LE CARACTÈRE ÉVANGÉLIQUE ET MORAL DE L'ESPÉRANCE CHRÉTIENNE
Éminentissime Seigneur (î),
Monseigneur (2),
Messieurs,
Les adversaires de la Religion usent pour la combattre de procédés singulièrement contradictoires; avec une audace qui fait fi de toute logique et de tout scrupule, ils invoquent dans le dessein de nous confondre des arguments auxquels ils avaient d'abord refusé toute valeur et toute efficacité. Affirmonsnous la nécessité de croire à des mystères? Ils protestent au nom de la dignité humaine contre des dogmes qu'ils déclarent inacceptables, s'ils dépassent notre esprit. En appelons-nous aux motifs qui assurent à notre assentiment un caract^re nettement rationnel et l'adaptent harmonieusement aux
(1) s. K. M^T le cardinal Amette, archevè(|ue de Paris.
(2) S. Gr. Mgr Herscher.
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exigences de la saine phiIosophie?Ils deviennent les défenseurs intransigeants d'une foi aveugle et nous taxent de rationalisme. L'Eglise maintient-elle ses traditions et se prononce-t-elle contre la manie de l'innovation? Ils crient à la routine. Réalise-telle un progrès, une réforme? lis se voilent la face et l'accusent de trahir son passé. Ainsi leur tactique varie et ils condamnent un jour ce qu'ils avaient soutenu la veille avec une àpreté sans égale.
La doctrine de l'espérance se heurte à ce système d'attaques qui devraient s'exclure, du moins en un débat intellectuel.
Lorsqu'en effet nous enseignons que finalement l'homme est tenu de se consacrer à Dieu considéré en lui-même, on nous reproche de négliger les intérêts de l'individu, de sacrifier à la volonté d'un être invisible, à une loi impraticable les instincts primordiaux de la nature et les aspirations les plus impérieuses du cœur. Quand nous montrons que notre destination dernière n'interdit pas de penser à .soi, de travailler en vue d'atteindre au ciel la parfaite béatitude et sur la terre les biens dignes d'attention, on nous accuse de fausser le Christianisme, d'adopter une morale basse, un épicurisme raffiné, de ne tenir à la vertu qu'autant qu'elle nous est profitable. L'espérance, Messieurs, s'attache au bonheur de l'éternité et aux biens qui s'y rapportent, elle s'intéresse à notre sort en ce
monde et à notre sort au delà de ce monde. Cela, je vous l'ai expliqué.
Il me reste à vous prouver qu'ainsi comprise cette vertu est extraite de l'Evangile, et qu'elle est conforme aux exigences de la morale slricte et bien entendue.
Il est vrai, Messieurs, que Tide'e d'inte'rêt est inséparable de ridée de l'espérance telle que nous la concevons; il est vrai également que, sous l'empire de cette vertu, nous travaillons en vue d'être heureux, en vue de recevoir la récompense de nos elTorts. Cette doctrine est-elle empruntée à l'Évangile? Telle est la première question qui se pose.
Dans l'esprit de nombreux héréticiucs, l'Evangile, ou, si vous le voulez, le Christianisme authentiquement issu de Jésus, condamne les actions inspirées par l'amour de soi et accomplies dans l'espoir d'une rémunération. Se dépenser au service de Dieu en s'oubliant totalement, en faisant abstraction de tout salaire, voilà pour eux le devoir iuiposé par la loi de grâce. Au xni" siècle, un maître illustre, Eckart, écrivait déjà : « Ceux qui ne tendent ni aux biens extérieurs, ni aux honneurs, ni aux réalités utiles, ni à la dévotion intérieure, ni à la récompense, ni au royaume des cieux, mais qui renoncent à
l/ESnCRANCE. — 7.
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toutes ces choses, leur apparlinssent-ellcs, ceux-là honorent Dieu (1). »
Luther allait encore plus loin : il considérait comme vicieuses, comme passibles de peines éternelles les œuvres oîi l'homme chercherait son bien propre (2).
Les Jansénistes permettaient au chrétien de tendre au bonheur, mais ils réprouvaient cette tendance si elle n'était pas dominée ou du moins accompagnée par un motif de charité. « Quiconque, disaient-ils, sert Dieu en vue d'une récompense même éternelle, s'il n'y joint pas la charité, fait un acte vicieux, toutes les fois qu'il agit en vue de la béatitude (3). »
Les Quiétistes tempéraient ces affirmations. Ils n'exigeaient que des âmes parfaites l'amour pur, désintéressé, indifférent à la récompense, au châtiment, au paradis, à l'enfer, àla mort, à l'éternité (4), mais de ces âmes ils éliminaient la pratique de l'espérance. Fénelon n'aurait point voulu sacrifier cette vertu, cependant il adhérait avec obstination à la doctrine de l'amour pur et du désintéressement absolu. Souple, subtile, chimérique, il tournait et retournait sa pensée, il atténuait, il retouchait, il corrigeait l'opinion de Molinos sans pouvoir s'en
(i) 8« Prop. d'Eckart condamnco par Jean XXII,
(2) Cf. Denzinger-Bannwart, 1301-1303.
(3) De.nzinger-Ba.nnwart, 1303.
(4) lbid.,1221.
dégager. En vain il multipliait les explications et les distinctions, en vain il changeait jusqu'à quatre fois ses positions, il finissait toujours par retomber dans le système de deux espérances : l'une soucieuse du bien propre et à l'usage des âmes ordinaires, l'autre épurée, interdisant tout retour délibéré sur soi et à l'usage des âmes d'élite (1).
C'est au nom de l'Evangile et au nom d'un christianisme idéal que ces hommes déclaraient à la seconde vertu théologale une guerre plus ou moins ouverte, plus ou moins déguisée, au nom de l'Evangile et du Christianisme idéal qu'ils défendaient aux fidèles en général, ou du moins aux parfaits, d'agir en vue du bien personnel et du salut.
L'Evangile et le Christianisme idéal s'expriment dans les livres inspirés, dans l'Eglise chargée d'interpréter infailliblement la parole divine et de régir la société religieuse avec l'assistance du Saint- Pîlsprit, dans la tradition des docteurs qui ont reçu d'en haut un génie plus puissant, une lumière plus abondante, dans la vie des saints qui ont le mieux observé les préceptes et les conseils, dans le Sauveur Jésus enfin, modèle incomparable et aciievé des vertus que nous devons pratiquer. Eh bien, par tous ces organes, Dieu nous permet et nous orib^nne de songer à nous-mêmes, d'agir en vue de la récompense, d'éviter le mal par crainte de la peine et de l'enfer.
(1) Apprinl., n. 1, 1». 311.
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Sans cesse, l'Écrilure, qui nous manifeste la pensée de Dieu, excite l'homme aux bonnes actions en lui montrant la récompense au terme de son effort, le salaire au soir de sa laborieuse journée, les palmes au bout du stade où il aura lutté en s'exposant aux coups et aux blessures. Elle promet la vie éternellement heureuse à quiconque aimera Dieu de toutes ses forces, une longue carrière aux enfants respectueux de leur père et de leur mère, le rassasiement total aux cœurs dévorés par la faim et par la soif de la justice. Elle menace des pires supplices les profanateurs de la loi. Elle emploie tour à tour les notes les plus suaves ou les accents les plus irrités pour nous obliger à penser à notre âme et à notre destinée. Elle endort les douleurs, elle console les détresses en ouvrant devant nous les radieuses perspectives de l'avenir, et elle secoue l'apathie en parlant avec une terrible sévérilé du sort qui attend les pécheurs.
L'Ancien Testament qui sert de prologue à l'Evangile prescrivait déjà à la race choisie d'adorer le seul Jéhovahetde fuir l'idolâtrie pour mériter la fécondité du sol, la possession paisible du territoire, la victoire sur les gentils, l'avènement du Rédempteur dont le règne ne devait pas finir. Pendant quarante ans, au désert et parmi les tribus de Ghanaan, Moïse soutient le courage de son peuple en lui rappelant la terre promise. Pendant des siècles, les i*rophètes raniment la foi et l'ardeur d'Israël, défendent le
monothéisme et la morale, en répétant que la race de Jacob sera comblée de toutes les faveurs si elle pratique la religion véritable, qu'elle sera dépouillée, exilée, que Jérusalem et le temple seront détruits si elle verse dans le crime et dans l'impiété. L'on sait ce que l'attente des bénédictions et la crainte des vengeances divines inspirent de vertu et de générosité aux ancêtres du Christ ; c'est à la lueur de l'espérance, où le souci du bonheur jouait un si grand rôle, que la postérité d'Abraham a donné tous les exemples de l'héroïsme et de la sainteté.
Le Christ a-t-il sous ce rapport changé les dispositions de la loi antique? A-t-il voulu que ses disciples en servant le Père fissent abstraction d'euxmêmes et alTectassent l'indifférence à l'égard de leurs intérêts? L'a-t-on entendu dire aux foules attachées à ses pas et suspendues à ses lèvres : « Consacrez-vous au bien sans vous inquiéter de votre avenir éternel? Qu'importe que vous soyez broyés dans l'engrenage universel, que vous vous perdiez ou que vous vous sauviez? » Non, Messieurs. Constamment, pour émouvoir les cons«',iences et renouveler les cœurs, il évotjue la pensée du salut et de la damnation. Il faut êlre détaché des richesses, car le royaume des cieux appartient aux t\mes sachant aimer avec modération les biens de la terre. 11 faut être pur, car la vision de Dieu est le prix de la chaivieté. Il faut être miséricordieux, car
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le pardon est assuré à la miséricorde. Il faut être pacifique, car la tendresse du Père est réservée aux amis de la paix. 11 faut être juste, car le rassasiement attend les champions de la justice. Il faut être sincère, car les menteurs seront assimilés aux hypocrites et aux pharisiens que la vérité confondra. Il faut supporter les affronts, car les humiliations se changeront en gloire. Il faut endurer avec patience la persécution, caries cieux s'ouvriront aux martyrs. Il faut en tout chercher le royaume de Dieu, car le triomphe de Dieu est inséparable de la félicité de l'homme : tel est l'enseignement du Christ. Ce qu'il défend, c'est de placer la béatitude là où elle n'est pas, c'est de mettre son espoir dans les choses périssables et de s'attacher aux trésors que les vers peuvent ronger.
L'Église, organe officiel du Saint-Esprit, puissance qui a reçu la mission de déterminer le sens véritable de la parole divine et de gouverner les âmes, nous presse de penser à notre destinée et de travailler en vue d'assurer notre éternel avenir. Elle n'a pas cessé à travers les âges de chanter l'excellence religieuse de lespéronce, d'enseigner que cette vertu a un caractère sanctifiant, de la classer parmi les principes nécessaires à la justification du pécheur. Or, pour elle, l'espérance nous attache à Dieu comme à l'objet et comme à l'auteur de notre béatitude.
Elle ne croit pas qu'il y ait antagonisme entre le salut de l'homme et la gloire de Dieu, que pour assurer l'une il faille négliger l'autre. Elle pense que l'amour intéressé de l'espérance s'harmonise avec l'amour désintéressé de la charité; que l'amour d'espérance appelle l'amour de charité et y conduit; que l'amour de charité suppose et entraîne avec lui l'amour d'espérance ; que l'amour d'espérance cherche la gloire de Dieu en tendant au salut de l'homme ; que l'amour de charité assure le salut de Thomme en visant la gloire de Dieu. Elle sait bien que l'amour de charité nous unissant à Dieu considéré en lui-même et indépendamment du bénéfice personnel que nous en retirons est plus parfait que Tamour d'espérance, mais elle sait aussi que le premier ne dispense pas du second, parce que si Dieu est aimable en luimême, il est aussi aimable en qualité de bienfaiteur. Elle n'ignore pas que la charité doit dominer l'espérance, mais elle sait aussi que dominer n'est pas absorber. Elle se plaît à dire ce que l'espérance gagne dans son commerce avec la charité, mais elle maintient que dans cette subordination l'espérance garde son rôle spécifique, que par soi et en dehors même de la charité elle a une valeur réelle et positive. Elle proclame que l'acte religieux par excellence est l'acte de charité, mais elle aflirme très haut que l'acte d'espérance est pleinement évangéli(HH;,car si l'Ame rend à Dieu un suprême homnnigi' (jnand elle lui dit : « Je ne veux
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vivre que pour vous r- ; elle l'honore encoro grandement quand elle lui dit: « Je ne veux vivre que de vous «.Elle refuse de reconnaître la sainte indifférence des faux Mystiques, des Luthériens, des Jansénistes, i'amour pur des Qaiétistes, la double espérance de Fénelon. Elle entend que tous, parfaits et imparfaits, rendent à Dieu le culte dû à l'Etre souverainement adorable en soi, et le culte dû au Sauveur magnifique des créatures qu'il avait faites si belles des le commencement. Dans son apostolat elle ne sépare pas ces deux sentiments : ses innombrables messagers, vous pouvez en juger vousmêmes,, supplient les hommes de songer à leur destinée et en même temps de consacrer à Dieu leur personne et leur bonheur. Sa prédication, qu'elle s'adresse aux unies d'élite ou aux âmes vulgaires, est pleine des grandes vérités, et les grandes vérités portent sur la mort, sur le jugement, sur le Paradis, sur l'Enfer, sur ce que nous appelons no» fins dernières. De ces grandes vérités l'idée du bonheur individuel, de l'intérêt personnel n'est pas absente, elle y joue au contraire un rôle considérable et elle ne contribue pas peu à remuer les consciences et à les convertir.
En prenant cette attitude, l'Eglise a-t-elle renié son passé ? Les hérétiques l'ont dit, ils ont cherché dans la tradition la justification de leur erreur, ils n'y ont point réussi. De saint Paul jus-
qu'à saint Augustin, de saint Augustin jusqu'à saint Thomas d'Aquin, de saint Thomas d'Aquin jusqu'à saint François de Sales, il n'y a qu'une voix pour affirmer le caractère évangélique et religieux de l'espérance, pour répéter que l'homme, en tendant par les actes de cette vertu à sa félicité propre, obéit à Jésus-Christ.
Sans doute on a découvert des textes épars qui semblent réprouver l'amour intéressé, mais ces textes exigent une interprétation déterminée pour que leurs auteurs soient d'accord et avec eux-mêmes et avec le reste des docteurs. Tantôt ils signifient que l'amour du bien propre, d'où l'amour de Dieu considéré en lui-même est exclu, constitue un désordre, tantôt que l'âme peut par des actes exceptionnels aimer Dieu sans penser à soi. lis ne signifient jamais qu'il y ait un état habituel et permanent dont la perfection consiste à éliminer de l'àme tous les actes intéressés ai par suite tous les actes d'espérance. S'ils avaient littéralement cette portée, il ne faudrait pas hésiter à les corriger, à leur enlever leur emphase pour les ramener au sens des formules innombrables où les maîtres préconisent à la fois la recherche de la béatitude que poursuit l'espérance et le souci de la gloire de Dieu que vise la charité. Dans la célèbre querelle dont s'émut si profondément le dix-septième siècle, Fénelon put faire preuve de finesse, surprendre parfois l'érudition de son adversaire; Rossuet put exagérer sur uu point, juTiIre
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clans le vide quelques-uns de ses traits, appliquer à des actes ce qui s'appliquait à des étals, mais pour le fonds des choses Févêque de Meaux l'emporta sur l'archevêque de Cambrai. Il l'emporta sur l'erreur mitigée à laquelle Fénelon avail prêté l'appui de son grand nom, à plus forte raison sa victoire futelle décisive contre les rêves de Mme Gu^^on, contre le quiétisme radical de Molinos, contre le système d'abnégation imposé par Janséniiis, par Luther et par les faux mystiques. Il l'emporta parce que, mieux que son ancien disciple, mieux que les hommes dont il combattait la pensée, il avait su remonter le cours de renseignement chrétien et entendre l'unanime concert de la tradition en l'honneur de l'espérance telle que nous la concevons, parce que les adversaires de cette vertu avant de tomber sous les condamnations de l'Eglise avaient été réprouvés par les interprètes les plus autorisés, les plus justement vénérés de l'Evangile, et par l'Evangile même.
La vie des saints pleine de sentiments, d'ardeurs, d'oeuvres qui sont l'accomplissement de FÉvangilc, ne proteste pas moins contre les novateurs en faveur de l'espérance. Les saints n'ont pas cru que la religion dont ils étaient les si fidèles observateurs et les si vaillants champions exigeât l'inditTérence à l'égard de la \ie éternelle. Parvenus au dernier degré de la
perfection, ils ranimaient leur courage, ils frémissaient de joie à la pensée de la béatitude, et ils tremblaient de peur à la pensée de l'enfer et de la damnation. Lorsque les épreuves de Texistence devenaient trop accablantes, ils élevaient vers le ciel leurs yeux baignés de larmes et leurs cœurs abreuvés de souffrances, ils demandaient à l'espérance du bonheur futur la force de supporter les tribulations du présent. Abraham, le Père des croyants, Moïse, type de l'âme religieuse dans l'Ancien Testament et confident intime de Jéhovah, escomptaient sans scrupule la récompense et agissaient pour l'obtenir. Jean, l'apôtre à l'teil d'aigle et au cœur d'or, soupirait après l'apparition de la lumière et de la félicité ; Paul, que dévorait le zèle pour la gloire de Dieu, combattait le bon combat, consommait sa course ensanglantée, gardait sa foi dans le dessein d'atteindre la couronne due à ceux qui auront servi leur chef. Saint Augustin, saint Bernard, saint Thomas d'Aquin réclamaient la vision face à face et le rassasiement ; les martyrs jetés aux bêtes, au feu, dans la poix bouillante, enduraient leurs supplices et affrontaient la mort en contemplant à travers les promesses de l'espérance la palme queleur tendait le souverain Rémunérateur. Si ces hommes n'ont pas compris riwangilc, (iiii donc b^ comprendra? S'ils ne l'ont pas prati(|U(', (jui donc le nratiduera?
iOS l'espérance
En tous cas, le Clirisl l'a incarne dans sa Personne et dans sa vie avant de le prêcher, avant de le graver dans le livre inspiré par sa sagesse. C'est lui qu'il faut contempler quand on veut voir pleinement observée la religion qu'il est venu fonder. Or le Christ a-t-il affecté à l'endroit de sa gloire personnelle et de son parfait bonheur ce dédain, cette indifférence qucOuictistes ou autres ont essayé d'imposer au moins à l'élite des âmes? Nullement. En accomplissant la volonté de son Père, il se préoccupe de mériter et d'obtenir la résurrection et l'immortalité de son corps ; en se soumettant aux humiliations et aux opprobres de la Passion, au supplice de la croix, aux angoisses de la mort, il entend recevoir le prix de son sacrifice. Pendant la Cène, il adresse à son Père cette émouvante prière : « Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils... Je vous ai glorifié sur la terre, jai achevé l'œuvre que vous m'aviez confiée, maintenant à vous. Père, de me glorifier (1). » Dès le soir de ^a résurrection, il dit aux disciples scandalisés qu'il accompagne sur le chemin d'Emmaûs : « Ne fallait- il pas que le Christ souffrît toutes ces choses pour entrer dans sa gloire (2)? » Il prouvait ainsi qu'il aspirait à la fois à la gloire de son Père, à sa propre gloire et au salut de riiumimité. Son espc-
(1) s. Jean, xvii, 1-5.
(2) S. Luc, XXIV, 26.
QUATRIÈME CONFERENCE lU'J
rance ne portait point sur la béatitude essentielle dont il avait toujours joui, mais elle portait sur la transfiguration de sa chair, sur la manifestation de son nom (1). Sa conduite nous répond de la rectitude de la nôtre, lorsque nous nous inquiétons de notre avenir. C'est assez, Messieurs, et je crois avoir surabondamment démontré que l'espérance avec l'amour intéressé qu'elle entraîne est une vertu évan^élique.
Les hérétiques s'appuyaient sur l'Évangile pour dénigrer l'espérance, ils s'appuyaient aussi sur la morale. Plusieurs écoles philosophiques dont la principale est celle des stoïciens leur prêtaient des arguments. Les uns et les autres considéraient comme déréglé le sentiment né de l'espérance parce que d'abord, à leur avis, toute action intéressée est entachée d'égoïsme et contraire à la saine morale; parce qu'ensuite l'espérance, inquiète du bonheur de celui qui-espère, renverse la hiérarchie des choses en subordonnant la gloire de Dieu au bien propre de l'homme, et traite Dieu non comme une hn mais comme le moyen do r(>n(lre l'homme heureux. Un pareil sentiment, disent-ils, constitue
(1) s. TiioMAï, III" p., q. VII, art. 4.
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un désordre sacrilège et lait du Créateur non pas le maître, mais le serviteur de sa créature. Ces objections sont devenues courantes. Dans certaines chaires où l'on fait profession de cultiver plus scrupuleusement l'idéalisme, on parle constamment du devoir pour le devoir, de l'amour du bien pour lui-même, on y marque une sympathie non déguisée pour les Jansénistes et les Quiétistes qui obligeaient l'individu à s'oublier lui-même dans ses œuvres. Les parlements et la presse dont la culture philosophique est médiocre, en mille occasions, nous jettent à la face ces paroles dédaigneuses : « Vous n'aimez Dieu qu'en vue de profiter de lui, vous ne travaillez pas pour Dieu, mais pour le ciel, c'est-à-dire pour vous-mêmes (1). »
Contre ces adversaires, il faut établir premièrement que l'on peut s'aimer soi-même et songer à son intérêt sans offenser la saine morale, secondement que l'espérance chrétienne, en travaillant en vue de la béatitude, ne subordonne pas Dieu à
(1) Dernièrement encore, un homme de lettres qui aime à Jongler avec les mots, à jouer avec les idées les plus graves, à se perdre dans le paradoxe, à se noyer dans des sophismes et à inventer des solutions valant ce qu'elles lui ont coûté, n'écrivait-il pas : « La croyance en un Dieu rémunérateur et vengeur est immorale. On peut aller jusqu'à dire très logiquement qu'elle est l'immoralité même. » Il est vrai qu'après s'être livré à une gymnastique assez désordonnée l'auteur essaie de se répondre à lui-même, mais, avouons-le, son objection porte plus loin que sa réfutation, et il se contente de peu s'il càt satisfait de ses arguments. — [La Revue, l'^'' déc. 1912, article de M. Faguet sur le livre de M. Stapfer. L'Inquiétude religieuse du temps présent.) — Cf. Append., n. 2, p. 313.
l'homme, mais au contraire soumet l'iiomme à Dieu et ainsi respecte l'ordre nécessaire.
D'abord je dis que l'on peut s'aimer soi même, agir en vue de son bonheur personnel sans ofTenser la saine morale.
S'il en était autrement, on devrait penser que la morale est impraticable, car il est impossible de ne pas s'aimer soi-même, de ne pas s'inquiéter de son bien propre. Aucun décret, aucune loi n'auront raison de cette volonté fondamentale que nous avons d'être heureux, de nous occuper de nous et de nos intérêts. Il faudrait déraciner l'arbre pour l'empêcher de grandir, c'est-à-dire pour l'empêcher de tendre à sa perfection et à son plein développement. Il faudrait tuer l'animal pour l'empêcher de croître et d'aspirer au degré de vie réclamé par sa nature. Il faudrait anéantir l'homme pour arrêter le mouvement qui le porte à vouloir l'épanouissement de son être. Par tous nos instincts, par tous nos désirs, nous cherchons notre félicité. Aussi la morale absolument désintéressée n'a jamais existé que dans les livres et dans les leçons des métaphysiciens égarés par leur imagination.
Demandez donc à l'ouvrier de s'épuiser sans exiger aucun salaire, au laboureur de remuer le sol, de l'engraisser, de semer sans penser ;\ la moisson, de planter sans attendre de l'arbre l'ombre, les Heurs et les fruits, conseillez au pasteur de nourrir
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ses troupeaux sans vouloir en retirer le lait et la laine, au navigateur de se lancer sur les flois sans î^ouci d'aborder au port. Vous devinez l'accueil que vous recevriez d'hommes conduits par le bon sens, principe de la philosophie la plus fondamentale et la plus certaine. Cependant, il faudrait aller jusquelà, si la morale du pur amour et du désintéressement complet était vraie.
Cettemoralen'apasmêmerégnésurlaconsciencede ceux qui l'ontsoutenue avec le plus d'âpreté. Les stoïciens affichaiontla froideur à l'égard delajoie etde la douleur : simple parade, ils n'étaient insensibles ni àrune,niàrautre.Leursépreuvesles touchaient assez pour qu'ils en demandassent la fin au suicide. D'ail-
leursenenseignantqu'ilfallaitpratiquerla vertu pour elle-même, ils avouaient encore qu'ils cherchaient leur suprême noblesse et leur suprême joie dans une conduite où l'orgueil trouvait son compte et ses satisfactions. Lorsque Luther avait prononcé que tout acte intéressé est coupable,' il s'abandonnait à la perversité de ses instincts, montrant ainsi qu'il attachait du prix non seulement au bonheur absolu, mais encore aux jouissances immédiates que lui offraient le vin et la débauche. Les Quictistes, après avoir chanté l'amour pur, savaient au terme de mille délours ramener par une voie le souci du bien propre qu'ils avaient chassé par l'autre : ils étaient habiles à présenter sous une apparence austère un système relâché dans la réalité, un système qui sou-
riait aux âmes voluptueuses, à Jean-Jaoques, à Mme de Warens, un système qui flatte encore les plus eff"éminés de nos dilettantes (1).
La nature a ses revanches : par ses réactions violentes ou sournoises elle abaisse au-dessous du permis ceux qui avaient voulu l'entraîner au delà du possible (2i.
La saine morale, Messieurs, consulte les inclinations de l'homme pour les régler, non pour les ctoufîer. Elle nous ordonne de suivre à la lumière de la raison et de la religion les chemins où nous poussent des penchants innés, en évitant les défaillances ou les excès Or, par un instinct dont nous ne sommes pas les maîtres, nous sommes portés à nous aimer nous-mêmes. La raison nous montre que celte tendance n'a rien que de légitime. Elle nous enseigne, en eiïet, que les choses doivent attirer notre attention et retenir notre sympathie dans la mesure ou elles le méritent. Dieu ni- méprise aucune de ses créatures, car il n'en est pas une en laquelle il n'ait réalisé une beauté, et des saints, comme François d'Assise, se plaisaient à composer des hymnes au soleil dont ils admiraient la splendeur et recevaient les rayons bienfaisants. Or l'homme possède une âme et un corps. L'âme est après les anges la plus noble des créatures, le corps lui-même
(1) Append., n. 3, p. 31V.
(2) Append., n. 4, p. 315.
l'espérance. — 8.
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est un chef-d'œuvre parmi les substances matérielles. Notre âme et notre corps sont donc dignes d'être aimés, la raison et l'instinct sont d'accord pour nous prescrire de les aimer. Mais le devoir qui nous oblige à les aimer nous oblige à vouloir et à faire leur bonheur, car les aimer c'est leur vouloir et leur faire du bien; et puisque leur bien véritable ne se rencontre que dans la béatitude, nous ne pouvons les aimer profondément et sincèrement sans travailler à les mettre en possession de la béatitude. Nous serions hors de la morale et en contravention avec ses ordres, si cet amour demandait la félicité à des réalités incapables de la donner à notre âme et à notre corps, s'il dédaignait l'Être dont la possession est pour eux le souverain bien : Dieu. Vous voyez, Messieurs, que, tenus de nous aimer nous-mêmes, nous sommes tenus d'aspirer à Dieu, de vouloir atteindre Dieu, de prendre les moyens nécessaires pour arriver à Dieu, comme nous sommes tenus d'aspirer à la béalitude et de tout faire pour y parvenir. C'est à cela précisément que nous pousse l'espérance, et par suite ses actes sont commandés et non interdits par la saine morale.
Une autre difficulté surgit. On renverserait l'ordre, on offenserait la morale si l'on préférait des biens inférieurs à des biens supérieurs, les biens du corps aux biens de l'âme, les biens temporels aux
biens éternels, les biens particuliers au bien universel, l'intérêt de l'homme à la gloire de Dieu. Mais précisément, dites- vous, c'est ce que fait l'espérance. Elle nous attache à Dieu comme à un moyen de devenir heureux. Dieu n'est plus la dernière fin de l'homme, c'est l'homme qui joue le rôle de fin dernière vis-à-vis de Dieu.
Mes paroles, Messieurs, n'emportent pas ces conséquences, si elles les entraînaient, je n'hésiterais pas à les rétracter.
Premièrement, en effet, par l'espérance, nous dépendons de Dieu, Dieu ne dépend pas de nous. Il y a des biens dont nous usons comme de purs moyens, que nous subordonnons complètement à notre intérêt, que nous aimons uniquement pour l'avantage que nous en retirons. Ainsi en est-il de nos aliments, de nos habits qui n'ontde prix à nosyeux que dans la mesure oiî ils nous servent. Si l'espérance traitait Dieu de cette façon, elle lui infligerait une intolérable injure. Il y a des êtres que nous aimons en nous plaçant avec eux sur le pied de l'égalité; ils nous appartiennent et nous leur appartenons, sans qu'ils nous dominent, sans que nous les dominions. L'espérance tondrait encore à détrôner Dieu, et elle serait immorale, si elle l'abaissait à ce point. Enfin, il y a des êtres que nous aimons d'un amour de sujétion, en mettani; notre bonheur à vivre dans leur dépendance et sous leur sceptre. L'enfant trouve sa joie dans la société de son père,
sans vouloir disposer de son père comme d'un égal ou comme d'un intérieur; le serviteur trouve sa joie dans le service de son maître, sans avoir la prétention de se changer en maître, ou de changer son maître en serviteur. Telle est vis-à-vis de Dieu la situation de Ihomme qui espère, il attend son bonheur de Dieu, comme Tenlant l'attend de son père, comme le sujet l'attend de son roi, il aime Dieu d'un amour qui est à la fois un amour de convoitise et un amour « de respect, de révérence, d'honneur » ,1). Même séparée de la charité, l'espérance place Dieu au-dessus de l'homme. Dieu reste le souverain et l'homme n'est qu'un subordonné. « Nous ne tirons pas Dieu à nous, dit saint François de Sales, ni à notre utilité ; mais nous nous joignons à lui comme à notre finale félicité. Nous nous aimons ensemble avec Dieu par cet amour, mais non pas nous préférant ou égalant à lui par cet amour : l'amour de nous-mêmes est mêlé avec celui de Dieu, mais celui de Dieu surnage : notre amour-propre y entre à la vérité, mais comme simple motif, et non comme lin principale; notre intérêt y tient quelque lieu, mais Dieu tient le rang principal... car quand nous aimons Dieu comme notre souverain bien, nous ne le rapportons pas à nous, mais nous à lui ; nous ne sommes pas sa fin,... mais il est la nôtre; il ne nous appartient pas, mais nous lui appartenons : il ne dépend pas de nous, mais nous de lui...
(1) Append., n. 5, p. 316.
de sorte qu'aimer Dieu en titre de souverain bien, c'est l'aimer en titre honorable et respectueux (1). » Secondement, pour juger de l'espérance, il faut considérer ses tendances en même temps que ses actes. Mais l'espérance tend à la charité qui est dans l'Evangile la vertu royale; elle tend à la charité, car l'on est bien près d'aimer un être pour lui-même quand on l'aime pour le bien dont il nous assure la possession. Or la charité nous inspire la volonté d'être plus parfaits pour servir plus parfaitement Dieu, d'être heureux pour consacrer à Dieu notre personne et notre bonheur. Elle nous dicte ces paroles recueillies sur les lèvres de Jésus : « Pater... clarifica Filium tuum, ut Filins tnus clarifîcct te. Père, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie (2). )) Le bonheur de l'homme devient un moyen de mieux célébrer Dieu. Le chrétien veut être plus grand pour offrir à Dieu une plus digne louange et pour lui chanter un hymne plus retentissant. Avec l'espérance, il lutte pour la couronne, mais avec la charité, il jette sa couronne comme un hommage aux pieds de Dieu. « Vingt-quatre vieillards, dit l'Apocalypse, se prosternaient devant celui qui est assis sur le trône, et ils adoraient celui qui vit dans les siècles des siècles, et ils jr>taient leurs rDuronnes devant le trône en disant : Vous êtes digne, ô SeigncMir
(1) Traité de l'amour dr Dieu. II, cli xvii. — ( T. Ainicnd., n.6, [i.Jlô.
(2) Saint Jean, xvii, 11.
118 l'espérance
notre Dieu, de recevoir gloire, honneur et puissance (1). » De sorte que dans la morale intégrale du Christianisme, ce n'est pas régoïsme, ce n'est pas l'intérêt propre qui décide de tout, c'est la charité, et la charité se sert de l'espérance pour grandir l'homme, et de l'homme parvenu au sommet de sa perfection pour exalter avec de plus sublimes accents la personnalité de Dieu.
Soyez donc rassurés, Messieurs, et abandonnezvous sans scrupule au souffle de l'espérance. En suivant ses voies, vous obéirez à la loi, qui est, de l'avis des âmes impartiales, la plus idéale, la loi de l'Evangile; vous vous inclinerez devant l'autorité intellectuelle qui sur la terre est la plus haute, l'autorité de l'Église ;vous vous rallierez au sentiment deshommes qui ont le mieux compris et le plus héroïquement pratiqué la vraie religion, les docteurs et les saints; vous imiterez Celui qui demeure le type accompli de toutes les grandeurs et de toutes les vertus, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
En même temps vous respecterez l'instinct normal de la nature, les règles du bon sens, les ordres de la saine morale. Ne vous laissez pas troubler par les voluptueux qui prêchent le mépris de la joie et qui jouent pour leur profit la comédie du désintéressement ; par les mystiques d'allure stoïcienne qui ont toujours violé les préceptes qu'ils im-
(1) Apocalypse, iv, 10.
posaient aux autres. Souvenez-vous qu'il n'y a point d'antagonisme entre le salut de l'homme et la gloire de Dieu, qu'une Providence aussi large que perspicace a trouvé le secret de pourvoir au bien de la créature sans blesser en rien les imprescriptibles droits du Créateur. Mais sachez aussi, que nul ne possédera Dieu, s'il n'aime Dieu plus que lui-même, s'il n'aime Dieu pour Dieu, et n'oubliez pas que si le bonheur se promet à l'espérance, il ne se donne qu'à la charité. Efforcez-vous de pratiquer ces deux vertus : elles s'entendent merveilleusement pour établir dans les sentiments l'ordre établi dans les choses, pour assurer à l'homme la béatitude qu'il désire et à Dieu la souveraine adoration qui lui est due.
LE DÉSESPOIR
SOMMAIRE
Dieu a fait de l'espérance un devoir contre lequel l'homme peut pécher de différentes farons. De notre temps ce devoir a été offensé fréquemment. Il l'a été surtout par le désespoir et parla présomption.
Détinitiondu désespoir. Il Malice du désespoir, p. 127-128.
Le désespoir est un acte intérieur, délibéré, positif, par lequel l'homme cesse de tendre à son bonheur, y renonce et s'en éloigne, sous prétexte qu'il Uii est impossible d'y parvenir.
1. — a) C'est un acte inlérieur émané des profondeurs de l'âme et tel au dedans qu'il se montre au dehors.
Le vrai désespoir se distingue ainsi du pessimisme de commande affecté par des jeunes gens, par des hommes qui veulent apitoyer sur leur sort et tirer profit de leur prétendu découragement, p. 128-130.
6) Le désespoir est un acte pleinement conscient et pleinement délibéré. 11 diffère des troubles violents mais involontaires, qui jettent parfois les saints dans d'indicibles angoisses, p. 130-131.
c) C'est un acte positif et non un simple défaut d'espérance. Il se ue se confond pas avec l'indifférence, avec l'hésitation, avec la simple déliance, p. 131-132.
d) C'est le relâchement total de la volonté, l'abandon de soi, la rupture consciente, délibérée de l'homme avec le bonheur. Le désespéré renonce à sa destinée, il aflîrme sa volonté inflexible, réllécliic de dire adieu à la félicité,]). 132-134.
2. — Motif invoqué par le désespoir : impossibilité d'arriver au sahit.
a) Cette impossibilité est (pielquefois conçue comme abaoUte par le désespéré, (pii no croit pas à l'existence du bonheiir pour riiMm;init<''... Ce désespoir est le plus grave, il a son principe (huis l'incrédulité, p. 134 13t).
b) (juel<]uefois, le désespéré', le Clirétien par exemple, conçoit comme relative à sa personne l'impossibilité d'arriver
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au salut qui est accessible aux autres. Il invotjuft pour jutllfier son idée : la violence de ses passions, la gravité de ses fautes. l'insuTisance pratique de la grâce, et il fuit un bonheur qu'il juge hors de sa portée, p. 136-137.
Etat malheureux du désespéré. Quelle pitié il nous doit inspirer.
Culpabilité du désespéré. Principe suivant lequel on doit juger de celui en qui le désespoir est la suite de l'incrédulité, p. 137-<38.
Culpabilité du croyant qui désespère.