GRAVURE ET LITHOGRAPHIE
La Graynre et la Photographie. — MM. Lévy, Gaillard^ Des?aoheC| Deyeaax^ Jazet père^ Jazet fils^ Girardet (Edouard), Jonanin^ Flameng, Chaplin^ Hubert Potier, Jacquemart, Bartheimess^ Gnillaumot, Constantin^ Lepic^ Gonconrt^ Jahyer, Pierdon, Soulange- Teissier, Sndre, Gilbert, Legrip, Pirodon, Benoist.
Le nombre des gravares admises cette année est aussi élevé qu'au dernier Salon, et, cependant, de bisannuelle qu'elle était TEzposition est devenue annuelle. L'an passé on comptait 221 gravures et 62 lithographies, le livret de 1864 mentionne 201 gravures et 61 lithographies, en tout 252 ouvrages exposés. Ce chiffre, qui n'avait jamais été atteint aux Expositicm asmuelleSy est la preuve définitivement acquise qu'on a tort de croire que la photographie a tué la gravure comme on s'était imaginé dans le temps que la lithographie allait anéantir la gravure en taille-douce. La concurrence qui s'est établie entre ces deux arts n'a fait, au contraire, qu'exciter
une émulation favorable aux progrès de l'un et dePautre, de même, an lien de nuire à ces deux arts, la photographie «st devenue un utile auxiliaire pour les graveurs et les lithographes. D'abord effirayësi découragés par les succôs populaires de la photographie, par ses applications multiples, les graveurs se sont bientôt remis de leur panique en se voyant soutenus et encouragés par Fadministration des ^Beaux-Arts dont la sollicitude s'étend avec une égale libéralité à toutes les branches de Tart.En effet, le dernier rapport officiel deH. le comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts, porte à la somme de 300,000 fr. le chiffre des commandes faites aux graveurs, qui, certes, n'ont jamais été l'objet de pareils encouragements. Que le décret du 13 novembre 1863 reçoive une sincère application, que U. Henriquel-Dupont soit installé à l'Ecole des Beaux-Arts, qu'il y forme d'excellents élèves, et la gravure en taille-douce arrivera à une prospérité digne de ses plus beaux temps.
Au premier rang des graveurs en taille-douce, nous voyons cette année MM. Lévy, Gaillard, Deveaux et Desvachez. Les deux gravures exposées par M. Lévy : la Famille Concina^ d'après le tableau de Paul Véronèse, et la Vierge au Silence^ d'après Annibal Garrache, sont d'un dessin correct et d'un burin qui sait rendre la couleur des peintures qu'il traduit.
— Le Portrait d* Horace Vemety d'après Paul Delaroche, et un portrait, d'après Jean Bellin, par M. Gaillard, sont deux planches aux tailles fines, d'un effet harmonieux. — Le jury a accordé une médaille, bien méritée, à M. Desvachez pour sa Vierge au Livre^ d'après Raphaël; cette gravure, où la vigueur des tons s'unit à une grande délicatesse de burin, est Tœuvre la plus complète que nous ayons vue de cet habile graveur.
— Une médaille a été également décernée à M. Deveaux pour son Portrait de M. H, &., et surtout pour son Portrait de4>Jî.y jeune enfant très-finement modelé d'après un dessin de M. G. Boulanger.
Parmi les gravures à la manière noire, citons comme rendant fidèlement et avec beaucoup de charme la couleur des tableaux qu'ils reproduisent : le Repentir^ d'après M. G. Vibert, par M. Jazèt père; — Gresset et Gentil-Bernardy d'après M. F. Besson, par M. Jazet fils; — h Retour du Golgotha^
d'après Paul Delaroche, par M. Edouard Girardet, — et la Prière, d'après H. IT. Holfed, par M. Jouanin.
La gravure à Teau- forte est en vogue et en progrès. Le Salon en compte un si grand nombre que nous ne pourrons nous arrêter qu'aux plus remarquables. La Naissance de Vétiu^y d'après U. Cabanel, par U. Flameng, et l'Embarquement pour Vile de Cytkère^ d'après Watteau, par M. Chaplin, sont deux charmantes interprétations de ces deux maîtres. — Vlntérieur de la basilique inférieure de Saint-François-d^ Assise^ A Assise^ d'après Granet, par M. Bubert Potier, est une eau forte très-étndiée qui rend biea l'effet du tableau. — M. Jacquemart et M. Barthelmess ontjobtenu la médaille, celui-ci pour une eau forte intitulée : Dans VEglise^ d'après Vautier; celuilà pour ses Vases de Sardoine^ eaux-fortes dont les clairsobscurs sont bien réussis. — La Porte du parc de Marly-k- Roi et la Façade du Palais du Commerce^ à Lyon^ sont deux eaux-fortes nettes et fermes comme des gravures au burin, et qui ont valu une médaille à leur auteur,. M. Guillaumot. — Gitons encore quelques eaux- fortes facilement dessinées et habilement exécutées : — VEglise de Courtomer (Orne), par M. Constantin; — VEtude de Chien^ d'après H. Jadin, par M. le vicomte Lepic; — Une tête d'homme^ d'après M. Gavarni, par M. Jules de Goncourt*
Nous remarquons deux magnifiques gravures sur bois qu'on prendrait pour des gravures sur cuivre : l'une, de M. Jahyer, est un sujet Juif errant y dessiné par M. Gustave Doré, et l'autre de M. Pierdon, a pour sujet le Pefit Poucet^ dessiné également par M. 6. Doré.
La lithographie est dignement représentée au Salon : M. Soulinge Teissier a envoyé un dessin dont le crayon moelleux rend bien la peinture du petit tableau de H. Yvon, que nous avons vu à la dernière exposition, sous ce titre : Après la Victoire f campagne d'Italie. — M. Sudre, le doyen des lithographes, expose deux dessins très-étudiés : un Christ en croiXy d'après Lebrun, et la Muse de la Musique^ d'après M. Ingres. — La Vierge au Lézardyà^après le Titien, par M. Achille Gilbert, rappelle bien la couleur de ee maître ; aussi cette lithographie a-t-elle obtenu nco médaille. — M. Legrip aurait bien pu en avoir une aussi pour ses deux belles lithographies, les portraits de Maurice Quentin Latour et du Frère Jean André.
«- M. Pirodoa a bien rendu la manière de Decamps dans sa lithographie de Sam$on moMoerant Ut Philiêtins^ — Enfin la VuB de, PHàteUde'- Ville de Parité par M. Benoist, est xm dessin très-joli et très-consciencieux Idu monument, dont tous le» détails sont copiés avec exactitude et finesse.
AECHITEGTUJftS.
L'architecture d'autrefois et celle d'aujoard'hai. — MM. Duthoit, Truchy, Lisch, LafoIIye, Hugelin, Gros, Imbert, Breton^ Ghérier, Schindler, Boileau, Brouty, Trilhe, Loué, Horean, Etez.
Rien ne peint mieux le goût et l'esprit d'une époque qu'une exposition d'architecture. Il y a quarante ans, les dessins exposés par nos architectes n'étaient que des réminiscences des temples grecs et romains, de même que les peintres, les sculpteurs et les auteurs dramatiques ne tiraient leurs sujets que de rhisloire grecque ou romaine. Fatiguée de ne voir représenter que des Orecs ou des Romains, de ne rencontrer que des copies de temples d'Athènes ou de Rome dans nos habitations particulières, la génération qui fit la révolution de 1830 renonça aux traditions de l'art classique pour s'adonner à l'étude du moyen âge et de la Renaissance. Alors le goût de l'archéologie, si répandu de nos jours, donna naissance à cette phalange d'archéologues qui a rendu de si éminents
services à l'histoire de Tari et à l'industrie mcderne. Mais si les architectes n'ont jamais été aussi savants qu'aujourd'hui, on peut dire que chei eux la science a remplacé Fart, c'est* à- dire qu'il sacrifient l'ensemble aux détails, que l'étude du morceau leur fait oublier qu'en architecture l'art consiste dans l'aspect décoratif d'un monument, dans l'impression que produit sur nous la vue d'un édifice. Tout en rendant justice aux charmants détails des monuments contemporains, tout le monde reconnaît qu'ils manquent entièrement de l'aspect décoratif. Regardez sur le quai Malaquais la pâle façade du Palai» des Beaux- Arts, celle non moins plate de la mairie Saint- Germain-l'Auxerrois, celle de la gare du Nord, plus nulle encore, malgré ses nombreuses statues, placées sur un gril, comme saint Laurent ; voyez ces deux caisses de voyage qu'on a surchargées d'ornements, pour tâcher de les faire ressembler à des théâtres, et dites-nous si ces édifices, pleins de jolis détails, vous impressionnent autant que le Louvre, le Panthéon, les Invalides, la Bourse on l'Odéon 7 Mais, va-t-on s'écrier,, vous demiindez de revenir aux portiques à colonnades 7 Oui et non. — - Oui, si nos architectes sont impuissants à produire une autre architecture qui sdt d'un aspect aussi monumental, et si leur mérite doit se borner à des détails d'ornementation soigneusement étudiés, que nous, artistes, nous savons apprécier, mais qui ne prçduiisent aucun effet, aucune influence sur le public, auquel la pureté de ligne d'une moulure on d'une volute échappe complètement; — non, si nos architectes savent, comme les peintres décorateurs de théâtres, disposer les masses de leurs édifices de manière à produire des oppositions de lumière, de grands effets qui frappent le regard et impressionnent l'imagination. Nous désirons donc que nos architectes se préoccupent davantage de l'aspect décoratif des monuments qu'ils élèvent et y apportent en même temps cette pureté de dessin, ce goût d'ornementation qu'ils possèdent à un si haut degré. Nous ne leur reprocherons pas d'être plus archéologues qu'architectes^ nous leur demanderons d'être l'un et l'autre, car ils sont appelés tout autant à restaurer les monuments de toutes les époques qu'à en cons* truire de nouveaux.
L'exposition actuelle en est une preuve; les projets de restauration y sont en majorité, et témoignent, quoiqu'on
en dise, de notre culte pour le passé, de notre amour et de notre respect ponr les œaYres d'art de tontes les écoles et de tons les temps.
Un des plus intéressants projets de restauration est celai de Véglise et couvent Saint-Simon-Stylite^ entre Âlep et Antioche, en Syrie, par M. Duthoit. Les sept dessins gui reproduisent ce monument du v* etduvi* siècles, sont rendus avec la conscience d'un archéologue, et le jury leur a accordé une médaille.— La Restauration de Vabbaye Saint-Jean-des- Vignes^ à Soissons, par M. Trucby, serait plutôt nue reconstruction qu'une restauration, car il ne reste de ce monument du XTi* siècle, que le portail et une portion du réfectoire, le reste ayant été détruit pendant la révolution. L'important travail de M. Trucby se compose de cinq dessins soigneusement étudiés. — M. Lisch nous donne une idée exacte de l'architecture du xiv^ siècle et de son cachet pittoresque dans cette savante Restauration de Ventrée du port de la Rochelle. Cette intéressante étude archéologique a obtenu une médaille du jury des récompenses. — Malgré le très-remarquable Projet d'achèvement du portail de Véglise Saint-EustachCy exposé par M. V. Baltard, en 1859, M. A. LafoUye a le cpu-^ rage de présenter à son tour un Projet de rétablissement du portail de Véglise Saint-Eustache. Citons encore deux bons projets de restauration : la Restauration du château de Saint- Maclou (Eure), par M. Hugelin, et la Restauration de Vancien hôtel Fieubetj par M. Jules Gros.
Les projets de construction d'édifices religieux sont éga-ement assez nombreux cette année. Le Projet de Véglise de Saint'Eutrope y à Clermont-Perrand, par H. Imbert, est conçu dans le goût du xur siècle, et se distingue par la pureté du style.— L'église du Mont-d'Origny (Aisne), construit en brique et en pierre, par M. Cherier, est dans le style ogival, et le clocher qui surmonte la façade se fait remarquer par son élégance. — Le style ogival de Véglise de Rimant^ dont M. Schindler expose les études, est également simple et élégant. — Le style employé par M. Auguste Breton dans son Projet d'église paroissiale^ est plus sévère, c'est le style roman^ celui qui, par sa simplicité, sait allier les convenances avec l'économie. — Les Projets d'églises construites suivant le système des voûtes butantes^ par M. Poileau père, sont aussi dans le
Style roman ; mais le fer qui y joue un grand rôle comme à l'église Saint-Eugène, donne à ces constructions religieuses nn aspect de gare de chemin de fer.
M. Bronty a exposé quatre dessins de l'asile que S. A. L Mme la princesse Mathilde a fiait construire à Neuilly pour les jeunes fiUes incurables. L* Asile Mathilde^ d'un style simpLe mais élégant, bâti en brique et en pierre, est fort bien distribué ; une vaste cour avec portique occupe le centre de ce petit monument. — La distribution du Pr&jet de maison de charité pour k HZ* arrùndissement, par M. Trilhe, est aussi très-sagement combinée, et le dorique convient bien par sa simplicité à la destination de l'édifice. — Le Projet de marché couvert pour la ville de Napoléon- Vendée y par M. Loué, est commode, bien aéré et bien éclairé ; la charpente est très- savamment étudiée et d'une légèreté remarquable. Cette étude a valu une médaille à son auteur. — Citons, pour son originalité, le grandiose mais irréalisable Projet d'arc de triomphe^ que H. Horeaù a conçu pour la place du Trône ; et disons à M. Ëtex, statuaire, que son avant-projet d'une église des sept péchés capitaux et des sej^ sacrements, avec vues p^spectives de jour et de nuit, est de la force des deux affreux tableaux religieux qu'il a exposés.