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Exposition des primitifs francais

(|u'il i'(''siiniu' il loiil pi'dpos dans les asseiiilih'cs |)nli[i(jut's, conl'éroiicos et cours, conciliabules de famille et d'estaminet, où tous les phraseurs en ont la liouclie pleine, nos préjugés et nos routines no sont pas moins tenaces chez nous qu'ils peuvent l'être ailleurs; peut-être même, parfois, s'y montrent-ils plus opiniâtres, en leurs longues résistances, lorsqu'il s'agit de pensée pure et désintéressée, de la science, de l'arl. surtout de la science et de l'art dans le passé. 11 est vrai que toute justice rendue à l'histoire exige, en même temps, quelque gratitude et (|uelque modestie; or, les dettes de ce genre sont de celles que les peuples, comme les individus, se soucient le moins d'acquitter.

L'idée d'une exposition d'ceuvres peintes oîi ressusciterait la gloire de nos vieux artistes du Moyen âge et de la Renaissance ne date j>as d'hier. Ou'il a fallu de travaux et d'efforts avant qu'exile aboutisse I l.a pensée originale en remimle au moins à Léon de Laborde qui, dans son fameux rapport sur la première Exposition universelle de Londres, en 185L sonna si iiardimcut l'alarme, constata le désastre des arts modernes, et décida partout un retour de curiosité et d'admiration studieuses vers les arts du Moyen âge, de la lîenaissance et de l'Orient. Autour de lui, modestement, patiemment, ardemment, travaillait alors, dans les musées et les arcliives de France, avec une foi et un désintéressement admirables, jiiul un groupe de jeunes amateurs et érudits. On leur doit les heureuses semailles dont nous récoltons les fruits aujourd'hui. Les fondateurs des Archives de l Art français, Philippe de Ghennevières, Paul Mantz, A. de Montaiglon, Dussieux, E. Soulié, etc., en organisant, au sujet de nos anciens artistes, une enquête systématique fondée à la fois sur la recherche et l'examen des œuvres et sur l'élude des documents écrits, déterminèient r(''teudui' el les limites du champ dans lequel on pouvait faire avec certitude des fouilles utiles et des découvertes sérieuses. Déjà les patientes investigations poursuivies, depuis vingt ans, de tous côtés, sur leui's domaines spéciaux, par les architectes des Monuments historiques et les Sociétés provinciales d'archéologie leur fournissaient, sans doute, bien des matériaux épars. Néanmoins, il s'agissait de les rassembler et de les compléter en vue de l'onivre définitive. Ce fut la tâche à laquelle ils se dévouijrent en atlendanl l'occasion de faire mieux.

Cette occasion se présenta en 187i, lorsque l'un d'eux, le marquis de Chennevières, prit la direction des lieaux-Arts. Nous avons rap-

pplé aiilrefois' avec (juclle drcisidii ol (|uello C(mi[ii'lciiC(' il remontii d'un seul coup, en pensant à la fois au passé, au jirésenl, à ravonir, toute la machine administrative. L'organisation des réunions annuelles des Sociétés des Beaux-Arts des Départements, dont la vingt-huitième session a eu lieu celte année, celle de la granih; publication — deux fois commencée, d'abord sons la première Hé|)ublique, puis sous la Restauration, deux fois abandonnée par suite do vicissitudes politiques ou ministérielles — dcYInvriUdire griicra/ des rir/icsses d'art de la Fiance, (|u'on ne saurait plus inlcj'rompre sans iidule et dommage, n'étaient, dans sa pensée, que le prélude d'une exposition générale où tous les niTisées et collectiunneurs de France seraient invités k apporter, comme pour une revue solennelle et comparative, les ouvrages de l'art national échappés au vandalisme de la haine ou de l'indilTérence.

Les événements ne lui iiermirent pas d'accomplir cette tâche grandiose, mais, dès que l'Exposition universelle de 1878 fut annoncée, il s'empressa de saisir la balle au bond et de viser au moins à quelque réalisation partielle et préparatoire. Le 1"' février 1877, il proposa donc à son ministre d'organiser, à défaut de mieux, à côté des galeries de la peinture contemporaine, une section de peinture ancienne, sous le titre d'Exposition des Portraits nationaux. On sait quelle place considérable, de tout temps, l'élude de lu physionomie humaine a tenue dans notre peinture comme dans notre sculpture. Dans les manuscrits, dès l'origine, les portraits des protecteurs ou des donateurs apparaissent sur les frontispices; il en futbientôlde même sur les murs ou les panneaux, et, autour de ces ligures principales, comme acteurs ou comparses dans les scènes historiques et sacrées, on vit se ranger ou se mouvoir d'autres figures d'un caraclère non moins réel dont les physionomies, les gesles, les vêtements annonçaient une étude sincère et faite sur le vif. Sous ce prétexte de portraits, c'était donc, en réalité, une exposition générale et presque complète des peintures de la vieille France qui devait s'ouvrir au Champ-de-Mars.

Malheureusement, renthousiasme patriotique, rétléchi, actif, du marquis de Chennevières n'était guère partagé que par son entourage et ses collaborateurs. Il ne trouva point où il les devait attendre les bienveillances et les concours nécessaires pour mener à bien son entreprise; son opiniâtreté patiente n'ahonlit qu'à des

1. Gazette lies /ic,n(,f-.lr/s-, ISli'J, I. 1, |i. lui, — ,■{ ,|;iris .l)7/.s^>,s ei AiiKiteiirs. Paris, lilOO, in-S".

résullats insuflisants. L'Exposiliuu des l'ortraits nationaux, après loulcs sortes d'aventures, ne put être ouverte dans les salles de conférences du Trocadéro que le lo octobre, quelques jours avant la fermeture de l'Exposition; les tableaux, superposés à des hauteurs inaccessibles, dans des salles mal éclairées, n'y pouvaient être entrevus (juedans les intervalles des bavardages. Cependant, on y avait déjà fait venir d'Aix \<} Buisson ardent, de Moulins le triptyque delà Vinrfie glorieuse, d'autres villes quelques chefs-d'œuvre, reparus en 1 900 au Petit Palais, qui ont refait sans crainte, cette année. leur troisième voyage (le Paris. La collection comprenait 9t)l ouvrages prêtés par .'{.jfi m usées, établissements civils et religieux, collectionneurs et amateurs. In excellent catalogue en fut dressé par .M. Jouin; et Paul Mantz, avec sa bonne humeur ironique, raconla la misérable odyssée de ce trc'sor incomparable, recueilli avec tant de peines, à travers les dépôts invisibles et les galeries inachevées. Il y détermina aussi, avec la perspicacité sagace de son érudition sûre et aimable, la valeur inattendue des pièces les plus importantes et celle des artistes ressuscites, notamment de Nicolas Froment, dont le bagage s'accrut aussitôt, par lui, du triptyque de Florence, classé au musée des Offices dans la section llauiande. Mais, hélas I lui-même n'avait bien étudié qu'un |)etit nombre des tableaux envoyés, car beaucoup, faute de place, n'avaient pu être exposés, et même ceux qui l'étaient se voyaient trop mal! « Si le bonheur consiste à vivre dans l'ombre, 'i disait-il mélancoii(iuement, « ces peintures ont connu le maximum de la félicité... C'est nnr partie à recommencer, dans des conditions meilleures, sous une lumière plus généreuse, et sans barricades'. >■

Vingt-trois ans s'écoulèrent avant que la partie put être recommencée par l'initiative heureuse de M. Bouchot. Toutefois, durant cet intervalle, l'idée avait fait son chemin. A tous ceux qui l'avaient vue celte Exposition des Portraits nationaux avait laissé la conviction durable que la peinture en France, durant même la guerre de Cent ans. avant l'occupation italienne et la domination classique, n'avait jamais été inleiieure à la sculpture contemporaine et qu'on pouvait retrouver encore assez de morceaux authentiques pour en constituer l'histoire. Avec les amis de M. de Chennevières, toute une nouvelle armée d'érudils et d'amateurs se remit à la besogne. Les Archives de l'Art français, les Mémoires de la Société nationale des Ant/t/aaires de France, l<^s Comptes rendus des Sociétés des Beaux-Arts

l. Gazelle des Beaux-Art<, 1878, t. ), p. 8j8.

(les (IrpaiirincHls, vingt reviios el journaux d'arl.ne cessèrent do publier des documents d'archives, signalemonls d'mivrages, études liistoriques et criticiues. qui ont éclairé la curiosité. Dans la seule Gazette (Ifs llraii.r-Arts, jiar quels beaux travaux A. de Chanipeaux et de .Maulde, MM. Léopold Ikdisle, Bouchot, Bernard l'rost, Paul Durrieu, Emile Mâle, Camille Benoît, S. Reinach. L. Diniier, etc., ont élucidé certaines questions impttrtantesl Les j;rands coups de clairon vaillamment lancés de l'Ecole du Louvre par notre cher Courajod, et l'Exposition rétrospective du Petit Palais organisée par M. Emile Molinier en 11)00 agirent plus encore sur l'opinion publique.

Lorsque le succès légitime et retentissant de l'exposition de Bruges, en 1902, inspira à l'un des plus vaillants et des mieux armés, parmi ce groupe militant, la résolution de renouveler, avec de meilleures chances, l'expérience de 187H, h- lorrain était donc bien préparé. L'accueil chaleureux qui répondit à ses propositions lui prouva vite, en oITet, que l'heure était venue. A l'étranger comme en France, les pouvoirs jjublics, les chefs d'Etat, grands seigneurs, parlementaires, fonctionnaires, directeurs et conservateurs des musées et bibliothèques publiques, municipalités et fabri([ues, collectionneurs et amateurs, montrèrent à encourager l'entreprise, par leur concours personnel et par des prêts d'ouvrages, un empressement général sur lequel on n'avait pas toujours compté. C'est do Londres, de Berlin, d'Anvers, de Bruxelles, de Florence, de Vienne, de Glasgow, que nous sont arrivées, gracieusement confiées à notre loyauté et à notre vigilance, quelques-unes des pièces les plus précieuses dans lesquelles notre patriotisme peut trouver des preuves certaines de notre antique émulation avec les beaux artistes des l'ays-Bas, d'Italie, d'Allemagne. Grâce à ces collaborations, proches ou lointaines, grâce à l'hospitalité olTerte. dans les salles de son musée à peine terminées, par l'Union centrale des Arts décoratifs, sous le patronage aclif do M. Aynard et de M. Berger, président et vice-président, et celui d'un noniiiroux comil('' intoi'uational. la partie a donc pu, celte fois, être bien reprise, et reprise, sinon dans toute son étendue, au moins dans de meilleures conditions. Grâce à l'infatigable activité de M. Bouchot et à celle de ses compagnons, MM. Lonioisne, .Jean GuitTroy, J. Mass<in, P. \'itry, Molnian, etc., dans ses tournées laborieuses à travers la vieille France, et dans l'installation rapide des galeries, l'exposition a pu être ouverte à jour lixe et présenter aux premiers arrivants un catalogue co-

liicux', rédigé par les spécialistes les plus com[)élents. Tous ceux qui ont préparé des expositions rétrospectives savent que c'est lu une victoire rare et difficile.

• En liS78. dans ces deux pauvres salles du ïrocadéro concédées in extremis aux Portraits nationaux, malgré le voisinage de l'admiral)le et riche exposition rétrospective organisée avecplusde bonheur par A. de Longpérier, on a\ail, cependant, jugé nécessaire de juxtaposer aux tableaux, comme pièces complémentaires et explicatives, un certain nombre de dessins, miniatures, émaux, sculptures.

Gomment, en cffel, comprendre les évolutions par lesquelles a passé en France l'art de [n'indrc, si l'on ne connaît, d'abord, les formes diverses sous lesquelles il s'y est présenté et, ensuite, les rehitions variables qu'il y a entretenues avec les autres arts? Or, au .Moyen âge, la peinture est pratiquée à la fois, le plus souvent, par les mêmes mains, sous toutes ses formes, soit directement dans la peinture murale, l'enluminure, le tableau, soit indirectement, avec l'aide d'ouvriers spéciaux, dans le vitrail, la tapisserie, l'éniaillerie, l'orfèvrerie. Elle y vit, en même temps, dans une association constante avec les deux autres arts directeurs et créateurs, l'archi- Iccture et la sculpture, dont elle ne cesse de recevoir les inspiralions, en ne cessant de leur communiquer les siennes. De là, durant les xui'', xiv", XV* siècles, plus encore que dans les périodes postérieures, même aux plus belles du xvu"" et du xviii" siècle, cette forte et foncière unité qui donne à toutes les œuvres du Moyen âge un caractère d'harmonie et de séduction particulières.

M. Bouchot et ses collaborateurs ne pouvaient donc oublier l'exemple donné par leurs prédécesseurs. Dans les salles bien éclairées, bien agencées, mais trop peu nombreuses et étroites encore, mises à leur disposition au pavillon de Marsan, ils |)lacèrent. autant qu'ils le purent, auprès des peintures, quelques tapisseries, statues, miniatures, émaux, orfèvreries, venus des mêmes temps, conçus dans le même esprit. Toutefois, rexplication la plus complète et la [dus probante se trouvait à la Bibliotbè(|uc Nationale, où I\I. Léo})old Delisle avait pu réunir aux manuscrits à peintures les plus précieux de son dépôt d'autres recueils importants sortis des grandes biblio-

1. ExposUion (les Prinulif^t fninraif; au Palnis du Louvre (PariUon de Marsan) et à In BibUdthcqup 7\alloualc. Calaloiçue rédigé par M.M. Henri Bouchot, I.éopoKl ijelisle, J.-J. Guifîrey, Frantz Maicou, Ilciiiy Martin, Paul Vitry. Préface di' .M. Georges Lafenestre. Paris, Palais du Louvre et Uibliothèfiue Nationale, avril 1904. Imprimé par la Gazelle des Beaux-Arts. Un vol. ijr. in-S", av. 32 planches.

thèques parisiennes, départementales ou étrangères. 11 est sans doute fâcheux qu'à Paris comme à Bruges on n'ait pu grouper ces deux expositions d'œuvres fraternelles dans le mémo local, mais, à Paris comme à Bruges, la distance qui les sé|)arait n'était pas longue, et c'est un voyage qu'il était indispensable de faire. Nous même, si nous ne pouvons ici étudier en détail les miniatures de la Bibliothèque, nous devrons néanmoins, presque à chaque pas, nous en souvenir lorsque nous visiterons l'exposition des peintres de chevalet.

XIII'' SIECLE. l'EINTUUliS MLRAI.ES ET MINIATURES

Poi R les ouvrages de peinture proprement dite, on ne pouvait, dans les salles du pavillon de Marsan, remonter au delà du XIV'' siècle. Les vastes ensembles ou les fragments de peintures murales qui se voient ou s'entrevoient encore dans quelques édifices du xu'' et du xiii"^ siècle y doivent être examinés sur place. On aurait voidu suppléer à cette lacune fatale en mettant sous les yeux une suite des beaux relevés faits depuis tant d'années pour le service des Monuments iiistoriques. L'étude de ces relevés est aussi indispensable que celle des miniatures pour bien connaître le point de départ et comprendre les influences sous lesquelles on verra se développer et se modifier, durant plusieurs siècles, l'art spécial de la peinture. Malheureusement, pour un développement convenable de ces dessins et aquarelles, l'espace manquait encore, et l'on n'a pu montrer l'iiabileté respectueuse que MM. LaffiUée et Yperman, entre autres, apportent en ces travaux difficiles que par de rares spécimens'.

Dès le xu" siècle, en effet, c'est dans ces deux genres, le décor des édifices, le décor des manuscrits, que le génie français s'essaie, se cherche et se trouve. Dans l'un, il satisfait ses goûts natifs et constants d'unité, d'harmonie, de clarté, son besoin de généralisations morales et instructives; dans l'autre, il se livre à ses instincts de libert('' intellectuelle, de caprices Imaginatifs, d'observation prochaine ef familière, dans l'ordre sentimental ou satiri(jue. Dans l'un,

1. V. La l'rintiira dfctvuliic en France du xir au .vw sierle, par M.\I. Gélis-Iiidol et, Laflillée, — et CataUnjue de^ relerés, dessins, uijnarelles des Monuments histari({ues, par M. Perraull-Dabot.

les grandes images, sacrées et lii'iciï(|ues, légendaires ou historiques, symboliques ou réelles, parlenl. en traits simples et fermes, à l'àme inculte et uaïve des foules; dans l'autre, l(>s images minuscules s'adressent, par des confidences plus intimes et plus variées, à l'esprit ouvert et curieux de l'élite de toutes classes, lettrés et artistes de l'Église, de la cour, de la ville. C'est de la conjonction de ces deux traditions, inséparables elles-mêmes des traditions simultanées dans l'architectin-e et la sculpture, que sortira, aux siècles suivants, l'art de peindre les retables et tableaux mobiles, tel que nous avons pu l'étudier dans les ceuvres exposées.

Quelques enluminures typiques à la Bibliothèque Nationale, quelques trop rares sculptures au pavillon de Marsan, nous rappelaient la grandeur, simple et forte, que réalisa, très vite, après quelques tâtonnements, au xiu'^' siècle, cette première et naturelle conception de l'art, comme elle l'avait fait en drèce seize cents ans auparavant et. probablement, dans l'antique l'Egypte, à des dates lointaines encore indéterminées. Les compartiments circulaires à fonds d'or de la Bihlc moralim'r. du temps de saint Louis et de la Sainte-Chapelle (Uibl. Nat., lalin I I ."itiO, n" I du Catalogue de l'exposition) sont de véritables vitraux, par la disposition du cadre et de l'entourage autant que par la netteté et la vivacité des attitudes et gesticulations expressives. Les figurines qui s'y groupent avec clarté, dans un rythme plastique qui rappelle celui des basreliefs, sont coloriées par tims plats, avec (|nel(|ues rehauts, comme les grandes images des fresques. Les narrations murales de la même époque avaient les mêmes caractères, en conservant les fonds unis ou décoratifs d'or, de tentures, de mosaïques, qui n'invitent point aux recherches de perspective ou de modelés. Ce style, sommaire et ferme, franc et vivant, simple et familier, avec, par instants, des accents de gramleur, comme la prose, loyale et virile, naïvement épique, de .loinville, devait être celui des tableaux de la Sainte-Chapelle [Sainl Louis captif. Saint Louis lavant 1rs pin/s aux paurri's. Saint Louis rvcevant la discipline. Saint Louis servant à manrjer à un reVujicux lépreux) dont les relevés se trouvent à Carpcntras dans les manuscrits de l'eiresc. C'était sans doute encore celui des Miracles de saint Éloi. dans l'église Saint-Martial, que Gaignières put encore relever et qui nous montrent une série de compositions si curieuses (coll. d'Oxford, t. XVI, f" 66), celui encore des quatorze épisodes de la Vie de saint Louis, peints quelques années plus tard, dans le couvent des Cordelières de Lourcines,

ilnnt l'i'irosc nous a gardé aussi, avec une description délailiée, des souvenirs plus précis dans quelques croquis contemporains à la plume. D'après les relevés qui nous en restent, toutes ces peintures parisiennes ont bien le caractère naturel, simple et libre, des autres œuvres d'art produites à ce moment dans l'Ile-ile-France'.

Dans VÉvamjél taire de la Saiiile-Chapelle liât. 1732'*), le décor doré, architectural et sculptural, joue un rôle plus brillant encore. Ce sont déjà les encadrements découpés, ajourés, compliqués, animés par la luxuriance d'une tlore envahissante et le mouvement de toute une population de tigurines logée entre les culs - de lampe et les pinacles et sous les niches do tous les étages, ces encadrements sculptés et dorés, dans lesquels se présenteront presque toujours,jusqu'à la fin du xvi'' siècle, les retables, les triptyques, les diptyques et même la plupart des tableaux.

Aucune œuvre d'art, à cette époque, ne s'imagine, en elTet. qu'elle puisse vivre isolée. Elle fait partie d'un milieu, elle veut rester dans ce milieu, et, dès qu'on l'en sépare, on la trahit et on l'altère. Quel elTet devaient produire, dans un ensemble approprié, ces trop rares fragments d'admirables sculptures recueillies au pavillon de .Marsan : le Roi Koi Mage'.'i en argent doré, récemment découvert dans une cachette de maçonnerie à Bourges (collection

1. A. Longnon, Documents parisiens sur l'iconoijraphie de saint Louis. l>aris, Ctiarapion, 1882 (avec reproductions photograptiiques des relevés et croquis).

T F. T E U E FEMME. 1> I E II 11 E ÉCOLE FRAXÇAIoE, XIII' SIÈCLE

^Collection de M. Pol Neveux, Paris.;

Hoentschel), la Tète de femme (collection Pol Neveux), la Tète de roi (collection Albert Maignan), toutes deux provenant de Reims, l'Ange debout (don de M. Jules ^laciet au musée des Arts décoratifs) et le groupe en ivoire de YAnnoneiation ^coU. Chalandon et Garnier) ! Tels qu'ils nous apparaissent, tous nous disent encore bien haut la gravité, la simplicité, la noblesse forte et saine avec lesquelles nos imagiers concevaient la figure humaine. Le charme coloré s'y ajoutait déjà, pour les yeux, aux charmes de la forme et de l'expression,

soit, pour l'orfèvrerie et pour l'ivoire, par le jeu, savamment calculé, dans les reliefs et les creux, les draperies et les modelés, des luisants, ombres et reflets produits par la matière même, soit, pour le marbre et la pierre, par l'enluminure attentive dont les rehaussaient les sculpteurs eux-mêmes ou leurs confrères les peintres. On peut le remarquer déjà dans ces petits ouvrages, comme dans les miniatures contemporaines : plus on avance vers le XIV'' siècle, plus les formes, en s'assouplissant, tendent à s'agiter et s'amaigrir, plus un amour perspicace et net des réalités vivantes s'introduit dans les images traditionnelles ou idéales pour les individualiser et les humaniser chaque jour davantage. Sur les visages, plus arrondis et moins divins, des Vierges et des anges commence à flotter ce sourire aimable et vague qui deviendra insignifiant à force de se répéter, jusqu'à ce qu'il tourne quelquefois, au siècle suivant, en all'éteries maniérées et prétentieuses.

Dès lors, comme on peut le constater dans les miniatures, chez les peintres émancipateurs il y a deux tendances différentes, déjà très caractérisées, qu'on retrouvera toujours en France. Les uns, par une observation plus simple, un style plus ferme et plus franc, quelquefois rude et grossier, mais toujours sérieux et expressif, se rattachent encore au grand art collectif du xui'^ siècle,

T K T E n E 11 0 I . PIERRE

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