MILIEU DU XII 1= SIÈCLE
(Collection de M. Albert Maignan, l'aris.)
qu'ils veulent ranimer et compléter ; les autres, avec des observations plus variées et plus fines, en cherchant plus de mouvement, plus de caractère, plus de nouveauté, se préoccupent davantage aussi des détails et de l'agrément. Les premiers, dans leurs dessins clairs et larges, se contentent dune affirmation résolue dans les contours, sans grand souci des modelés et des nuances; les autres, au contraire, par des coups de crayon ou de plume légers, minces, incisifs, comme de fines égratignurcs, détaillent, avec complaisance, par des traits de plus en plus souples et pressés, la gesticulation vive des figures qui s'allongent, s'amaigrissent, se tortillent, l'expression dramatique ou ironique des physionomies qui se précisent, s'individualisent, avec une amusante spontanéité, jusqu'à ce qu'elles se manièrent, s'exaspèrent, minaudent ou grimacent.
Par ces miniatures, par ces statues, parles vitraux, si nombreux encore dans nos églises, nous pouvons, je crois, nous imaginer, avec toutes sortes de probabilités, l'aspect qu'offraient au xui'' siècle les peintures murales dans l'Ile-de-France et dans les régions avoisinantes. Par régions avoisinantes, il faut, cela va sans dire, entendre non seulement la Normandie, la Champagne, la Picardie, mais encore l'Artois, la Flandre méridionale, le Brabant. le Hainaut. Toutes ces provinces, de culture si française, gouvernées par des princes français ou alliés à la maison de France, avaient déjà pris une part active à la formation de la littérature et de l'art nouveaux, dès le xii" siècle; elles allaient encore, durant longtemps, malgré des rivalités ou des séparations dues à la politique, contribuer puissamment, et dans le même esprit, à leurs développements communs, pendant les siècles suivants. Les croquis de Villard de Honnecourt, dont on aurait exposé utilement quelques spécimens, nous montrent, d'autre part, l'étendue vaste du champ d'études où se formait l'ima-