DISTRIBUTION DES RECOMPENSES
kVl ARTISTES EXFOSÀRTS DU SALON DB 1864 ET AUX iliVES
DE l'£gole impeeiale dis beaux arts.
La distribalion des récompenses aux artistes désignés par le jury à la suite de l'Exposition de iSM, et aux élèves de l'Ecole des beaux-arts gui ont obtenu des médailles dans les concours de Tannée scolaire, a eu lieu à une heure, dans le grand salon carré du musée du Louvre.
L'estrade d'honneur était placée au-dessous de la grande Assomption de MuriUon, faisant face au tableau des Noces de Cana^ de Paul Véronèse.
S. Exe. le maréchal Vaillant, ministre de la Maison de l'Empereur et des Beaux Atts , a présidé la cérémonie. Il était accompagné de M. Alphonse Gautier , conseiller d'Etat, secrétaire général du ministère de la Maison de l'Empereur et des Beaux-Arts ; du lieutenant-colonel Monrival, son aide de camp, et de M. Delacharme, chef de son cabinet. Le mi-
nistre a été reça» à son arrivée au LoaYr6« par le comte de Nieowerkerke , snriniendi^nt des Beaox-Airts, assisté de M. Gourmont, directeur des Beaux-Arts ; de M. Robert-Fleary, directeur de l'Ecole 4^ Beaux-Arts; des inspecteurs généraux des Beanx-Arts, et du marquis de Chennevières, conser- Tateur-adjoint an musée du Lonyre, chargé dn service des expositions.
' A droite et à ganche de l'estrade d'honneur, se sont placés les membres dn jury, dn conseil supérieur de l'Ecole des Beaux-Arts, et les fonctionnaires supérieurs dn ministère de la Maison de l'Empereur et des Beaux-Arts.
La séance s'est ouverte par le discours de S. Bxc. le maréchal Vaillant. Le ministre s'est exprimé en ces termes :
« Messieurs,
« En inaugurant aujourd'hui cette solennité désormais annuelle, j'ai cm devoir réunir en même temps les talents estimés du présent et les talents espérés pour l'avenir dans le Musée splendide dont la munificence de l'Empereur a Cait le plus merveilleux sanctuaire que le respect des hommes ait jamais élevé U'art.
» Entre les artistes dont lesœnvres ont déjà fixé l'attention publique et les jeunes gens qui entrent dans la carrière, il existe une communauté de sentiment, une sorte de lien sympathique, car les Uns et les autres, quel quoit e sieur Age, portent en leur cœur la même croyance, la même foi dans l'art ; et c'est pour fortifier cette union, c'est pour resserrer ce lien fraternel, que nous avons voulu les associer aux mêmes émotions et aux mêmes joies. Ne sera-ce pas, d'ailleurs, une douce et touchante satisfaction pour les aînés de saluer les premiers pas de leurs frères dans la voie des récompenses où ils les précèdent, et ne sera-ce pas pour ces derniers un puissant encouragement, une nouvelle cause d'émulation, que d'assister au triomphe de leurs aînés et d'être couronnés devant eux 7
» L'Exposition de 1864 a prouvé que notre pays maintient dignement son rang séculaire dans l'art, et c'est avec l'orgueil légitime d'honorer le talent véritable que je viens vous remettre, au nom de l'Empereur, les récompenses qui vont
Banctionner les arrêts d'un jury librement choisi parmi vous et par vous.
» Dans la peinture, il est vrai, nulle œuvre.n'a paru mériter une médaille d^hocneur; mais je crois traduire fidèlement le verdict de vos juges en avançant qu'il n'en reconnaît pas moins l'importance de vos œuvres considérées dans leur ensemble; la critique la plus sévère serait même forcée de reconnaître que certains côtés de la peinture ont rarement fait preuve d'autant de sentiment, d'observation, d'intelligence et de talent; mais toujours est-il (car je parle à des hommes qui veulent entendre la vérité) que si le niveau général des oeuvres de peinture s'est plus que maintenu, nous n'avons point vu apparaître l'œuvre exceptionnelle, la grande œuvre dans toute Pacception du mot. Cette lacune, dont le sentiment public commence à se préccciiper, ne sera que passagère, je n'en doute pas, et j'ai la confiance que vous saurez la combler, eA dirigeant à l'avenir remploi de vos forces vers les grandes formes de l'art, vers les régions élevées où ont conquis leur renommée les maîtres de notre Ecole firançaise.
» Moins accessible aux variations du goût par son bnt môme, qui est la beauté seule dans toute sa force ou son élégance, la sculpture a conservé cette fois encore la place élevée qu'elle occupe; c'est, du reste, une prééminence que l'Europe entière nous reconnaît sans conteste. Lui rendre hautement cette justice, c'est donc partager Topinion unanime des juges les plus autprisés, et la statuaire antique pourrait s'honorer de l'œuvre remarquable à laquelle le jury a accordé la première récompense.
» Mais, en proclamant une vérité si flatteuse pour nous, pourquoi faut-il que cet hommage soit un hommage posthume, et que la médaille d'honneur décernée à Jean-Louis Brian ne puisse ôtre déposée que sur un tombeau?
» Je ne voudrais point assombrir cette fête des arts. Puis-je oublier cependant que la France est en deuil de deux peintres iUustres I et dans ce palais du Louvre, où ils sont venus si souvent chercher leurs inspirations devant vous, messieurs, leurs disciples et leurs admirateurs, puîs-je passer sous silence la perte irréparable de Delacroix et de Flandrin?
» Egalement célèbres dans des voies opposées, l'un et l'autre inspiraient d'égale? admirations; et tous deux sont
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tombés également pleins d'ardenr après nne même existence noblement consacrée à la magistrale expression de lenr idéal différent
9 A Ton • esprit audacieux et snperbe» lattenr infatigaUe» originalité yigoarense et féconde, appartenait le splendide domaine de l'imagination; et, de par son talent, nous pou- TOUS opposer le nom de Delacroix aux plus grands noms d' Anvers et de Venise.
» Disciple fervent d'un maître vénéré, Flandrin réunissait les graves qualités de l'art religieux dans une grâce sévère qui ne diminuait rien de leur grandeur. Homme de courage et de méditation, ses laborieux débuts doivent être, messieurs, un salutaire exemple pour les élèves qui ont l'hounenr de siéger près de vous ; jamais,^ en effet, ce grand artiste n'hésita dans sa route, parce quil avait toujours compris que le travail opiniâtre et l'étude constante font seuls l'éducation des forts. Vous connaissez, messieurs, le résultat de ces convictions, et la moralité de l'enseignement se résume par, ces deux mots : travailler, étudier.
» En déplorant la disparition de ces deux grands artistes, qu'il me soit permis d'ajouter que l'Empereur confondait dans la' même estime ces deux talents si contraires, car le plus admiré chef-d'œuvre de Delacroix décore une salle de ce palais, et c'est dans le portrait de Napoléon m que Flan* drin a semblé vouloir exprimer les volontés dernières de son génie.
» Mais ne vous laissez pas décourager par ces pertes douloureuses de vos plus vaillants généraux, qu'elles fassent naître en vos cœurs une émulation nouvelle, *et qu'elles vous inspirent la louable ambition de les reknplacer dans leur commandement : comme ces tours vivantes dont parle Bossuet qui réparaient leur brèche d'elles-mêmes, il faut que Tart français se hâte de remplacer ses maîtres tombés au premier rang, afin que le pays, dans un prochain avenir, se demande en vain où sont les vides de ses gloires.
» Nous espérons en vous, messieurs, pour accomplir cette noble tâche, et vous pouvez compter, pour apprécier vos ^efforts, sur l'auguste sollicitude qui ambitionne pour la France toute les supériorités et ne veut laisser déchoir aucune de ses prépondérances.
» C'est pour élever Tart contemporain que l'Empereur a décrété les expositions annuelles ; il lui a paru que ce contact, pour ainsi dire permanent des artistes avec le public, stimnlerait plus efficacement leurs efforts, et ajouterait à leurs forces comme l'habitude de combattre ajoute aux forces d'une armée ; et, en autorisant en même temps la formation d'un jury renouvelable chaque année, et directement élu par vous, il a voulu que la lice fût ouverte à toutes les intelligences, et qu'aucun préjugé d'école ne vint entraver les diverses aspirations du talent.
9 C'est sous l'empire des mêmes pensées libérales que des réformes ont été apportées à l'organisation des écoles artistiques de l'État, que le cercle de leur enseignement a été élargi et complété, et que. l'État a repris pour la direction des études l'exercice des droits qui lui appartiennent, et qu'il ne saurait aliéner.
» Cette sollicitude persévérante, infatigable du Souverain, qui veille sur vos destinées, vient de se révéler encQre une fois d'une manière éclatante, et j'ai le devoir de vous annoncer que l'Empereur a décidé qu'un prix de cent mille francs serait créé aux frais de sa Liste civile, pour être décerné tous les cinq ans à Tauteur d'une grande œuvre d'art reconnue digne de cette récompense. »
Voici le texte du décret qui sanctionne cette importante mesure :