‹ Exposition des principes du gouvernement républicainChapitre 28 sur 30 · SOIS · texte numérisé non relu

SOIS

L’administration des prisons civiles et criminelles, celle des travaux publics d’un intérêt provincial, et quelques autres regardent les gouvernemens provinciaux et peuvent être organisées de mille manières différentes. Ces gouvernemens, pourtant , ne peuvent jamais se rencontrer avec celui de la nation : car leurs attributions sont tout à fait différentes. Nous les avons déjà examinées assez en détail pour qu’il ne soit pas besoin d’y revenir. Il faut pourtant présenter une réflexion importante au lecteur : c’est que , les impôts levés par la nation , pour son usage , étant égaux et semblables pour toutes les parties du territoire , elles agiraient comme un facteur commun , et n’auraient aucune influence sur la prospérité relative des différentes provinces entre elles; tandis que , les taxes levées par celles -ci étant particulières à leur territoire , quoique semblables et égales pour toutes les parties, si elles étaient plus fortes dans une province que dans une autre , elles déplaceraient bien vite les capitaux, l’industrie et la population. Outre donc l’intérêt que chaque individu a de payer le moins possible, et qui sc ferait fortement sentir sous un système où le peuple se gouvernerait lui-même dans son intérêt , il s’établirait de plus une concurrence d'économie gouvernementale entre les différentes

provinces, et entre chaque ville et commune dans chacune d’elles.

Les communes , en suivant le même système , seraient gouvernées , comme nous l’avons vu, sur un modèle pareil ; leurs législatures seraient composées de deux chambres élues, l’une par les propriétaires d’immeubles , quelle que fut leur quantité ( comme représentai de l’intérêt permanent ) , l’autre , par tous les autres citoyens. Trois degrés d’appel devraient également exister parmi les tribunaux chargés d’appliquer les lois de ces législatures. Il serait peut-être convenable de réunir plusieurs communes dans un district d’appel , et un certain nombre de ceux-ci pour former un ressort de cassation : car, sans cela, on aurait peut-être plus déjugés que d’affaires. Mais alors il faudrait toujours que les juges de ces tribunaux d’appel et de cassation fussent nommés conjointement par les premiers magistrats des communes qui se trouveraient dans leurs ressorts. Un magistrat exécutif serait élu parle peuple; et, secondé de quelques fonctionnaires indispensables et de gardes -champêtres, il compléterait l’administration de ce degré de gouvernement patriarchal.

Dans les grandes villes, cependant, cette administration serait beaucoup plus compliquée. Le maire serait un petit potentat entouré de minis-

CONCLUSION

ter es de police , d’éclairage , de pavage , etc. Son gouvernement serait soutenu par une force publique armée, suivant le goût de la législature municipale , d’épées ou de bâtons , de fusils ou de seringues, et prêts à maintenir l’ordre sur la voie publique , mais ne se mêlant aucunement de politique , et étant entièrement indépendante du gouvernement national et de celui de la province; - force innocente et protectrice du bourgeois, qui ne serait redoutable qu’aux escrocs et aux tapageurs. Les administrations municipales doivent, par la nature même des choses , varier tellement entre elles, qu’il serait impossible d’établir dérègle pire à leur égard.

Mais il reste encore beaucoup de choses qui seraient abandonnées et qui doivent l’être par ces gouvernemens. Qui d'entre eux se chargera du culte, des théâtres, des musées, des banques, des assurances , et de faciliter les communications commerciales? aucun. Ces choses doivent être livrées à la concurrence* des citoyens , payées et administrées par ceux qui en profitent.

Les gouvernemens des différens degrés pourront cependant incorporer des compagnies anonymes pour se charger de ces diverses entreprises, chacun suivant l’objet qu’elles auront en vue.

De cette manière , le gouvernement d’une grande nation serait à la fois un et multiple, cen-

tes CHAPITRE XVII.

tralisé pour tout objet d’un intérêt général, individualisé pour tout ce qui n’est que d’un avantage particulier , objectivement compacte pour l’étranger, et soumis au régime de la concurrence à l’intérieur. Les progrès que notre race ferait, sous cette forme seraient immenses. La masse de bonheur assurée à toutes les classes de la population gérait incalculable. La misère disparaîtrait avec le monopole et le privilège, et l’individu serait classé par la force des choses suivant son mérite. Le crime seul et le vice ne pourraient prétendre au bonheur. Ce système a été essayé , en très grande partie du moins, aux Etats-Unis, et l’on n’a qu’à voir les résultats ; que serait-ce s’il était appliqué dans son entier à une nation placée dans des cii'constances plus favorables ?

Je sais que ce que je dis là est contraire à l’opinion la plus généralement reçue. On croit, ou l’on affecte de croire, que le manque de population et de capitaux , la cherté du travail et l’éloignement de l’Europe , &nt des circonstances favorables au développement de la liberté, et que c’est à elles que l’Amérique doit sa forme républicaine. Il est d’ailleurs, si commode, lorsqu’on cite les Etats-Unis, de répondre : Ah ! oui, un pays neuf, où il y a tant de terres , et puis des mœurs simples , de la vertu ; la république peut prospérer là ; mais en Europe !...

CONCLUSION

Cette réponse ferme la bouche à tout, et la théorie qu elle contient est reçue en général, comme une vérité qui ne saurait être contredite. Ce n’est pourtant qu’une erreur vulgaire et grossière qu'il est enfin temps de combattre. Sous tous les rapports , le gouvernement excepté , l’Europe , la vieille Europe, a d’énormes avantages sur l’Amérique; et ce n’est qu’à son gouvernement que celle-ci doit la prospérité sans exemple dont on y jouit. Sous le rapport matériel, d’abord, il est vrai qu’il existe en Amérique une immense quantité de terres. Mais il a fallu la conquérir pied à pied sur les sauvages , avec mille risques et périls. Ensuite, il faut la conquérir une seconde fois sur des arbres de six pieds de diamètre. Cette terre, d’ailleurs, n’est pas pour rien. Elle n’est pas à qui veut la prendre. Par le seul fait qu’elle a été arrachée aux sauvages, elle a acquis un prix, la valeur du droit de propriété garanti par les Etats-Unis. Ce prix , il est vrai , est bas , mais aussi ne donne-t-il pas grand’chose. On mourrait de faim avec 100,000 acres. 11 faut les mettre eri rapport , défricher , bâtir , acheter et transporter au loin, pendant plusieurs années, quelquefois les alimens les plus grossiers ; il faut se sevrer de la société , de toutes les jouissances de la vie , vivre de privations et .dans la solitude pendant longtemps , pour retirer un profit de sa propriété.

Alors, il est vrai, on vit dans l’abondance, les environs se peuplent, et l’on finit par retrouver une société , une famille et une patrie au milieu du bois désert où l’on s’était d’abord établi. Mais il -faut ajouter toutes ces avances , ce temps et ces privations au prix que l’on a payé pour sa terre, et en faisant cela , on s’aperçoit bien vite qu’elle revient aussi cher, à peu près, qu’une terre d’égale qualité en Europe. Je mets en fait qu’il y a peu de paysans, de ceux qui émigrent aux Etats- Unis , qui n’eussent pu acheter la maison où ils étaient établis, et peut-être nés, avec le même travail et beaucoup moins de privations et de dangers qu’il ne leur en a coûté pour se faire un établissement également confortable de l’autre côté de l’Atlantique. Qui est-ce donc qui les force à émigrer? Le monopole foncier; les mauvaises lois. Dans leur pays, les terres sont des majorats ; elles ne peuvent être vendues. Ou, peut être, le propriétaire, qui ne gagne rien à les affermer, les vendrait volontiers et emploierait le prix dans le commerce ou l'industrie ; mais il ne peut, parce que ces terres qui ne lui rendent rien, lui donnent cependant un vote. 11 est donc clair que le manque de terres en Europe vient des entraves mises à la propriété par le monopole et le privilège , et est entièrement factice. »

Après quelques animées de travail, le cultiva-

CONCLUSION

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