LES REFRAINS DE CORALIE
Prosper, — Si tu voulais être bien gentille, ô ma maître. . .es. . . se ! tu m'offrirais un peu de tranquillité?
Coralie. — Je te gêne quand je chante?
Prosper. — Un peu, ça me trouble. Quand un homme est en train de dessiner les côtes du Canada, on ne se fait pas une idée de ce que les sentiers remplis d'ivre... es ..se ont d'influence sur son travail.
Coralie. — C'est pourtant une bien chouette chanson. Elle est pleine de sentiment. C'est pas toi qui m'offrirais aujourd'hui le premier bouquet de lilas.
Prosper. — Ça non ! Et pour deux raisons. La première, parce que j'ai un travail à exécuter qui ne souffre aucun retard ; la seconde, c'est qu'il y a longtemps que le dernier bouquet de lilas est fané. Nous en sommes aux capucines en fleurs.
Coralie. — Ça m' s'rait égal d'avoir aut1 chose que du lilas, si t'étais un homme à aller le cueillir avec moi.
Prosper. — Malheureusement, ma chatte, c'est impossible.
Coralie, brusquement, avec une profonde voix de basse très enrouée :
Pendant qu'on danse au château de Versailles Au poids de l'or, peuple on te vend le pain !...
Prosper. — A propos, est-ce qu'il ne va pas diminuer, le pain? Tu le payes toujours neuf sous les deux livres ?
Goralie. — Toujours, mon coco chéri î
Prosper. — Tant qu'il y aura des exploiteurs, ça sera la même histoire !
Goralie, continuant son refrain :
Dansez, marquis ! pendant que la canaille, Dans les faubourgs, crève et meur...re de faim !
Prosper. — Il y a vraiment de quoi ! Quand on t'entend chanter ça, on a le droit de se laisser mourir de faim.
Goralie. — C'est pourtant rudement beau ! Tu n'aimes pas cette chanson-là ?
Prosper. — Je trouve ça bête à pleurer. On devrait enfermer les gens qui écrivent dépareilles inepties.
Coralie. — Quand, dans l' temps, les chanteurs venaient dans la cour de l'atelier et qu'ils chantaient cette chanson-là, tout Y monde pleurait.
Prosper. — Je comprends ça. Moi, j'aurais été apprenti dans ton atelier de modistes, j'aurais pleuré comme tout le monde, mais probablement pas pour les mêmes raisons.
Goralie. — Tu n'aimes vraiment pas la musique !