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Exposition des oeuvres de M. James Lignier

Si, dans ce pays où, comme dit Figaro, « le savoir faire vaut mieux que le savoir », M. James Lignier avait été un autre homme qu'il n'est; j'entends que si, avec un talent égal, il avait eu, plus forte, la conscience de son mérite, — eùt-elle été, même, un peu exagérée, que cela n'aurait pas nui ! — si une robuste ambition de parvenir avait empli son âme ; si, surtout, il avait été doué, au moindre degré, de l'esprit d'intrigue, il est à présumer que je n'aurais

pas, aujourd'hui, le plaisir très vif de le présenter au i^rand public. Non : honoré de la bienveillance des Instituts; à chaque Salon, exhibé sur la cimaise; criblé de médailles, au temps déjà lointain où il exposait à la Société qui en décerne; convenablement rente par l'État attentif à lui acheter, tous les ans, deux ou trois de ses œuvres ou à lui commander d'officiels portraits, M. James Lignier serait un homme « arrivé », au sens où l'entendent les bons élèves et leurs bons maîtres.

Par bonheur, il a conservé jusque dans Paris ce que les boulevardiers appellent, en mettant dans ce mot toute la spirituelle ironie dont ils sont capables, des idées de province. Il a persisté à croire à la vertu du travail consciencieux, dans le calme de l'atelier ; à la supériorité finale, devant l'avenir, de l'étude acharnée, des longues et écrasantes batailles avec la nature, sur les stériles bavardages à travers les antichambres ministérielles ou les Salons à la mode. Et surtout, c'est un modeste : il a fallu que des amis sincères lui fissent violence pour le décider à nous montrer, aujourd'hui, une partie des fruits de ce labeur silencieux et persévérant auquel il s'appliqua vingt-cinq années durant, de 1878 à igoS.

M. James Lignier est Bourguignon. Son enfance et son adolescence tout entière s'écoulèrent à Dijon.

Vous savez, de reste, quel prodigieux foyer d'art fut jadis, sous ses ducs, cette admirable et souriante ville. En vain, nombre de chefs-d'œuvre qui y virent

le jour ont-ils été dispersés ou détruits. 11 en demeure assez encore pour éblouir le voyageur qui passe ; et même le magique pouvoir de suggestion de ceux qui ont disparu semble persister à travers les âges. L'atmosphère qui les baigna en est demeurée comme imprégnée de beauté ; et c'est ainsi que le grand Rude a pu respirer, peut-être, un peu de l'àme du bon imagier Claux Sluter.

C'est donc dans cette cité si tutélaire aux artistes, que M. James Lignier fut pris du désir de peindre.

Ilétaitencoreélève de l'école communale, en 1871, qu'il fréquentait déjà l'École régionale des Beaux-Arts. Mais ses parents, gens très sages, ne voulurent pas consentir à ce qu'il se préparât directement et exclusivement à la carrière artistique. Ils entendaient le doter d'un métier qui, proche voisin des beaux-arts, lui assurât, du moins, en cas de déboires, la vie matérielle. Et en 1S72, ils le mirent.

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