‹ Exposition des Beaux-Arts. Salon de 1857Chapitre 2 sur 12 · PEINTURES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

PEINTURES HISTORIQUES

On désignait autrefois sous le titre de : Peinture hiêtorique, tout tableau représentant un trait de l'histoire ancienne, soit sacrée soit profane, et presque toujours exécuté sur une toile de grande dimension où l'artiste s'appliquait à Tétude du nu. cet écueil de l'art. Aussi, les sujets grecs et romains élaient-ils choisis de préférence et envoyés en très grand nombre aux expositions du Louvre. Mais il est dans l'ordre naturel de se fatiguer de tout, de se blaser des plus belles comme des meilleures

choses^ et un jour Ton s'écria de toute port' : Qui

nous délivrera des Ofees et des Romainsi Oa s'était

demandé pourquoi Ton ne reproduirait pas aussi

les traits les plus intéressants de l'histoire moderne,

i^haut^faits de Tbistolre nationale? Le célèbre

peintre Gros fut le premier qui commença cette

révolution dstm la peinture; il fut le pète de la nou«

velle école.

J en Atteste iaffa» ce cheM'œavre où le cœar

Prèle au talent l'appui de son feu créateur I

J'en atteste crEylau la scène magnifique.

Et son Napoléoi), au regard pathétiaue r

J'en atteste Téclat du combat d'Aboutir,

Ce fruit de quelques roois^ où l'art sut réunir

Expression, de?sin, couleur, fougue guerrière ;

Où le coursier d'un preux, secouant sa crinière,

Im[)étueQx» bouillant, respirant la fierté.

L'œil plein d'un feu vainqueur, le poitrail argenté.

Nous rappelle soudain ceux que la Poésie

Attache au charda jour et nourrit d'ambroisie...

Après lui vinrent Géricault, Horace Vemet, Paul Delaroche, Eugène Delacroix, les Devéria, les Johannot et tous les maîtres qui se sont formés de^ puis 1830.

Aujourd'hui, la majorité des sujets traités par les artistes exposants appartiennent à Thistoire moderne^ et principalement à rh{st<)ire contemporaine.

Nous considérerons donc comme peinture hisUh ' rique tout tableau, grandou petit, reproduisant un trait d'histoire soit ancienne ou moderne, soit sacrée ou mythologique, et, sans suivre Tordre hiérarchique ni méthodique 9 nous analyserons les œuvres à ooesure que nous les rencontrerons. Ceci dit, nous commençons notre Revue.

M* L^uto Matont a exposé deux grands tableaux peodaatifs destinés à compléter , avec celui d' Ambroise Paré exposé en 1855, la décoration du grand amphithéâtre de TËcole de Médecine. — Celui des deux tableaux que nous préférons porte le numéro 1867 et représente le célèbre chirurgien De- $auU,qn\i à la fin du XVIII^ siècle, institue la première clinique chirurgicale , et démontre à ses élèves l'appareil in venté pour les fractures de la cuisse. Cette scène est bien groupée, les différents plans bien observés ; il y a de Pair. La pose du professeur est vraie , simple sans manquer de dignité , et le sentiment d'attention des élèves n*a rien de maniéré. Le second tableau (L866) représente le chirurgien Lanfranc, qui fit, en 1295, les premiers cours de chirurgie qui aient été ouverts en France. Ici, Tartiste a cherché l'effet pittoresque, et il a été moins vrai. Parmi les élèves assis sur les gradins de Tamphithéâtre, il en est un, au centre, dont la pose paraît inexplicable; il semblée cheval on ne sait sur quoi. Du reste, ce tableau a des qualité:} de couleur très remarquables.

M* Oabafe fils a, cette aonée, une très grande toile (819) intitulés : le Congrèn de Paris en 1856. Ce n'est pas positivement une séance du congrès que Tartiste a voulu rendre, car cette assemblée n'a rien de la raideur d'une réunion ofticielle. Les diplomates ne sont point assis autour de la table selon lô rang assigné à chacun d'eux par Tétiquette ; ils sont dispersés par groupes dans le salan, pendant que la conversation principal*» est tenue entre les

ambassadeurs de Turquie, d'Angleterre, de France et de Russie. Cette composition est heureusement conçue et habilement exécutée. Outre le mérite de la ressemblance des portraits, plusieurs d'entre eux sont peints avec le talent qui distingue M. Dubufe fils.

M. ntUler a été moins heureux que M. Dubufe dans son grand tableau représentant l'Arrivée de S. M, la reine d'Angleterre au palais de Saint- CUmd (1983). Il serait impossible de se douter que cette peinture est de M. Mùller si le livret n'était là pour l'attester, tant elle est étrangère à sa manière de faire : ce n'est ni sa couleur ni son dessin. C'est une œuvre très faible.

Il n'en est pas de même d'une autre composition du même artiste (1982) , la Reine Marie-Antoinette à la Conciergerie, Sans avoir le mérite exceptionnel de la Marie-Antoinette après sa condamnation, peint par Paul Delaroche, la scène reproduite par M. Mûller impressionne et touche. Puis, on retrouve ici les qualités de facture, la vigueur de couleur et de modelé que cet artiste a mis dans le tableau qui a établi sa réputation, V Appel des condamnéSf acquit par l'État et placé au musée du Luxembourg.

M. Horace Ternet, notre peintre de bataille, a exposé un épisode de la Bataille de VAlma ; c'est le moment où la 3* division, commandée par S. A. I. le prince Napoléon, franchit la rivière et attaque le centre des Russes. Le célèbre artiste a mis dans cette

toile tout le talent qu'on lui connaît ; tout y est touché de main de maître : types militaires, chevaux et paysage.

M. Plis est appelé aux plus grands succès dans la peinture de batailles traitées dans de petites di meusions.Son Débarquement de V armée française en Crimée est une œuvre très remarquable, quoique laissant à désirer sous le rapport du dessin dans quelques parties du tableau, telle que la figure du général Canrobert et celle du maréchal de Saint- Arnaud. La scène est disposée avec simplicité et une grande vérité : siir les premiers plans, le maréchal de Saint-Arnaud, son état-major et un admirable groupe de chasseurs à pied ; ensuite, des bataillons qui se forment à mesure que les hommes débarquent, et dans le fond toute la flotte et les innombrables embarcations qui transportent k>s troupes sur cette terre de Crimée où notre gloire militai: e va grandir encore le nom de la France. Jj'artiste n'avait pas à vaincre ici les difficultés qu'on rencontre lorsqu'on peint une bataille ; aussi, sa composition ne peut-elle être comparée à un tableau de ce genre. Mais on ne saurait trop louer M. Pils de reffet qu'il sait produire tout en restant simple et naturel, ainsi que de l'air, de la lumière répandues sur cette scène peinte avec une grande puissance de coloris.

M. Mmudry est aussi un coloriste. Son Supplice d'une Ve9Jtale (123) a été exposé, il y a un an, parmi les envois de Rome à l'Ecole impériale des Beaux-

Arts, el nous ne pouvons que répéter ce que nou disions alors de ce tableau : a La composition est confuse, inintelligible; les personnages sont gênés, embarrassés dans leurs mouvements. Cependant, cette page n'est pas dépourvue de mérite sous le

rapport du coloris, mais le dessin manque de correction.

Nous préférons du même artiste la Fortune et le ;eunc £n/annl24.), sujet tiré de ces trois vers de Lafontaine :

« La Fortune passa, réveilla doucement,

» Lui disant : Mon mignon^ je vous sauve la vie ,

" Soyez une autre fois plus sage, je vous prie. »

La Figure de femme est bien dessinée, ses formes sont correctes, élégantes, mais sa pose et celle de Tenfant sont trop maniérées.

La Léda (126) , du même peintre, est un petit tableau plus simple, mais qui sent encore l'arrangement de convention de l'enseignement académique. Ici, Léda est debout avec le cygne près d'elle ; ni l'un ni Tautre ne sont émus. Nous préférons la composition de M. Galimard : la Séduction de Léda, qui figure à cette Exposition etdont nous parlerons bientôt. Néanmoins, le petit tableau de M. Baudry est une belle étude de femme nue, d'un joli dessin et d'une bonne couleur.

M. Bellansé) le peintre de scènes militaires, a un petit tableau ( ik6 ) représentant la Prise des embusea^des russes devant le bastion central de Sébastopol, dans la nuit du â mai 1855, attaque où fut tué le colonel Yiennot de la légion étrangère.

Ce combat est rendu avec Thabileté ordinaire de ce maître. L'effet de nuit est très bien rendu.

M. Jobbë-DuTal a aussi un petit tableau, mais il est traité comme de la grande peinture ; il est intitulé : le Calvaire {ikk2]. Ce sont les saintes femmes qui arrivent le soir au calvaire. La Madelaine est déjà au pied de la croix; elle contemple le Christ dont elle saisit les pieds dans ses mains crispées. Ce mouvement s'explique mal : on croirait qu'elle prend les pieds du Christ pour les lui remonter plus haut sur la croix. La figure de la Yierge est d'un beau sentiment, et Teffet du crépuscule répand une teinte de douce mélancolie sur cette touchante composition.

M. Giffoux compte au Salon deux sujets historiques ; l'un (1,168), le Bon Samaritain, n'est qu'une très faible étude d'homme nu, couché au milieu des vignes, d'où sort une tète de marchand de dattes du boulevart, laquelle paraît étonnée de voir dormir un homme dans cet état et dans cet endroit. Ce tableau n'eût certainement pas été admis à TËxposition si M. Gigoux, comme décoré, n'était exempté de soumettre ses ouvrages à Texamen du jury.

Quoiqu'inférieur à beaucoup d'œuvtes de M. Gigoux, la Veille d'Austerlitz (1169) vaut mieux que la composition du précédent tableau. Dans celui-ci l'artiste a choisi le moment où, après avoir passé la soirée au bivouac avec ses maréchaux, l'Empereur voulut visiter ses soldats et juger par lui même

de leur disposition morale. Les premiers soldats qui Taperçurent, voulant éclairer ses pas, ramassèrent la paille de leur bivouac et en formèrent des torches enflammées qu'ils placèrent au bout de leurs fusils. En quelques minutes , cet exemple fut imité par toute Tannée. Les soldats suivaient les pas de Napoléon aux cris de : Vive VEmpereur ! lui promettant de se montrer le lendemain digne de lui et d'eux-mêmes. Cette scène de nuit est assez bien rendue ; les poses n'ont rien de trop exagéré dans le mouvement, et c'était là recueil à éviter.

M. Besson, sous le titre de : Enfance de Grétry (206), nous représente le jeune Grétry armé de son petit violon, faisant danser la jeunesse du village dans l'auberge tenue par son père, ce que voyant, son oncle le curé s'écrie : a Ah ! mon cher enfant, lui dit-il, dans quel enfer vous vivez ! » Cette fête de village est une charmante composition pleine d'entrain et de mouvement; on y trouve de jolis groupes de femmes et la couleur y est chatoyante.

M. YTon a exposé la plus importante et la plus remarquable composition du Salon de 1857. C'est la Prise de la tour Malakoff (2708).

Le 1°' bataillon du 1*"^ zouaves s'élance de la septième parallèle et marche droit à l'angle d'épaule qui relie la courtine à la face gauche de Malakoff. Les deux autres bataillons suivent immédiatement. Les hommes, après avoir franchi le fossé, couronnent le parapet ; les plus lestes, les plus braves ou les plus heureux, sont déjà dans l'intérieur de l'ou-

vrage ; le colonel Collineau les conduit ; il a été blessé à la tête au moment où il y pénétrait le premier. Le combat s'est engagé sur le parapet et le talus intérieur où les canonniers russes se font tuer f ur leurs pièces en se défendant avec acharnement à coups de crosses, de leviers, d'écouvillons, de pierres et d'éclats de projectiles.

Le 7« de ligne , ayant à sa tête le colonel Decaen,

a débouché des tranchées à la suite du 1^ zouaves ; il se dirige sur le saillant de Malakoff de manière à

laisser sur sa droite le 2« bataillon de zouaves ; sa

tête de colonne gravit les parapets et pénètre dans

les embrasures.

Le 1^ bataillon de chasseurs à pied, commandant Gambier, formant la tête de la 2** brigade de la division de Mac-Mahon, sort des tranchées après le 7* de ligne. On voit ses premiers hommes arriver au sommet des talus.

Le chef de bataillon du génie Ragon, commandant une escouade de sapeurs, se précipite dans la redoute avec quelques-uns de ses hommes armés de pelles et de pioches; le reste de sa troupe apporte les échelles-pont destinées à faire franchir plus facilement le fossé aux assaillants.

Un détachement de canonniers conduits par le capitaine d'artillerie Crouzat et munis .des outils d'enclouage, se précipitent sur les pièces malgré la résistance de l'ennemi.

Au moment où se passe cette scène, au moment où un enfant de Paris, le jeune Lihaut, caporal de zouaves, fit flotter le drapeau français sur Malakoff, le général deMac-Mahona franchi le fossé. Il plante

son épée sur le terrain déjà conquis par nos colonnes et donne ses premières instructions au colonel Lebrun, son chef d'état-major. A ses pieds tombe lecôlonel d'élat-major de La Tour du Pin, frappé d'un éclat d'obus.

En arrière de la première ligne, on voit le général Yinoy qui entraine, au sortir de la tranchée, la tête de colonne de la 2* brigade (20* et 27* de ligne). Cette tête de colonne marche sur !es traces du 2' bataillon de zouaves, de manière à arriver dans l'angle formé par la courtine et Touvrage.

A cent mètres du général Vinoy se prononce le mouvement de la division La Motterouge, derrière laquelle on voit arriver dans la poussière les 6* et 9* batteries de campagne du 10* d'artillerie, commandées par le chef d'escadron Souty, qui vont intrépidement se mettre en position sous le feu de la courtine et du Petit-Redan.

Au-dessus, sur l'emplacement d'anciennes carrières, le général Bosquetvient d'être atteint d'un éclat de bonjbe.

C'est derrière ce plan que sont massées en réserve . les troupes de la garde, qui, quelques instants plus tard, vont faire des prodiges de valeur sur la courtine du Petit-Redan.

Derrière le 7^ de ligne, sortant de la sixième parallèle, les zouaves de la garde, colonel Jannîn, et la brigade Wimpffen (tirailleurs algériens, 3« zouaves et 50® de ligne), désignés pour former la réserve de la division Mac-Mahon , se dirigent sur le drapeau qui domine Malakoff, et à l'appel des C'airons

du l*"' zouaves qui, formés en petit groupe, ne cesse de sonner la charge.

A 500 mètres en arrière se voit, à travers les flots de poussière, le Mamelon-Vert occupé par Tétatmajor-générai et le général Pélissier, qui, de là, peut embrasser Tensemble de Tattaque de Textrême droite et de l'extrême gauche.

Cette description donne une idée des difficultés que M. Yvon a eu à vaincre pour rendre avec clarté un sujet aussi compliqué et aussi difficile. Il s'en est tiré avec talent. On suit sur cette toile immense la marche de Faction ; ou assiste véritablenient à la prise de la tour Malakotf, aux scènes terribles qui se sont passées dans ce grand drame. Plusieurs des principales figures y sont touchées de main de maître, telles que celles du colonel de zouaves CoUineau, placée sur le premier plan, du général russe qui retient ses soldats qui fuyent, du général de Mac-Mahon qui plante son épée sur le sommet de la tour, et de ce zouave, enfant de Paris qui arbore le drapeau de la France. C'est une composition qui demande et qui gagne à être vue plusieurs fois. Cette belle peinture place M. Yvon à côté d'Horace Vernet, auquel il est appelé à succéder comme peintre de bataille.

M. Eugène Deiréria reparaît à nos expositions qu'il avait délaissées depuis quelques années, après yavoir obtenu de brillants succès.Des deux tableaux historiques qu'il a envoyés au Salon de 1857, nous préférons celui portant le numéro 755 ; il représente la Mort de Jeanne Seymour, troisième femme de

Henri VIII, roi d'Angleterre, le lendemain de la naissance de son fils Edouard VI, en 1557. Le coloris de ce peintre est toujours aussi riche, aussi coquet qu'autrefois, sans être plus vrai, la douleur que doit produire une mort aussi inattendue que celle de cette reine ii*est pas assez exprinnée sur les visages de ces gens de Cour, et, sans le livret, on ne se douterait guère qu'on assiste à une agonie. Au premier abord, on croit qu'il s'agit de la mise au monde de ce bel enfant qu'on présente à la mère et aux assistants. Du reste, les personnages sont groupés avec goût, et Ton trouve dans ces groupes de charmantes tètes de femnies.

Sous le titre : les Quatre Henri dans la maùon de Grillon à Avignon (756), M. Devéria représente Henri III, Henri IV, rois de France, Henri de Guise et Henri, prince de Condé, jouant aux dés sur une table de marbre blanc. Le sang qui s'échappe, par deux fois, de l'un des cornets, éclabousse les mains des joueurs impressionnés de différentes manières, et tandis qu'Henri IV jette son chapeau en défi à la Camarde et que Grillon se met Tépée à la main derrière les deux rois, le médecin Miron, futur ami de Henri IV, dit aux gentilshommes qui l'entourent : a C'est là un signe que ces quatre seigoeurs mourront assassinés. » Cette scène est retracée d'une manière très intelligible ; la couleur est aussi fort jolie, mais le dessin laisse bien à désirer. Les figu* res ne sont pas dans les règles de proportions du corps humains ; Crillon a au moins quatre Ion *■ gueurs de tête de trop. C'est là le défaut hubituel à

cet artiste; on le retrouve dans son tat^eau de la

— Siâ —

naissance de Henri IV qui est au Musée du Luxembourg.

M. Gallmard a enfin obtenu justice. Son tableau, la Séduction de Léda^ est exposé, et le public, ce souverain juge, reste étonné de trouver tant de charme, tant de belles qualités dans une œuvre contre laquelle tant d'artistes se sont acharnés sans trop savoir pourquoi. Nous n'avons jamais compris que des gens de cœur consentissent bénévolement âse coaliser contre un seul homme, contre un confrère, pour le tuer dans Topinion publique. Aujourd'hui, en présence du tableau de M. Galimard, les individus qui avaient crié le plus contre lui sont forcés de convenir avec tout le monde que la composition est gracieuse, que la tête de Léda est jolie, que le torse, les bras, la jambe gauche sont de formes élégantes et bien modelés, que le coloris a de l'éclat, de l'harmonie, et que le cygne est peint d'une manière très remarquable. Ce n'est pas un chef-d'œuvre, mais c'est une belle et bonne peinture, la meilleure, à notre avis, qu'ait produite M. Galimard.

M. liRrlTlère nous montre le Martyre de SairU Vincent (1573). C'est en l'an 303 de Jésus-Christ, que Dacien, après lui avoir fait subir les plus cruels tourments, furieuxde n'avoir pu vaincre le courage du saint, le renvoya en prison, avec ordre de le coucher sur des morceaux de pots cassés et de lui mettre les pieds dans des ceps de bois. Mais Dieu n'abandonna pas son serviteur. Des anges, descen-^

dus du Ciel, vinrent le consoler et chanter avec lui les louanges de son protecteur. Ce tableau est peint avec la vigueur que Ton reconnaît à M. Larivière. Ce n'est peut-être pas là ce que Ton est convenu d'appeler de la peinture religieuse. Mais la descente de croix de Rubens, pour n'avoir aucun rapport avec la peinture de Raphaël, n'en est pas moins une œuvre admirable, le chef-d'œuvre qu'on admire toujours. Pour nous qui aimons le beau partout où nous le rencontrons, nous ne pouvons qu'applaudir à la manière dont M. Larivière a peint et modelé la figure de saint Vincent; mais les bras des deux anges manque de finesse et d'élégance.

M. Comte a expose quatre sujets très intéressants et très bien rendus. Le plus parfait de ces tableaux est celui qui représente Henri III visitant la ménagerie de singes et de perroquets. Cette petite toile est peinte et dessinée avec une grande délicatesse do pinceau; il y a des types charmants. François /•*' et la duchesse d'Étampes visitant Vatelier de Benvenuto Cellini (581), est encore une gracieuse composition. La tête de la duchesse est jolie et François I" est dessiné correctement. Le reste de la Cour qui accompagne le souverain est moins bien. Catherine de Médicis faisant de la magie dans sa chambre au château de Chaumont^ où Ruggieri lui fait voir dans le miroir magique que ses fils mourront sans postérité et qu'Henri de Bourbon leur succédera sur le trône (579), est un tableau étudié avec conscience jusque dans ses moindres détails. Enfin, le quatrième tableau de M. Comte

(578), Jeanne Grey qui vient de soutenir une discussion contre les théologiens Bonnet, Gardiner et Feckenham, et qui voit son mari, lord Guifford Dudiey, se jeter à ses pieds et lui demander pardon d'avoir voulu abandonner sa foi, est d'une couleur plus sévère que les précédents^ parfaitement en harmonie avec le sujet.

M. LazerKe* a retracé une épisode de la dernière inondation. C'est S. M. V Empereur distribuant des secours aux inondés de Lyon (1623). Cette toile est certainement la meilleure de toutes celles qui traitent le même sujet ; aucune ne peut lui être comparé comme mise en scène et comme exécution. Le côté droit du tableau contient surtout des groupes très remarquables ; mais ceux du côté opposé sont un peu plats , il n'y a pas assez d'air. — La Vierge et VEnfant Jésus (1624) est un joli petit groupe qui entre dans la manière de ce peintre qui aime les sujets religieux. La Vierge est belle, mais est-ce bien là le type biblique? — Dans une autre gracieuse composition , M. Lazerges représente VAlbane regardant jouer ses enfants (1625). Le groupe d'enfants est plein de grâce, ainsi que la pose de l'Albane.

M. liOais Boulanger a un petit tal)leau d'une grande puissance de coloris, une Mater doUxrosa (340). Le sentiment de douleur de la Vierge est on ne peut plus expressif.

M. Biard a peint, avec le talent qu'on lui connaît, le Bombardement de Bomarsund, Ce tableau

représente plutôt un des vaisseaux chargés de cette opération, que le bombardement propcemeot dh, car de Bomarsund et de l'action générale on ne voit rien. M. Biard a voulu nous faire assister aux manœuvres d'un vaisseau pendant le combat et U a parfaitement réussi. Tout y est clairement rendu. Les types de marias sont tout à Cait ruUture; oa voit que ce sont des portraits»

M. Ueame expose cette année' une DeieenU ds croix (13^^). Cette composition est conçue et peinte dans le style religieux. L'expression de la Vierge qui pose la main sur la plaie du Christ est d*un sentiment touchant; le torse du Christ est bien modelé^ et leshras sont d'an> dessia vrai, élégant.

M. Béaue^, dans Vassaut de Zaateha (Afrique) (136), nous montre le colonel Canrobert, des zouaves, marchant à la tête de la colonne qui s'é* lance sur la brèche, où quatre officiers, seize sousofficiers ou soldats de bonne volonté raccompagnent. 11 y a de L'élan, de FacUon dans Geitecampositien qui se dî^mgue. encore par la ehaleur da coloris.

H. llfilémaeher a, sous le numéro 1351, une Sainte FamfleA'xm effet assez pittoresque. La scène se passe dans l'atelier de e&arpentier; au milieu des pièces de bois et des copeaux. La Vierge est assise ; eH» tieal FKalaiM>Iésii8*auqu6l8aiiit)o8apta<, qui a cpittè sm tnnraii^ vieat offirir^ une tolombe. Ge ta-

bleau est largement dessiné et franchement touché. Il y a de la fraîcheur dans le coloris. Les têtes sont jolies et les nus bien dessinés.

M. Janet-Iianse a traité le môme sujet que M. Lazer^es: Napoléon II F distribuant des secours aux inondés de Lyon , mais il est loin d*avoir aussi bien réussi. C'est surtout la figure de TEmpereur qui laisse à désirer ; le cheval est tout à fait manqué. Néanmoins, les groupes du peuple sur le premier plan sont d'une grande vérité comme types et comme couleur.

M. Antlsna s'est chargé de peindre la Visite de S. M, V Empereur aux ouvriers ardoisiers d'Angers, pendant Vinondation de 1856 Cette composition est simple et d*un sentin^ent vrai. L'artiste n'a pas visé h l'effet ; il a voulu reproduire la scène telle qu'elle s'est passée et il a bien fait. Nous trouvons seulement le ton général du tableau un peu trop gris.

M. Sehrader, peintre prussien, a envoyé une TentcUion de Saint Antoine (2^25) qui est peinte avec asse% de vigueur. La femme qui cherche à séduire ce pauvre saint est belle, et le jeune amour qui l'excite est fort joli. Cette toile, d'assez grande dimension, fait honneur à l'école de Dusseldorff à laquelle M. Schrader appiartient.

M. Visnon a exposé (2662) Jésus sur la croiàc, disant : a Mon Père^ je remets mon âme entre f>os

mairie. » Le ton général de ce tableau est d^un rosé désagréable, et le Christ est si raide sur la croix qu'on croirait qu'il est cloué de distance en distance pour empêcher à ses membres de fléchir sous le poids du corps. Les fornes sont peut-être d'une nature trop herculéenne ; plus d'élégance et de finesse eussent convenu au Dieu fait homme, à la nature si douce, si sensible du Christ.

Avec cette grande page, M. Vignon a encore deux petits tableaux du même ton que le précédent, mais qui ressemblent, par la manière dont ils sont traités, à deux concours d'esquisse de Técole des Beaux-Arts. Le mieux composé, selon nous^ est celui qui représente Cornélie, la mèrô des Gracques (2667). Les groupes sont heureusement disposés et Teifet de lumière bien combiné. Le dernier (2666) a pour sujet : Véturie^ la mère de Corfolau, qui parvient à vaincre le ressentiment de son fils que les tribuns avaient fait condamner à l'exil, et le décide à lever le siège qu'il était venu mettre devant Rome, sa patrie. Ce tableau rappelle surtout les concours de 1 école impériale des Beaux-Arts.

M. Bouterweck, né en Prusse, appartient cependant à Técole française; il est facile de s'en apercevoir à la solidité du coloris de son tableau de Sainte^Barbe, bénissant la vie et les travaux des mineurs dont elle est la patronne (36&). Cette composition sent un peu Tarrangement; mais il était impossible de mieux grouper les ouvriers des diverses professions employés aux travaux des mines.

-SS- II, itmeeq nous montœ une Épisode du »iége d'Avaricmm (Bourges)^ par JvÀes Cémr (226). Cette ville étant prise d'assaut, uae j^ne femoie gauloise, pour échapper à un :g«arrier r omain, se précipite du haut d'une tour avec son enfant dont elle essaye d'étouffer les cris. Cette scène est dramatiqjoe let }L Quecq l'a traitée avec intelligence. La pose du soldat qui se cranipoone aux vêtements de cette femme, qui s'élance déjà des bords du parapet, est d'un mouvement plein d^énergie. Cette femme se suicide bien avec l'égarement du désespoir et de la frayeur. Peut-être l'expression est-elle un peu exagérée et nuit-elle à la beauté des traits de la femme.

M. Jilarc a peint l'assassinat de François de Lorraine, duc de Guise, par Jean Poltrot, le 18 février 1563, veille du jour où il devait donner Tassaut à la ville d'Orléans (1818). Cette scène se passe la nuit et dans un bois. L'effet de lune au trav-ers des arbres est bien rendu ; le mouvement du duc de Guise est vrai ; les chevaux sont également bien dessinés.

M. Petit fait ce qu'on est convenu d'appeler le genre religieux ; c'est de la peinture de convention , une sorte de dessin légèrement coloré. Le grand tableau de cet artiste représente VInstUution de radoration du Saint-Sacrement (2133). Les figures sont arrangées symétriquement et avec goût ; elles sont dessinées assez correctement, mais elles sont sèchement peintes.

Peu C^0* a laissé inachevé une des plus grandes toiles du Salon ; elle représente le Massacre dei InfUh cenâs (1226). Cette composition est conçue dans le goût cinssique ; les effets dramatiques y sont cherchés ; les groupes sont arrangés, et quelques-uns empruntés au même sujet traité par Rubens dans un grand tableau que nous afvons vu à lal^inacothèqae, à Munich. Cependant cette peinture, qui eût cerlaînenient gagnée encore si Tartisto avait pu la terminer, a des qualités incontestables sous le rapperi du dessin et de la composition.

M. Wwm fichendel, de Bruxelles, a envoyé un tableau qui retrace une épisode de Thistoire hollandaise, en 1573. Lorsque Bréda retomba au pouvoir des Espagnols, Steven Van den Berghe, l'un des plus notables habitants, et auparavant fonctionnaire de ht République batave, avait accepté néanmoins un emploi du nouveau pouvoir. Il n'avait qu'une fille qui se nommait Anna. Un jeune Espagnol en était devenu amoureux, mais sans pouvoir lui faire par* tager ses sentiments : la denumde de sa main, qu'il avait faite à plusieurs reprises, avait toujours été rejetée. Il résolut de s'en venger. Un jour iliui ap« porte une lettre en la priant d'en prendre connaissance. La jeune personne vient la donn^ à lire à son p^e. Cet écrit n'étaU rien moins qu'un projet de complot pour livrer la ville aux Hollandais. L'éUmnement et la stupéfeu:tion du père et de la fille soru au comble. Le jeune Espagnol s'était rendu immédiatement chez le gouverneur et lui avait déclaré que Van den Beighe voulait livrer la place

aux ennemis, que sa fiUe même participait au complot, et qu'on nn manquerait pas d'en trouver les preuves chez eux. Le père et la fille furent arrêtés; en effet, récrit encore en leur possession, prouvait leur culpabilité. — L'artiste a choisi le moment où le père et la fille prennent connaissance de la lettre du jeune Espagnol, et cette lecture se fait à la clarté d'une chandelle. La stupéfaction est bien peinte sur les traits de ce vieillard et sur ceux de sa tille, jeune et jolie blonde.L'effet de lumière est rendu avec vérité dans ce tableau(2602)

M. Bohn est aussi un peintre allemand, mais de l'école de Stuttgardt ; il a obtenu à nos expositions des médailles et la croix de la Légiond'Honneur. Son tableau (264), Jeune âme ravie au Ciel, a bien le cachet allemand, le vague de l'école de Munich. Il est placé un peu trop haut pour qu'il soit possible d'apprécier le mérite du dessin et du modelé.

M. Iieffrip a peint la Mort de Malfildtiey qui, malade, abandonné, mourait de faim à Chaillot, lorsqu'il fut recueilli charitablement par Mme Lanone, tapissière. Mais malgré les soins touchants dont elle l'entoura, le jeune poète normand expira dans ses bras, le 6 mars 17G7. Peu d'instants après sa mort, M. d'Alembert, accompagné d'un ami, venait lui offrir un secours de cent écus ; mais ce bienfait arrivait malheureusement trop tard ; ils n'eurent plus qu'à arroser son corps d'eau bénite. C'est le moment choisi par le peintre. Cette scène

pourrait être plus émouvante ; d'Àlembert, son ami, et la brave femme qui a donné ses soins à Malfilâtre, sont bien peu émus de cette misère et de cette mort. Cependant, cette petite toile (1682) se recommande par le dessin et la couleur.

M. Robert-fleury a peint Charles-Quint au monastère de Saint-Just^ recevant Ruy-Gomez de Silva, comte de Mélito, que lui envoie Philippa II pour le supplier de quitter la cellule de Saint-Just, et réclamer de lui des conseils dans la complication critique des affaires d'Espagne en 1557. Ce tableau (2291) est un des meilleurs, sinon le meilleur de l'Exposition, tant pour la mise en scène que pour la puissance et Tharmonie du coloris. La tête de Charles-Quint manque d'expression ; elle nous a paru trop impassible.

M. Beaume a également exposé un joli petit tableau, bien composé, représentant la Mort de Charles-Quint au couvent de Saint- Ju^ (1^1)- I^^ figures sont bien dessinées ; pourtant la tète de Charlesr^uint est un peu petite relativement à la taille du corps. Le Moïse exposé {iM]y du même ar-* tiste, est d'une couleur agréable, mais d'une exécution floue,

M. Roux s'est montré vraiment coloriste dans son petit tableau (234^) : V Atelier de Rembrandt, où il a réussi le clair-obscur presqu'à l'égal du célèbre maître de l'école flamande. La transparence

des tons, lu disposilioa des groupes, la finesse avec laquelle la tête de Rembrandt est touchée, font de cette toile une œuvre très remarquable. Une autre composition de ce peintre, non moins remarquable quoique moins séduisante, représente Bsrnurd Palissy, en 1575, posant les bases de la géologie, et donnant le premier la théorie des sources, des dépôts de fossileS) de la génération des minéraux, etc. Non seulement M. Roux est coloriste, mais il est encore dessinateur ; les têtes, les mains sont modelées, étudiées avec conscience.

M BenouTllle cherche, comme SL Roux., des

sujets attachants; il nous montre Raphaël apercevant la Foimarina pour la première fais (167). Cette composition est simple. Raphaël, en passant devant la boutique d'un boulanger, aperçoit sur la porte une femme d'une grande beauté ; il s'arrête, la contemple, l'admire; c'était la Fornarina, la belle boulangère. Le mouvement de la pose de* Raphaël est vrai, mais celui de la femme est tn^p arrangé; elle pose. Le second tableau de cet artiste a pour titre : Poussin^ sur les bords du Tibre, trouvont la composition de son Moïse sautêdés éauay (168) . Parmi quelques femmes* qui viennent taiver sur le bords du fleuve, it en est unexiui est agenouillée et qui baigne son enfant. C'est là le groupe dont Poussin prend un croquis qu'il traduira plus tard en un chef-d'œuvre. Ces deux toile» se^ cecuoimmctent aussi pir kl couleuiï eUe" dessÎB.

• M. CiilianeL a représenté Miche^An§ie daAs son

atelier, contemplant sa statue de Moïse, tandis que le pape, sans être aperçu, entre pour visiter les travaux du grand artiste. Cette composition (419) est heureusement conçue; Michel-Ange absorbe bien toute l'attention. ^Aglaéet Boniface (ji>21), rôvaut aux nouvelles vérités du christianisme, dont la grâce divine pénétrait leur âme, est une œuvre d'une exécution plus sérieuse et dun sentiment élevé qui rappelle Saint Augustin et sa mère, Saint(» Monique^ de M. Ary Schefifer.

M. Jalabert a choisi pour sujet : Raphaël traf)aillant à la madone de Saint-Sixte (H18).

Du calme virginal le peintre gracieux,

Raphaël , a devant lui une belle romaine et son fils qui posent ; derrière lui, le cardinal Jean de Médicis (Léon X) et Balthazar Castiglione le regardent peindre, et dans le fond du tableau ses élèves préparent un des cartons pour la décoration des chambres du Yatic m. Les personnages sont savamment groupés ; les têtes sont finement touchées, ainsi que les étoffes et les accessoires.

Gustaire Boalanipei* , pensionnaire à l'école de Rome, a voulu représenter Jules-César arrivé au Rubicon, dans son tableau de cinquième année à la villa Médicis. Nous disons a voulu représenter^ parce que c'est plutôt une étude académique qu'un sujet historique sérieusement traité e t consciencieusement rendu. En effet, d'après le récit de Suétone, Jules-César a été obligé de traverser

à pied des sentiers étroits qui l'ont mené jusqu'au Rubicon, où il a rejoint ses légions. Là, il s'iurrète et réfléchit. S'il passe ce fleure qui sépare laGaulecisalpine de ritaiie, il méconnaît les lois de son pays et entre en guerre avec la BépuMique. Un incident hnprévu va triompher de son irrésolution et faciliter la hardiesse de son entreprise. Mais un homme d'oae forme et d'une grandeur extraordinaire qui était assis sur le bord du fleuve, jouant de la flûte, est aperçu des musiciens de l'armée qui se rassemblent autour de lui. Il saisit un clairon, en sonne de toute sa force en s'é!ançant dans le fleuve qu'il franchit, a Allons, s'écrie César, allons où nous appellent les présages des dieux et l'iniquité de nos ennemis. Le sort en est jeté. » Dans le tableau (336) de M. Boulanger, le joueur de flûte est un chétif berger, et des cohortes de César on n'aperçoit qu'un seul soldat qui fait reflet d'un domestique humilié de suivre à pied son maître qui est monté sur un vigoureux coursier. Mais, nous l'avons dit, c'est une figure acadé^ mique et non un tablt^au que M. Boulanger a envoyé. A ce point de vue, cette toile se recommande par la qualité du dessin et de la couleur.

M. Davalole-Caniiiii expose la Fuite en Egypte (888). Cette toile, beaucoup plus grande que celles qu'on connaît déjà de cet artiste, se distingue par la composition et le dessin. Les personnages sont groupés et drapés avec goût ; mais peutôtre auraient-ils gagnés encore, si, au lieu d'un rocher, ils avaient ptttr fond un lointain vague et lumineux.

M. liandeHe donne, comme fragment de tableaa, une toile ( 11)51 ) sur laquelle il a peint les Anges gardiens en prière devant TEnfant-Jésus. Les anges ^ont jolis et d'un dessin élégant ; TEnfant- Jésus est peut-être d'un ton un peu trop rose.

Cornu intitule son tableau : Invention d*une statue de la Vierge, Ce titre a piqué notre curiosité, et après avoir cherché vainement sur le tableau une invention quelconque, nous avons recours au livret qui explique ainsi le sujet : « Au XIII'' siècle, des bergers du Beaujolais qui menaient paître leurs troupeaux dans un endroit marécageux, les virent un jour se prosterner en terre. Ne pouvant parvenir à les faire bouger de place, ils entrèrent dans les marais, et trouvèrent parmi les roseaux une statue de la Vierge. Le curé du pays, averti de ce miracle, alla processionnellement chercher la statue, et la déposa dans une chapelle de siinte Madeleine située aux environs. Mais le lendemain la statue avait disparue, et comme elle fut retrouvée à la même place que la veille, on dessécha le marais, et on y Lâtit une chapelle sous l'in- Yocation de Notre-Dame-des-Marais. Dans la suite, cette chapelle fit place à une église qui est aujourd'hui la cathrédale de Villefranche. » Il est possible qu'il y ait quelque invention, mais nous ne voyons dans ce texte que la découverte d'une statue et un miracle. Nous engageons M. Cornu à effacer l'expression inconvenante de : invention et d'écrire : Découverte d'une stsfffe de la Vierge, Du reste, la composition de ce tableau est bien conçue,

les figures sont savamment dessinées, mais le coloris manque de transparence ; il est un peu noir.

M.Bousuereaii a peint à la cire, pour la décoration d'un salon, neuf panneaux sur fond noir dans le genre des peintures d'Herculanum, et représentant le Printemps, VÉté, V Amour, l'Amitié, la Fortune, la Danse, Arion sur cheval marin, Bacchante sur une panthère, les Quatre heures du jour. Ces compositions ont du style et sont gracieuses ; les nus sont d*un dessin correct et les draperies agencées avec goût ; mais ces fonds noirs donnent au coloris quelque chose de dur, de sombre, de triste même, qui nuit à Teifet.

Un autre tableau de cet artiste représente l'Empereur visitant les inondés de Tarascon (juin 1856). C'est, après celui de M. Lazerges, le tableau des inondations oii Ton rencontre le plus de talent. Mais pour M. Bougereau, comme pour M. Lazerges, le véritable genre qui convient à leurs études, c'est le genre classique, c'est le nu et la draperie.

M. Cartelller a exposé un sujet qu'on ne peut guère traiter sans se souvenir de Jouvenet ; il a peint sur une toile de grande dimension la Pèche miraculeuse, lorsque Jésus-Christ apparaît à ses disciples près de la mer de Tibériade {kh6). Comme son maître, M. Ingres, M. Cartellier n'est pas justement un coloriste , mais les figures sont consciencieusementétudiéen^t cette conscience a été poussée jusque dans l'exécution des accessoires.

M. Houry a fait preuve d'éradition dans son tableau (1375) représentant les Derniers moments de Marie de Médicis, reine de France, morte à Cologne, le 3 juillet 164.2. Avant qu'un écrivain distingué, M. Eugène Loudun, bibliothécaire à l'Arsenal, n'ait publié le testament de cette reine, on croyait généralement qu'elle était morte dans la misère. M. Houry a repoussé cette erreur accréditée par plus d'un historien; il fait mourir Marie de Médicis entourée de gens de Cour et dans un salon somptueusement meublé. Le moment choisi par l'artiste est celui où le cardinal Fabio Chigi demande à <;ette reine, qu'il vient de confesser, si elle pardonne à tous ses ennemis et particulièrement h Richelieu, a De bon cœur, dit-elle. » — « Madame, ajoute le cardinal, pour l'en convaincre, voudriez-vous lui envoyer le bracelet que vous avez au bras ?» — « Oh I c'est par trop ! s'écrie la mourante. » Cette réponse se comprend aisément au geste énergique de Marie de Médicis. Les personnages secondaires sont sagement sacrifiés aux deux principaux, lesquels sont largement peints.

M. Jfeanron a, comme M. Baudry, cherché à imiter les tons d'une vieille peinture dans son tableau (ItôS) de Raphaël et la Fornarina. Plus d'un artiste avant MM. Baudry et Jeànron se sont laiss ''s aUer à singer les tons vieillis, crasseux et enfumés des anciennes toiles des grands maîtres, comme si le mérite de ces chefs^'œuvre consistait dans la crasse qui les couvre et dansiraltération de leur fraîcheur et de leur beauté primitives :

furear de singer, déplorable manie, Lèpre de notre siècle et fléau da génie.

Quand donc cesseras-tu de vouloir t'emparer Dos iraits des demi-dieux pour les défigurer ? Titien, Raphaël, Guide, Gorrège, Albane, Vous qui sortant du rang d'un vulgaire profane, Sûtes sanctifier au printemps de vos jours^ Les amours par les arts, les arts par les amours, Dites! quand vous cherchiez â rendre avec justesse Les contours d'une femme et leur délicatesse, Lorsque votre palette, épuisant ses trésors.

Les revêtait de vie et leur créait un corps, Aviez-vous d'autre but, sinon que la peinture Jusqu'à l'illusion pût feindre la nature.

Décevoir Atropos, et propice aux amants, De Tabseuce pour eux amortir les tourments > Abl cent fois au milieu de ces nuits dévorantes Où le sang s'épaissit dans les veines brûlantes. Où le cœur affamé d'amour^ de volupté.

Frémit comme un volcan par la lave agit^, Vous aurez, comme moi, de baisers frénétiques. Accablé d'un portrait les appas fantastiques, Et, fougueux Ixion, déchaînant vos désirs, De la réalité savoure les piaisirs.

Espérons donc que M. Jeanron voudra rester lui, et que, malgré rengouementde quelques niais pour les toiles enfumées, les tons jaunis et noircis, cet artiste reviendra à copier la nature, à la fraîcheur ordinaire de son coloris, laissant au temps et à la mauvaise préparation des toiles et des couleurs la mission de détruire le charme de sa palette. Avant de quitter le tableau de Raphaël et de la Fomarina, disons que le tors dt cette femme est fort beau de contours et de modelé.

M. Husiiliii a tiré son sujet des Martyrs de Chateaubriand. Cymadocée , jeune prélresse des Muses, s'étant égarée dans une forêt en revenant des sacrifices solennels du temple de Diane, en Messinie, rencontre un jeune chasseur (le chrétien Ëudore) qui lui offre de la reconduire chez son père, Démodocus. Le langage austère d'Eudore, parlant d'un Dieu unique créateur de toutes choses, étonne la jeune payenne. Cymadocée commençait à sentir une vive frayeur, qu'elle n'osait, toutefois, laisser paraître. Son étonnement n'eut plus de bornes lorsqu'elle vit son guide s'incliner devant un esclave délaissé qu'ils trouvèrent au bord d'un chemin, l'appeler son frère, lui donner son manteau pour couvrir sa nudité. « Étranger, dit la fille de Démodocus» tu as cru sans doute que cet esclave était quelque dieu caché sous la figure d'un mendiant pour éprouver le cœur des mortels ?» — « Non, répondit Eudore, j'ai cru que c'était un homme. » Ce tableau (1988) est d'une exécution large et vigoureuse ; le sujet, bien interprété, s'explique naturellement. Mais la pose de l'esclave est peu gracieuse et le ton de sa carnation un peu trop bistré.

M. Coamanii a envoyé de Bruxelles une grande toile qui ne manque pas d'une certaine verve dans la composition et dans l'exécution ; malheureusement ces qualités pèchent par l'excès. L'Orgie des Philistins dam le temple de Dragon (583), est une confusion inextricable, un péle-mèle de draperies ondoyantes, de coupes et de vases d'or, de femmes

blanches et noires, où Toeil a peme à discerner les objets. C*e&t avec peine qu'on arrivQ à découvrir dans le fond du tableau Saoason qui ébranle les colonnes qui soutiennent les voûites du palais pour ensevelir sous ses débris cette réunion de débauchés.

M. Ifazerolle a exposé une grande peinture représentant : Chilpéric et Frédégonde devant le cadartre de Galsuinthe, Cette composition est trop arrangée, trop théâtrale. Le tors de Galsuinthe est bien peint, bien dessiné, mais le ton général du tableau est noir et lourd.

M. Rigo compte six tableaux à TExpositioD.

Celui qui attire surtout l'attention reproduit une scène de la guerre de Crimée : Les chirurgiens français pansant des blessés russes à la bataille d'Inkermann. « On a vu des blessés russes tellement attendris des soins qu'on leur prodiguait, dit le rapport du général en chef, qu'ils baisaient les mains ensanglantées du chirurgien qui les pansait. » Celte composition (2276) est simple et attachante ; les figures, grandes comme nature, sont bien dessinées et bien peintes. Nous préférons cette toile à celle du même artiste et de petite dimension, intitulée : Dévouaient héroïque de M, Richaud, maire de Versailles,

M. Ailfflrre, qui s'est fait connaître dans les arts par phisieurë peintures religieuses et par un beau portrait de M. Affre, a exposé un seul tableau :

Jésm et les Petitx enfants. Ce groupe est dessine correctemeni ; la couleur a de la* fraîcheur, de la finesse ; lesenfants sont jolis.

M. Tlfttl^l a deux tabt^ux : Saint Jean Véoangéliste prêchant à Éphèse (2558], et la Vierge au pied de la croix (2539). Ce dernier, de grande dimension, est largement peint ; la Vierge est d'un sentiment vrai et expressif.

M. Bmfé^ par une &yeur toute spéciale, vient de faire admettre à l'Exposition son tableau représentant la Bataille d'Inkermann. Ce sujet convenait parfaitement au génie de M. Doré. C'est bien là une mêlée, c'est bien ainsi qu'a dû se passer ce terrible combat où Tannée anglaise allait se trouver anéantie sans l'arrivée des Français. Quelle boucherie 1 comme ces soldats russes s'en donnent ! comme ils abîment ces grands gailhrds de soldats anglais qui se font bravement tuer I Mais aussi quelle est leur joie en voyant accourir, au pas gymnastique, ces petits Français qui vont les sauver d'utie défoite compléta! Comme déjà l'afiEsiire prend une autre toturnure là où les zouaves et les- chasseurs sont parvenus! Dam! c'est que ces troupiers -là n'ont rien de gauche et de gêné dans leUrsf mouvements, c'est qu'ils taillent en plein drap et savent faire une troijiée. Quoique placé un peu haut, ce tableau est si vigoureusement peint qu'on peut en saisir tous^ les détails, et apprécier tout ^la.fois le mérite du peintre et du dessinateur.

Nous nous apercevons que nous avons dépassé les limites assignées à ce chapitre. Cependant nous ne pouvons nous empêcher de signaler encore quelques peintures historiques que nous regrettons ne pouvoir analyser : — L'Annonciation (1748), par M. Leveau ; — Jésus chassant les vendeurs du temple (2309), par M. Rom4G>y ; — Michel-Ange à la chapelle Sixtine (111), par M. Barrias ; — Sainte Geneviève (2514), par M. Ternantb ; — Combat des Trente (2102), par M. Penguilly ; — La Chute des anges rebelles (151à), par M. Lafond; — L'Entrée dans Paris des troupes retenxint de Crimée (1236), par M. Guet ; — Les Douceurs de la paix (1453), par feu Jour d y ; — La Justice humaine et la Miséricorde divine (2307), par M. Roger ; — Le Retour à Paris des troupes de l'armée de Crimée ( 1 849) , par M. Massé ; — La Vierge et Saint Jean (693), par M. Dauphin ; — Le Christ à la colonne (2485), par M. Starck ; — Le Christ consolateur des affligés (1664), par M. Lefébure ; — Jésus apaisant la tempête (846), par M. Dupuis- CoLSON ; — Un trait de la jeunesse de Napoléon III (1584), et VEmpereur visitant les inondés de Tarascon, par M. Lassalle ; — Samson et Dalila (1921), par M. Meynier; — Bacchante désarmant VAm(mr (ï234), par M. Blanc ; — Le Triomphe d'Amphitrite (1665), par M. Lbfbbvrb ; — Pysché abandonnée par VAnwur (813), par M. Dubois; — Baptême de Clovis (230), par M. BiN ; — La Barque de Caron (963), par M. Fbybn-Perrin ; — Christophe CoUmb (699), par M. Debon ; — La Vierge au métier (1809), par M. Maison; — Totw les saints

protecteurs de la tille d'Astafort (881), par M. Dulong; — La Foi, l'Espérance et la Chanté (1840), par Madame Marsand ; — Incendie des drapeaux dans la cour d*hon/neur de Vhôtel dts Invalides (30 mars 1814), par M. Defrebinb, etc.

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