ETUDE DE BLEU
MÊDARD PITOU, ouvrier ciseleur, 24 ans.
GISELLE LEROUX, blanchisseuse, 17 ans.
Aux Buttes-Chaumont, sept heures du soir, en automne, à la tombée du jour ; un banc loin des regards jaloux. Médard et Giselle sont assis côte à côte et la main dans la main.
Médard. — Oui, ma Giselle bien-aimée, oui, ma douce fiancée, je suis à vous jusqu'à la mort.
Giselle. — Et je vous jure, moi, que je n'appartiendrai jamais à d'autres qu'à vous.
Médard. — Car ce que je ressens en moi, c'est l'amour le plus pur; jamais mon cœur n'a battu comme il bat depuis que je vous connais.
Giselle. — Ce qui prouve que nous avons
été créés l'un pour l'autre, car mon cœur est absolument comme le vôtre. Tenez. (Elle lui fait sentir les battements de son cœur.)
Médard. — Laissez-moi encore prendre un baiser sur vos lèvres roses. {Long, très long et suave baiser.)
Giselle. — Gomme vous parlez bien, monsieur Médard. Vous avez appris beaucoup ?
Médard. — Non, mais j'ai lu pas mal de romans.
Giselle. — Ça vous a profité.
Médard. — Oui. J'ai lu les œuvres complètes d'Emile Richebourg, d'Alexis Bouvier, de Pierre Sales, de Jules Mary, etc., etc.
Giselle. — Vous connaissez les bons auteurs.
Médard. — Sur le bout du doigt.
Giselle. — Vous avez eu de la chance de pouvoir vous instruire comme ça. Moi, je n'ai pas pu; ce que je pense et ce que je ressens me vient naturellement.
Médard. — Aussi j 'en suis très flatté.
Giselle. — Quand viendrez-vous chez mes parents pour leur demander ma main?
Médard. — Au plus tard, samedi prochain ; j'attends la réponse des miens auxquels j'ai écrit pour qu'ils m'envoient leur consentement. Mes parents sont à Limoges ; voilà trois jours que je leur ai envoyé ma lettre, mais vous