité nous dicte d'aljoi-d à légard de Dieu, ensuite à l'égard des hommes, p. 43- 't5.

1. La principale fonction de l'humilité est de nous dicter h l'égard de Dieu une attitude d'entière soumission.

a) Etrange prétention qu'ont les créatures de vouloir se comparer au Créateur. L'orgueil de l'ange peint par Isa'ie. La chute de la femme qui croit pouvoir s'affranchir du Très-Haut. — Il ne nous est pas défendu d'imiter Dien dans sa perfection, dans sa sainteté, mais il est une manière perverse de l'imiter. Celte manière consiste à réclamer pour nous l'indépendance qui n'appartient qu'à Dieu. p. 4:i-47.

b) L'humilité nous habitue à d'autres mceurs. Ce que nous sommes, si nous nous comparons à Dieu. L'être, la vie. la souveraineté, la science, la volonté, la bonté, la sainteté, la gloire de Dieu." Grandeur de Dieu, misère de l'homme, p. 47-49.

2. Nous sommes indépendants de nos semblables, nous dépendons en tout de Dieu.

a) Par nous-mêmes nous ne sommes que néant. Nous tenons de Dieu l'être. la fortune, la puissance, la science, la sainteté, le bonheur, p. 49-''i0.

b) Tout ce qui nous est utile ou nous rend heureux, grâce, foi, espérance, charité, vient de Dieu. Nous coopérons à l'œuvre de notre sanctification, mais celte coopération même est l'effet de la perpétuelle intervention de Dieu. Noire action de cause seconde est complètement subordonnée à l'action de la Cause première, p. 50-ol.

3. Nous devons régler noire conduite d'après cette constatation.

40 LA VERTU DE TEilPÉRA>CE

fl) Nous devons adorer la redoutable et solitaire majesté de Dieu, trembler en sa présence comme Abraham, comme le Publicain.

L'humilité nous l'ordonne et elle nous défend de nous arroger les attributs incommunicables de Dieu, de nous attribuer des avantages que nous n'avons pas, de nous glorifier de biens qui viennent de Dieu, non de nous, de croire que nos mérites nous ont obtenu des faveurs qu'une bonté supérieure nous a prodiguées.

L'humilité est d'accord avec la sagesse. Impossibilité où nous sommes de nous affranchir de Dieu. p. ^1-33.

b) L'humilité rend cette soumission volontaire dans l'ordre Intellectuel. En quoi consiste cette soumission. Soumission dans l'ordre moral, obéissance aux commandements et à la volonté de Dieu. Les humbles s'abandonnent jusqu'à la mort à la volonté de Dieu, p. 53-35.

Attitude que nous impose l'humilité vis à vis de nos semblables.

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