‹ Exposition de tableaux à la plumeChapitre 60 sur 81 · SCENE NOCTURNE · texte numérisé non relu

SCENE NOCTURNE

POLYTE, dit la Terreur de la Villette, 20 ans. ANGÈLE, dite la Belle-Grosse, 29 ans.

AUGUSTINE, dite Titine, 18 ans.

Sur le boulevard de Ménilmontant, un samedi, jour de paye, neuf heures et demie du soir. Angèle et Titine font les cent pas sur le terre-plein en face du concert du XXe Siècle. Le temps est beau : un petit froid sec de janvier qui pique, mais qui n'a rien de désagréable.

Titine. — Alors, t'es heureuse?

Angèle. — Pour sûr ! Polyte est un chouette type ! Un peu brutal, mais aimant et solide ; il a du biceps à en revendre à tous les miches plus ou moins chétifs que je récolte sur le Tjoulevard.

Titine. — Mon Chariot, à moi, il est plutôt pas fort et c'est une consolation pour moi d'être

aux petits soins avec lui ; il est doux comme un mouton et ne me fait jamais de reproches.

Angèle. — Le mien n'est pas comme ça. S'il me voyait en train de bavarder comme je le fais en ce moment, il m'engueulerait dans les grands prix. Et ça ne me ferait pas de peine, il comprend la vie !

Titine. — Ça te fait donc plaisir d'être battue?

Angèle. — Il me prouve sa supériorité. C'est un vrai mâle, et quand je reçois une bonne ratatouille, j'ai le cœur plus tendre.

Titine. — Ma pauvre Angèle, chacun son goût. Vois-tu, moi, j'aimerais pas ça. Si mon Chariot me laisse turbiner pour vivre, au moins il fait ce qu'il peut pour amener quelques picaillons à la maison. Dans la journée, il va ouvrir des portières devant les mairies et les églises et le soir il ramasse des bouts de cigares ou des mégots de cigarettes ; enfin, il reste pas à rien faire.

Angèle. — Chariot travaille, ça le regarde, et je te trouve vraiment sans cœur de lui laisser faire ce qu'il fait. Il est vrai que pour ce qu'il a à s'abîmer, il n'y a pas d' deuil. Mais, mon Polyte qu'est si beau, si grand, si fort, qu'une autre pourrait me chauffer si facilement, j'aime bien mieux gagner toute la galette qu'i nous faut

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