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Mn Whitney a, d’ailleurs, un tempérament de décorateur. On connaît et on admire d’elle, une autre fontaine d’un goût vraiment ingénieux : C’est la Fontaine aztèque qui décore le milieu du patio de cet exquis monument du Panamerican building, à Washington, dû à notre compatriote l'architecte Cret. Toute la décoration de la cour, y compris le pavement, est conçue dans le style du vieux Mexique. Mme Whitney s’en est inspirée, de son côté, avec beaucoup de bonheur dans ses figures en demi ronde-bosse engagées dans le pilier central, les ornements du bassin comme champlevés dans la pierre,et les têtes de serpents curieusement stylisées qui déversent les gerbes d’eau.
Parmi les principaux monuments qu’on doit à son talent, il faut citer encore le monument «érigé par les femmes d’Amérique à la mémoire des hommes perdus sur le Titanic». C’est une grande figure de deux mètres environ de hauteur, émouvante dans sa simple et expressive silhouette qui évoque le signe sacré du sacrifice. Une figure d'homme, les bras étendus en croix, à peine couverte d’une draperie collée en partie au corps, semble plonger dans les profondeurs de l’abîime et dans la nuit éternelle. On peut signaler encore le Monument Duryea, formé par une grande figure d'homme debout, mesurant, elle aussi, environ deux mètres, appuyée sur une haute massue, songeuse et méditative, et d’un art simple et sain, robuste et tranquille.
Mme Whitney a exécuté bien d’autres monuments, car ce qui est très intéressant chez elle, c'est qu’elle s’adonne de préférence à la sculpture monumentale; elle est dans la bonne et vraie tradition de son art. Elle a fourni des panneaux à l'arc de triomphe élevé pour le retour des troupes victorieuses de la Grande Guerre, à New-York; le groupe de l'Esprit de la Croix- Rouge, ému et pitoyable, qui est placé dans le Bureau de la Croix-Rouge, à Washington, et dont une reproduction est destinée à notre musée des Invalides; on l’a sollicitée de donner
les maquettes pour deux monuments dédiés aux soldats de la
Pagan isme.
Grande Guerre, l’un qui doit être élevé à Washington même, l’autre à Arlington, le grand cimetière près de Washington.
C’est, on le voit, une jeune carrière brillante et laborieusement remplie. Mme Gertrude Whitney, qui aime notre pays, qui sait ce que l’art américain doit à nos enseignements, souhaite, après la consécration reçue dans son pays natal, obtenir l’attention bienveillante du public parisien qui s'attache aux choses de l’art. C’est pourquoi elle a réuni à Paris cette exposition de ses principaux ouvrages. Ce public, assurément, ne ménagera ni son intérêt, ni sa sympathie à l’ensemble consciencieux, intelligent et ému, dû au talent noblement inspiré d’une artiste en qui nous ne devons, nous, ne voir qu'une artiste,
et qui porte dignement et fièrement ce nom.
Léonce BÉNÉDITE.
Dans les tranchées.
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