LES CONFÉRENCES
ISOTE 1, p. 18.
Plusieurs auteurs se sont demandé si la foi était, à vrai dire, une vertu intellectuelle, comme la science, comme la sagesse. Les uns tiennent pour raltirmative, les autres pourla négative. Ceux-ci s'appuient sur ce que la foi vivant dans l'ombredu mystère n'atteint qu'imparfaitement sonobjet, tandis que lavertusuppose etla perfection de l'objet (tlaperl'ection de l'acte. «iVonomn/57ia.6ituSy dit saint Thomas, qui habet pro subjecto intellectum, potest dicivirtus intellectualisa nisi perficiat intellectum et quantum ad objectum et quantum ad mo'ium actus. » (III Sent., q. ii, art 3, dist. XXIII, q. 3). Le saint Docteur ajoute que la foi ne voyant pas son objet ne réunit pas ces deux conditions. Ceux-là soutiennent que la foi par la perfection qu'elle ajoute à l'esprit et par la sublimité de la réalité qu'elle atteint supplée au défaut d'évidence et mérite d'ôlre appelée une vertu vraiment intellectuelle La question, disent justement les Salmanticenses (11"^ 11"^, q, iv, art. 5), est de peu d'importance et tient à la manière de parler. Ce qui est sur, c est que la vertu théologale de foi est une vertu transcendante qui dépasse par sa noblesse les vertus intellectuelles ordinaires, bien qu'à certains égards et parce qu'elle ne voit pas, elle leur soit inférieure en quelqne façon.
11 faut maintenir que la foi, résidant essentiellement dans l'intcilligence et produisant l'acte de croire qui est un acte d'intelligence, est une perfcclion de linlclligence.
Les modernistes se trompent donc quand ils répètent à satiété que la foi est un sentiment suscité dans l'âme par le besoin du di\ in. (('f. l'ascendi Ihiminiri yi c(jis.VA\[. Blanc, 20; Lk Kov, /Ak/?«p c< r'j'iV/V/Mc, III).
Les théologiens se demandent encore si la foi est une
328 LA roi
vertu spéculative ou une vertu pratique. Saint Thomas répond lIMI«,q. ix, art. 3): <^ Fides prûno et princip diter in speculatione consistit, in quantum sciticet inhœret primae veritati. Sed quia veritas prima est etiam ultimus finis, propter quem operamur, inde etiam est, quod fides ad operaiionem se extendit. »
Les modernistes au contraire prétendent que la foi est avant tout pratique. (Cf. Le Roy, loc cit. : Qu'est-ce qu'un dogme ?)
NOTE 2, p. 22.
La vertu infuse de foi survit à bien des accidents «t même à bien des fautes. M. l'abbé Vacant, Etudes théologiques sur les Constitutions du concile du Vatican, t. II, p. 173 etseq,)examineplusieurs cas intéressants, celuides enfants, par exemple, qui nés dans le catholicisme, ont été élevés dans une secte hérétique ou infidèle et y ont adhéré par une ignorance invincible, celui des adultes tombés dans l'hérésie par une ignorance coupable.
NOTE 3, p. 29.
Le principe surnaturel de l'amour initial exigé par la foi est-il un principe stable, habituel dans la volonté, une qualité permanente? Oui probablement, bien que, pour certains auteurs, une qualité transitoire sufhse. — « Oportet, dit saint Thomas, quod tam in volun'ate sit aliquis habitus, quam in intellectu. si debeat artus fidei esse perfectus. » il?-II*, q. iv. art. 2.) Lorsqu'un acte, en effet, procède de deux puissances, comme l'acte de i'oi, il faut pour qu'il procède facilement que ces deux puissances soient perfectionnées par la vertu. Est-ce à dire qu'il soit nécessaire de poser deux habitudes distinctes, l'une dans l'intelligence, l'autre dans la volonté? En général, les thomistes ne le pensent pas. Ils soutiennent que la mênae vertu peut perfectionner deux puissances subordonnées l'une à lautre (Cf. S Th., P II®, q. Lvi, art. 2), qu'en conséquence la vertu de foi résidant principalement dans l'intelligence qui croit, secondairement dans la vololonté qui commande de
croire, élève ces deux facultés au-dessus d'elles-mêmes et leur permet d'atteindre la vérité première (Cf. Serra. IIP-Il®, q. IV, art. 2).
NOTE 4, p. 34.
Hermès distinguait deux sortes de foi : la foi de connaissance par laquelle nous donnons notre assentiment aux vérités révélées, la foi du cœur. Pour lui la première était le résultat des raisonnements qui prouvent la vérité du dogme : elle n'était pas surnaturelle. La seconde empruutait son caractère surnaturel à la charité. C'était tomber dans l'erreur des sémi-pélagiens qui niaient la nécessité de la grâce pour le commencement de la foi et du salut.
Le Concile d'Orange (IL Can. 7) avait condamné cette doctrine: Le Concile de Trente (sess. c. 8) avait renouvelé cette condamnation Le Concile du Vatican à son tour réprouva Hermès dans la constilution Dei Films, et répéta que la foi est un don de Dieu, même quand elle n'opère pas parla charité. « La foi, dit il, est un don de Dieu, même quand elle n'opère point par la chariié, et son acte est une œuvre se rapportant au salut, œuvre par laquelle l'homme se soumet librement à Dieu luimême, en consentant et en coopérant à sa grâce à laquelle il pourrait résister. »
Les modernistes se trompent d'une manière analogue quand ils font sortir la foi du besoin du divin. « La foi, principe et fondement de toute religion, réside dans un certain sentiment intime engendré lui-même par le besoin du divin. » Pascéndi. Edit. Blanc, n° 19 et seq.
M. Aug. Sabatier, inspirateur de tant de modernistes, fait d'ailleurs à peu près la ujèrne distinction qu'Hermès, entre la foi du cœur qu il appelle la foi tout court et qui sauve l'ànic, et la foi intellectuelle qu il appelle 'î-o^az/ct'. a On a soigneusemeni dislingué. dit-il dans ce qui précède, entre la foi et la croyance, réservant le premier terme à l'acte du cœur et de la volonté, à l'acie essentiellement moral par lequel l'homme accepte le don et le [)ardon de Dieu et se consacre et le second, à l'aito intellectuel par lequel l'esprit donne son adhésion à un
lait historique et à une doctrine... Ce qui sauve lânie c'est la foi, non la croyance. » Les Religions d'autoriié et la Religion de l'esprit] 4* édit. p. 510.
NOTE 5, p. 3o.
Les Conciles, en répétant que sans la grâce nous n(^ pouvons pas croire comme il faut pour èlre sauvés, piout opor/ef, semblent admettre que par nos propres forces, nous pouvons croire d'une manière inefficace pour le salut. Cette question divise profondément les théologiens. Quand, par la raison on s'est persuadé que Dieu ne se trompe pas, ne nous trompe pas, qu'il a parlé dans la révélation juive et chrétienne, est-il impossible par le seul effort de la nature de croire ce qui! dit, d'arriver par cette voie à une foi que certains appellent snentifiçue? Quelles que soient les solutions adoptées, solutions qui dépendent beaucoup de l'id e que l'on se forme de l'eflicacilé des motifs decrédibililé, il faut admettre que la foi surnaturelle, principe du salut, se distingue de ces assentiments. Cf. Vacant, loc. cit., t. II. p. 74-75.
NOTE 6, p. 37.
Hermès, professant que la foi intellectuelle était le résultat d'un raisonnement, n'admettait pas qu'elle fût libre. Pour lui, la foi d" cœur est seule libre. Le Concile du Vatican range cette opinion parmi les héré.sies. « Analhème dit-il, à qui dirait que l'assentiment delà foi chrétienne n est pas libre ; mais qu'il est produit nécessairement par des preuves de raison humaine ». Constitution Dei Filius, c. ni. can 5. Dans ce canon les Pères enseignent premièrement que la foi surnaturelle est libre, secondement qu'elle est libre même quand, par la raison, on a acquis la certitude que Dieu a parlé. Comment est-elle libre malgré les preuves qui nous démontrent la nécessité de croire et malgré les grâces qui nous sollicitent? Les théologiens répondent diversement à celte question. Nous avons expliqué l'année dernière comment ces mystères, demeurant obscurs, ne
nécessifent pas l'assenliment de l'esprit qui n'adhère pas si la volonté ne lui commande d'adhérer. De là découle la liberté de la foi. Cf. S. Th., IP II* q. u, art. 9-10.
NOTE 7, p. 38.
La pureté dont parle saint Thomas est d'abord une pureté intellectuelle. On appelle pure la science qui ne s'attache qu'à la vérité, qui s'y attache en s'appuyant uniquement sur les motifs réels qui la fondent, sans y mêler aucun élément étranger ou obscur. De même on appelle pure la foi qui ne croit qu'à la vérité révélée, et qui y croit en demandant uniquement son motif au témoignage infaillible de Dieu.
DEtXlÈME CONFÉRENCE
NOTE 1, p. 52.
La foi est surnaturelle dans son origine, quand elle a Dieu pourauteur ; elle est surnaturelle dans son essence, quand elle est d'ordre divin et supérieur à toutes les perfeclions que nous pouvons acquérir par nos propres forces; elle est surnaturelle dans son motif, quand elle appuie son sentim.ent sur la parole de Dieu, et enfin elle est surnaturelle dans son objet, quand elle s'attache à des vérités qui dépassent la raison et que nous ne pouvons connaître que par la Révélation.
L'infidélité relative n'est pas en réalité de l'infidélité. Celui qui y vitcroitexplicitement aux deuxvérités substanliellos de la religion, et, implicilement.par la disposition où il est d'accepter tout l'enseignement divin, s'il le connaissait, il croit àtoules les vérités surnaturelles. Ainsi, un homme qui prend un aliment sans en connaître en détail le conhnu, profile de tout ce qu'il y a de nutrilif dans cet aliment. Ainsi encore l'esprit, qui
accepte un principe, en accepte implicitement toutes les conséquences.
NOTE % p. 53.
A propos des Juifs et des Mahométans d'abord, des autres infidèles ensuite, on se demande s'ils peuvent être sauvés sans la toi explicite à la Trinité et à la Divinité de Jésus-Christ. On est généralement d'accord pour l'affirmer, pourvu que 1 Evangile n'ait pas été auprès d'eux suffisamment promulgué. Lorsque saint Thomas exige la foi explicite au Christ et à la Trinité, il l'exige de ceux qui ont assez connu 1 Evangile pour être obligés d'y croire. Il reste donc que les infidèles de bonne foi, étant dans limpossibilité morale ou physique de s'instruire suffisamment, peuvent être sauvés en croyant explicitement en Dieu et dans la Providence. Leur foi contient implicitement toute la vérité révélée et le désir de se conformer à tous les moyens établis par Dieu pour sanctifier les âmes. Ils appartiennent à I âmede I Eglise,i ilssontcatholiques par un désir et par une foi implicites.
Il convient pourtant ici de noter que cette foi, réduite à son minimum, doit porter sur des vérités surnaturelles, et s'attacher à la Providence et à Dieu tels qu'ils se manifestent à nous dans l'ordre surnaturel. Sur cette question, on lira avec profit les explications de l'abbé Vacant [Constitutions d.u Concile du. Vatican, t. II, p. 129-136).
NOTE 3, p. 55.
Cette thèse me paraît tout-à-fait fondée. Elle peut se résumer très exactement en ces paroles de l'abbé Vacant [loc. cit., p. 136' : « Si des hommes étaient dans l'impossibilité de connaître les autres dogmes chrétiens, et si, avec la grâce de Dieu et sur son témoignage, ils croyaient fermement qu'il existe une divinité juste, bonne, digne de confiance, supérieure au monde, qu'elle est oflTeusée par nos fautes, mais qu elle veut bien nous pardonner juand nous nous en repentons, qu'elle récompense nos bonnes actions en une autre vie par un bonheur sans fin qu'il peut seul nous donner et qui dépasse les joies
d'ici-bas ; s'ils pensaient en outre qu'il nous a révélé tout cela ces hommes auraient, au sentiment des plus illustres théologiens, la foi en Dieu strictement nécessaire pour leur justification alors même quils ne se formeraient de ces vérités que des notions concrètes et qu'ils y mêleraient de bonne foi un assez grand nombre d'erreurs. »
NOTE 4, p. 55.
Les infidèles dont nous parlons ici ont-ils gardé les vérités substantielles de la Révélation primitive ? Leur religion en ce qu'elle a encore de vrai a-t-elle une origine surnaturelle, ou bien est-elle une invention de la raison naturelle?
Parmi ceux qui s'occupent de l'histoire des religions, deux opinions ont cours. Les uns croient que la foi en un seul Dieu et à une Providence rémunératrice, là où elle se trouve, est un produit de la raison, les autres prétendent qu'elle se rattache à des traditions où se sont conservés les principaux dogmes enseignés par la Révélation primitive. Il est difficile de trancher cette question de fait et surtout de s'en tenir à une affirmation universelle. En tout état de cause, il faut maintenir que la foi qui ne porte pas sur un objet révélé est insuffisante.
Mgr d'Hulst [Conférences de 1892, note 13, p. 4351 a écrit des pages excellentes dont voici la conclusion : a Toujours est-il qu'en réunissant ces quatre moyens : la tradition primitive, l'Evangélisation aulhentiiuement constatée, l'Evangélisation oubliée, mais qui aurait laissé des traces, enfin l'action surnaturelle d'une grâce intérieure, il n'est pas impossible d'admettre que pas une âme sincère n'a manqué des ressources nécessaires à la genèse de ce winmMm de foi qui est la condition du salut. »
NOTE 5, p. 59.
SaintThomas, d'après de nombreux auteurs, aurait dit que Dieu enverrait un ange pour instruire une âme droite plutôt que de la laisser dans les ténèbres. Sous cette
forme, l'affirmation est inexacte. Voici ce qu'écrit le Docteur angélique : « Si quelqu'un, nourri dans les forêts, suit les ordres de la raison naturelle dans la recherche du bien et dans la fuite du mal, on doit tenir pour certain que Dieu lui révélera par une inspiration intérieure «e qu'il est nécessaire de croire, ou qu'il lui adressera un prédicateur comme il envoya saint Pierre au centurion Corneille » [De Veritate q. xiv, art. il ad 1).
Aujourd'hui il convient d'insister beaucoup sur la puissance de la grâce, qui est une cause universelle et que Dieu propose avec magnificence à toutes les âmes.
NOTE 6, p. 63.
En réalité, les infidèles par négligence, par dilettantisme, par sensualisme ne veulent pas connaître la vérité parce qu'ils ne veulent pas la suivre. De propos délibéré, ils restent dans une ignorance qui va très loin €tqui, fatalement, les empêche de croire. Quand on les entend, quand on les lit, on est étonné de voir à quels vulgaires préjugés ils obéissent, quelle fausse idée ils se font de la religion, de quelles pensées superficielles vit leur esprit.
Je dis cela, non pas des hommes sans culture, mais de «eux qui passent pour des maîtres. Ils ne connaissent pas ce qu'ils dédaignent, ils ne t'ont rien pour le connaître ; de parti pris ils évitent ce qui pourrait les arracher à cette ignorance voulue: ils pèchent contre la vérité. La Bruyère soulignait déjà le vice de cette attitude quand il écrivait : « Un Père de 1 Eglise, un docteur de « l'Eglise, quels noms ! quelle tristesse dans leurs écrits ! -< quelle sécheresse, quelle froide dévotion, et peut-être « quelle scolastique! » disent ceux qui ne les ont jamais lus. Mais plutôt quel étonnement pour tous ceux qui se sont fait une idée des Pères si éloignée de la vérité, s'ils voyaient dans leurs ouvragi^s plus de tour et de délicatesse, plus de poliiesseet d esprit, plus de richesse d'expression et plus de force de raisonnement, des traits plus vifs et des grâces plus naturelles que l'on n'en remarque dans la plupart des livres de ce temps, qui sont lus avec goût,, qui donnent du nom et de la
vanité à leurs auteurs! Quel plaisir d'airtier la religion, €t de la voir crue, soutenue, expliquée par de si beaux génies et de si solides espriis ! Surtout lorsque l'on vient à connaître que, pour l'étendue des connaissances, pour la profondeur- et la pénétration, pour les principes de la pure philosophie, pour- >ar application et leur développement, pour la jus. esse des conclusions, pour la dignité du discours, pour la beauté de la morale et des sentiments, il n y a rien, par exemple, que l'on puisse comparer à saint Augustin, que Platon et que Ciceron » (Caractères, Des Esprits forts).
NOTE 7, p. 64.
Même chez les hommes qui affectent une certaine bienveillance pour la religion tout en refusant d'y «roire, on trouve très fréquemment cette hostilité secrète contre la vérité. Ils ne consentent pointa examiner sérieusement les titres de 1 Evangile, mais ils se montrent d'une crédulité, d'un empressement scandaleux, dès qu'on leur offre des arguments contre la foi. Ils accueillent les sophismes^ les interprétations les plus déraisonnables, ils mettent tout leur effort à ébranler l'enseignement de Jésus-Christ et de l'Eglise. Dans l'ordre dogmatique ils sont à l'affût de toutes les découvertes vraies ou prétendues dont ils espèrent tirer parti au détriment de la vérité révélée ; dans l'ordre moral ils signalent avec une joie pleine de malignité les scandales survenus parmi les croyants, et ils essayent d'en faire rejaillir l'odieux sur une religion qui condamne toute atteinte portée à la justice ou aux autres vertus. Cette disposition cache souvent beaucoup de mauvaise foi et une haine secrète de la vérité qui ne manquera pas de se venger.
NOTE 8, p. 60.
Plus on fréquente les âmes, et plus on s'aperçoit que si quelques unes restent dans lincrédulilè pour des motifs purement intellectuels, la plupart sont retenues loin de Dieu par les vices dont elles ne veulent
pas se corriger, et en particulier par les vices de la chair. Presque toujours les jeunes gens qui s'éloignent de la religion s'en éloignent au moment où ils s abandonnent à l'exubérance de la vie des sens Leur incrédulité réelle ou affectée a son principe non dans leur esprit, mais dans leur cœur corrompu. Ce n'est qu après avoir violé les lois de la morale qu'ils s'attaquent au dogme, et, s'ils étaient sincères, ils avoueraient que la seule raison qui les empêche de croire c'est la volonté qu'ils ont de ne pas rompre avec leur vie de débauche. Môme chez les hommes que des difficultés intellectuelles embarrassent, la plupart du temps on trouve des tares quiexpliquenten grande partie leur répugnance à croire. Pascal écrit : « Mais il y en a (des rencontres) où les choses qu'on veut faire croire sont bien établies sur des vérités connues, mais qui sont en même temps contraires aux plaisirs qui nous touchent le plus. Et celles-là sont en grand péril de faire voir, par une expérience qui n'est que trop ordinaire, ce que je disais au commencement : que cette âme impérieuse, qui se vantait de n'agir que par raison, suit par un choix honteux et téméraire ce qu'une volonté corrompue désire, quelque résistance que l'esprit trop éclairé puisse j opposer. C'est alors qu'il se fait un balancement douteux entre la vérité et la volupté, et que la connaissance de l'une et le sentiment de l'autre font un combat dont le succès est bien incertain, puisqu'il faudrait, pour en juger, connaître tout ce qui se passe dans le plus intérieur de l'homme, que l'homme môme ne connaît presque jamais. » [De l'esprit géométrique. Seconde Section. Edition Brunschvicg.)
C'est pourquoi, Pascal conseille, quand on essaie de convertir quelqu'un, de voir non seulement « quels principes il accorde », mai** encore « quelles choses il aime ». Lorsqu'un homme est dégagé de tout orgueil, de toute attache charnelle, presque toujours il se convertit.
NOTE 9, p. 66.
Parmi les filles de la luxure saint Thomas signale l'aveuglement de l'esprit, l'inconsidération et la préci-
pitation dans le jugement, l'inconstance de la pensée et des résolutions. Le saint Docteur explique comment ces vices intellectuels procèdent de la licence. (Ih II* q. CLiii, art. 5). (Cf. Bossuet. Oraison funèbre d'Anne de Clèves. Carême de St- Germain. Sermon pour le Vendredi saint) .
L'endurcissement du cœur est aussi un effet de la luxure. Le cœur esclave des sens perd le goût des choses nobles. L'amour de soi, l'attachement aux joies immédiates et palpables, l'égoïsme et l'indifférence à tout ce qui ne se rapporte pas aux plaisirs licencieux sont le propre du débauché. (Saint Thomas, lac. cit.). (Cf. Bossuet. Sermon sur l'endurcissement.)
L'amour sensuel finit par tuer tous les amours qui sont d'un ordre plus élevé.
NOTE 10, p. 67.
L'infidélité qui résiste à la vérité reconnue a toute son origine dans la perversité de la volonté. C'est ce qui la dislingue de l'infidélité dont l'homme n'est qu'indirectement responsable par le fait d'une ignorance coupable.
NOTE H, p. 70.
Tout vice entraîne une honte, et c'est pourquoi tous les vices se cachent et tous les hommes vicieux dissimulent leur misère morale. Si on les découvre, si on les convainc, ils s'irritent violemment contre les personnes qui projettent la lumière sur leur conduite répréhensible et contre la lumière même. Ils veulent être mauvais, mais ils ne veulent pas passer pour tels.
La Bruyère a écrit des paroles analogues : « La religion, dit-il, est vraie où elle esl fausse : si elle n'est qu'ur vaine fiction, voilà, si l'on veut, soixantcannées perd les pour l'homme de bien, pour le chartreux ou le solitaire; ils no courent pas un autre risque ; mais si elle est fondée sur la vérité même, c'est alors un épouvantable malheur pour 1 homme vicieux ; l'idée seule
des maux qu'il se prépare me trouble l'imagination ; la pensée est trop faible pour les concevoir, et les paroles trop vaines pour les exprimer. Certes, en supposant même dans le monde moins de certitude qu'il ne s'en trouve en effet sur la vérilé de la religion, il n'y a point pour l'homme un meilleur parti que la vertu » (Caractères, Des esprits forts).
NOTE i,p. 84.
Melchior Cano distingue parmi les erreurs, celles qui sont compatibles avec la foi et celles qui la détruisent.
On réserve le nom de propositions erronées, non pas aux propositions hérétiques qui s opposent certainement et manifestement à la foi, c'est-à-dire aux vérités révélées, mais aux propositions contraires à ïa doctrine catholique, par exemple aux conclusions généralement enseignées par les docteurs et par les Saints Pères. Il convient de noter cette distinction entre la foi catholique et la doctrine catholique. La foi catholique porte sur les vérités révélées par Dieu la doctrine catholique porte sur les vérités dont la foi ne peut pas se passer, bien qu'elles n'entrent pas directement dans son objet.
« Il y a des vérités catholiques, dit Melchior Cano (De Locis, lib. XII. ch. ix) qui a pirtiennent tellement à la foi, que si on les nie la foi succombe. Nous les appelons ordinairement les vérités de foi. Il est d'autres vérités catholiques qui sont universellement adoptées dans l'Eglise. Si on les nie, la foi est ébranlée, elle n'est pas renversée. Les erreurs opposées à ces dernières obscurcissent la foi, elles ne léteignent pas. elles l'affaiblissent, elles ne la font pas périr. Les vérités contredites par la proposition erroné^ ne sont pas appelées vérités de foi, mais elles appartiennent à la doctrine catholique ».
Ces propositions erronées sont de diverses sortes, mais toujours en matière grave.
Elles sont téméraires quand elles contiennent des affirmations ou des négations sar)s fondement Par exemple, on tombe dans la témérité si l'on professe que le jour du jugemtnt est déterminé dans l'Ecriture Sainte, si l'on excepte d'une règle générale quelqu'un que l'Eglise n'a pas excepté. Enseigner que saint Jean-Baptisie a été exempt de tout péché, que saint Jean l'Evangélisle n'a pas contracté le péché originel, c'est, pour plusieurs maîtres, se montrer téméraire. De même on est téméraire si l'on embrasse une opinion contraire a un sentiment commun des théologiens. Exemple : nier l'assomption de la Sainte Vierge.
Les propositions scandaleuses offrent aux faibles l'occasion de faillir en matière de foi ou de doctrine catholique.
Les propositions blasphématoires sont celles qui contiennent un blasphème contre Dieu ou contre les Saints,
Les propositions schismatiques ou sédi lieuses tendent à briser l'unité de l'Eglise par l'erreur qu elles renferment. Exemple : Le Pape n'est pas supérieur àl'Evêque. Il ne faut pas obéir à un prélat indigne.
Les propos'ii'ions offensives des oreilles pieuses, mal sonnantes, blessent par leur cara(Uère insolent les hommes prudents et snflisamments instruits.
Les propositions sentant l'hérésie oul'erreur sont celles qui indiquent ou qui supposent l'hérésie ou l'erreur en celui qui les défend.
Les propos'iùons voisin es de l'hérésie ou de l erreur sont celles qui servent de principe ou de conclusion à Ihérésie ou à l'erreur.
Les propositions suspectes d'hérésie sont les propositions qui, à raison des personnes ou des circonstances, prêtent à une interprétation favorable à l'hérésie.
NOTE 2, p. 86.
Lorsque l'Eglise a prononcé qu'une proposition prise en soi (^st hérétique, quiconque la soutient est hérétique.
Les hérétiques sont souvent de mauvaise foi. Ils
voudraient garder leurs idées et rester dans l'Eglise. Us en appellent à des distinctions, à des subtilités que neconnaît pas l'honnêteté. Pour échapper à une condamnation, ils se réfugient dans d'interminables explications faites pour obscurcir les questions et tromper l'opinion. Leurs procédés sont toujours les mêmes ; Luther et les Jansénistes, et les hérétiques modernes usent de subterfuges identiques.
NOTE 3, p. 89.
L'obstination semble, en français^ indiquer que l'hérétique s'entête longtemps dans son erreur. Les théologiens rappellent que l'hérésie est consommée, lorsqu'un chrétien embrasse volontairement et pleinement l'erreur, qu'il persévère ou non dans sa faute.
NOTE i, p. 91.
L'histoire de Luther écrite par le P. Denifle nous montre dans le Fondateur de la Réforme un homme d'un tempérament bizarre. Ses emportements, sa fureur, ses conversations ordurières dénotent un grave défaut d'équilibre.
Les apologistes de Lamennais n'ont pas assez pris garde, à notre avis, à ce qu'il y avait de désordonné dans sa santé. L'auteur de V Essai sur l Indifférence se plaint de spasmes, plusieurs de ses œuvres et en particulier sa correspondance respirent une tristesse qui a toutes les apparences d'un mal physique. Ses colères sombres, ses variations, la facilité avec laquelle, sous le coup d'une déception, d'une humiliation, il passe d'un extrême à l'autre, ne sont pas d'un esprit complètement sain. Il y a en cet homme quelque chose d'anormal.
NOTE 5, p. 92
Bien entendu, l'hérésie qui détruit la foi, c'est l'hérésie form''lle, je veux dire l'hérésie consciente, voulue. On peut aller loin, par ignorance, dans l'hérésie matérielle sans perdre la foi.
APPENDICES 3 il
NOTE 6, p. 95.
Les protestants sont obligés de l'avouer : de plus en plus leur foi reste sans objet. Ils en viennent à nier l'existence même de Jésus Christ. Les Conservateurs dans la Réforme essaient en vain de résister au scepticisme qui emporte leurs coreligionnaires, ils échouent, car ce scepticisme est la conséquence logique du principe qui permet à chacun de se faire sa croyance, et d'en réduire l'objet autant qu'il lui plait. Les documents abondent qui prouvent que la religion de Luther et de Calvin esten pleine déliquescence et se confond chaque jours davantage avec le nihilisme doctrinal.
LepasteurDoumergue,lechef du Conservatisme, a sp^ cialement lutté contre les Libéraux; il est débordé, l'incrédulité gagne le monde protestant. Cf. Revue augnslinienne 15 novembre 19u9. Le Désarroi des protestants et, 15 septembre 1910. Du protestantisme à Vincrédulité.
NOTE 7, p. 96.
« Vais-je verser dans le monisme, écrit M. Loisy, dans \e panthéisme? ic. l'ignore. Ce sont des mots. Je tache de parler des choses. La foi veut le théisme ; la raison tendrait au panthéisme. Sans doute elles envisagent deux aspects du vrai, et la ligne d'accord nous est cachée.» Quelques lettres, p. 47-48.
miE 8, p. 100.
L'anarchie protestante est un fait indéniable. M.Onésime Reclus [Revue du 1" Décembre 1911) parle de la multitude des sectes au Canada. Il mentionne, a Gens de la venue de Notre-Seigneur, Ammanites ou Amichs, Angélicaux, hommes de l'Arche d'Alliance, Rélélites, Izwicogites ou catholiques apostoliques : Knfants de Christ; Knfants de Dieu, Enfants de paix, Cliristadelphiens, Scienlistes chrétiens. Ouvriers du Christ. Fglise de l'àgt' à venir, Eglise des premiers nés, l-lglisc de la nature. Troupe de Daniel, Rlgians, Guérisseurs ou Guéris par la foi, Farringtonniens, Quakers, Triés par le Christ,
Règle d'or. Homéristes ou hommes de la marche à la saioteié, Humanitariens, Marshallites^ » elc. etc. etc.
En France, les sectes sont moins nombreuses, on en compte cependant au moins une dizaine.
NOTE 9, p. 102.
Luther s'est contredit en une foule de circonstances Il a nié puis affirmé le même dogme ou inversement ; son enseignement dépi nd de l'impression du moment. M. l'Abbé Cristiani \ Luther et le luf-éronisme) montre en particulier les variations perpétuelles du novateur sur l'inutilité des œuvres, (p. 56 et seg. S'' édit. ) BossuET dans Y Histoire des variations met en pleine lumière les perpétuels changements opérés par les protestants dans leur doctrine. D'un mot, dans la préface de cet ouvrage, TEvêque de Meaux explique l'instabilité d'esprit des réformés. « La vérité catholique, venue de Dieu, dit il, a d'abord sa perfection : l'hérésie, faible production de l'esprit humain, ne se peut faire que de pièces ma! assorties. Pendant qu'on veut renverser, contre le précepte du sage « les anciennes bornes posées par nos pères » Prov. xxii, 28) et réformer la doctrine une fois reçue, on s'engage sans bien pénétrer toutes les suites de ce qu'on avance; ce qu'une fausse lueur avait fait hasarder au commencement se trouve avoir des inconvénients qui obligent les réformateurs à se réformer tous les jours: de sorte qu'il ne peuvent dire quand finiront les innovations, ni jamais se contenter eux-mêmes ! «
UUATRIÈME CONFÉRENCE
NOTE 1, p. 132.
Voici la décision du Concile de Tolède : « A l'avenir on ne devra forcer aucun Juif à embrasser le Chrisliunisme ; ceux qui ont été forcés sous le roi Sisebut et qui ont reçu les sacrements devient rester chrétiens. »
En 1911, les Juifs furent accusés d'avoir immolé un enfant chrétien à Kief. Du 29 avril au 12 mai eut lieu une lono^ue discussion à la Douma sur l'assassinat du jeune Youkhtchinsky. Le Député israélite Nissélovitch défendit sescoreligionnaires en invoquantle témoignage de Grégoire IX (Cf. Questions actuelles, t. CXI, p. 417).
NOTE % p. 134.
Le concile de Tolède que nous avons cité plus haut semble bien indiquer que les Juifs obligeaient les Chrétiens vivant dans leur dépendance à se faire circoncire. « Ils vont même jusqu'à faire subir à d'autres la circoncision ». Ainsi s'exprime le Concile [Loc. cit., p. 274).
De plus, à différentes époques les Juifs en Espagne avaient accaparé une grande partie de la richesse De plus on les accusait de crimes horribles, d'infanticides, de sacrilèges, d'empoisonnements, de conspirations, de s'unir avec les Maures et de former des organisations fatales à la sécurité de I Etat. « On ne peut nier, dit Balmès. que le svstèrae de répression suivi en Espagne à l'égard des Juifs et des Maures n'ait été inspiré en grande partie par l'instinct de la conservation propre » (Le Protestantisme, ch. xxxvi). Cf. Mgr Lanprieux, L'Inquisition, p. 124 et seq.
NOTE 3, p. 134.
C'est à la défense « de la chrétienté tout entière, de la civilisation occidentale menacés par ces progrès de la barbarie asiatique et de l'Islam » que le pape Urbain III appelait les peuples quand il prêchait la croisade. « Il s'agissait, dit Chateaubriand, non seulement de la délivrance de ce tombeau sacré (du Christi, mais encore de savoir qui devait l'emporter sur la terre ou d'un culte ennemi de la civilisation, favorable par système à l'ignorance, au despotisme, à l'esclavage, ou d'un culte qui a l'ait revivre chez les modernes le génie de la docte antiquité et aboli la serviinde » Itinéraire de Paris à Jérusalem Edit Garnier, p. 'XM).
« C'était aux chrétiens de les combattre (ces Arabes)
non pour les contraindre à croire, mais pour les empêcher de nuire ». Gauthier et Deschamps, Cours supérieur, p. 36). Cf. J. GuiRAUD, Histoire partiale et histoire vraie, t. l, ch. xxn.
NOTE 4, p. 136.
Le 29 mai 1860, éclata en Syrie une grande conjuration contre les Chrétiens.
Avec la complicité des Turcs, lesDruses massacrèrent une foule de Maronites. En trois jours, trente-deux villages ou hameaux furent brûlés au milieu de scènes atroces. Et cette persécution barbare se perpétua pendant des mois. Des centaines de villages furent incendiés et des milliers de chrétiens furent immolés. Si l'on peut faire un reproche aux nations chrétiennes de l'Occident, c'est de n'être pas intervenues plus tôt pour empêcher de pareilles horreurs (Cf. Histoire du second empire, liv. XXX, par Pierre de la Gorce).
NOTE 1, p. 148.
Les hérétiques se plaignent toujours d'être trop durement traités par Rome, qu'ils accusent de céder aux intrigues de leurs adversaires. Que n'a-t-on pas dit au sujet de Lamennais ?
A entendre certains panégyristes l'Eglise aurait manqué d'égards, de patience, d'habileté à l'endroit de ce malheureux grand homme.
Le P. Dudon [Lamennais et le Saint Siè^'e] a vengé Rome de cette accusation. La violence, l'injure, la colère, la trivialité sont du côté du prêtre révolté, la sérénité, la bonté, les ménagements du côté de l'Eglise.
Et quel contraste entre les documents émanés de Pic X et les pamphlets de M. Loisy ! Sans doute, le Pape s'est montré ferme contre le novateur, mais celui-ci
n'affecte vis-à-vis du Chef de la Chrétienté qu'un mépris amer et insolent (Cf. Simples réflexions sur le décret du Saint Office, etc., et Quelques lettres sur les questions actuelles).
NOTE % p. 153.
Au sujet des meurtres rituels dont on a tant discuté, le D' Imbert-Gourbeyre établit [Univers, 30 sept. 1H97), qu'au xu^ siècle on relève 7 meurtres rituels ; 41 au xiir ; 12 au xiv« ; 28 au xV ; 21 au xvi^ ; 13 au xvii^ et xviii* ; 48 au xix* .
Les Bollandistes, qui traitent d'ordinaire sévèrement les légendes, résument ainsi leur pensée à la date du 19 avril (S, Werner): «En tous temps, les Juifs ont voué une haine implacable au Christel aux Chrétiens..., ils attirent en secret les enfants chrétiens et les massacrent sans pitié, de préférence à l'époque de la Pâque juive ou dans les jours de la semaine sainte » (Cf. Mgr Lan- DRiEux, L'inquisition, p. 127. note 2).
Dans la discussion de la Douma dont nous avons parlé on consultera avec intérêt les discours de MM. Pourichkiévitch et Markoff. On y trouvera des documents bien concluants s'ils sont authentiques. (Cf. Questions actuelles, t. CXI, p. 415 et seq. ; Le meurtre rituel de Kief).
NOTE 3, p. 153.
Inutile de répéter ce qui a été dit tant de fois sur l'Inquisilion protestante en Allemagne, en Angleterre, en France, sur les victimes d»' la Terreur (Cf. Janssen, L'Allemagne protestante, t. II, p. "396; Histoire générale, LavissE et IUmbaui), t. V, p. 240 ; 7'aine, la Révolution, t. I.I, p. 253, t. m, p 381). Mgr Landkiêux (loc. cit , p. 156- 158 résume les documents qui nous renseignent. En ce moment, la Russie se montre vis-à-vis dos Polonais d une inlolérimce révoltante.
M. Vacandard {L Inquisition. Avant propos) considère comme un fausse manœuvre d'opposer, aux méfaits reprochés à llnqnisilion, les crimes dont se sont n'ndus coupables les ralionalisles ou les prolestants, par e.xem-
pie. Je ne comprends pas bien M. Vacandard. Il est évident que cet argumeot ad hominem n'est pas un argument ab«;oIu, mais il a sa valeur vis-à-vis dadversaires habitués à représenter l'Inquisition comme un tribunal qui pour le nombre des victimes, la cruauté des supplices n'a pas eu son pareil. Quand on a prouvé que les sectes se sont montrées beaucoup plus impitoyables que l'Inquisition, on a prouvé que les partisans deces sectes n'ont pas le droit de reprocher à l'Eglise des faits qu'ils pardonnent au Protestantisme ou à la Terreur. Il reste après cfla à entrer dans le fond de la question et à exposer comment 1 Eglise n'a pas outrtp^ssé son droit en demandant la répression de l'hérésie, et comment, par ailleurs, elle n'est pas responsable des excès commisen son nom par des agents infidèles.
NOTE A, p. 155.
Pour tout ce qui regarde la composition, la procédure du tribunal de l'Inquisition, les peines infligées par les juges, iM^r Douais. M. Jean Guiraud. Mgr Landrieux ont fait des travaux qu'on ne saurait trop consulter. M. Vacandard, dont le livre ressemblée certains moments plutôt à un réquisitoirequ'àun jugement impartial, citedans sa bibliographie les principales éludes qui ont paru sur l'Inquisition.
En ce qui concerne le nombre des hérétiques condamnés à la peine de mort, je renvoie aux historiens.
En lisant ceux-ci, on verra combien, p -ur ce qui regarde l'Espagne, il faut se défier du fcim'^ux Llorente. Cependant Llorente lui-même est loin d'indiquer les chiffres fantastiques qu'ont adoptés certains manuels. Il réduit à 30 000 en trois siècles et demi le nombre des victimes La critique aujourd'hui tend à diminuer des 2/3 des 3/4 et même d<'S 5/6, ce chiffre qui lui paraît encore gravement exagéré. Cf. Guirald (loc. cif .); Landrieux [loc. cit., p. 142-151), etc.
NOTE 5, p. 157.
Sur les méfaits des Juifs, sur les doctrines et les mœurs desCathares, des Albigeois, les historiens moder-
nés ont publié beaucoup de documents fort instructifs. LesCalhares et beaucoup d'autres hérétiques étaient des anarchistes d'état qui tombaient sous les coups de la loi civile comme perturbateurs publics.
NOTE 6, p. 162.
L'Eglise a toujours affirmé son droit de frapper de peines spirituelles ses enfants rebelles Elle a protesté que l'efficacité de ses jugements ne dépendait pas de l'approbation du pouvoir civil^ ni du consentement des fidt^les. (Cf. Denzinger-Bannwart, 357, 41^9, 610, 645, 681, 1440, 1546. etc.) Je me contente de rappeler les paroles de Pie IX dans l'Encyclique Quanta Cuva. « Il en est d'autres qui, renouvelant les erreurs funestes et tant de fois condamnées des novateurs, ont l'insigne impudence de dire que la suprême autorité donnée à l'Eglise et à ce siège apostolique par Notre Seigneur Jésus-Christ est soumise à l'aulorilé civile, et de nier tous les droits de celte même Eglise et de ce même siège à 1 égard de l'ordre extérieur. Dans le fait, ils ne rougissent pas d'affirmer que les lois de 1 Eglise n'obligent pas en conscience à moins qu'elles ne soient promulguées par le pouvoir civil ; que les actes et décrets des Pontifes romains relatifs à la religion et à TF^glise ont besoin de la sanction et de l'approbation ou tout au moins de l'assentiment du pouvoir civil, etc. »
En ces dernières années, un trop grand nombre de catholiques se sont élevés contre l'exercice du pouvoir qu'a l'Eglise de condamner et de frapper de peines spirituelles ceux qui enseignent des erreurs ou qui violent la discipline. On se souvient du complot contre Yltidcx. Mais de plus, dès qu un livre est réprouvé, dès qu'un homme est suspendu de ses fonctions, interdit ou excommunié, il se trouve des mécontents pour réeriminer contre le Pape, les évêques ou les Congrégations romaines. Ces mécontents qui appartiennent presque toujours aux mêmes groupes, tendent à diminuer ou même à supprimer en fait le pouvoir confié à ll'glise de punir de peines spirituelles les chrétiens récalcitrants. Cette disposition trouble bien des consciences simples cl est tout a fait contraire à l'esprit d'obéissauce.
NOTE 7, p. 162.
De divers côtés, on a affecté de dire qu'en affirmant pour 1 Eglise le droit d en appeler au pouvoir civil, je ressuscitais une thèse moyenâgeuse et ridicule. Cependant aujourd'hui encore, l'Eglise use de ce droit et les gouvernements les moins suspects de cléricalisme consentent à lui prêter main-forte. Les prêtres intrus, qui avaient tenté de fonder des associations cultuelles condamnées par le Pape comme schismatiques. se sont vus chassés des presbytères et des églises qu'ils avaient accaparés, chassés, dis je, par le pouvoir républicain.
Ud malheureux, qui a cru devoir attaquer ma cinquième conférence, dans un opuscule où il m'attribue des paroles et des docirinesVqui n'ont jamais été les miennes, a été expulsé par le pouvoir civil, du presbytère qu'il occupait, et cela parce qu'il n'était plus en communion d'idées avec son archevêque
A la suite d un article publié par un de nos journaux les plus intolérants, les plus déloyaux, les plus déshonorés, et où mes paroles et mes pensées étaient odieusement dénaturées, j'ai été attaqué au sujet de cette conférence en diflFérentes feuilles et en différents pays, comme l'Allemagne, l'Angleterre, la Belgique Je n'ai pas cru bon de répondre à ces attaques, à ma connaissance du moins, peu nombreuses. Qu il me suffise de dire :
1» Que je n'ai pas accordé à 1 Eglise le droit de massacrer \es hérétiques.
2° Que je n'ai pas affirmé mon désir de voir rétablir l'Inquisition.
3° Que je n'ai pas attribué à l'Eglise l'intention de rétablir ce tribunal, au cotitraire.
4" Que je n'ai pas soutenu qu'elle eût le droit de contraindre qui que ce soit à croire malgré lui.
5° Que dans macinquième conférence, j ai parlé unique ment des hérétiques formels, c'est-à-dire, des héiétiques qui ont abandonné la foi, pleinement conscients de ce qu'ils faisaient. J'ai assimilé les hérétiques sincères, les Protestants par exemple nés et élevés dans le protestantisme, aux infidèles, et je leur ai appliqué le droit exposé dans ma quatrième conférence.
Je pense et je maintiens aue la doctrine aue i'ai en&ei-
gnée est la doctrine communémentadoptée dansl'Eglise catholique. Je pourrais citer en faveur de ma thèso les documents les plus authentiques des Conciles ou Je la Papauté, les plus grands théologiens du présent et du passé. Je me suis prononcé pour la thèse la plus modérée, pour la thèse qui accorde à 1 Eglise non pas ]e droit de glaive, mais le droit d'en appeler au pouvoir civil quand celui-ci est chrétien. Réduite à ce minimum, la doctrine du pouvoir coercitif me paraît certaine. « Tous les docteurs catholiques, sans aucune exception, écrit le P. Yves de la Brière (Etudes, 5 oct. 1911, p. 193) professent comme nous l'avons noté plus hautque, dans un pays officiellement catholique, l'Eglise a le droit de requérir la force des lois humaines, la contrainte extérieure, pour l'application de ses propres arrêts, envertu de son alliance naturelle et légitime avec l'Etat ». Je considère non comme une hérésie, mais comme une erreur, l'opinion qui refuse à l'Etat le droit et le devoir de la contrainte matérielle, comme une erreur condamnée par le magistère infaillible de lEglise.
Je rappelle à ce sujet que l'hérésie contredit les vérités révélées par Dieu, que Verr'eur théologique conlredit des vérités connexes avec la Révélation.
Beaucoup de gens admettraient la thèse de la répression jusqu'à la peine de mort exclusivement, mais ils ne peuvent se résoudre à acc*^pter que les hérétiquessoient punis par le supplice capital. Les Docteurs n'ont pas eu ce scrupule. ïls ne comprennent pas que le droit coercitif de 1 Eglise soit ainsi mutilé. Ils considèrent que si l'on a le droit de mettre à mort les criminels qui détruisent le bien terrestre de la société, à plus forte raison, on a ce même droit quand le bien le plus nécessaire et le plus sacré est menacé.
Le cardinal Billot, écrit: « Inprimis pro certo tenendum, per se honestum et justum esse utpuniantur morte qui graviter pertubant orainmi societalis religiosse seu ecclesiaslicx... Nihil autem est quod graviiis perturbct ordinem societatis spiritualis quamharcsis, cum (ides sit totius sal'itis fundamentum et radix. Unde qui in aliis corruvipit fîdem. adimil eis primiim principium spiritualis vilx et est gravior homirida quam qui aufert vitam corporalem « (/M Ecclesia Chrisli. q. xi, d. 482).
NOTE 8, p. 167.
M. Vacandard s'élève contre cette interprétation de la parabole de l'ivraie, interprétation qui est de saint Augustin et de saint Tliomas. Je n'hésite pas à préférer, au nom du bon sens, les explications des deux grands docteurs à celles qu'essaie M. Vacandard en invoquant saint Ghrysostome [L'Inquisition, p. 205-206).
D'ailleurs, bien des affirmations dans l'ouvrage du savant historien nous paraissent appeler au point de vue doctrinal de formelles réserves. Il accuse saint Thomas d'avoir mutilé et dénaturé un texte de saint Augustin, il reproche au docteur angélique d'avoir employé, pour défendre le pouvoir de répression, un argument sans valeur (/oc. cit., p. 20o-2ll;, il énerve la force de la 24' proposition du Sijllabus (p. 302-303).
Tout cela nous semble peu fondé. Beaucoup d'autres idées de M. Vacandard seraient à discuter. Le P. Verraeersch [La tolérance) a critiqué nombre de fois cet auteur. Nous renvovons nos lecteurs au livre de ce docte jésuite (Cf. La toùmnce, p. 61, 68, 1-41, 134, 184-185, 311-312).
Nous attirons particulièrement l'attention sur les explications que le P. Vermeersch oppose à M. Vacandard au sujet de saint Thomas et de saint Augustin (p. 184-185).
Ajoutons que le ton de M. Vacandard est souvent déplaisant. Son livre qui a tant de mérites aurait gagné à garder une note plus respectueuse.
Il y aurait aussi bien des réserves à faire sur les articles que M. Imbart de la Tour a écrits dans le Bulletin de la semaine (2 et 9 août 1911) et sur sa Réponse aux « Etudes » [Etudes, 20déc. 1911). Le P. Yves de laBrière (^/wrf^^ 5 oct. 1911, 20 oct. 1911) a discuté les opinions de M Itnbart de la Tour ; nous ne pourrions que répéter ce qu'il en a dit.
NOTE 9, p. 168.
Pour M. Imbart de la Tour, saint François de Sales, « dans cet atroce xvr sièc'e, représente la véritablt^ tradition de l'Evangile » [Etudes, 20 déc. 1911, p. 810).
Soit, mais saint François de Sales invoque « la force des lois humaines pour confirmer les résultats obtenus par la suavité de sa parole et l'exemple même de ses vertus ».
Le 29 décembre 1595, il conseille au duc de Savoie, Charles-Emmanuel I", un édit contre les hérétiques obstinés, édit qui les prive « de tous offices et charges publics «. Au même prjnce, le saint conseille de s'emparer de Genève pour détruire le foyer de la propagande calviniste en Europe, etc. (Cf. Yvks de laBrière, Etudes, 20 déc. 1911, p. 892 ; Vie de saint François de Sales, Hamon, Gonthier, Letourneau, t. I, p. 230, 332- 339, 344-349) Saint François de Sales est parfaitement d'accord et avec saint Thomas, et avec Suarez et Bellarmin.
NOTE 10, p. 169.
On veut rattacher au droit romain (M. Imbart de la Tour, par exemple) l'origine de la répression en matière religieuse. C'est dans l'àme humaine qu'il faut chercher cette origine et dans le droit naturel. Dès qu'une société considère la rel-gion comme le bien par excellence, elle le défend par tous les moyens légitimes dont elle dispose. En cela, le droit romain n'a rien innové, il a suivi les traditions de tous les peuples.
NOTE 11, p. 1G9.
Quand on dit que de nos jours le délit d'opinion n'est pas visé par ces lois, on se trompe grossièrement, ou l'on fait preuve d'une ins'gae mauvaise foi. On pourrait soutenir que toutes le lo s anti-religieuses de notre temps ont été édictées contre l'idée catholique. La loi d'associalien, la loi de séparation, les lois de l'enseignement, les lois de laïcisation n'ont eu qu'un but : empêcher la propagation de l'idée catholique. Qui oserait le nier?
NOTE 12, p. 171.
Je ne dis pas qu'en punissant les hérétiques l Eglise ne cherche pas en môme temps à les ramener à la vraie
foi, conme la société civile, si du moins elle a conscience de son devoir, cherche à moraliser les criminels par les peines qu'elle leur inflige. Mais, le premier souci de l'Eglise, c'est d'empêcher les hérétiques de ruiner la société religieuse, c'est de défendre le bien public. Elle sait bien que croire est affaire de volonté et non de contrainte. L'Eglise n'emploie pas la force des lois humaines pour imposer aux infidèles ou aux hérétiques la foi chrétienne, mais pour défendre la religion « contre ceux qui l'attaquent ou pour réprimer la rébellion des mauvais chrétiens », qui se révoltent contre une autorité à laquelle ils avaient juré obéissance.
M. Imbart de la Tour et plusieurs autres sont tombés sur ce point dans des équivoques qu'il convient de dissiper, comme le rembarque le P. de la Brière. {Etudes^ 20 décembre 1911, p. 880.)
NOTE 1, p. 190.
Nous avons adopté l'opinion de Cajetan qui, à notre avis, est en cette matière le meilleur interprète de saint Thomas. Bien des auteurs ne voient dans certains blasphèmes qu'un péché contre la vertu de religion, en avouant d'ailleurs que d'autres sont contraires à la foi. Pour nous, nous pensons que tout blasphème est contraire à la foi parce qu'il renferme quelque fausseté, et contraire à la vertu de religion parce que cette fausseté contient une injure à la Divinité, injure qui s'opposeau culte dû à Dieu. Nous acceptons la pensée de Banez : la confession de la foi contient une assertion de la foi et une louange à Dieu. En contredisant lafoile blasphème l'offense, en outrageant Dieu il blesse la religion. Mais la contradictiondelafoi est, si je puis ainsi m'exprimer, l'âme du blasphème. (Cf. Banez. II* II=« q. xiii, art. 1, Cajetan, ibid.)
ArPENDICES 353
NOTE% p. 197.
En quoi consiste exactement le blasphème contre le Saint-Esprit? On peut voir dans saint Thomas (IP II* , 9 XIV, art. 1") combien les explications sont diverses. Le docteur angélique fait entrer . la malice dans l'essence de ce péché, malice qui va jusqu'à attribuer au démon les œuvres de bonté qui appartiennent par appropriation au Saint-Esprit. « Dans la pensée de Notre-Seigneur, dit M. Mangenot [Dictionnaire de théologie catholique. Blasphème contre le Saint- Esprit), blasphémer contre le Saint-Esprit, c'est attribuer à l'action et à la puissance du démon un miracle éclatant, tel que l'expulsion des démons eux-mêmes, qui ne pouvait être que l'œuvre de Dieu.» Soit, mais Notre-Seigneur a-t-il dit que le blasphème contre le Saint-Esprit ne pouvait pas se présenter sous uneautre forme ? Je ne le vois pas. En tout cas pour que ce péché revête toute sa gravité, il faut qu'il procède d'une malice spéciale que saint Thomas nous paraît avoir fort bien définie. L'interprétation et l'analyse de M. Mangenot nous semblentinsuffisantes, trop étroites, et saint Thomas, qui n'a point ignoré le texte invoqué par M. Mangenot^ est plus profond quand il enseigne qu'il y a péché et blasphème contre le Saint-Esprit eh tout liomme qui outrage la bonté appropriée au Saint- Esprit.
i.A For. - 23
lettre de son eminbnce le cardinal merry del val, secrétaire d'État, a l'auteur 5-6