LES CONFÉRENCES
NOTE 1, p. 15.
Saint Thomas, en divers enlnii-; de ses œuvras, indique clairement cette première joie causée par la présence de ! être aimé, par l'union de l'être aimant à l'être aimé, par le bénéfice et l'accroissement que l'être aimant trouve dans ses rapports avec l'être aimé. Il dit (la II®, q. xxxii, art. 3, al 3»m) : « Tout être aimé devien t un principe de délectation pour l'être aimant parce que l'amour unit le second au premier. Omne enim amitiDii fit delectahile amxnfi. eo quoi amorest quaedam unio, vel connaturalitas amantis ad amatunt. »
Il dit (IaIIœ, q. xxvur, art. 3, ad 3um), appliquant sa doctrine à la charité : » On pout trouver une joie sp irituelle dans la bonté divine... dins la mdsure où l'on arrive à la partager. Dî Dto polest esse spirituelle gaudiumsscundum quod gaudemus de bono divina, proiit a nobisparticipatur. »
NOTE 2, p. 17.
Le saint Docteur prouve la vérité de sa doctrine en montrant que l'être aimant, par son union avec l'être aimé, se dilate, s'agrandit, devient plus ample et puise sa joie dans cette dilatation, dans cot agrandissement. a Ad deleetationem vero pertinet dilatatio, in quantum aliquidin seipso ampliatur, ut quasi capacius reddatur. » (Iailœ, q. xxxm, art. 1, ad lum.)
NOTE 3, p. 19.
La joie qui vient de la part que nous prenons du bien divin résulte de l'espérance et de la charité, bien que la perfection de cette joie se mesure à la charité. « Secun-
dum gaudium procedit eiiam ij/sa ex spe, pet quam
exspeclamus divini boni fruilionem, quamvis eiiam iji.su frui/io vel perfecla, vel imperfecta, secundum memuram charitatis obtineatur. » (IIa II11-', q. xxvm, art. 1, ad :{""'.)
La joie qui naît de la contemplation de Dieu considéré en lui-même et directement est supérieure et plus essentielle que la joie retirée de notre participation au bien divin, car Dieu est plus grand considéré en lui-même et tel qu'il est que dans la participation que nous en assurent l'espérance et la charité. En outre, cette joie est plus pure, plus désintéressée, eM? appartient plus rigoureusement à la charité. La charité est, en effet, essentiellement un amour de bienveillance. Or le propre de la bienveillance et de l'amitié est de se réjouir pardessus tout du bonheur et de la perfection que possède et que garde l'être aimé. « Et hoc secundum (gaudium) maxime périme t ad amorem benevolenlice, per quem aliquis gaudel de amico prospère se habente, eiiam si sit absens. » (IIa Ilœ , q. xxvm, art. i.j Cependant ces deux joies influent lune sur l'autre comme les deux amours (concupiscence et bienveillance) qui en sont le principe « Augetur primum gaudium ex materia secundi, scilicet, tali prsesentia Dei in anima, dum in sanctification*' ta divini nominis, in regnum Dei, in voluntatis divinse expletionem retorquetur. » (Cajetan. Ia II86, q. xxvm, art. 1.)
Cette explication de Cajetan nous fait comprendre pourquoi saint Thomas dit que la joie issue de la contemplation de Dieu considéré en lui-même vient principalement de la charité. « Hoc procedit principaliterex charitate. » (llallœ, loc. cit., ad 3um.)
NOTE h, p, 24.
Les Latins avaient, pour désigner les diverses nuances de la joie, une quantité de mots dont notre langue n'a pas les équivalents.
Le mot delectalio s'appliquait aux satisfactions des sens. Il équivaut à peu près à ce que nous appelons la jouissance. Le mot gaudium s'appliquait de préférence aux satisfactions de l'âme. Le mot français joie le traduit assez exactement. Ce mot jucunditas indiquait une certaine inten lié de joie, s'exprimant par des mots
et par des signes. « Jucunditas diciiur a spiritualibus signis, veleffechbus hvtitise, cum intensione gaudii, scil. in dictis vel faclis. » (Ia llœ, q. XXXI, art. 3, ad 3"U1.) Le mol. ln-litia impliquait, une dilatation du cœur, dilatation intérieure. « Lsetiiia imponiiur a dilalatione cordis (1° IIœ, q. xxxi, art. 3, ad 3"'"), sccundum quod ipse affeclus dilalatur quasi [roboralus et perfectus ex appelibili cognitione. » (IV, Senl. Dist. L1X, q. m, art. 1.)
Le mot exultatio se rapportait aux signes extérieurs de la dilatation intérieure. « Exultatio [imponiiur) ab exlerioribus signis dilatationis interioris (Saint Thomas, de Veritate, q. xxvi, art 4, ad 5"m), /x hoc quod interius gaudium ad exteriora prodit. quod ex magniludine gaudii interioris contingit. » (IV, Senl. Dist. LlX,q. 3, art. 1.) Le mot hilantas enfin visait les manifestations de la joie sur le visage. « Hilaritas secundum ivimutaiionem vvl • tus. » (De Verit., q. xxvi, art. 4, ad 5,,ra.) Cf. III, Sent. Dist. XXVI, q. 1, art. 3.
NOTE 5, p. 28.
Saint Thomas (Ia II-P, q. xxxi, ait. 5) compare les joies spirituelles aux joies sensibles II montre la supériorité des premières sur les dernières, puis il explique pourquoi, trop souvent, celles-là agissent moins sur nous que celles-ci. Qu'on se reporte à cet article du saint Docteur, si l'on veut comprendre en même temps la nécessité où nous sommes de préférer les joies spirituelles aux joies sensibles et l'empire dangereux des joies sensibles dans notre vie. (Cf. P. Pègues, Somme théologique.) Albert le Grand [in Evang. Joan., xv, t. VII, p. 180-188, 12; xvi, 20) a écrit sur ce même sujet des pages pleines de suavité. «Il n'y a rien, dit-il d'abord, de si profond dans le cœur que l'amour, Nihil ila profundatur in corde ut amorl; et il n'y a aucun amour si profondément gravé dans le cœur que l'amour de charité, Ille enim plus profundatur. »
Partant de là, le Maître compare la vanité, la turpitude, le mélange, l'instabilité des joies qui viennent des amours humains, à la plénitude, à la vérité, à la beauté, à la pureté des joies qui viennent de l'amour divin. Nous renvoyons à ces commentaires du Bienheu-
ivux, en nous contentant de citer ces belles et poétiques paroles : « La joie des mondains est pleine de mélange et d'impureté. A l'intérieur, ils n'ont aucun motif de joie; à l'extérieur, ils ne goûtent qu'une joie trompeuse. Ils ressemblent au condamné qui, marchant à la mort à travers les Heurs oublie dans les charmes du chemin l'horreur du supplice qui l'attend.» [In Etang. Joannis., c;ip. xvi, 20.)
AO'IE G, p. 3-2.
11 importe de toujours rappeler que les fruits de la charité sont, comme la charité même, d'ordre divin et surnaturel, que la joie, que la paix, que la miséricorde, etc., sont une participation delà joie, de la paix, de la miséricorde exclusivement naturelles à Dieu. C'est ce qui fait dire à saint Paul que la paix issue de la charité dépasse toutes r os appréciations. « Qlisc exsuperat omnem sensum. »
NOTE 1, p. 43.
Voici, d après le P. Pégues (Somme théologique, t. VIII, p. 372-373 ,i, la pensée de saint Thomas: «La perfection de la joie devient la paix. Et cela, sous un double rapport. Premièrement quant au repos qui exclut les causes extérieures de trouble. Celui-là, en effet, ne saurait jouir pi inrment du bien-aimé, qui est troublé du dehors dans la jouissance qu'il en a; et, pareillement, celui qui a son cœur pleinement apaisé dans la possession de son bien ne peut être en rien troublé par ce qui est au dehors, car tout le reste est par lui estimé comme rien. C'est ce qui faisait dire au Psalmisle, ps. CXVIII (v. 165) : « Une paix profonde est la part de ceux qui aiment « la loi; et il nest point pour eux d'objet de scandale», c'est-
à-dire qu'aucune perturbation extérieure ne les empêche de jouir de Dieu. Secondement, quant à l'apaisement de toute Iluctuation dans le désir. Car celui-là ne jouit point parfailement d'une chose à qui celte chose ne suffit pas. Or ces deux choses-là sont comprises dans la paix; savoir que nous ne soyons troublés par aucune cause extérieure ; et que tous nos désirs se reposent en un seul bien. »
NOTE % p. 45.
Saint Augustin a été très préoccupé du rôle do l'ordre dans le règne de la paix II a déterminé ce rôle en s'élevant peu à peu des sphères les plus inférieures aux sphères les plus hautes. « La paix du corps, dit-il, est l'ordre des éléments qui le composent; la paix de l'âme irra.isonnable est le repos bien ordonné de ses appétitsla paix de l'âme raisonnable, l'accord bien ordonné de la connaissance et de l'action; la paix du corps et de l'Ame, la vie et la santé bien ordonnées de l'être animé; la paix de l'homme mor'.el et de Dieu, l'obéissance bien ordonnée dans la foi sous la loi éternelle. La paix des hommes, c'est l'union dans l'ordre; la paix domestique, c'est, entre les hôi es du même foyer, l'union et l'ordre du commandement et de l'obéissance; la paix sociale, c'est, entre les citoyens, l'union et l'ordre de l'autorité et de la soumission ; la paix de la Cité céleste, c'est l'ordre parfait, c'est l'union suprême dans la jouissance de Dieu, dans la jouissance mutuelle de tous en Dieu. La paix de toutes choses, c'est la tranquillité de l'ordre. » (Cité de Dieu, xix, 13.)
NOTE 3, p. 49.
Saint Augustin dit encore : « Pax ferfecta bonam voluntatem consequilur. Gloria enim in exclsis Deo, ci in terra pax hominibus lon;e voluntatis. La paix parfaite suit la bonne volonté. Gloire à Dieu dans les hauteurs, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté. » Mais la volonté des hommes est bonne quand elle est conforme à la volonté souverainement et essentielle-
308 LA. CIIAH1TÉ
ment bonne qui est la volonté divine. Donc la paix exige elomporte ce! élément d s I ordre qui est l'obéissanc • de la volonté humaine à la volonté divine. (Pvoposit. ex Epist. ad Rom. expositio, xm-xvii )
NOTE 4, p. 50.
Pour que l'ordre et la paix qui en découlent soient sauvegardés, il faut que tout l'être créé soit subordonné à la volonté du Créateur. Pour bien des hérétiques, l'ordre était suffisant lorsque l'esprit était soumis à Dieu, il n'était pas nécessaire que la chair et les sens fussent soumis à l'esprit. Même, au dire des manichéens, la chair, essentiellement mauvaise, était nécessairement vouée au mal et eu contradiction et en guerre avec l'esprit. Cette conception est bien différente de la conception chrétienne telle que l'exprime saint Augustin quand il dit : a La paix existe là où il n'y a plus de contradiction, où rien ne résiste, où l'opposition a disparu. Pax quid est ? Ubi nullum bellum est ? Quid ubi nullum hélium estï. Ubinulla est eoatradictio, ubi niliil resistit, nihil adversum... Nondum est ev/o pax, ubi pugna est. (Enarr. inPs.8't, X.)
NOTE 5, p. 5i.
Que Ion remarque ces deux degrés de la pacification de l'âme : le premier qui implique le repos du désir, c'est-à-dire l'orientation ferme de tout le désir vers un seul et môme objet, le second qui implique la tin du désir dans le parfait rassasiement qu'entraîne la possession de cet objet. Que l'on remarque enfin que la possession de Dieu commence sur la terre par l'espérance et par la charité et que, dans la mesure où celte possession est envahie par la lumière et par les douceurs de l'éternité, on partage le bonheur des élus et la paix qui est la perfection de ce bonhear.
NOTE 1, p. 74.
Il faut bien se le rappeler, la prospérité sociale dépend de toutes les vertus. Vouloir demander à l'une de celles-ci, à l'exclusion des autres, les services qui ne peuvent être rendus que par l'action de toutes, c'estcourir à un échec certain. Une société ne peut vivre en paix que grâce à la foi, à l'espérance, à la charité, à la prudence, à la justice, à la force, à la tempérance. Ces sept vertus, qui renferment toutes les autres, sont les sept agents nécessaires et prédestinés dont les sociétés qui veulent évoluer ea paix ne sauraient se, passer. Supprimer l'une ou l'autre, c'est briser un ressort et rendre impossible le bon fonctionnement de l'organisme.Les vertus ne se nuisent pas, loin de là. Elles ne peuvent se séparer sans que leur œuvre bienfaisante soit mutilée. Si la charité joue un rôle prépondérant dans la pacification sociale, c'est que d'abord elle a par elle-même une fécondité propre, une fécondité qui n'a point d'égale, c'est ensuite qu'elle communique à toutes les autres vertus leur dernière perfection. Ceux qui prétendent apaiser tous les conflits sociaux par la justice ne réfléchissent pas que, sans la charité, la justice est insuffisante; ils ne réfléchissent pas que, sans la charité, la justice ne s'exercera qu'imparfaitement. Nous avons dit que la charité est une amitié supérieure. Or, Aristote qui ne connaissait que l'amitié naturelle a écrit . « On pourrait mémo aller jusqu'à dire que c'est l'amitié qui est le lien des Etats, et que les législateurs s'en occupent avec plus de sollicitude encore que de la justice. La concorde des citoyens n'est pas sans ressemblance avec l'amitié; et c'est la concorde, avant tout, que les lois veulent établir, comme elles veulent, avant tout, bannir !a discorde qui est la plus fatale ennemie de la cité. Quand les hommes s'aiment entre eux, il n'est plus besoin de justice. Mais ils ont beau être justes, ils ont encore besoin d'amitié, et ce
qu'il y a sans contredit de plus juste au inonde, c'est, la justice qui s'inspire de la bienveillance fit de l'affection. » Morale à Nicomaque (Liv. VIII, ch. n, § l. Trad. B, Saint-Hilaire. Cf. saint Thomas, ibid„ Lect. I .
NOTE 2, p. 70.
Sur la question du salaire familial, je ne connais rien de supérieur aux notes qu'a laissées le P. Schwalm et qui ontété imprimées en deux volumes intitulés : Philosophie sociale. (Cf. tome Ier, p. 337-348; tome II, p. 190- 208.)
Le P. Schwalm répond successivement aux arguments d'autorité et aux arguments philosophiques invoqués par les partisans du salaire familial.
Les arguments d'autorité sont surtout empruntés à l 'Encyclique de Léou XIII, de Conditwne Opificum, à la réponse que fit le cardinal Zigliara à la consultation de l'archevêque de Malines, à divers théologiens et en particulier à Lugo
Les arguments de raison sont tirés des notions de travail et de salaire.
Le P. Schwalra réfute, tr^s victorieusement à mon avis, ces raisons et ces arguments d'autorité. Son exégèse des textes et sa logique sont serrées, claires et précises. Il analys» M il définit des mots, qui, pour beaucoup, demeurent vagues et sujets à des confusions fatales à la saine doctrine . tels les mots de travail, de salaire, de justice générale, de justice légale, de justice commutative.
Il dit avec raison que le rapport du salaire à la famille n'est :
« 1° Ni de l'essence du salaire ;
« 2° Ni de ses propriétés essentielles;
« 3° Ni l'un de ses effets propres. »
11 dit non moins exactement que le salaire • doit être égal à la valeur technique du produit », du travail. Le P. Sehwaim détermine le sens de cette expression : « la valeur » du travail. Il explique comment, le travail vaut pour l'ouvrier parce qu il assure sa vie, parce que ce travail doit [exjustitia naturali) rapporter à l'ouvrier
ce qui est nécessaire à sa subsistance. Mais il faut entendre celte doctrine «des besoins personnels de l'ouvrier», non des besoins que lui ajoutent ses charges de famille. (Cf. op. cit., T. II, p. 145-149.)
Ce qui permet au P. Schwalm de conclure {ibid.y p. 198; : « Le salaire doit correspondre aux besoins personnels, — oui.
« Le salaire doit correspondre aux besoins familiaux, — non. »
On dit : Fonder et entretenir une famille est un besoin personnel de l'ouvrier.
Le P. Schwalm répond : « C'est un besoin personnel de la fonder, — oui. »
Il faudra donc que le salaire soit suffisant pour que l'ouvrier puisse se monter en ménage. En cela, novs admeitonn! un certain élément familial initial dans le salaire.
«C'est un besoin personnel de l'entretenir, — non. C'est le besoin, non de la personne de l'ouvrier, mais de plusieurs autres personnes, sa femme et ses enfants. » (p. 198.)
Après avoir signalé les raisons doctrinales, les inconvénients et les impossibilités de fait qui militent contre la théorie du salaire familial, le P. Schwalm remarque que les adversaires de cette théorie ne déterminent peut être pas « assez ex piopriis les raisons d'humanité et de charité du supplément familial » (p. 205).
Je ne puis m'étendre davantage. Je renvoie mes lecteurs au livre du P. Schwalm.
Mon but dans ma conférence était de prouver que la charité était seule capable d'établirle règne de la paix sociale, que la justice, sous ses diverses formes, ne suffisait pas à cette œuvre.
Léon XIII, le 19 décembre 1891, rappelait opportunément que la justice, que l'humanité, que la charité, jouaient un rôle nécessaire dans la pacification sociale.
Le Pape, dans son discours, disait : « Nous avons dit qu'il fallait Unir pour certain que la question ouvrire et sociale ne trouvera jamais sa solution vraie et pratique dans les lois civiles, même les meilleures. » Il proclamait ainsi l'insuffisance de la justice générale
û'12 LA CHARITÉ
réduite à ses propies forces. 11 ajoutait : « Cette solution est, de sa nature, liée aux préceptes de la parfaite juslice, qui réclame que le salaire répende adéquatement au travail. » 11 déclarait ainsi la nécessité de faire intervenir la justice ce mmutative dans les rapf orts sociaux. Enfin le Pontife parlait de la charité : « De plus, cette question réclame le concours de la charilé. qui va au delà de la justice et rappelle la cemmune dignité de la nature humaine, relevée encore par la rédemption du Fils de Dieu. » Cette harangue de Léon X11I résume ce que nous avons aouIu enseigner du rôle de la justice et de la charité dansla pacification sociale.
NOTE 3, p. 77.
J'insiste sur les modifications graves que peuvent apporter les circonstances à l'application des principes énoncés dans la note précédente.
Dans les rapports sociaux du patron et de l'ouvrier, il ne faut pas seulement tenir cempte des besoins de l'ouvrier, mais aussi des ressources du palron ; il ne faut pas seulement tenir compte de la valeur dutravail considéré en soi. mais de l'estime où le tiennent les hommes au moment même où il s'exécute ; il faut tenir compte des hauts et des bas qui se produisent dans les diversesindustries ; il faut tenir compte de Yoflrccl de la demande. Quand un ouvrier se propose pour cinq francs par jour, le patron est-il tenu de lui préférer ceux qui lui en demandent six ? II serait bien difficile spéculalivement, plus difficile encore pratiquement, de lui imposer cette obligation au nom de la conscience.
Il y a dans les rapports créés entre les hommes par la justice commutative une marge morale. Tantôt, par suite des circonstances, le salaiie dépassera les besoins personnels ou même familiaux de l'ouvrier, tantôt il ne suffira pas aux besoins personnels de l'individu, et cela, sans qu'il y ait de la faute de son patron. C'est pourquoi Léon XIII écrivait dans son encyclique Rerum novarum : « Parmi les devons principaux du patron, il faut mettre au premier rang celui de donner à chacun le salaire qui lui convient.
« Assurément, pour fixer la juste mesure du salaire, il y a de nombreux points de vue à considérer; mais, d'une manière générale, que le riche et le patron se souviennent qu'exploiter la pauvreté et la misère, et spéculer sur l'indigence, sont choses que réprouvent également les lois divines et humaines. » Pour fixer raisonnablement et équitablement le salaire, il faut faire appel à la justice qui réclame l'égalité entre le salaire et les besoins généraux du travailleur, mais c'est à la prudence de diriger l'application du principe d'égalité établi par la justice.
NOTE 4, p. 79.
Diverses vertus viennent au secours de la justice et se rapprochent d'elle à divers degrés : c'est l'honnêteté, c'est l'humanité, c'est V amitié, c'est surtout la. charité.
Inspiré par l'honnêteté naturelle, « celui qui retire un bénéfice considérable de ce qu'il perçoit légitimement, peut de son propre mouvement en céder quelque chose au vendeur. » (Saint Thomas, IIa IIe, q. lxxvii, art. 1.)
Cotte honnêteté naturelle, destinée à suppléer à l'insuffisance du salaire dû en stricte justice, n'est pas formellement de la justice, « puisqu'elle accorde ce secours, non en vertu de l'échange pur et simple du travail ouvrier, mais en vertu des profits que le patron tire par lui-même de ce travail. » (Cf. Schwalm, Op. cit. , II, p. 159.)
L'huoianité va plus loin. Ella atteint les autres pour leur être utile, non point par suite d'un échange, mais par suite du sentiment généreux que nous éprouvons en face d'un être qui, homme comme nous, est spécifiquement notre égal, et de fait loin de nous par sa misère.
L'amitié va plus loin encore. Tandis que l'humanité inspire aux supérieurs de secourir leurs inférieurs, l'amitié tend à établir entre eux une sorte d'égalité, une certaine communauté de vie qui permet une certaine communauté de biens.
Enfin la charité couronne et perfectionne ces vertus, a C'est encore trop peu de la simple amitié, dit
Léon Mil (/{crum vomi uni ; si l'on obéit aux préceptes du christianisme, c'esl dans l'amour fraternel que s'opérera l'union. De part et d'autre, l'on saura et l'on comprendra que les hommes sont tous absolument issus de Dieu, leur Père commun; que Dieu est leur unique « I commune foi, et que lui seul est capable de communiquer aux anges et aux hommes une félicité parfaite et absolue; que tous ils ont été rachetés par Jésus-Christ, et rétablis par lui dans leur dignité d'enfants de Dieu et qu'ainsi un véritable lien de fraternité les unit, soit entre eux, soit au Christ, leur Seigneur, qui est le premier né de beaucoup d'autres frères, primogenilus in mullis fratribus. Ils sauront enfin que tous les biens de la nature, tous les trésors de la grâce, appartiennent en commun et indistinctement à tout le genre humain et qu'il n'y a que les indignes qui soient déshérités du royaume des cieux. »
NOTE 5, p. 83.
Saint Thomas traite des rapports des parents et des enfants, dans la Somme, IIa II», q. lvh, art. i. Il conclut que le droit strict et la justice stricte ne règlent pas ces rapports. In rébus humanis fiais est aliquid patris, quia quodammodo est pars ejus... Et ideo patris ad jilium non est comparatio, sicut ad simplkiter alternum. »
Cajetan explique (ibid., art. 3) cette parole du .Maître. Inter patrem et fîlîum, dit-il., nec justum} net injusium simpliciter est; sed quemadmodum inter eos est plus qiunn jus, quia est unitas) ita etiam plus auam injustum, quia est vlol'ilio unitatis, quœ pejor est vwlatione juriê.
NOTE 6, p. 85.
On pourrait dire qu'à certains égards le riche reçoit plus de la charité que le pauvre, car, en échange de son aumône destinée à l'entretien d'une vie inférieure, il reçoit l'aumône des biens spirituels destinés à lui assurer la vie divine et éternelle. Si l'on est d'autant plus humilié que l'on reçoit davantage et gratuitement, le Fiche recevant plus devrait rougir davantage, s'il y avait à rougir.
NOTÉ 7, p. 86.
Rappelons encore ici que la religion et la loi n'ont aucune valeur si elles ne sont pas intérieures, que, par conséquent, nous ne formerions que de faux chrétiens, si nous abusions des services que nous rendons aux pauvres pour les contraindre à penser comme cous et si nous exigions leur assentiment à nos idées pour leur faire du bien. Nous avons le droit et le devoir de les évangéliser, mais c'est en les persuadant que nous essayons de les amènerai! vrai.
NOTE S, p. 87.
La passion de l'égalité mathématique est dans notre pays un des éléments les plus féconds en troubles de toutes sortes. Les classes restent aussi séparées que jamais. Il y a même entre les riches, surtout entre certains riches, dont la fortune dépasse les bornes, et les prolétaires, des abîmes que ne connaissait pas le passé. Si l'on attend, peur établir la paix, que tous les individus soient au même niveau; si Ton attend, pour mettre fin à la guerre sociale, qu'il n'y ait plus de pauvres, on attendra toujours. Aussi, en permettant à chacun de s'élever progressivement en restant tidéle aux lois delà justice, le seul moyen de réconcilier les classes, c'est d'obtenir que tous acceptent leur condition.
NOIE 9, p. 03.
Les catholiques français, par amour de la paix, ont lait tous les sacrifices et se sont condamnés aux plus pénibles concessions. Ce n'est pas eux, certes, qu'on doit accuser du malaise dont nous souffrons depuis trop longtemps, mais ceux qui, oubliant que la paix intérieure est le premier de tous les biens, lui ont préféré leurs intérêts propres.
316 L/i CHAMTÉ
QUATRIÈME COXFfcRENCE
NOTE i,p. 104.
Il est certain que le militarisme, qui subordonne toute la vie d'un peuple aux armements, est une erreur. La nation ne vit pas p3ur son armée, mais l'armée doit vivre pour la nation. Cependant, il est des heures où l'intérêt de la nition se concentre dans la force de l'armée. De cette force dépend le sort d'une race menacée par ses voisins.
Si, en soi, la doctrine du militarisme pèche par excès, la doctrine du pacifisme pèche par défaut, mais non moins gravement. La guerre est un grand mal auquel le monde n'échappera pas, aussi longtemps qu'il sera la proie des passions. Il est donc nécessaire, si l'on veut la paix, de préparer la guerre. En votant les crédits que les sages patriotes réclamaient pour augmenter le prestige de nos officiers et de nos soldats, pour nous assurer l'abondance d 3S munitions, pour développer les progrès de l'art militaire, naval ou aéronautique, nos pacifistes et nas socialistes nous auraient probablement évité l'effroyable fléau dont nous sommes les témoins et les victim is. En tout cas, ils nous auraient permis de prévenir des désastres dus à notre défaut de préparation. — Il est dur, mais il est nécessaire, de souligner leur responsabilité dans les malheurs dont nous souffrons.
Ajoutons-le: par une incohérence incompréhensible, pendantqu'ils prèehent la paix internationale, ils fomentent la guerre sociale, montrant, d ms leurs jugements, une préférence véritable pour les étrangers et une animosité scandaleuse contre leurs concitoyens. Cette attitude estimmDrale et coupable au premier chef, aussi bien à l'égard du droit naturel qu'à l'égard du droit chrétien. Elle renverse l'ordre qui, nous imposant d'aimer tous les hommes et tous les peuples, nous oblige pourtant à préférer aux autres nos proches et notre pays.
NOTE 2, p. 104.
DaQs toute cette conférence, je me suis efforcé de parler de la guerre eu m'iospirant de ce que les Pères de l'Eglise et les grands théologiens ont unanimement enseigné. Saint Augustin, saint Thomas, Gajetan, François de Victoria, Banez, Suarez ont dicté mon discours. Je ne pense pas qu'un juriste, ni qu'un théologien catholique puissent s'élever contre les affirmations qu? j ai empruntées à ces docteurs incontestés. Aussi je ne m'explique pas pourquoi, d'après ce qu'on me dit, certains journaux: étrangers se sont indignés de mes paroles. Si, dans cette conférence ou dans deux autres discours qu'on incrimine, j'ai autorisé des actes contraires au droit naturel ou chrétien; si j'ai condamné d'autres actes qui soient permis par ce même droit, q l'on mu le prouve. Je ne d mande qu'à être mieux éclairé.
Je n'essayerai pas de justifier dans ces notes tous les principes que j'ai invoqués, je me contenterai des quelques réflexions capables d'achever ma pensée, et de préciser tes événementsauxquels j'ai fait allusion et que j'ai condamnés. On ne trouvera ni dans ces notes, ni dans mes discours, un seul mot de hnn). Je dois, en vertu de l'ordre prescrit pir la nature et par la charité, préférer les Français aux Allemands, mais je ne sens aucune haine contre ceux-ci. Quand j'ai su la présence de blessés allemands dans nos hôpitaux, je les ai visités avec une sincère pitié et je leur ai adressé des pa:o'es où ils ont pu reconnaître l'expression d'une charité émue. Dans mes sermons comme dans mes conversations particulières, je me suis toujours prononcé avec énergie coutre l'esprit de vengeance, j'ai toujours répété que no«us n'avions pas le droit de répondre à l'injustice par l'injustice, à la cruauté par la cruauté, que les principes que nous proclamons contre nos adversaires nous jugeraient nous-mêmes.
On adit, parait-il, de l'autre côté du Rhin, que je faisais en chaire du chauvinisme et delà politique. Je réponds que je n'ai pas fait du chauvinisme, mais du patriotisme, que j'ai le devoir de prêcher le patriotisme, comme j'ai
le devoir de prêcher l'amour de l'Eglise et l'amour du lover. Je n'ai pas attendu la guerre pour prendre cette attitude. Pendant le carême de 191 \ quatre mois avant la guerre, je prononçais une conférence sur « l'amour
de la Pairie ».
Je réponds que j'ai le droit de l'aire de la politique en chaire, dans la mesure où l'exige mon ministère apostolique. La politique est une partie importante de la morale; ses aetes, qu'elle soil nationale ou internationale, sont régis par les principes qui régissent la vie individuelle. Toute l'histoire le proclame, l'Eglise s'est beaucoup plus inquiétée de la conduite des princes qui entraînent à leur suite toute une nation que de la conduite des individus qui ne disposent que d'euxm ('mes.
Je ne doute point de la bonne foi des catholiques allemands, mais je crains beaucoup qu'ils soient très mal informés. Quand ils connaîtront les faits dont nous nous plaignons, j'en suis convaincu, ils n'hésiteront pas à les condamner comme nous. Je pense que, dès aujourd'hui, ils sont profondément attristés d'entendre des hommes de leur religion prononcer des paroles comme celle-ci : « Plus impitoyable et plus cruelle est la guerre, plus elle eet humaine. » Ils ont dû déjà rougir de constater qu'un député du Centre osait exprimer le désir « de voir anéantir Londres tout entier », et demander que rien « ne soit épargné, ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards, ni les églises, ni les bâtiments publics ou privés, ni quoi que ce soit des autres propriétés ».
Que diraient les catholiques allemands si nous émettions de pareils principes? Dès lors, comment pourraientils approuver dans les leurs ce qu'à coup sûr ils condamneraient avec indignation en nous? Les 93, dans leur manifeste, nous reprochent d'avoir comparé l'empereur a Attila et ses soldats aux Huns. Mais ce n'est pas nous qui leur avons donné ces noms, c'est l'empereur qui les a choisis pour lui-même et pour ses troupes. Le 27 juillet 1900, en elfei, il adressait à son armée partant pour une expédition cet ordre du jour :
« Soldats, quand vous rencontrerez l'ennemi, vous le
vaincrez. Vous ne forez pas de quartier, vous ne prendrez pas un seul prisonnier, que tout ee qui tombera entre vos mains soit à votre merci ! Faites vous la réputation qu'avaient les Huns et Attila. »
NOTE 3, p. 103.
J'ai l'intention de traiter l'année prochaine, si Dieu le vent, de la guerre dont parle saint Thomas quand il examine les péchés contre la charité. Mais, dès aujourd'hui, il me semble utile de répéter, après tant d'autres, que la force et le droit ne se confondent pas, que l'on ne peut pas moralement tout ce que l'on peut physiquement, que l'emploi de la force doit toujours être réglé par le droit, En conséquence, il n'est permis à aucun peuple, si sûr qu'il soit de sa supériorité et de la victoire, de déclarer la guerre à un autre peuple, s'il n'a pas des raisons graves, s'il n'a pas été offensé gravement dans son honneur ou lésé gravement dans ses intérêts. J'ai dit gravement, car selon renseignement de Victoria (De jure belli, traduction Vanderpol, n" 14), «une violation quelconque du droit ne suffit pas pour que l'on puisse justement déclarer la guerre; on ne punit de pe'iDes très graves, telles que la mort, l'exil ou la confiscation des biens, que ceux qui se sont rendus coupables de fautes très graves : or, la guerre est une peine atroce, et la grandeur du délit doit être la mesure du châtiment : juxta mensuram delicti débet esse plagarum modus. »
NOTE 4, p. 114.
Je ne crois pas, je l'ai déjà dit, à la possibilité pour les nations de vivre dans une paix et dans un accord p rpétuels, mais je crois à la possibilité de diminuer le nombre des conflits qui déchaînent la guerre. On sait, d'un côté, que les Conférences de la Haye n'ont point er péché la plus terrible de toutes les guerres d'éclater. mais, d'aulre part, on peut espérer qu'en prenant plus d'importance et plus d'autorité, ces Conférences réussii ont à prévenir un certain nombre de crises nouvelles.
A'issi les souverains pontifes ont-ils toujours encouragé les congrès et les œuvre-; qui tendaient à régler, au moyen d'arbitres et «le jurys pacfijues, les différends survenus entre les peuples. De tout temps, ils ont pris l'initiative d'institutions destinées à empêcher le heurt des nations parles armes. En 1899, le 4 avril, Léon X i II adressait au Saoré Collège une allocution sur le désarmement général. Le mê ne Pape envoya au comte Moaravievv, à la reine de Hollanb, Wilhefmine, des lettres où il approuvait l'id 'se du Congrès de la paix, etoù il réclamait le droit « d'y coopérer effectivement » en vertu de cette « autorité du ' Pontificat suprême », qui« dépasse les frontières des nations », et a embrasse tousiespeuples afin de les considérer dans la vraie paix de l'Evangile ».
Le il juin 1911, dans une lettre adressée à Mgr Falconio, Pie X « accorde l'adhésion et l'appui de son autorité à ceux qui, très h îupju semant inspirés, coopèrentà cette œuvre ». Il rappelle qu'on ne peut ouvrir cette voieroyale delà paix aux nations que par « l'observance sainte et générale d*s lois de la justice et de la charité ». (Cf. Questions actuelles, t. III, p. 578.)
H est profondément regrettable que de ces Congrès on ait exclu l'homme q ai tient la place de Celui qui est et le Prince et le Dieu de la paix (1).
NOTE 5, p. 114.
Ondes reproches qui atteignent le plus douloureusement les Allemands est celui qu'on leur fait d'avoir brisé les traités qu'ils avaient signés au sujet de la Belgique, et d'avoir violé un territoire neutre. Il s'agit pourtant d'une question morale au premier chef. Si M. Bethmann -Hollweg a le droit de mépriser un traité qui intéresse la fortune et la vie de tout un peuple, au nom de quelle autorité demaniera-t-on aux personnes privées de rester fidèles à leurs paroles, à leurs promesses, à leurs serments, à leurs contrats qui, la plupart du
(I) Au t. III dei Questions actuelles, p. 529, on trouvera indiqués les prin:ipiux documents qui se rapportent aux Congre» de la Pais et à leurs travaux.
temps, ne concernent que des intérêts particuliers et secondaires ? Comment le chancelier a-t-il pu appeler a chiffon de papier » des conventions plusieurs fois renouvelées et au bas desquelles on lit les noms de ses souverains? A la Chambre allemande, le chancelier a d'ailleurs prononcé d'étonnantes paroles où il reconnaît que l'occupation du Luxembourg et de la Belgique est contre le droit des gens, que les Allemands ont été contraints de passer outre aux protestations fondées du Luxembourg et du gouvernement belge, comme si jamais l'on pouvait être contraint de commettre le mal. 11 ajoutait : « L'injustice (je parle franchement), l'injustice que nous leur faisons ainsi, nous ferons en sorte que nous la réparerons aussitôt que nous aurons atteint noire but militaire. » Heureusement, la fin ne justifie pas les moyens. Les Allemands ont assez proteslé ccnlre ce principo qu'à tort, d'ailleurs, ils attribuaient à quelques théologiens catholiques, pour qu il nous soit permis de nous élever contre eux quand ils le prennent pour règle de conduite. En flétrissant la violation du territoire neutre de la Belgique, nous ne voulons pas seulement dénoncer un acte injuste au suprême degré, nous voulons plus encore stigmatiser l'erreur par laquelle on prétend le justifier, à savoir, qu'il est licite de mettre l'intérêt au-dessus de la morale et de manquer à la parole donnée. Si cette erreur prévalait, il n'y aurait plus aucune sécurité dans les rapports des hommes avec les hommes, des peuples avec les peuples.
Je suis à l'aise pour écrire ces lignes, car je répète ce qu'ont dit les moralistes et les honnêtes gens de tous les siècles. Je suis à l'aise, car Benoît XV, dans son allocution du 22 janvier 1915, a prononcé ces paroles : «Quant à proclamer qu'il n'est pas permis à personne, pour quelque motif que ce soit, de léser la justice, c'est sans doute, au plus haut point, un office qui revient au Souverain Pontife comme à Celui qui est constitué par Dieu l'interprète suprême et le vengeur de la loi éternelle. Et nous le proclamons sans ambages, réprouvant hautement toute injustice de quelque côté qu'elle ait été commise. »
Benoit XV n'était qu'un écho fidèle de Pie IX qui
d'avance condamnait la doctrine et la conduite de .M. Bethmann-Hollweg en condamnant cette proposition,
la 64* du Syllabus : « La violation des serments les plus sacrés et toute action même criminelle et scélérate et opposée à la loi éternelle, non seulement n'est point blâmable, mais elle est tout à fait licite et digne des plus grands éloges, quand elle est inspirée par l'amour de la Patrie. »
Enfin dernièrement, le Saint Père, par l'intermédiaire de son Secrétaire d'Etat, le cardinal Gasparri, a appliqué son enseignement à l'acte de M. Bethmann-Hollweg. Voici, en effet, un premier extrait de la lettre que le cardinal Gasparri adressait, le 0 juillet dernier, à M. van den Heuvel, ministre de la Belgique au Vatican :
« 1. Relativement à la neutralité de la Belgique^ je dois
confirmer à Votre Excellence, de la manière la plus caté-
orique, que le Saint Père n'a pas donné à M. Latapie la
éponse que celui-ci a osé imaginer et relater dans son
aiticle.
« Voici la vérité à ce sujet :
« Le chancelier de l'empire allemand. M. de Bethmann- Hollweg, a déclaré ouvertement, le 4 août 101 \, en plein Parlement, qu'en envahissant le territoire belge l'Allemagne violait la neutralité de la Belgique, contrairement aux lois internationales. D'ordinaire, dans les conflits actuels, une partie accuse, l'autre nie, et le Saint- Siège, qui ne peut faire la lumière au moyen d'une enquête, se trouve dans l'impossibilité de se prononcer. Dans le cas présent, au contraire, le chancelier allemand a reconnu que l'invasion de la Belgique était une violation de la neutralité, contraire aux lois internationales, quoiqu'il la déclarât légitimée par la nécessité militaire. L'invasion de la Belgique se trouve, par conséquent, directement comprise dans les paroles de l'allocution consistoriale du 22 janvier dernier par lesquelles le Saint Père réprouve hautement toute injustice de quel</ue côté et pour quelque motif qu'elle soit commise. Dans l'intervalle, il est vrai, l'Allemagne a publié quelques documents de Tétat-major belge dont elle s'est prop de tirer la preuve qu'antérieurement à la guerre, !a Bel-
giquc avait manque aux devoirs de la neutralité H que, parlant, celle-ci n'existait plus au moment de l'invasion. Il n'appartient pas au Saint Père de trancher cette question historique, et pareil jugement n'est pas nécessaire à son but. Même si on admettait le point de vue allemand, encore resterait-il toujours vrai de dire que l'Allemagne, de l'aveu du chancelier, pénétra dans le territoire belge avec la conscience d'en violer la neutralité et, par conséquent, de commettre une injustice. Cela suffit pour que cet acte doive être considéré comme directement compris dans les termes de l'allocution pontificale. »
J'en ai dit assez pour établir le droit que j'avais d'appeler injustice la violation de la neutralité belge. Et il me semble que les honnêtes gens du monde entier sont tenus de flétrir en principe et en fait un acte que le pape déclare injuste, que M. Bethmann-Hollweg luimême a reconnu être une injustice et contraire au droit des gens.
Par contre, je n'ai fait que delà morale, que de la religion, quand j'ai applaudi la Belgique préférant tous les sacrifices à la trahison de la parole donnée. Elle a été le témoin et le martyr de la justice; son roi, selon l'expression du cardinal Mercier, « est dans l'estime de tous, au sommet de l'échelle morale ».
NOTE 6, p. 122.
Dans cette page, j'ai fait allusion aux excès commis par les Allemands que je n'ai point nommés pourtant. Je me suis contenté d'énumérer un certain nombre de crimes que la morale naturelle et chrétienne réprouve. Je n'ai pas prétendu que les Allemands les eussent tous commis. Ils en ont cependant commis. 11 est incontestable que le gouvernement français a traité royalement l'ambassadeur d'Allemagne, M. de Schœn ; que le gou • yernement allemand a traité d'une façon odieuse M. Cambon et la légation française à Berlin. Il est incontestable que l'armée allemande a brûlé la bibliothèque de Louvain, qu'elle s'est acharnée et qu'elle s'acharne encore sur les cathédrales d'Arras et de Reims, qu'un
324 'la charité
dimanche, le 11 octobre lîili, ses avions ont jeté des bombes incendiaires sur Notre Dame de Paris. Il est incontestable que les Allemands ont assassiné et martyrisé en Belgique et en France un grand nombre de prêtres innocents et désarmés, plus de quarante pour la seule Belgique, et nous ne savons pas encorecombien pour la France. Ces prêtres ont eu souvent, avant d'être exécutés, à subir les violences les plus cruelles et les outrages les plus révoltants. Il est incontestable que les soldats allemands et leurs chefs ont entravé le ministère apostolique du cardinal Mercier, qu'ils ont usé, avec les vénérables évèques de Namur et de Tournai, de procédés indignes 1). Il est incontestable qu'un certain nombre d'otages et de prisonniers ont été injuriés sur leur passage par la population allemande, que dans les camps on leur a souvent refusé le respect que l'on doit à des êtres sans défense, qu'on ne leur a donné dans divers endroits qu'une nourriture répugnante et insuffisante. Dernièrement, un curé du diocèse de Beauvais, digne de toute confiance, m'a raconté comment, pris en qualité d'otage avec quarante de ses paroissiens, il avait été, durant tout son voyage forcé en Allemagne, obligé de paraître à la portière pour être grossièrement insulté à chaque gare par la population. A Cassel, où il fut évacué, il fut particulièrement tracassé, molesté par les officiers allemands et soumis à un régime alimentaire que ne purent supporter plusieurs de ses paroissiens qui en moururent. Je ne doute point que, dans bien des endroits, les blessés, les otages et les prisonniers n'aient été traités humainement, mais dans beaucoup d'autres, il n'en a pas été ainsi.
Il est incontestable que les arguments invoqués par les Allemands ne suffisent pas à justifier leurs cruautés, ni leur mépris des lois de l'humanité. La plupart sont invoqués à tort, car il est faux que les prêtres aient tiré ou excité les civils à tirer. Tout le monde connaît les protestations à ce sujet des évêques belges et français. 11 est faux que les Alliés aient établi des postes d'observation sur les cathédrales. Quand même quelques
(1) Mgr de Tournai en est mort.
civils auraient tiré sur les Allemands, ce n'était pas uue raison pour massacrer des innocents.
Non seulement les habitants des pajs envahis se sont indignés de la conduile des Allemands, mais des hommes distingués des nations neutres, tels M. Maccas, doctcuren droit de l'Université d'Athènes, M. Priïm, chef du parti catholique luxembourgeois, tels des citoyens américains, suisses, hollandais ou espagnols, ont élevé la voix contre les procédés de nos adversaires (1).
Les faits sont d'autant plus graves que plusieurs Allemands considérables par leur situation ont osé les déclarer légitimes, ce qui engage une question doctrinale et non plus seulement une question historique. 1 Qu'aurait pensé de l'Eglise le monde chrétien si elle s'était tue ? Elle est la grande gardienne des principes de justice et d'humanité, elle devait protester pour flétrir des excès nombreux et inexcusables et pour empêcher de s'implanter dans les sociétés les erreurs à l'aide desquelles on essayait de les justifier Elle l'a fait par ses chefs et par ses ministres qui, défendant les Alliés contre les fureurs allemandes, défendent aussi les Allemands contre les représailles auxquelles ilss'exposaient de la part des Alliés. Les archevêques de Paris, de Reims, de Malines, d'Albi, les évêques de Liège, de Namur, de Nancy, de Soissons ont dénoncé les cruautés dont les diocèses français ou belges avaient tant souffert.
Les prédicateurs chargés par les évêques de répandre la parole de Dieu, les écrivains catholiques ont fait écho à leur voix. En nous comportant de cette sorte nous ne sommes point sortis de notre vocation, nous y sommes restés fidèles. La plus haute autorité du monde, le Pape Benoît XV, s'est prononcé lui-même sur les faits et sur les principes. Le 22 janvier 1915, il parlait déjà de cette guerre d'autant plus à craindre que la violence dans l'attaque y dépasse toute mesure. 11 ajoutait : « Nous faisons ici appel au sentiment d'humanité de ceux qui ont franchi les frontières des nations adverses pour les conjurer
(1) Cf. Les cruautés allemandes, par Léon Maccas. La convirsion d'un catholique germanophile Lettre ouverte de M. Emile Prtitnà M. Matthias Erzberger, par René Jouannkt.
que les régions envahies ne soient pas dévastées plus qu'il n'est strictement exigé par les nécessites de l'occupation militaire, et, ce qui importe davantage encore, qu'on ne blesse pas gratuitement les habitants en ce qu'ils ont de plus cher, comme les temples, les ministres de Dieu, les droits de la religion et de la foi. »
Bien plus, le Pape applique, par l'intermédiaire du cardinal Gasparri, son allocution à divers excès des Allemands. Voici la seconde partie de la lettre du cardinal à M. van den Heuvel :
« II. Relativement au cardinal Mercier. — M. Latapie attribue au Saint Père les paroles suivantes : « Je vais « vous étonner. Le cardinal Mercier n'a jamais été «arrêté; il peut circuler comme il l'entend dans son « diocèse. » Si M. Latapie avait voulu être exact, il aurait dû parler comme ceci :
« Le cardinal Mercier n'a pas, en fait, été arrêté, si l'on prend ce mot dans son sens propre. Le Saint-Siège fut induit à le croire et, pour cette raison, il se hâta de protester par une note officielle adressée au ministre de Prusse, le 10 janvier dernier. Mais depuis, il dut reconnaître que cette protestation n'était pas fondée en tant qu'elle concernait une arrestation proprement dite du cardinal Mercier.
« L'éminent cardinal fut-il au moins détenu ou retenu ou gardé dans son palais a piantonato »? Le matin du A janvier dernier, M. von Srempel, aide de camp du gouverneur général de Bruxelles, apporta une lettre du gouverneur au cardinal Mercier; il avait l'ordre d'attendre la réponse. A bon droit le cardinal se réserva la faculté de répondre plus tard, vers la soirée, afin d'avoir le temps de la réflexion. Malgré l'invitation pressante mais courtoise qui lui fut faite par le cardinal de s'éloigner et de revenir ensuite prendre la réponse, l'officier resta au rez-rle-chaussée du palais archiépiscopal, gardant son automobile dans la cour. Vers l'heure du déjeuner il se rendit en ville. Révenant ensuite dans l'après-midi il prit la lettre et partit. Tel est plus ou moins le fait. Si on veut l'appeler détention, rétention « /lianlunamento », pau importe au S;ùnt-Si<\i,re; ce qui est certain c'est que le Saint-Siège, mis au courant de ce qui était arrivé,
ne manqua pas de faire ses observations au minisire de Prusse.
« Il est indéniable que l'on n'a pas toujours usé envers le cardinal Mercier des égards qui sont dus à un prince de l'Eglise, qu'on ne lui laissa pas toujours la liberté à laquelle il avait droit pour l'exercice de son ministère épiscopal. Et chaque fois, le Saint-Siège, gardien jaloux de l'honneur et des droits de l'épiscopat et spécialement du Sacré-Collège, n'a pas manqué d'attirer sur ces faits l'attention du gouvernement allemand, suivant la manière la plus appropriée aux circonstances, d'autant plus qu'il s'agissait d'un cardinal aussi docte et saint que l'archevêque de Malines.
« A cet égard, il est opportun de rappeler que, dans la matinée du 3 janvier, journée de dimanche, un télégramme du gouvernement invitait le cardinal Mercier à ne pas se rendre dans l'après-midi à Anvers, où il devait présider une cérémonie religieuse à la cathédrale. Son Èminence avait déjà décidé de ne pas aller à Anvers, mais elle considéra à bon droit l'invitation reçue comme un acte lésant la liberté de son ministère pastoral. Aux remontrances du Saint-Siège, le ministre de Prusse répondit que l'invitation ou la prohibition était due à des motifs d'ordre public, commandés par les circonstances spéciales du moment.
« Il est à noter que si tous les évêques de Belgique, placés en dehors de la zone de guerre, pouvaient librement circuler dans leur diocèse, l'éminent cardinal Mercier avait, en raison de sa haute dignité, obtenu un permis de libre circulation, même en dehors de son diocèse, exception faite de certains points désignés comme zone des opérations militaires, points pour lesquels on exige de tous, y compris les membres du corps diplomatique, un permis spécial. Le susdit permis lui ayant été retiré, le Saint-Siège adressa des réclamations au gouvernement allemand, et celui-ci restitua immédiatement au cardinal Mercier le privilège de libre circulation dont il jouissait auparavant.
« Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici que le Saint-Siège s'est vivement intéressé an sort des suH'ragants du cardinal, les évêques de Belgique. Pour ne pas
élargir trop le cadre de cet exposé, qu'il suffise de dire que la nonciature apostolique protesta auprès du gouverneur général contre les mauvais traitements dont furent l'objet les évoques de Tournai et de Namur; après la prise d'Anvers, elle demanda une protection spécialement bienveillante aussi bien pour le cardinal que pour les évèques de Gand et de Hruges; à plusieurs reprises, le personnel de la nonciature se rendit en diverses villes pour visiter les évêques et leur demander s'ils n'avaient besoin de rien. Ces visites contribuèrent à faire délivrera lévèque de Namur, ainsi qu'à l'évoque de Liège et à ses vicaires généraux, le permis de libre circulation dans leur diocèse, à faire ordonner que l'ambulance militaire fût évacuée du Séminaire diocésain de Tournai et à obtenir d'autres avantages importants dont, pour être brefs, nous omettons l'énumération.
« III. Finalement . pour ce qui concerne les prêtres fusillés, les destructions des édifices religieux et scientifiques, les souffrances du peuple belge, le Saint-Siège non seulement n'est pas resté indifférent, non seulement il les a vivement déplorés, mais, ce qui importe plus, il s'est employé par tout moyen à les prévenir ou au moins à les atténuer.
« Parmi les innombrables documents et faits qu'on pourrait citer pour établir la constante sollicitude du Saint-Siège à cet égard, je me bornerai à rappeler ici les suivants :
« 1° Lettre du Saint Père à l'éminent cardinal Mercier, en date du 8 décembre 1914, par laquelle le Saint Père déplore les tristes conditions de la nation belge, et tandis qu'il loue l'intention de recueillir le denier de Saint- Pierre, il en cède le rapport pour les besoins de ces malheureuses populations.
« 2° Allocution consistoriale du 22 janvier dernier, dans laquelle le Saint Père fait appel aux sentiments d'humanité de ceux qui envahissent le territoire des nations ennemies et les conjure de ne pas dévaster inutilement les régions envahies, et, ce qui est plus important, de ne pas blesser les sentiments des habitants dans ce qu'ils ont de plus cher : leurs temples sacrés, ies mi-
nistrcs de Dieu, les droits de la religion et de la foi.
« 3° Autre lettre particulière du Saint Père, en date du 23 janvier 1914, àl'éminent cardinal Mercier (profondément appréciée et agréable à celui-ci), dans laquelle Sa Sainteté lui exprime le vif intérêt qu'elle prend pour sa personne et les regrets que lui causent les manques d'égards et les restrictions à la liberté dont il a souffert.
« 4° Lettre de Sa Sainteté à Mgr Thomas Louis Heylen, évêque de Namur, en date du 4 février 1915, dans laquelle l'auguste Pontife, affirmant toute sa paternelle bienveillance pour ses fils de la très chère nation belge, déplore les malheurs dont elle est affligée et opprimée.
« 5° Lettre du cardinal secrétaire d'Elat à 1 éminent cardinal Mercier, en date du (> avril 1915, dans laquelle il transmet une offrande du Saint Père (25.0U0 lires) pour alléger les souffrances du peuple belge, et il invite les catholiques du monde entier à suivre son exemple, comme l'a fait depuis, en particulier, le cardinal secrétaire d'Etat pour les Etats-Unis d'Amérique, en félicitant l'éminent cardinal Gibbons, archevêque de Baltimore, d'avoir accepté la présidence honoraire du Comité pro- Belgia, qui s'était constitué là-bas, et en faisant des vœux pour que les fidèles de la grande République contribuent généreusement à cette œuvre.
« 6° Lettre du cardinal- secrétaire d'Etat, en date du 8 mai 1915, au Conseil général de l'Université catholique de Louvain, pour la reconstitution de l'Université, lettre dans laquelle le Saint-Siège exprime publiquement le désir que les belligérants, au milieu des ardeurs delà lutte, veillent à la conservation des trésors scientifiques et littéraires des peuples.
« 7° Lettre du 16 juin 1915, dans laquelle le secrétaire d'Etat transmet la bénédiction du Saint Père à la Ligue pour le relèvement du culte en Belgique, recommande cette œuvre aux catholiques du monde entier et envoie comme gage de paternel intérêt de Sa Sainteté une offrande de 10.000 lires.
« 8° En outre, le Saint-Siège s'est efforcé d'exercer,
tant directement que par l'entremise des nonciatures de
nielles et de Munich, une influence bienfaisante en
;{.;n " la charité
laveur des religieux, prêtres et simples fidèles de Belgique.
« En vérité, la foi et les vertus du clergé et du peuple belges les ont, de tout temps, désignés à la paternelle affection du Saint Père qui a pris la plus vive part à leur douleur, comme il le proclame dans l'allocution consistoriale du 22 janvier. Aussi, l'auguste Pontife souhaitet-il. ainsi qu'il le disait déjà à Votre Excellence quand ellea prési ntéses lettres de créance le 17 mars, que, ses chers fils de Belgique puissent bientôt saluer le beau soleil de la paix sur l'horizon de leur patrie; il voudrait ne pas devoir se limiter à de simples vœux, mais il demande pour le moment aux Belges de ne pas douter de la bienveillance dont il aime à les entourer.
« Dans l'espoir d'avoir satisfait pleinement aux désirs de Votre Excellence, j'ai 1 honneur de médire avec la plus haute estime, de Votre Excellence, le plus dévoué serviteur.
« P. Gard. Gasparri. »
Enfin, le Pape a dit à M. Laudet, homme parfaitement loyal, de la parole de qui personne ne doutera : « Vous me demandez si je condamne en principe les atrocité accomplies. « En principe », cela ne suffît pas. Je les condamne concrètement. Tout le monde sait que l'Allemagne en a commis. Mais je ne puis préciser les réprobations, comme certains le voudraient, parce que je n'ai pas les éléments voulus. »
Nous espérons qu'en Allemagne les catholiques et les honnêtes gens comprendront qu'il faut en droit et en fait flétrir l'injustice, même quand elle vient de leurs compatriotes. S'il eu était autrement que penserionsnous de leur conscience ?
NOTE 7. p. 124.
J'insiste sur ce vœu par lequel j'ai terminé cette conférence. Je supplie ceux qui liront ces lignes, prêtres, officiers, soldats, Français, Alliés, de répéter à tous les nôtres qu il ne leur est pas permis, sous prétexte de représailles, de se rendre coupables des excès que nous
reprochons à nos adversaires. Qu'ils se le rappellent; il n'esl jamais permis de sacrifier un innocent sous prétexte de lui faire payer les fautes des siens. 11 appartiendra au Congrès de la Paix qui suivra la guerre d'exiger laréparation de toutes les injustices, et d'offrir aux victimes de l'infernale tempête toutes les compensations que la terre peut assurer. Le devoir des diplomates sera de penser à toutes les nations, à toutes les villes, à toutes les familles, à toutes les personnes qui ont été iniquement traitées, mais, en attendant, qu'on ne puisse pas nous reprocher ce que nous reprochons à nos adversaires, que les chefs de nos armées usent de toute leur autorité pour imposer à leurs troupes le respect des principes de justice, de générosité, de bonté que l'on ne méprise jamais sans se déshonorer.
NOTE 1, p. 132.
Il faut dire à la décharge des stoïeiens que leur doctrine s'entendait de l'émotion sensible que l'on éprouve souvent dans la pitié et non de la compassion spirituelle qui relève de l'âme. Quand saint Augustin dit : «Nam,ipsam misericoïdiam... in vitio sioici ponunt, eamque a sapientis animo penilus expellunt, les stoïciens traitent la miséricorde comme un vice et l'excluent de lame du sage » {Epist. 104, classisll), il sait bien que les stoïciens condamnent la passion de la pitié et non la vertu de miséricorde. Il n'en reste pas moins que les stoïciens se trompent, car l'émotion, que nous ressentons physiquement devant la misère, est excellente pourvu qu'elle soit réglée parla rai>on. Il est impossible d'ailleurs d'éprouver une vraie compassion dans l'âme sans que la sensibilité n'en reçoive le contre-coup. C'est pourquoi saint Augustin estime que les querelles des stoïciens ne sont guère que des querelles de mots.
« Nam et, ipsos nihil aliud qnam Platonicos et Peripat'-licos sentir e existimo, quxnlinn ad vim r-erum attinet, non ad vocabulorum sonum. » (IX, Cité de Dieu, ch. iv. 1.)
NOTE 2, p. 133.
Les stoïciens affectaient de déclarer sans importance les maux de la vie présente. Ils prétendaient que le sage, qu'il s'agisse de lui ou des autres, ne doit en tenir aucun compte, a J'admire, dit saint Augustin, de quel front les stoïciens nient que les misères du présent soientdes maux, quand, de leur aveu, s'ils arrivent à ce degré que le sage ne puisse ou ne doive les souffrir, c«s maux l'obligent à se donner la mort, à sortir de la vie. Telle est la stupidité de l'orgueil dans ces hommes qui prétendent trouver le souverain bien ici-bas et le principe de leur félicité en eux mêmes, que leur sage, celui, du moins, dont ils tracent l'idéal insensé, devînt-il aveugle, sourd, muet, perclus de ses membres; et dut, parmi toutes les douleurs que l'on peut dire ou imaginer, l'attendre une douleur tellement cruelle qu'il soit forcé de se donner la mort; la vie de ce sage, une vie consumée par de tels maux, ils ne rougissent pas de la dire heureuse! 0 vie heureuse qui, pour finir, demande le secours de la mort ! Si elle est heureuse, que n'y demeure -t-on? Si on la fuit à cause de ces maux, estelle heureuse? » (XIX, Cité de Dieu, ch. iv.)
Combien l'esprit du Christianisme est différent et plus conforme à la réalité des choses. Il appelle les maux de la terre de véritables maux et il demande à la bonté divine et à la bonté humaine de les prendre «n considération.
NOTE 3, p. 136.
Peut-on compatir à la souffrance des damnés, avoir pitié d'eux? Banez et bien d'autres théologiens se sont posé la question. « Les damnés, dit Banez, souffrent malgré eux, et cependant nous n'en avons pas pitié. Donc" la misère involontaire n'est pas le motif de la miséricorde. » Voilà l'objection. Voici la réponse : « Nous
n'exerçons pas la miséricorde vis-à-vis des damnés parce qu'ils sont obstinés dans le mal (qui est le principe de leur souffrance ... Mais de même que nous aimons leur nature qui vient de Dieu, de même nous éprouvons pour eux un certain sentiment de miséricorde et une certaine velléité de les arracher à leurs maux, si nous le pouvions. » (lla IIe , q. xxx, art. i.)
NOTE 4, p. 137.
Saint Thomas (ll'IL , q. xxk, art. 1) explique d'accord avecAristote (Rhétorique, II, H) que la miséricorde s'attache principalement aux misères imméritées du prochain. « Les maux qui sont proches de nous, dit le philosophe, nous disposent d'autant plus à la|pitié que l'infortune nous semble imméritée et qu'elle nous frappe les yeux. » Saint Thomas se demande comment, dans ces conditions, les pécheurs, qui font le mal volontairement, peuvent exciter la pitié... Il répond que la faute, dans la mesure où elle est volontaire , est indigne de pitié, mais, parce qu'il peut y avoir dans la faute une peine qui lui est annexée et qui n'est pas voulue, elle provoque notre pitié. « Se d' quia culpa potestesse aïiquo modo pœna in quantum, scilicet habet aliquid annexum, quodest contra voluntatem pcccantis, secundum hoc potest habere rationem miserabilis. » (Loc. cit., ad lum.)
NOTE 5, p. 139.
Saint Thomas distingue nettement (Ha II32, q. xxx, art. 3) la vertu de miséricorde de l'émotion passionnelle et sensible que provoque le spectacle de la misère. Il montre que, dans la morale, l'on appelle vertu la miséricorde et la pitié qui s'exercent sous le contrôle de la raison. Il cite saint Augustin qui dit : « La compassion n'est-elle pas cette sympathie du cœur qui nous porte à soulager la souffrance de tout notre pouvoir ? Or ce mouvement intérieur prête son ministère à la raison, quand la bienfaisance qu'il inspire ne déroge point à la justice, qu'il s'agisse de secourir l'indigence ou de pardonner au repentir. » (Cité de Dieu, ix, 5.) Qu'on rap-
33 i LA CHARITÉ
roche de cette doctrine le sermon* de Bourdsloue qui;
en traitant du devoir de l'aumône, dit avec son ordinaire sagesse : « Et de là même concluons quel est l'aveuglement et l'erreur de cerlaines personnes qui, jusque dans leurs aumônes, se laissent gouverner par leurs passions et leurs affections naturelles; qui donnent à ceux-ci parce que ceux-ci leur plaisent, et qui ne donnent jamais à ceux-là, parce que ceux-là n'ont pas le bonheur de leur agréer; qui se l'ont une gloire et un point d'honneur de pourvoir aux besoins des uns. <t qui n'ont que de la dureté ou de l'indifférence pour les autres... » Plus Inn^ le même grand penseur ajoute : « Troisième règle (de l'aumône) : que les aumônes ne soient point jetées au hasard, mais données avec mesure, avec réflexion ; autrement ce sont des aumônes mal placées. »
NOTE G, p. 140.
Aristote a écrit sur cette pensée une des plus belles pages de la philosophie morale : « On a le cœur ouvert à la pitié, quand on se croit exposé à souffrir, parce qu'on a déjà souffert et qu'on a échappé au malheur ; quand on est vieux parce que l'Age nous a appris à réfléchir sur les choses et nous a donné une rude expérience ; quand on est malade et, plus encore, quand on est par trop craintif ; quand on est éclairé, parce qu'alors on voit juste; quand on a des parents, des enfants, des femmes, parce que tous ces êtres nous sont chers et qu'ils peuvent souffrir les maux dont on vient de parler. » (II Rhétorique, ch-. vm. Trad. Barlhélemy-Saint- Hilaire.)
NOTE 7, p. 145.
Qu'il nous soit permis de noter que la miséricorde est une vertu intérieure, que, si on la considère formellement, elle nous pousse à secourir les malheureux, qu'elle est en nous la volonté ardente, émue, de h-s secourir, mois qu'il appartient à la bienfaisance de remplir ses désirs et d'exécuter ses ordres. La n.iséri-
corde est le cœur, la hienfaisan.ce est le bras. C'est pourquoi saint Thomas dit (II : 1I;,:, q. xxyiii : oc Nous considérerons maintenant les effets de la charité, et d'abord les effets intérieurs, puis les effets extérieurs. » Parmi les effets intérieurs, il range la joie, la paix et la miséricorde. Puis, au moment de parler de la bienfaisance, il dit (q. xxi) : «t Maintenant nous considérerons les actes ou effets extérieurs de la charité et premièrement la bienfaisance. »
NOTE 8, p. 147.
En Dieu la miséricorde est la plus grande de toutes les vertus. En l'homme, elle ne vaut pas la charité. Saint Thomas [II" D> . q.xxx. art. 4) examine cette question. Banez résume ainsi la doctrine du Maître.
« Première conclusion. — En soi, la miséricorde est la plus grande des vertus, car il lui appartient de soulager les misères des autres, ce qui est le propre d'un être tout à fait supérieur.
« Seconde conclusion. — Si l'on considère la miséricorde non plus seulement en soi, mais par rapport a celui qui la possède, elle n'est point la plus grande des vertus sinon dans le cas où celui qui la possède est le plus grand de tous les êtres. Celui qui a quelqu'un au-dessus de lui trouve plus de grandeur et plus de perfection dans son union avec une personne supérieure que dans le fait de secourir son inférieur.
« Troisième conclusion. — Dans les hommes, la charité vaut mieux que la miséricorde, car elle les unit à Dieu, ce qui pour eux est la perfection.
« Quatrième conclusion. — -Parmi les vertus qui nous mettent en rapport avec le prochain, la miséricorde est la plus haute, car il appartient à un être plus parfait et supérieur de remédier aux misères d'autrui. »
NOTE i, p. 1G4.
Qu'on remarque dans saint Thomas (IIa 11», q. xxi, art. 1, ad 2"mj la différence entre la bienfaisance et la libéralité. La bienfaisance, dit le saint Docteur, se faisant à lui-même une objection, consiste surtout adonner aux autres. Mais donner aux autres est le propre de la libéralité. Donc la bienfaisance est un acte de libéralité et non de charité.
L'Ange de l'Ecole répond : « Dans le don, il faut considérer deux choses : l'objet donné, le sentiment intérieur où nous trouvons une jouissance émanant de notre amour pour les richesses. Il appartient à la libéralité de modérer le sentiment intérieur de sorte que nous ne désirions pas. que nous n'aimions pas les richesses avec excès. La libéralité incline l'homme à répaudre facilement les 'richesses qu'il possède. Par suite, lorsqu'un homme donne magnifiquement, mais comme à regret, et avec le secret désir de retenir ce qu'il donne, le don qu'il fait ne provient pas de la libéralité (qui donne avec effusion et sans regret). Si nous considérons l'objet donné, il appartient à l'amitié ou à la charité de l'offrir. Que par amour on l'offre, bien qu'on désire le garder, cela n'offense pas l'amitié, mais prouve au contraire sa perfection, cela n'offense que la libéralité. »
NOTE % p. 164.
Voici le passage d'Aristote auquel je fais allusion : « Il n'est pas possible qu'on soit aimé de beaucoup de personnes d'une amitié parfaite, pas plus qu'il n'est possible d'aimer beaucoup de gens à la fois. La véritable amitié est une sorte d'excès en son genre. C'est une affection qui l'emporte sur toutes les autres, et ne s'adresse, par sa nature même, qu'à un seul individu ; or il n'est pas très facile que plusieurs personnes plaisent à la fois si vivement, pas plus peut-être que ce n'est
bon. Il faut aussi s'être éprouvé mutuellement et avoir un parlait accord de caractère, ce qui est toujours difficile. » (Morale à Nicomaque, liv. VIII, ch. vi, 1, Trad.
Barthélemy-Saint-Hilaire).
NOTE 3, p. 170.
Bourdaloue résume admirablement ce point de doctrine, allirmant d'un côté que le désir de faire du bien au prochain doit être universel ; de l'autre, qu'il faut suivre dans ses bonnes œuvres l'ordre établi par la Providence. « C'est dans les entrailles de la charité de Dieu, dit- il, que saint Paul trouvait tous les hommes réunis, et que tous les hommes nous doivent paraître
également dignes de nos soins ; en sorte que, s'il se
pouvait faire que notre charité eût une aussi grande étendue que les misères du prochain, vous voudriez soulager par votre charité toutes les misères du monde, afin de pouvoir dire, en parlant aux pauvres, ce que disait le môme Apôtre aux Corinthiens : Cor nostrum dilatatum est ; non angustîamini in nobis. Non, mes Frères, qui que vous soyez, mon cœur n'est point resserré pour vous, mais vous y avez tous place ; car voilà le caractère de la charité et de la miséricorde chrétienne. »
Il avait dit plus haut : « La volonté de faire l'aumône doit être générale et universelle ; c'est-à-dire qu'elle doit s'étendre à tous les pauvres de Jésus-Christ sans en exclure un seul. » [Sermon sur l'aumône.)
NOTE 4, p. 172.
L'aumône est l'acte extérieur dans la bienfaisance dans la miséricorde, dans la charité. Elle résume tou', les autres actes extérieurs qui n'en sont que les formes diverses. Les formes de l'aumône se diversis fient suivant les diverses formes de la misère. « Le" unes se rapportent, dit saint Thomas (Ila II83, q. xxxrs art. 2), aux misères de l'âme, les autres aux misères du corps Les premières sont dites aumônes spirituelles les dernières aumônes corporelles. Dans l'aumône cor
338 l,A CHAIUTÉ
porelle, nous nous intéressons au corps humain pendant la vie et après la vie. Pendant la vie. nous nous efforçons de nourrir ceux qui ont faim, di désaltérer ceux qui ont soif, de vêtir ceux qui sont nus, de recevoir ceux qui sont sans abri, de soigner ceux qui sont matedes, de délivrer ceux qui 6ont captifs. Après la mort . nous ensevelissons les cadavres et nous les enterrons avec respect.
« Dans l'aumône spirituelle, nous nous efforçons de remédier aux maux de l'âme, de deux manières. Premièrement nous demandons par la prière le secours de Dieu pour toutes les misères de nos semblables. Secondement, nous nous employons de notre mieux à faire disparaître ces misères par notre propre action. Aux misères intellectuelles de l'ordre spéculatif, nous offrons le remède de la doctrine et de la vérité; aux misères intellectuelles de l'ordre pratique, nous offrons nos bons conseils ; aux misères occasionnées au cœur par la tristesse, nous offrons nos consolations; aux misères issues. pour nos frères, des fautes qu'ils ont commises, nous offrons les remèdes de la correction fraternelle, du pardon et du support patient des injures. » [Cf. Saint Thomas, IIa D>, q. xxxu, art. 2.)
NOTE 5, p. 174.
Ce qui distingue la bienfaisance chrétienne de la philanthropie, c'est que la première s'exerce principale, ment en vue de Dieu et par amour de Dieu, secondairement en vue du prochain et par amour du prochaintandis que la philanthropie n'agit qu'en vue de l'homme.
Saint Augustin a souvent signalé cette différence. Il dit que la miséricorde qui soulage le prochain n'est point un sacrifice, si elie ne s'exerce à cause de Dieu et envuedeDieu: «ipsa miserit&rdia quâ komini subrenitu r, si profiter Peina non /il. non est sacrificium. <> Cité de DieuÀ'w. X, eh. vi.) C'est pourquoi beaucoup de théologiens ajoutent à la définition que nous avons donnée de la miséricorde, propter Deum : « Uompagsio, propter Deuni) alieniv miseriée. »
LA JOIE
Toute vertu exerce une heureuse influence. Cette influence est proportionnée à la perfection de la vertu. Reine des vertus, la charité, dans l'homme qui la possède, s'affirme, audedans, par des effets merveilleux, et, au dehors, par des œuvres incomparables.
Son premier fruit en nous est la joie. Erreur de ceux qui voient dans l'amour de l'homme pour Dieu un amour desséchant le cœur et y entretenant une tristesse morne et un inexorable ennui.
Pourquoi la charité est-elle un principe de joie? Pourquoi cette joie est-elle d'une excellence hors pair? . . 13-15
1. La charité est pour nous une cause de joie parce qu'elle nous unit à Dieu.
a) L'être aimant emprunte sa félicité à la présence de l'être aimé. Preuves de cette affirmation. Bonheur que nous apporte tout ce qui nous rapproche de nos amis. Douleurs causées par leur absence. Sanglots de Rachel. Gémissements de saint Bernard. Désolation des mères, des épouses, etc., auxquelles la guerre a enlevé leurs enfants ou leurs époux.
Pourquoi ce phénomène ? Parce qu'en nous unissant à nos amis, nous ajoutons en quelque façon leur vie à la nôtre. Cette dilatation de la vie est la joie même 15-17
ii) Application de cette doctrine à la charité. La charité nous unit à Dieu d'une manière réelle et efl'ective. Le mystère qui enveloppe cette union ne l'empêche pas d'être réelle. Sens des paroles de saint Paul. Résultat de cette union : nous partageons la félicité de Dieu. Témoignage de saint Jean de la Croix. Rayonnement de la Divinité eu nous. Surcroît de lumière, de force, de vie que nous retirons de ce rayonnement 17-19
2. Cette première joie nous vient du proiit que nous retirons de nos rapports avec Dieu. La charité nous vaut une seconde joie plus désintéressée qu'elle doit à sa qualité d'amitié supérieure.
a) L'amitié puise son plus doux bonheur dans le bonheur de l'être aimé. Preuve de cette affirmation par les faits. l'J-20
b) La charité connaît cette joie, car celui qui aime Dieu constate que Dieu possède à un degré infini toutes les perfections et toutes les félicités. Vivacité de la joie qu'il retire de cette constatation. Cette joie augmente quand nous voyons l'univers acclamer le Dieu que nous aimons, quand, sous nos yeux, les êtres les plus raisonnables, les esprits les plus justes, les consciences les plus religieuses rendent hommage à la transcendante grandeur de Dieu. Reau spectacle que présente le monde pendant la guerre d'aujourd'hui : les princes, les peuples, les chefs, les soldats de tous les pays s'adressent à Dieu comme à l'arbitre de la victoire et des destinées. Cette unanimité en faveur de notre Dieu nous rend grandement heureux 20-24
La joie de la charité l'emporte sur toutes les joies de la terre par son caractère essentiellement spirituel et par sa solidité.
1. La joie de la charité, comme la charité même, se déploie dans les hauteurs de l'âme, parce que Dieu, principe de cette joie, est un pur esprit qui n'est directement accessible qu'à l'esprit 24-26
a) Ric-n que certains hommes les méprisent, les meilleures joies sont celles de l'esprit. L'esprit étant la plus noble portion de notre nature, ses satisfactions sont d'un ordre plus élevé que celles de la chair et des sens 26-27
6) L'objet de la joie spirituelle est d'une essence supérieure à celui de la joie sensible, puisque tout ce qui est spirituel est supérieur à ce qui est sensible, puisque les choses spirituelles se communiquent tout entières et en même temps à raison de leur indivisibilité, tandis que les choses sensibles ne se communiquent que partiellement et successivement. 27
c) Raisons pour lesquelles les joies sensibles nous émeuvent plus que les joies spirituelles. Préférence que nous devons pourtant à celles-ci. D'ailleurs, les sens partagent indirectement les joies de l'esprit et de la charité. Déiices dans lesquelles ils seront plongés après la résurrection, quand la charité les aura transfigurés en répandant dans l'âme toutes ses douceurs 27-28
il) La joie de la charité est supérieure aux autres joies spirituelles, car elle est surnaturelle. Répugnance insensée de certains spiritualistes pour le surnaturel. Cependant le surnaturel étant spécifiquement divin est supérieur au naturel. La béatitude propre à Dieu dépasse toutes les béatitudes propres aux créatures. La joie de la charité nous fait partager cette béatitude propre à Dieu et en conséquence nous rend plus heureux que les autres béatitudes. Témoignages de saint Jean de la Croix et de David. . ... . . 28-29