SIXIÈME CONFÉRENCE LA PRÉSOMPTION
La voie droite est tracée entre des écueils, l'espérance côtoie deux abîmes : le désespoir et la présomption.
La présomption sous ses diverses formes blesse l'espérance et offense gravement Dieu , 157-158
La présomption heurte moins manifestement et moins violemment l'espérance que ne le fait le désespoir. Elle la heurte cependant. On peut la défniir : un mouvement désordonné de la volonté par lequel l'homme a la prétention d'atteindre un but qui dépasse ses forces 158-159
Elle se présente sous deux formes principales.
1. — Sous sa première forme, elle nous pousse à vouloir saisir labéatiludc en nous appuyant uniquement sur les énergies de la nature. C'est la présomption des anges déchus, d'Elve, des Pélagiens, etc. Elle est contraire d'abord à la magnanimité, elle est contre ire aussi à l'espérance à laquelle elle enlève son \éri(able appui 159-161
2. — La seconde forme de la présomption est plus grave, plus dangereuse, plus directement hostile à l'espérance : c'est la présomption des Luthériens qui se flattent d'obtenir le pardon sans se repentir et le ciel sans l'avoir mérité. C'est aussi la présomption de beaucoup de Chrétiens. Dévfloppement de cette pensée 161-164
Cette présomption blesse l'espérance, vertu théologale, qui en cherchant le bonheur doit se conformer aux lois dictées par Dieu. Ces lois exigent :
a) que sous l'influence de sa grâce nous nous repentions pour obtenir le pardon, alors que le présomptueux compte sur le pardon sans pleurer ses fautes 164-1G5
6) Que nous méritions le bonheur par nos bonnes œuvres, alors que le présomptueux se croit sûr du bonheur en s'abstenant de» bonnes œuvres et en s'ét émisant dans le mal. 163-166
c) Que nous considérions la béatitude comme un but d'acquisition difficile, alors (\ue le présomptueux pense arriver au ciel sans ctïort 166
cl] Que nous mêlions la crainte à l'espérance, alors que le prénoraptucux se jette dans tous les hasards avec une confiance qui n'a d'égale que sa fausse sécurité. . . 166-167
Le présomptueux offense Dieu.
i. — Lorsqu'il s'appuie sur ses seules forces pour arriver
à la béatitude, il empiète sur les droits de Dieu. Dieu s'est réservé le soin de conduire ses créatures à leur tîu, comme II s'est réservé le soin de leur donner un commencement ; nul ne tentera de lui enlever ce privilège sans essayer de lui ravir sa qualité d'agent suprême. Jaloux de cette royauté Dieu se vengera en abandonnant à leurs seules ressources les êtres dont l'insolence n'est dépassée que par leur faiblesse. Echecs
lamentables de ces êtres présomptueux 167-109
2. — Lorsqu'il tombe dans la seconde présomption, l'homme offense Dieu.
a) En diminuant sa puissance. Comment la puissance de Dieu, manifestée par l'ordre qu'il suit, est mutilée par l'ordre que le présomptueux veut imposer aux choses. . . 169-170
b) En abusant de sa miséricorde. Comment la miséricorde de Dieu est plus éclatante lorsque Dieu nous communique le pouvoir et le devoir de coopérer à son œuvre. . , 170-172
c) En dénaturant sa bonté. Lo présomptueux s'imagine que Dieu est tellement bon qu'il est insensil)le au mal. Il ne réllécliit pas que Dieu, parce qu'il est essentii liement bon, est essentiellement ennemi du mal; qu'il ne pourrait pas pardonner à qui ne se repent pas sans pactiser avec le mal et sans tomber dans la faiblesse qui est une bonté déliquescente et dégénérée; que plus un être est bon, plus on est coupable d'abuser de sa bonté pour l'offenser 172-174
d) Le présomptueux est en opposition violente avec Jésus- Christ. Contraste entre le labeur du Christ qui sauve le monde par un sacrifice sanelant el la prétention du présomptueux qui veut se sauver sans eft'ort et sans peine. . . . 174
e) Combien la Justice de Dieu souffrirait si le présomptueux avait le droit de triompher 174-177
La doctrine de l'espérance nous oblige à marcher entre deux extrêmes. Sagesse de cette doctrine qui sauvegarde en même temps les droits de Dieu et la dignité de l'homme. 177-179