LES REFRAINS DE GORALIE
Prosper. — Si, je l'aime. Mais pas celle que tu me serines.
Goralie. — T'as mauvais goût, tout simplement.
Prosper. — C'est ton avis, mais je ne le partage pas.
Silence. — Il est de nouveau rompu par Goralie, qui attaque son morceau de résistance sur un ton larmoyant qui fait mal au cœur.
Goralie :
Je veux t'aimer T'aimer toute la vie...ye.
Prosper. — Ça me fera plaisir. J'aime mieux que tu le penses ; je consens à ce que tu me le dises; mais, je t'en supplie, ne le chante pas !
Goralie. — Pourquoi?
Prosper. — Parce que de t'entendre chanter comme ça, ça m'horripile, ça me porte sur les nerfs et que je ficherai le camp au café, si tu continues ; car je suis incapable de faire quoi que ce soit. J'adore la musique. Les oiseaux savent chanter des morceaux qui me plaisent. Quanta tes rengaines, j'en ai plein le dos et tu es prévenue. Surveille-toi si tu ne veux pas me voir décaniller.
Goralie s'approche de Prosper et l'embrasse
dans le cou. — Qui qui n'est la grosse bébête à sa p'tite femme ?
Prosper. — C'est Pépèr. Mais Pépèr veut être tranquille. Il a besoin de faire proprement sa besogne, Pépèr, et tes chants l'en empêchent.
Coralie. — Les hommes sonttous les mêmes: contrariants au possible, avec des idées toujours opposées à celles de leurs femmes. Tu ne dépares pas la collection. Léon, l'ami à Camille, est absolument comme toi.
Prosper.— Il n'aime pas à être rasé par des chansons ?
Coralie. — Non. Lui, c'est autre chose. Il ne peut pas supporter que Camille lui parle de toilettes. Ça le met dans tous ses états. Quand elle lui en ouvre la bouche, il se sauve.
Posper. — Je comprends ça. C'est un genre de conversation qui n'a rien de bien séduisant pour un homme. A sa place, j'en ferais tout autant. Ce que je sauterais sur ma bicyclette ! Ça n'est rien de le dire !
Coralie. — Grand méchant !
Silence. — Tout à coup, avec une voix de fausset terrible, Coralie lance un :
L'oiseau s'envo...o...le Là-bas, là-bas...