‹ Exposition de la morale catholique (volume 5)Chapitre 20 sur 45 · I.A CIIAIUTE · texte numérisé non relu

I.A CIIAIUTE

étonnant que, sur le monde ignorant et blaséj il agisse pur cette vertu avec tant d'efiicacité.

Enfin, Mosieurs, quand la Charité a offert aux pécheurs l'aumône de ses bons exemples, l'aumône de ses services, elle leur consacre l'aumône de ses prières. Pour qu'une âme passe du mal au bien, il faut que iJieu intervienne, que sa toute-puissance, se déployant, triomphe des résistances de la volonlé obstinée. Dieu seul est assez grand pour changer à son gré les cœurs sans les contraindre. Sa grâce, voilà la force qui brise les résolutions les plus tenaces et qui transforme en saints les hommes les plus insensibles. Mais Dieu vient au secours de ceux qui unissent la prière aux œuvres de la sainteté et du dévouement. 11 écoute avec une extrême attention les suppliques d'amis qui lui prouvent leur attachement parles actes généreux de leur vie. La prière, pénétrée par les traits d'une charité qui s'afiirmede toutes les manières, exerce sur le cœur du l'ère céleste un empire presque souverain. Sainte Monique, en même temps qu'elle exhortait son tils à modifier sa conduite, en môme temps qu'elle s'efforçait de l'attendrir par les manifestations de son dévouement maternel, répandait pour lui, devant Dieu, des prières baignées de larmes Un évoque, la voyant impatiente et navrée, lui dit : « Laissez-le faire, contentez -vous de prier pour lui (1). » Elle pria, et sa prière obtint ce que

(1, Confessions, Lîv. JIl, ch. mi.

n'avaient obtenu ni ses remontrances, ni son dénouement. « Dieu des miséricordes, s'écrie saint Augustin dans sa gratitude, pouviez-vous mépriser le cœur d'une veuve chaste et mortitiée, prodigue d'aumônes, honorant et servant vos saints, fidèle chaque jour à l'oblation de L'autel, venant assidûment matin et soir dans votre église, non pour nouer de frivoles entretiens ou des bavardages inutiles avec des femmes, mais pour écouter votre pa-role et vous faire entendre ses prières? Mon Dieu! ces larmes qui réclamaient de vous, non pas de l'or, de l'argent, ou quelque autre bien fragile et éphémère, mais le salut de son fils, les pouviez-vous mépriser (I)? » La victoire que remporta sainte Monique, Messieurs, vous la remporterez par des prières émanées de la Charité. Dieu mettra sa toutepuissance à votre disposition, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, et remuera les libres des consciences dont vous désirez la conversion. Si aucun signe extérieur ne venait vous rassurer, si, jusqu'au dernier moment, les âmes qui vous sont chères paraissaient résister à l'attrait du bien et du devoir, je vous interdirais encore de douter. Entre Dieu et les âmes, il est des mystères de miséricorde qui nous échappent, leur consolante réalité ne dépend pas de notre constatation. La Providence réserve pour l'autre monde ses plus vives consolations. Dans la

(1) Ibid., Liv. V, ch. ix.

patrie nous verrons se dissiper les ombres qui nous inquiétaient sur la terre et nous apprendrons que la fécondité des exemples, du dévouement, des prières vivifiées par la Charité, passe nos espérances.

Efforçons-nous donc, Messieurs, non seulement de secourir les pauvres, non seulement d'instruire les ignorants, mais encore d'arracher aux passions les pécheurs que l'enfer veut damner. Par la compassion, par des avertissements fraternels, par de prudentes corrections, par un généreux appui, par nos exemples, nos services et nos prières, essayons d'affranchir nos frères du plus grave de tous les maux : le péché. S'il est bon d'empêcher ceux qui ont faim, ceux qui ont soif, ceux qui sont nus, de mourir de misère et de froid, il est meilleur encore de réhabiliter les consoiences avilies. Si Dieu récompense un verre d'eau donné en son nom, quelle gloire n'accordera-t-il pas à ceux qui auront offert aux âmes la coupe de la lumière et de la vertu?Quel accueil ne ménagera-t-il pas aux apôtres qui en les ramenant dans ses bras auront assuré le retour des enfants prodigues et des brebis égarées?

A l'imitation de leur Maître, Jésus-Christ, les saints accomplissaient toutes les œuvres de miséricorde. Pleins de sollicitude pour les détresses du corps, ils montraient plus de zèle encore pour le salut des âmes. Ils passaient au milieu de leur génération, prodiguant les aumônes adaptées au

besoin de chacun, ils étaient la Providence des infortunes physiques, intellectuelles, morales. Marche/; sur leurs pas et vous aurez observé intégralement les préceptes de la miséricorde et de la charité. Ainsi soit-il.

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