‹ Exposition de tableaux à la plumeChapitre 20 sur 81 · LA JEUNESSE DE RÉBECCA · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE DE RÉBECCA

Rébecga. — Non, pas pour sa galette : il n'avait pas le sou ; c'est la raison pour laquelle mes parents n'ont pas voulu lui accorder ma main. Gomme je l'aimais follement, je me suis donnée à lui. Il s'est mis au travail avec acharnement ; il était placier en papeterie. Il voulait arriver à se faire une position qui lui permit de devenir mon mari. Il fit si bien qu'il fut pincé un beau matin par une fièvre typhoïde et il en mourut.

Marguerite. — Ç'at'afait delà peine?

Rébecga.— Énormément!

Philiberte. — Alors, pourquoi as-tu pris un autre amant ?

Rébecga. — Est-ce que vous vous figurez que je n'ai pas été tout aussi belle fille que vous? On me courtisait, il fallait voir ! Il y avait un an que je vivais sage; je mépris d'amour un beau soir pour un ténor et il s'en aperçut. Je me donnai à lui, mais certes il ne méritait pas d'être aimé. Celui-là me lâcha après trois mois de félicité ; il avait assez de mes charmes, car une dame du meilleur monde lui faisait de l'œil. Les hommes me dégoûtaient et je pensais ne plus jamais aimer. Mais le cœur est faible, heureusement, car un jour je fis la rencontre d'Octave Marion ; il me fit la cour, une cour assidue, il alla même jusqu'à me proposer le mariage ; c'est

ce qui me séduisit. Je le pris comme amant à l'essai pendant un an, il sut si bien s'y prendre qu'au bout de six mois je l'adorais. G était un très honnête garçon ; il n'attendit pas la fin de l'année pour tenir sa parole. Il connaissait mon passé, il ne me fit aucun reproche. Il me conduisit devant M. le maire et depuis douze ans je suis madame Marion. Je n'ai qu'à me féliciter de ce que j'ai fait et, chose qui va vous étonner, je ne l'ai jamais trompé.

Marguerite. — Il n'est pas riche ton mari? Rébecca. — Il gagne largement ce qu'il faut pour nous deux ; il a une très bonne place dans la confection. ,

Philiberte. — Alors, pourquoi es-tu encore au théâtre ?

Rébecca. — Ah! vous êtes de la jeune école, vous ; vous ne comptez le théâtre que comme un moyen de se procurer des amants. C'est que moi j 'y vois autre chose. Ça n'est pas pour les appointements que j'y gagne : cent vingt francs par mois, ça n'estpas le diable ! Mais j 'ai l'amour de l'art; j'éprouve lorsque je suis sur la scène une espèce de jouissance, un bien-être tout à fait particulier; je suis captivée par les planches. C'est une faiblesse, mais mon mari me la pardonne et? de plus, il a confiance en moi.

Emilie. — Il le peut!

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