‹ Exposition des Beaux-Arts. Salon de 1857Chapitre 1 sur 12 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Quelques-uns de nos confrères qui attendaient, comme nous, l'ouverture des portes de l'exposition des Beaux-Ârts, nous faisaient observer que cette solennité n*excitait plus le môme empressement que jadis. C'était alors, en effet, un spectacle curieux et plein d'intérêt que de voir tout ce que la capitale renferme de distingué et d'éclairé, même les belles élégantes, venir» une heure à l'avance, faire le pied de grue sur la place du Musée, attendre patiemment, puis aux premiers coups de onze heures frappés à l'horloge du Louvre, se presser, se fouler et faire irruption dans les salles, comme une armée dans une ville prise d'assaut. Deux causes ont paralysé cet élan passionné du public pour nos expositions. C'est d abord et principalement le prix d'entrée établi depuis peu d'années, et ensuite Téloignement du centre de Paris des différents locaux choisis provisoirement. Il est vrai que cette dernière cause va disparaître, si. comme tout le fait entrevoir, M. Le-

fluel, rhâbile architecte de TËmpereur, a bientôt terminé les salles du nouveau Louvre destinées aux expositions d€3 Beaux-Arts. D'un autre côté, si l'administration veut rendre à Touverture du Salon cette solennité, cet enthousiasme d autrefois, inconnus partout ailleurs qu*en France, elle n'a qu'à décider que ce jour-là l'entrée sera gratuite. Ce se rait, du reste, un acte de justice envers les familles des artistes si intéressées à voir et à Juger, des premiers, les œuvres exposées ; mais se trouvant souvent dans l'impossibilité de payer le droit d'entrée, elles sont, par conséquent, forcées d'attendre huit Jours pour satisfaire gratuitement ce sentiment de curiosité bien naturel.

Quant à nous, partisan des expositions gratuites, nous nous exprimions ainsi dans notre compterendu de l'Exposition universelle : « Nous ne » sommes paa partisan du droit d'entrée, non » parce que ce nK)de est contraire à nos mœurs, à • la générosité bien connue de notre caractère^ mais » parceque, si ce prix d'entrée était appliqué à k'a- » venir, il paralyserait le progrès chez nous, en emd péchant la majorité des artistes et des ouvriers » d'aller, comme précédemment et le plus souvent » possible, méditer et étudier à nos expositions. B Nous avons prouvé, dans notre iieime du Salon » de 1852, que si l'Angleterre, si l'Allemagne étaient t inférieures à nous dans les Beaux-Arts etdanst'In- » dustrie, ce n'était ni faute d'écoles ni faute de pro- I fesseurs, mais à cause de la rareté de leurs expof sitioos, d'ailleurs aussi peu fréquentées que leurs » musées» et parce qu'elles ne sont jamais gratuites.

» Nous avons prouvé que la France ne devftit sa su* » périorité artisticpie et industrielle qu'à ses Salons » annuels et gratuits qui, depuis 1890, nous ont ?) fait foire des progrès si remarquables. Nous re- » grettons donc, plus sincèrement que nous Tex- » primons ici, que la Compagnie du Palais de Fin- » dustrie n*ait pu accorder, un jour par semaine, 7> aumoinSf Ventrée gratuite aux deux expositions. » Ce que la Compagnie du Palais de l'Industrie n'avait pu faire, l'administration du Musée Ta fait cette année : elle a accordé, comme nous le demandions, un jour d'entrée gratuite par semaine : le dimanche. Nous l'en félicitons, et si, à l'avenir, le jour d'ouverture de l'Exposition était gratuit, elle aurait, croyons-nous, fait droit à toutes réclamations sur ce point ; car , il feut le reconnaître , la perception du prix d'entrée produit des sommes considérables, et ces sommes servent à des acquisitions de tableaux et de statues qui n'auraient point lieu sans cette ressource. Il y aurait donc injustice à ne pas le signaler : Tadministration fait ce qu'elle peut pour satisfaire et concilier tous les intérêts. Malheureusement, c'est une chose, sinon impossible, du mains toujours très difficile.

. Cependant, malgré les plaintes inévitables émanant d'esprits chagrins^ et contradicteurs, on ne peut s'empêcher d'avouer que M. le directeur des Musées a su tirer le meilleur parti de ce vaste palais des Champs-Elysées dont les artistes s'eifrayaient à la pensée que leurs œuvres seraient écrasées par l'immensité du local et la diffusion de la lumière. Les neuf salles construites pour l'exposition de pein-

ture, dans la galerie supérieure, donnent un jour du haut égalemeot .favorable à tous les tableaux. Quant à la sculpture, elle est disséminée avec discernement dans les salons de peinture et dans le charmant jardin anglais, dessiné et planté, avec un goût exquis, dansrimmensetranseptdu palais. Cette disposition salisfait-elle tout le monde ? Mon Dieu non ! et M. le comte de Nieuwerkerke ne pouvait Tespérer. Nous avons euteodu des raisonnements curieux à ce sujet : ceux-ci (lisent qu'ils n*ont point fait des statues pour orner un jardin ; ceux-là pré féreraient voir leurs sculptures dans l'ancien et triste local du Louvre. Patience, messieurs, le Louvre s'achève, et l'apnée prochaine vos ouvrages pourront reprendre leur ancienne ligne de bataille dans un froid rez de-<^baus$ée que le public traversera à la hâte, comme autrefois, sans s'y arrêter. Peut-êlre alors regr^tteroz-vous ces jolies prairies qui attirent les visiteurs» ce fond de verdure sur lequel vos statues se détachent, ce frais ruisseau qui serpente dans ce gazon, et reflète, en courant, les formes gracieuses de soi groupes Mais vos re« grets seront superflus ; Le Louvre ne se prêtera à aucune métamorphose ; tel il sera, tel il faudra le supporter. N'aura-t-il pas été construit pour vous?. Au reste, depuis bientôt trente ans que nous suivQns les exposititms des beaux-aits, d n'en e^t pas une où l'on ne se soit plaint et du loca et du jury. Le jury surtout a été l'objet de continuelles récriminations, Que de pétitions n*a-t-on pas signées pour demander à le réformer et même à 1^ supprimer? quelle guerre le romantisme ne lui

a-t-il pas livrée dans les premières années du règne de Louis-Philippe? Il est vrai que rinslitut,qui composait le jury d*admission, refusait impitoyablement tout ce qui n*était pas dans se$; vues. C'est cependant de cette guerre du classique et du romantique qu'est sorti le progrès de l'art et cette école moderne et vraiment française qui a brillé avec un tel éclat à TExposition universelle, en présence des écoles européennes réunies. L'antipathie contre le jury élait telle, en 1848, qu'on profita des événements pour faire une exposition libre où tous les ouvrages présentés seraient admis. On se rappelle l'effet de cette exposition ; ceux-là môme qui l'avaient demandée ont été les premiers à la regretter et à réclamer le rétablissement d'un jury pour les admissions au salon de 1850. En effet, il fut nommé à l'élection par les artistes exposants. C'était une garantie pour les écoles diverses , et pourtant il y eut encore des mécontents. Le jury pour les salons de 1852 et de 1853 fut composé, moitié de membres nommés à l'élection par les artistes exposants , moitié de membres choisis par l'administration. Cette combinaison était sage ; elle ne fut , pas plus que les précédentes , exempte de reproches plus ou moins passionnés, tant il est difficile d'obtenir l'approbation générale. Cette année , le jury est redevenu ce qu'il était avant la révolution de février; il a été uniquement composé des membres de la section des beaux-arts de l'institut. Mais il faut dire que l'Institut de 1867 né voit plus comme voyait l'Institut de 1830 ; il a subi, à son insu, l'influence

de la nouvelle école ; ses principes se sont modifiés par Tadmission dans son sein d'artistes jeunes encore et appartenant à Técole actuelle. Sans dpute, l'Institut montrera toujours une préférence pour les buréats derEcole, quelle que soit leur faiblesse, sans doute, il y a eu, cette fois encore, des faits personnels, des refua immérités très regrettables. Pourquoi s'en étonner ? De ce qu'on est membre de rinstîtut cesse-t-on d'être homme« et plus ou moins accessible aux mauvaises passions? Il y aurait, ce nous sen^ble, un iBpyen bien simple de mettre un terme à ces petites méchancetés : ce serait de laisser ignorer au jury, quel qu'il soit, le nom de Tartiste dont il examine îles oeuvres. Cette mesure si simple et d'équité réjouirait bien des artis tes et nous tout particulièrement.

Quoiqu'il en soit, et malgré. les exclusions auxquelles nou£ venons de faire allusion, on doit savoir gré au jury de 1857 d'avoir réparé une injustice en admettant les œuvres d'un artiste distingué contre lequel on avait lancé toute la meute de rapins de l'école. On doit, pour être juste, lui^avoir gré aussi d'avoir reçu au moins un ouvrage à presque tous les artistes qui ont envoyé à l'SJxposition. On nous dira, qu^ l'étendue du local permettait au jury de se montrer plus bienveillant encore, en ouvrant une ou deux salles :de plus, et: eh recevant au moins deux ouvrages an lieu d'un seul, qui n'est pas toujours le meilleur parmi, ceux présentés. C'est aussi notre ayi^; oiais il n'est pas moins vrai que le Salon de 1850 ne comptait que l,i85 ouvrages, que celui delSSrl n'^présentai^t.que 1,787, que celui de

1833 n'en avait qae 1,768, tandis que ie livret de l'Exposition de 1857 en consigne 3,483, presque le double des précédentes expositions. C'est un résultat dont il faut tenir compte au jury. Les 3,483 œuvres d'art exposées se divisent ainsi : -«Peinture, 2,715 ;— Sculpture, 429 ;— Gravure, IW ; —Lithographie, 98 ; — Architecture, 85 ; — Photographie, 9 . —Notons, en passant, que c'est la première fois que iâ photographie figure à une exposition des Beaux- Arts. Ces œuvres sont dues à 1454 Exposants, savoir : 1172 peintres, 117 sculpteurs, 74 graveurs. 43 lithographes, 34 architectes.

Il est un autre résultat, et des plus honorables, que nous devons certainement au rang exceptionnel auquel l'école française s'est élevée dans ce concours européen qui s'est appelé l'Exposition universelle. Nous voulons parler du nombre considérable des artistes étrangers qui exposent cette année. Au Salon de 1852, nous comptions 113 artistes étrangers plus de 200 sont inscrits au livret de 1857.

Maintenant le Salon de 1857 est-il supérieur ou inférieur à ceux des années précédentes? C'est là ce qu'il serait téméraire d'afiirmeràune première visite. Ce que nous pouvons dire, c'est que, à Texceptiou du grand tableau de M. Tvon, la grande peinture y est nulle, et qu'au contraire la petite et la moyenne peinture y sont très remarquables. Les tableaux de genre y sont en majorité. Ce qu'il est bon de signaler, c'est que les écoles ou plutôt les systèmes y sont moins distincts, moins tranchés qu'aux autres expositions. M. Courbet lui-même semble avoir compris qu'on peut être réaliste tout en copiant la belle

nature de préférence à la laide Nous n'avons rien vu de MM. Ingres, Scheflfer et Delacroix ; mais on s'arrête avec empressement devant les tableaux de MM. Horace Vernet, Robert Fleury, Muller, Matout, Gérôme, Meissonnier, de Mercey, Dubufe, Galîmard^ G!aîse, etc«

Quant à Ja sculpture, elle s*est maintenue au degré de supériorité qu'elle a atteint, et presque tous nos statuaires ont envoyé au moins une œuvre, malgré les travaux qui les ont occupés au Louvre.

Notre critique formera cinq chapitres : Peinture historique; — Tableaux de genre, — Portraits, — Paysages et Marine; — Dessins, Aquarelles , Pastels et Miniatures; — Sculpture; — Gravure, Lithographie, Architecture et Photographie.

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