Exposition de sculptures
Ce n'est pas toujours chose aisée pour un artiste qui appartient à ce qu’on appelle « le Monde » de se faire prendre au sérieux dans son milieu et même au dehors. On sait avec
quel indulgent mépris Delacroix était considéré dans les cercles
SN ‘qu il fréquentait. Puvis de Chavannes, également, était de trop
.%, bonne famille pour être admis par tous les siens comme un
9 véritable professionnel. À sa mort et après toute sa gloire, un de
ses parents interrogeait encore pour savoir si vraiment son
| cousin avait tant de talent. Les égaux ne comprennent pas que
Le . 0 A \ {; VOUS vous livriez, autrement RE comme à un amusement, à C€
qu ils estiment un pur métier; les autres jalousent votre rang et votre fortune.
On comprend toute la peine que Mme Gertrude Whitney a (A, £ue pour forcer ces préjugés et ces préventions et pour s'imposer, par son énergie, sa conscience, son labeur et son mérite, à ses © triches concitoyens des États-Unis. Appartenant à une des tes les plus illustres de cette aristocratie autant et plus fermée que ce qui reste de la nôtre, l'élégante et charmante
jeune femme, qui se dérobait aux insipides agitations de la vie
A mondaine pour se livrer tout entière, dans son atelier du bas de la ville, au travail assidu de cet art de la statuaire, si austère et si exigeant, devait certainement passer pour un phénomène paradoxal. Sa volonté, sa persévérance et son talent ont fini, toutefois, par la classer dans les premiers rangs de cette vaillante et si intéressante corporation de sculpture américaine, école | prospère qui a fourni des artistes exceptionnels, ne fût-ce, pour citer un grand mort, que cette admirable figure d'Augustus Saint- Gaudens, — un peu des nôtres, — qui la domine et la dépasse.
Mme Gertrude Whitney est donc maintenant célèbre en Amérique ; elle y est hautement appréciée comme statuaire; il me sera bien permis de dire qu'elle y jouit aussi d’une estime reconnaissante pour l’aide généreuse et intelligente qu'elle n’a cessé d'apporter à ses confrères américains. Mme Whitney n’est pas, du reste, une inconnue chez nous, Si elle a fait ses premières études à New-York à l’Art Students League, puis sous la direction de James E. Fraser, un des meilleurs statuaires, assurément, de cette école, elle a travaillé à Paris, près de son compatriote Andrew O’ Connor, que nous connaissons bien et, aussi, — ne l’oublions pas, —elle a reçu des marquesde sympathie de Rodin lui-même, très intéressé par le petit groupe en marbre, Paganisme, exposé ici, qui était, assurément, conçu sous son influence ou, du moins, d’après ses principes, Et le maître, qui a dirigé à leurs débuts tant de bons artistes d'Amérique, lui offrait son atelier et ses conseils.
Mre Whitney, également, a exposé chez nous. Ceux qui suivent avec soin nos salons, se rappelleront peut-être une Fontaine qui était placée dans la nef du Grand Palais en 1913, Elle avait frappé les artistes et même arrêté le jury, qui la jugea digne d’une récompense. Mais comme c'était le premier envoi de l’artiste, et comme elle était étrangère, on ne lui attribua qu'une mention honorable, ce qui, je m'en souviens, surprit un
peu. Ce marbre, en effet, qui obtint plus tard le premier prix à
Monument commémoratif du « Titanic ».
e— 9 = New-York et une médaille d’or à l'exposition de San Francisco, était d’une belle composition éminemment décorative et d’une
exécution robuste et souple à la fois. Le Metropolitan Museum
Fontaine aztèque.
de New-York s’en est assuré une reproduction en bronze. On en trouve dans la présente exposition, une réduction qui en dit la distinction et la grâce mais fait regretter l’original dans sa
première dimension qui donnait au groupe toute son ampleur.