LA JEUNESSE DE RÉBEGGA
mariée sur le tard, mais je n'ai pas été comme vous, j'ai toujours été fidèle à mes amants.
Philiberte. — Eh bien et nous?
Emilie. — Pour qui nous prends-tu ?
Marguerite. — J'aime bien mon mari.
Rébegca. — Et ça ne t'empêche pas de le tromper avec Auguste le machiniste et Touprou le garçon d'accessoires. Philiberte qui, soi-disant, aime son amant le beau Gaston, l'ouvrier peintre-décorateur, s'en va tous les soirs avec un autre type qui l'attend à la sortie ; je n'ai pas les yeux dans ma poche. Quant à Emilie, je lui ai toujours connu au moins trois amants à la fois. C'est du propre ! !
Emilie. — Alors, toi??
Rébegca. — Moi j'ai eu des amants, ça c'est vrai, mais je leur ai toujours été fidèle. Je sais bien que ça ne m'a pas avancée à grand'chose, mais j'ai la conviction que j'ai été heureuse et que si c'était à recommencer je ferais exactement ce que j'ai déjà fait: je n'aurais jamais qu'un amant à la fois.
Marguerite. — Autre temps ! autres mœurs !
Rébecca. — Celles d'aujourd'hui sont déplorables!
Philiberte. — Tu me fais rigoler quand je t'entends gémir sur notre conduite. Je ne suis pas plus maline qu'une autre, mais je prétends
qu'on n'est ni meilleur, ni plus mauvais aujourd'hui qu'autrefois, et que quand nous aurons l'âge respectable de Rébecca, nous serons aussi tourtes qu'elle et que nous nous lamenterons sur la conduite de nos camarades.
Emilie. — La jeunesse n'a qu'un temps !
Marguerite. — Et il faut savoir en profiter.
Philirerte. — Autrement, ça ne seraitpas la peine d'être jeune et belle; on peut toujours, quand on a passé 1 âge, dire à ceux qui sont à côté de vous : « Moi, à votre place, je ne ferais pas ci, j e ne ferais pas ça ! » Allons donc ! tout ça c'est de la pose.
Rébecca. — Ma petite Philiberte, tu dis des bêtises. Je ne sais pas si plus tard les femmes seront plus dévergondées qu'elles le sont maintenant, mais ce que je sais, c'est que vous avez des amants et que vous ne les aimez pas ; vous allez avec eux pour trouver une distraction ; vous avez beau la chercher, vous ne la trouvez jamais. Je vous plains bien sincèrement. Moi, j'ai eu trois amants dans ma vie; je n'en aurais peut-être jamais eu qu'un si le premier n'était pas mort au moment où il devait m 'épouser. C'était un très beau garçon, que j'aimais de tout mon cœur.
Emilie. — Pour sa galette!