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Il faut entendre Gatier parler du réconfort que « le généreux optimisme » de Vlaminck lui apporta : « J'ai rencontré dans l'esprit de VIaminck tout ce qui me manquait. Il me remit d'aplomb et réalisa dans mon esprit plus que tous les maîtres et les enseignements d'École avaient pu faire. » Il faut d'autant plus signaler ce touchant appui que l’art de Gatier n'est à aucun moment et à aucun degré une réplique de l’art de Vlaminck. Gatier écouta Vlaminck :; il ne l’imita pas.
Entre temps, Marcel Guiot lui écrivit qu'il n'avait plus une aquarelle. Lorsque Gatier apprit cette bonne nouvelle, il venait de vendre son premier tableau : « Un employé de la gare du Nord, un poseur de la voie, me commanda pour cinquante francs le portrait de sa petite Maison... »
Désormais la production de Pierre Gatier est une production harmonieuse, équilibrée, heureuse. De son propre aveu il a retrouvé au contact de la nature tout ce qu'il avait perdu en vivant, avant la guerre, à Paris. « Pourquoi, dit-il volontiers, ai-je pataugé dans les pesages, les bars, les Moulins de la Galette, les Palais de Glace ? Je me le demande encore?» Ce fils de marin, cet enfant de Toulon et de Brest, était
probablement, à Paris, un matelot en bordée. Il fallait sans doute que Gatier errât ainsi longtemps à la recherche de soi-même, avant de retrouver la santé intellectuelle qu'il connut sans l'apprécier dans sa première Jeunesse, lorsque, ne songeant pas à peindre, il baguenaudait dans l’'admirable paysage qui entoure et protège les
golfes de Toulon.
Les premiers modèles de Gatier, peints à l'huile, furent les collines et les arbres gracieusement civilisés de l'Ile-de-France. Mais ce n'était là qu'un prélude. Le Midi de son enfance attendait Gatier. Les grandes montagnes, là-bas, le Coudon, le Faron, sont des dieux puissants et pacifiques. Ils font partie du même Olympe que la Sainte-Victoire, cette Pallas minérale, qui, à peine un peu plus au nord, offrit ses beaux traits purs à Cézanne puis conseilla Charles Maurras et Joachim Gasquet. |
Pour ceux qui ont un peu vécu dans ce pays à la fois si intelligent et si chaleureux, les petits « portraits de nature» que Gatier fit (et vient de faire) là-bas, sont des merveilles de vie agile et mouvementée. Nous nous souvenons
de « la Montagne brûlée » qu'on pouvait voir
au dernier Salon d'Automne. La ligne d'horizon raye en zig-zag le ciel; l'ombre des nuages accentue les contractions du terrain, et, au-delà d'un premier plan d'oliviers prisonniers de l'argile rose, s’érige un pathétique, opulent, despotique cyprès, proie et plaisir du vent, sombre mais non point triste sous l’azur que les nues ne parviennent pas à manger.
Notre goût particulier pour les paysages provençaux que peint Gatier ne doit pas nous faire oublier les éclatants mérites des toiles exécutées par lui en Ile-de-France, en Savoie. Remarquons-le : Gatier n'aime pas les paysages bouchés. Comme beaucoup de marins, il chérit d'un même amour la mer et le ciel. Dans presque toutes ses toiles, un ciel très vaste, très peuplé, domine le sol et semble attirer à lui, comme un roi, les princières montagnes vassales, dont il baise le front. La série savoyarde, à cet égard, est très significative. Voyez comme la lumière se précipite dans les vallées, écarte les pentes, semble les déchirer. Voyez aussi ces neiges aériennes, miroirs dociles de la pure atmosphère, et qui finissent par ressembler, sur la toile, presque dématérialisées, aux nuages
dont elles sont sorties.
Il est toujours maladroit et imprudent d'exprimer par des louanges trop fortes une admiration naturelle et spontanée. |
Toutefois, pourquoi ne pas dire la confiance et la sécurité que nous inspire cette loyale, cette allègre, cette saine poésie de la nature, exprimée ici par un métier pictural d'une homogénéité remarquable, où les dons innés et le savoir
acquis s'enrichissent mutuellement ?
JEAN-Louis VAUDOYER.
Notre-Dame> de la Gorge