‹ Exposition de tableaux à la plumeChapitre 37 sur 81 · TABLEAU DE GENRE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE GENRE

ANASTASE TRUCHON, coutelier en gros, 40 ans. SÉRAPHINE TRUCHON, son épouse, 31 ans.

ADÈLE, bonne des Truchon, 20 ans.

Vous connaissez certainement la maison Truchon ; il est donc inutile d'insister sur son importance. Depuis trois générations, la maison de la rue du Cloître-Saint- Mem est tenue par les Truchon ; fondée en 1819 par Hippolyte Truchon, alors tout jeune, elle passa entre les mains d'Agathon Truchon, fils aîné, en 1850, et depuis 1886, Anastase la dirige. Elle n'a jamais été en périclitant; les affaires n'ont fait que croître et embellir, et, bien que jeune encore, Anastase pourrait largement vivre de ses rentes s'il le voulait ; mais il est travailleur, et son commerce, c'est sa vie. Rarement il prend une distraction, et Séraphine, son épouse, en souffre, car elle a pris l'habitude de ne jamais sortir sans son mari. Pour la première fois depuis leur mariage, ils vont faire un petit voyage d'agrément. Anastase s'est octroyé huit jours de congé ; il est vrai qu'il est merveilleusement secondé dans ses affaires par son premier commis, qu'il

a eu l'intelligence d'intéresser dans sa maison. Il peut donc partir avec toute sécurité, sans craindre de voir sa maison souffrir de son absence; mais l'événement est tellement extraordinaire qu'il a eu le don de mettre tout sens dessus dessous dans l'intérieur des Truchon. Nous sommes dans la salle à manger, où madame Truchon, aidée par sa bonne, fait les derniers préparatifs pour le départ, fixé au soir même, à sept heures et demie, quand Anastase fait son entrée.

Anastase. — Eh bien, cela avance-t-il?

Séraphine. — Ne m'en parle pas, mon chéri, je ne sais plus où j'en ai la tête !

Anastase, dans un sourire, avec V esprit dont il est coutumier. — Si je ne craignais pas de te vexer, ma chère Séraphine, je t'affirmerais qu'elle est toujours sur tes épaules, car j ai la joie de l'y contempler.

Séraphine. — On peut dire que tu es bête !! Adèle !

Adèle. — Madame ?

Séraphine. — Où avez-vous fourré mes caoutchoucs ?

Adèle. — Je les ai enveloppés dans un numéro du Petit Journal d'hier, parce que je crois que madame a dû déjà lire son feuilleton.

Séraphine. — Oui, ma fille, je l'ai lu.

Adèle. — Et je les ai posés sur la commode, dans votre chambre à coucher.

Séraphine. — Allez me les chercher !

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