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DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES

Origine des récompenses aux exposants. — Nos observation? de 1S59. » Discours de M. le comte Walewski, ministre d'État. — Liste des récompenses.

Avant la Révolution, les académiciens avaient seuls le droit d'exposer. La Convention, après avoir aboli ce privilège, institua des prix et créa par décrets des 9 et 25 brumaire an U, un jury, non pour l'admission des ouvrages, mais pour les récompenses à accorder aux artistes. Napoléon P% voulant ramener les artistes au culte de l'histoire, fonda les prix décennaux. Les Bourbons abolirent ces prix , mais ils maintinrent les médailles ordinairement décernées [à la fin de chaque Exposition.

Le n«xibrt de ces récompenses étant resté le même

depuis la Restauration, quoique le chiffire des ouvrages exposés aujourd'hui se soit accru de plus du double, nous avons présenté, il y a deux ansy dans V Europe artiste et dans notre volume publié sur le Salon de 1859, les observations suivantes à Toccasion de la distribution des médailles :

(( Nous saisissons l'occasion qui nous est offerte n pour démontrer que le nombre des récompenses » n'est plus en rapport avec l'éclat actuel des Exposi- » tiens, n y a trente à quarante ans, le Salon se corn- » posait à peine de 1,200 ouvrages; l'Exposition qui » vient de finir en comptait 3,900 environ, c'est-à-dire » près de trois fois plus. Ck)mment se fait-il qu'en pré- 9 sence de cette énorme augmentation des ouvrages » exposés, le nombre des médailles soit resté le même » qu'autrefois? Si alors le nombre des récompenses )) était par£Bdtement en accord avec le nombre des » ouvrages exposés, il est évident qu'il ne l'est plus » aujourd'hui. C'est en vain que l'Administration a )> cherché à réparer ce tort, à combler cette lacune en » créant les rappels de médailles et les mentions hono- » râbles; cette mesure, qui ne date que de 1857, n'a M pas satisfait les artistes et ne les satisfera pas mal- » gré les bonnes intentions de M, le directeur général » des Musées. En effet, tout le monde reconnaît l'in- )) suffisance de trois médailles de première classe, » six de deuxième et douze de troisième, en tout, )) vingt et une médailles pour plus de trois mille » peintres, comprenant les sections : histoire , por- » traits, genre, paysages, animaux, intérieurs, ma-

)t rines, miniatiires, aquarelles, pastels et dessins. )> C'est encore pire pour la sculpture, qui occupe de )) nos jours une si importante place à nos Expositions : }> pour 500 ouvrages environ, on ne lui accorde que » douze médailles, dont deux de première classe, u quatre de deuxième et six de troisième; encore » faut-il les partager avec les graveurs en médailles.

» Pour établir l'équilibre entre les récompenses et n la valeur des ouvrages qui figurent aux Expositions » de notre époque, pour mettre ces récompenses en » barmonie avec les progrès qui ont grandi certaines » branches de Tart jadis négligées, et, pour ainsi )) dire, inconnues, il faudrait doubler le nombre des » médailles, et, en quelque sorte, ks distribuer par » genre... »

Nous ne savons si nos obseiTations sont parvenues jusqu'à rÂdministration,mais, dans tous les cas, nous sommes très-heureux de nous rencontrer d'intention avec elle, de voir que cette année elle a presque dotiblé le nombre des médailles pour la peinture et la sculpture.

^La cérémonie de la distribution des récompenses aux artistes figurant à l'Exposition de 1861 a eu lieu aujourd'hui mercredi, 3 juillet, à deux heures, au palais de l'Industrie, sous la présidence de S. Exe. le comte Walewski, ministre d'Etat.

Son Excellence, accompagnée de M. le comte de Nieuwerkerke, directeur général des musées impériaux, intendant des beaux-arts de la maison de l'Empereur ; de M. Eugène Marchand, conseiller d'État,

secrétaire général du ministère; de M. Courmont, chef de la division des beaux-aits; de M. le marquis de Cheneyières, conservateur adjoint des musées impériaux, chargé du musée du Luxembourg et des expositions, est allée se placer sur une estrade J'honneur élevée dans le grand salon carré de TExposition, audessous du grand tableau de la Bataille de Solférino.

Les membres du jury étaient assis de chaque côté de Testrade. Tout près se tenaient plusieurs personnes de distinction, parmi lesquelles on remarquait S. Exe. le comte de Morny. Les personnes munies de lettre d'invitation et les artistes étaient groupés dans le salon. / «

M. le comte de Nieuwerkerke ayant déclaré la séance ouverte^ S. Exe. le ministre d'État a prononcé le discours suivant :

« Mbssieubs,

1 Je viens me féliciter avec vous des grands progrès que constate le Salon de cette année.

> N'hésitons pas à le dire publiquement, nos expositions de peinture et de sculpture comptent parmi nos plus justes sujets d'orgueil. Si l'exposition en France a toujours eu ce caractère d'hospitalité qui tient à Tesprit même de la nation, depuis 1855, ou peut affirmer qu'elle n'a plus cessé d'être véritablement universelle. L'Europe entière s'en occupe et l'attend. Toutes les cités^ tous les Etats envoient ici leurs peintres et leurs statuaires comme à un concours général.

> Marbres et tableaux y viennent de tous les continents, ils veulent y être vus et comparés. Ils veulent y disputer

es prix que décerne la France et que sa loyale impartialité ne refusera jamais au talent, quelle que soit sa nationalité.

Us arrivent en foole. Ils partagent nos galeries, fl'accoutament à tibuTer leur place. Ils grossissent notre livret, qui est devenu le catalogue général des œuvres artistiques, et retournent attester chez eux que le chef-lieu de l'art universel est à Paris... Pourquoi ce privilège?... Il semblerait qu'il a été donné à la France d'hériter des grandes races classiques, et qu'après avoir succédé, dans une certaine mesure, à la Grèce par la gloire de son théâtre, à l'ancienne Rome par celle de ses victoires, par la splendeur de ses monuments, par l'autorité de sa langue si généralement répandue, elle devait encore succéder à la renaissance italienne par l'édat de ses écoles de peinture et sculpture.

if Oui, la France est aujourd'hui la nation qui enseigne et qui donne aux autres la théorie avec l'exemple.

» Comparez et dites où sont les écoles firéquentées, la prévoyante organisation, la ferme et indulgente discipline des études, le soin paternel de l'autorité qui réconcilie sans cesse, en les protégeant toutes deux, la tradition et l'in* vention, la règle et le progrès, l'école et l'oiiginalité.

» Tant de nobles et vives émulations venues du dehors, tant de légitimes renommées qui se groupent autour de l'exposition française constatent sa prééminence. J'en appelle à ceux qui ont parcouru cette longue suite de salles, qui se sont sentis arrêtés à chaque pas devant une œuvre intéressante et nouvelle, qui ont vu les aspirations les plus diverses. — pas toujours irréprochables, d'une pureté et délicatesse parfois douteuses, — mais partout l'intelligence étendue et pénétrante, l'harmonie des couleurs, la perfection dans tous les genres de paysage, les jeunes recrues marchant du môme pas que les soldats aguerris, les femmes rivalisant d'études avec les hommes, et celles qui sont sur les marches du trône ne dédaignant pas de descendre

"Si"

dans la lice, tant d'efforts couronnés de succès et tant de mains habiles, que j'ai dû augmenter le nombre de médailles pour ramener la proportion entre celui des exposants et celui des récompenses.

• Je me suis demandé plus d'une fois si c'était bien-là tout ce qu'il y avait à faire... Une question délicate s'était présentée dès l'abord : Faut-il encourager, faut-il décourager cette foule tumultueuse qui se précipite dans toutes Jes avenues de l'art libre, aiguillonnée par la jeunesse et la chimère? En multipliant les prix de la lutte, ne faut-il pas également ouvrir les portes de TexpositioD, abaisser les barrières et laisser directement arriver l'artiste devant sôû juge suprême, le public?

j» J'ai entendu invoquer les libertés de l'art, l'égalité, les droits de rinventibn et du g^nie méconnu. Mou premier mouvemeot me p&rtait uaturellefment vers ceux qui allèguent ces intérêts sacrés. Mais la réfletioû m'a arrêté^ j^ai pen^é que ce serait cffifmproàiettre les véritables intérêts dé Tàrt que de se laisser prendre à ces décevantes aâliofcc®. — L'expositiûii, telle qu'elle est, n'est-efle i^as assez considérable? pcmYiait-ou l'étendre sans fatiguer l'attenftion et là curiosité du pubtk? Une efxposition ilHiuitée, enfin, ne perdrait-elle pas tout son ]^stige?..:

> Il y a plus : écrivons pour un moment sur la porte de ce palais de l'Industrie : « Tout peintre, tout sculpteur, tout graveur a le droit d'être admis... i Mais ob commence le peintre, le graveur, le statuaire? A quel instant prennent-ils leur titre ? Si chacun est libre d'en décider à sa guise, toutes les fausses vocations se décernent immédiatement leur brevet, toutes les erreurs de l'enfant et du vieillard se produisent au grand jour. L'exposition n'est plus

lé'

un sanctuaire où les hommes d'élite prennent leur rang,

où les œuvres de choix «ont à lear plac^, où, eoQn, le goût vient s'épurer au spectacle du bec^u...

jiN'oublions pas, messi^urs^que le goût est un bleu inappréciable dont on doit se préoccuper avant tontes choses et qu'on ne saurait abandonner au hasard. Il faut s'efforcer de le diriger , de le soutenir , de Télever sans cesse. — Ce serait une grave erreur -de croire que, insaisisable de sa nature» le goût poursuit sa marche capricieuse et indépendante, rebelle à toute impulsion!... Soumb à la règle commune, il subit l'influence de ce qui l'entoure, et c'est un devoir pour ceux qui ont mission de veiller au mouvement des lettres et des arts, de lutter courageusement contre ses écarts, en vouant un culte exclusif A ce qui élève l'dme, à ce qui ennoblit la nature humaine, — en renversant sans merci les autels des faux dieux, lors môme qu'ils sont soutenus par une popularité éphémère et encensés par un public égaré.

f Le goût est à la Franct; industrieuse et pacifique ce qu'est rhoanour à la France militaire.

» il fait partie du charme et de la grandeur de la na(tion, il est le cachet qu'elle met sur toutes ses câuvres. C'est par lui que nos arts, notre littérature, notre industrie marchent incessamment à la conquête du monde ; c'est par lui que la conquête de la civilisation de l'Occident porte le caractère de la civilisation française.

> A quoi tient cette autorité du goût français, à quoi tiennent cette grâce et cette dôlicatesse partout répandues ? A un don sans doute, mais aussi à ce commerce intime dans lequel vivent les arts, à cette lumière qui se commuque entre les esprits, à cette Mucation des yeux, â ce spectacle sans Qn d'objets de luxt:; et de curiosité qu'oifr;e de toutes parts^ une ville comme Paris,

f Rendons hommage à la pensée qui préside à tons las miracles d'édilité qae nons voyons s'accomplir devant nous: que les rues s'élargissent, que les monuments se dressent; que les jardins et les parcs se multiplient, que Paris s'emplisse d'arbres et de fleurs comme les cités antiques; — mais que les musées ne restent pas en arrière, que les expositions continuent à élever leur niveau et pour cela qu'elles soient plus choisies, en étant plus restreintes s'il le faut ; que la gloire des arts continue à.s'accrottre, et tout le nionde y trouvera son compte de quelque façon qu'on veuille l'entendre. Depuis bientôt deux siècles l'Europe est tributaire de nos lettres ; qu'elle le soit de notre peinture, de notre sculpture;.... que nos tableaux, nos statues pénètrent partout ob nos livres les ont devancées. »

» Vous êtes, messieurs, dans une bonne voie pour atteindre ce but; comptez que les encouragements ne vous manqueront pas. Jamais le Pouvoir, c'est la Couronne que je veux dire, n'a mieux compris la protection des arts et ne ra pratiquée avec une plus affectueuse sympathie.

• Jamais le Souverain ne l'a exercée à la fois de plus haut ni de plus près. Pour protéger, pour encourager efficacement, il ne suffît pas d'acheter des œuvres d'art, il faut s'y intéresser, les voir, les apprécier, les choisir soi-même...

» Avant que l'exposition fût ouverte au public, l'Empereur et l'Impératrice avaient déjà voulu la visiter ; plus tard ils ont voulu y revenir et ils y ont passé des heures entières; avec quelle bienveillante curiosité, je puis vous le dire, et j'ajouterai qu'il eût été bien flatteur pour plusieurs d'entre vous derâcueiUir le jugement de l'Empereur et les gracieuses paroles de l'Impératrice.

• Je puis vous dire aussi que partout où Leurs Majestés ont rencontré le talent, elles ont voulu savoir son nom«

eonnaltre l'artiste comme son œuvre; que vous êtes, la plupart, dans leur souvenir; que si l'on a souvent cherché le moyen de protéger les arts, elle? ont naturellement trouvé le meilleur, qui est de les aimer.

9 Marchez donc havdiment, messieurs, ayez confiance et espoir. Ne vous laissez pas détourner par ces plaintes banales qui se répètent sans cesse et qui ne doivent pas être le souci de^ forts, parce qu'elles sont la consolation des vaincus... Si Ton vous dit que le temps n'est pas bon pour les arts et que le veau d'or est le seul Dieu de ce siècle... regardez la foule qui se presse autour des ventes publiques, écoutez les prix merveilleux des gravures, des tableaux, des curiosités de tout genre.., et s'il se fait quelque part, à coups de dés, une fortune rapide, ne l'enviez pas... ne vous irritez pas... elle viendra à vous pour être légitime... Jadis elle eût acheté des parchemins ; elle achète aujourd'hui des tableaux; c'est aux arts qu'elle demande ses titres de noblesse. •

Ce. discours a été chaleureusement accueilli p^ir tous les artistes présents à cette cérémonie, et salué par une triple salve d'applaudissements.

Ces nobles paroles- sont venues mettre un terme à cette croisade d'une partie de la presse, et confirmer avec autorité tout ce que nous avons dit pour la défense de l'art

moderne et pour démontrer la supériorité de l'école française.

Ensuite, M. le comte de Nieuwerkerke, prenant les ordres de M. le ministre d'Etat, a donné lecture du décret impérial qui confère des décorations aux artistes dont les œuvres ont figuré à l'Exposition de cette année, et qui est ainsi conçu :

NAPOLÉON, etc., •

Sur la proposition de notre ministre d'Etat, Avons décrété et décrétons ce qui suit :

Art. l*^ Sont promas oa nommés dans notro ordre impérial de la Légion-d'Honnear :

An GRADE d'officier. — MM. Bellangé (Joseph-Loais-Hippolyte) , peintre d'histoire; Cavalier (Pierre-Jales) , statuaire.

Au GRADE DE CHBVAI.1ER. — Artistes étrangers. — MM. de Knyff (Alfred), peintre de paysage ; Rodakowski (Qenri) , peintre d'histoire; Heilbnth (Ferdinand), peintre de genre; Stevens (Joseph), peintre d'animaux.

'ArHsies français. — MM. Vanchelet (Théo(.hile), peintre d'histoire); Baadry (PauMacques-Aimé), peintre d'histoire; Pichon (Pierre-Auguste), peintre d'histoire ; Fortin (Ghar^ les), peintre de genre; Breton (Jules-Adolphe), peintre de paysage; Antigna (Jean-Pierre-Alexandre), peintre de genre ; Guillemin (Alexandre-Marie) , peintre de genre ; Mène (Pierre-Jules), sculpteur; Maillet (Jacques-Léonard), sculpteur ; Lassalle (Emile), lithographe.

Puis, M. le comte de Nieuwerkerke a lu, dans l'ordre suivant, la liste des récompenses décernées par le jury d'admission :

Réeoaipcnses aeeordées |par le Jary à la suite

en Salon die ISGI.

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