‹ Exposition de tableaux à la plumeChapitre 25 sur 81 · ÉCHANGE DE SERMENTS · texte numérisé non relu

ÉCHANGE DE SERMENTS

savez, les vieux c'est pas comme les jeunes, c'est jamais pressé de répondre. Et vous, mademoiselle Giselle, avez-vous dit à vos parents que nous nous aimions éperdument ?

Giselle. — Je l'ai dit à ma grande sœur Adèle, mais je n'ai pas encore osé en parler à mes parents.

Médard. — Pourquoi ?

Giselle. — Parce que papa est très brusque ; il faut le prendre dans ses bons moments, quand il n'a pas trop bu. Il est têtu et on ne le fait jamais revenir sur ce qu'il a dit une fois ; s'il me refusait, il n'y faudrait plus penser.

Médard. — Alors, j'en mourrais!

Giselle. — Et moi aussi.

Médard. — Parce que voyez-vous, ma petite Giselle, je vous aime comme un fou, à en perdre la raison. Si vos parents n'étaient pas consentants, il y aurait un cataclysme.

Giselle. — Gomme vous parlez bien !

Médard. — Tous les gens qui aiment dans les romans cle M. Emile Richebourg parlent comme ça.

Giselle. — Quel malheur que je ne les aie pas lus! Je parlerais aussi bien que vous. Vous qui avez de l'instruction, qu'est-ce qu'il se passe dans les romans quand les parents refusent leur consentement?

Médard. — Ça dépend des auteurs. Il y en a qui font se suicider les amants, le plus souvent ensemble, quelquefois séparément; d'autres font enlever la jeune fille par le jeune homme ou le jeune homme par la jeune fille.

Giselle. — Ça arrive, ça?

Médard. — Très souvent dans les romans; et presque toujours ils sont heureux.

Giselle. — Alors, que ferons-nous, si par hasard nos parents refusaient?

Médard. — Nous choisirions un moyen de roman.

Giselle. — J'aimerais mieux le dernier que le suicide.

Médard. — Moi aussi ; le suicide n'a rien de bien folichon. Aussi, faisons un serment.

Giselle. — Je le veux bien.

Médard. — Je jure que, si vos parents me refusent votre main, je vous enlèverai et nous irons vivre heureux ensemble.

Giselle. — Et moi, je jure que si les vôtres ne veulent pas de moi, je vous enlèverai.

Médard. — C'est juré ?

Giselle. — C'est juré !

Et ils scellent le serment dans un long, très long et suave baiser.

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