‹ Exposition des principes du gouvernement républicain, tel qu'il a été perfectionné en AmériqueChapitre 10 sur 39 · ELEMENT DEMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

ELEMENT DEMOCRATIQUE

Le principe démocratique ^ comme il est entendu dans les temps modernes, ne signifie pas tant un gouyemement où le pouvoir est exercé par le peuple lui-même d'une manière directe , qu'un gouvernement qui agit et ne peut agir que dans l'intérêt des gouvernés et d'après leur opinion. Cm principe admet comme bases la souve* raineté du peuple et la soumission passive de la minorité aux vœux de la majorité. Sans ces deux conditions , il serait absurde et ne pourrait exister.

La souveraineté du peuple a été trop bien expliquée et démontrée d'une manière trop concluante par de grands écrivains , pour qu'il soit besoin d'y revenir aujourd'hui; mais la pratique

18 CHAPITBE II.

de ce dogme n^est pas bien comprise en Europe ^ parce qu^on a voulu la séparer de la soumission que la minorité' doit aulffllOQtés ^ mais non aux opinions de la majorité. Dans une grande ville , une portion de peuple anieutée et criant sous les fenêtres d'un palais , tandis que ceux des habitans qui sont le plus éclairés y et dont les intérêts les rattachent le plus aux destinées de la chose publique, se cachent , n'est point le souverain. Ce n'est pas de cette manière que la volonté de la nation doit être exprimée ; c'est par les voies légales dont il sera question dans un autre chapitre. La volonté de la majorité, clairement et légalement exprimée^ est la loi. La minorité doit s'y soumettre passivement : sans cela point de gou^ remenient possible ; mais la minorité peut user de tous les moyens qui sont en son pouvoir pour ràmieHer lu majorité à son opinion. C'est dans le jeu continuel de cette action de la volonté de la majorité et de la réaction de l'opinion de la mî« iiorité que consiste la liberté des citoyens. Dans toute nation, l'immetise majorité est inerte et se laisse conduire. C'est elle qm juge entre plusieurs minorités actives qui plaident devant elles. Cellesci peuvent donc , doivent même tâcher de la persuader et dé la convaincre ; mais vouloir la forcer ou la côiitràitidre, ce serait un acte de rébellion* Puisque le princ^ détaocrsttique consiste à

BUÊMBUir DÉUOCnATIQUB. It

gouyenu^ dans l'intérêt des gouvernés et d'après leur opinion , il est bien clair qu'ils doivent être les juges de leurs intérêts , et que le gouvernement ne doit intervenir que là oii son action est reqaise. En d'autres mots , une des conséquences da principe démocratique est de gouverner le moins possible , laissant^ autant que faire se peut, chacun libre de poursuivre son bonheur de la manière quf'il Tentend. C'est en cela surtout que les répuUiques anciennes et du moyen âge ont méconnu le principe démocratique. Elles voulaient trop gouverner^ et regardaient le citoyen cDnmie un sujet et non comme un associé. A Sparte , la loi prescrivait jusqu'aux moindres détails de la vie privée. Des lois somptuaires existaient presque partout. Platon nous a laissé un traité qui^^ de sen temps , fut considéré comme le modèle le plus parfait des institutions politiques ; le citoyen de sa république ne méritait pas ce nom. Il devait toujours sacrifier son indépendance et son bonheur personnels aux intérêts ou aux caprices des autres , sans en rien recevoir en édiange. Il n^y avait plus de réciprocité , et par eonsé^uent plus de contrat. L'honmie était privé, pour ainsi dire^ de ses facultés morales, et forcé par deà lois fixes, à la confection desquelles il avait été étranger, d'agir dans un but déterminé et de recherdber le bonheur, non à sa guise, mais à

M GHAIPITIIB If,

celle d'un autre ; il cessait d'êti^ un libre agent et se trouvait ravalé au rang d'automate^ agissant dans le but du mécanicien qui le faisait mouvoir. Il échangeait son rôle d'bomme et de citoyen contre celui d'abeille d'une ruche. Le bon Fénélon lui-même y en voulant tracer d'après des principes classiques le modèle d*un gouvernement parfait^ éleva la république de Scdente, où il eût , je crois , été bien difficile de trouver le bonheur, mais où certainement la liberté n'eût pas même eu une ombre d'existence.

Au commencement de la révolution française, la liberté et l'égalité ne furent pas mieux compris ses. Les lois du maximum y des suspects , etc., en font foi. La presse ne fut jamais libre , des passeports , des calâtes de sûreté et des certificats de civisme furent nécessaires pour voyager dans l'intérieur. Je ne veux pas m'élever contre le système de la Convention^ parce qu'il était nécessaire dans le moment , et qu'il sauva la France. Si les cortesy en 1823, se fussent conduits de la même manière ^ l'Espagne , le Portugal et l'Italie seraient libres; et si la Convention n'eût pas adopté son système 9 la conquête de la liberté eût été ajournée pour long-temps en Europe. Le système de la Convention fut une exception. Il est des momens où les lois ordinaires doivent être suspendues ; tous les peuples en ont senti la né-

ÉLiiUsnr AiMOCEATiQim. tt

cessité. Quand le sol de la patrie est menacé^ quand Texistence même de la société est dans un danger imminent , la création d'un dictateur^ ou la promulgation de la loi martiale , ou de Fétat de siège, deviennent nécessaires. C'est ainsi que, lors d'un incendie, on jette les meubles par les fenêtres , et que l'on peut impunément violer le domicile des ci|oyens en y entrant pour les sau* ver, ou détruire leurs propriétés en abattant les maisons voisines du feu. La responsabilité de cette suspension des lois ordinaires et des effets affreux qu'elle peut produire pèse entièrement sur ceux qui la rendent nécessaire : cest eux seuls que l'on doit en accuser.

Le système de la Convention, considéré comme système exceptionnel, comme gouvernement révolutionnaire, tel qu'il s'était lui-même proclamé, fut excellent, mais ceux qui voudraient faire, des moyens violens dont on se servait pour résister à l'ennemi; l'ordre régulier et continuel de la société, se tromperaient grossièrement. Cette école existe pourtant , peut-être même plus maintenant que jamais, et c'est contre elle principa*lement que j'écris. Le système de la Convention était excellent comme moyen , il serait infâme et exécrable comme but.

Les individus ne se soixt réunis en société que dans un $eul but i celui d'assurer à chacun d'eux

ià CRAPITRB Ù.

la plus grande masse de bonheur possible. Tous les droits et les devoirs qu'ils ont dérivent de ce contrat social. Il doit donc assurer à chacun des avantages : car, sans cela, il manquerait des con-^ ditions essentielles du contrat. Les nations né sont que de vastes associations. On est citoyen d'un pays , non pas seulement parce qu'on y est né y et qu'on en parle la langue, mais par la formé de l'association : car deux associations distinctes peuvent exister sur le même sol. Cela même s'est presque toujours vu. Dans le système féodal , les nobles , les seigneurs , formaient la nation , l'association ; eux seuls jouissaient des avantages du contrat , tandis que les vilains , dans les premiers temps, n'en retiraient aucun profit. Lorsqu'à force d'industrie , de patience et d'étude , ils devinrent beaucoup plus riches et plus éclairés que leurs maîtres , ils formèrent une seconde association, qui , dans quelques pays , comme en France par exemple, se réunit entièrement à l'autre , et elles ne formèrent plus alors qu'une seule société. Dans d'autres pays , au contraire , comme en Angleterre , les vilains continuèrent à former une société à part , quoique associée avec la première , et jouissant, en vertu de ce second contrat, de droits et d'avantages à peu près égaux, ^n France, il n'existe plus qu'une assQciation, qu'une nation. En Angleterre , il y en a deux , les pairs et

tutMMJtt BiiidiauinQini. tt

les commoners. La demi^ , étant maintenant la plus forte^ est sur le point d'absorber la première^ et tout n'en ira que mieux. Dans les états du sud des États-Unis ^ il y a une association , ime na^ tion ; ce sont les blancs et des individus sur lesquels elle garantit et accorde à ses membres oertaiâs droits. Le sens commun suffit seul pour démontrer combiei^ il est plus avantageux de n'avoir qu'une seule association suruneménû^ terre. C'est en effet le seul système stable.).^ celui vers lequel nous porte notre organisation naturelle. C'est la mise en action , la réalisation du principe démocratique. Ce système est certainement le plus raisonnable et le plus simple; on s'étonne qu'on ait pu en inventer d'autres^ et que les hommes s'y soient soumis.

Du principe démoci^tique découlent beaucoup de conséquences qui n'ont encore reçu leur application pratique qu'aux Etats-Unis. La première est l'égalité parfaite de tous les associés dans leurs droits et leurs devoirs. Je ne parle pas ici d'égalité naturelle; elle n'existe pas plus que tous ces droits naturels dont l'école sentimentale nous parle sans cesse. Dans un nouveau-né , je ne vois qu'un être faible, incapable de s'aider lui-même. Tout ce que la nature lui a donné , c'est leisein qui l'allaite. Ce n.'est pas elle qui le rend héritier d'une vaste fortune^ ou lui assure les droits de

t4 CBAFITEB 11.

citoyen s'il lui convient d'en jouir , c'est la société. Il devient tacitement partie au contrat d'association et n'a de droits et de devoirs qu'en cette qualité. Tous les associés doivent donc jouir d'une protection et d'une sûreté égales pour leurs personnes et leurs propriétés. Tous doivent être soumis aux mêmes peines s'ils violent la loi ; mais^ puisque l'association a pour but le bonheur individuel , chacun doit pouvoir le chercher à sa manière , et tant qu'il ne viole pas les droits des autres en fondant son bonheur sur leur misère^ il doit être entièrement libre d'en agir comme il l'entend.

Si donc, en suivant des routes différentes pour obtenir le même but ^ le bonheur, deux citoyens arrivent a des résultats différens , ils n'en auront pas moins droit à une protection égale. Si l'un , en travaillant avec paresse à un mauvais métier, vivant sans économies,et poursuivi peut-être par les coups du hasard , reste dans la misère , cela ne lui donne aucun droit sxir la fortune que l'autre s'est amassée en suivant une conduite tout opposée. La fortune de chacun est donc chose sacrée. Il en est le maître absolu; personne n'a de droits sur elle. Il pc^ut en disposer comme il l'entend pendant sa vie, ou, à sa mort,la laisser à qui il veut, que les héritiers qu'il se choisit soient ses parens ou non. Toute intervention de la loi à cet égard est une vio*

ÉLtMBXr DiMOCEATlQVB. «S

latîon criante du droit de propriété. Tout ce cpie la loi peut faire, dans le cas où le citoyen meurt sans faire connaître sa volonté , est de lui en sup* poser une d'après les penchans naturels au cœur humain , et cela d'une manière uniforme , afin d'éviter des disputes, et poui' que le propriétaire sache bien d'avance ce qui adviendra de son bien , s'il n'exprime pas de volonté particulière. De cette manière, l'homme qui meurt sans testament doit être censé tester dans le sens de la loi qui lui était connue. Celui a qui un mourant a laissé sa fortune, o^oJÉt en a hérité d'après les dispositions de la loi, en dévient tout autant maître, et a droit à tout autant de protection que si elle lui avait été donnée pendant la vie du testateur, ou que celui quil'a acquise personnellement. Le denier du pauvre doit être tout aussi protégé que le million du riche, j ^fe ilité des charges entre eus^doit être égale, ces t- à-dire peser également auv les deux. Toutes charges qui sont personnelles doivent donc être communes à tous les citoyens. Le riche, comme le pauvre, doit marcher lorsque la loi l'appelle aux armes ; les contributions doivent être établies en raison et en propjjftîon de la fortune, de façon que chacun paie une portion égale de son revenu. Toute industrie, tout comniercei tout ii|j|lier quelconque, doivent être sujets à une âjië semblable, afin

«e dumiuc n.

qu^aucune espèce d'industrie ne paie plus qu'une autre* Voila le principe qui doit guider Tassiette de rimpôt; il est facile de comprendre que la levée des taxes sur certaines industries serait extrêmement difficile et coûteuse^ en même temps qu'elle donnerait souvent lieu à des mesures vexatoires. Il est clair, par exemple, qu'en taxant le producteur et l'importateur, c'est le consommateur qui paie : or, comme cette levée de taxes peut se faire à beaucoup meilleur marché que l'autre^ et bien plus facilement, c'est celle-là que l'on doit adopvjp' Suivant les circonstances du pays.

Mais, la taxe n'étant levée que pour le bien public, et le citoyen étant le seul juge de ce bien, c'est à lui d'établir la taxe comme il l'entend : il ne peut dope ja^is être forcé k payer un impôt qui n'ait été dél|PS par la majorité, et sur lequel il n'ait été consulté et n'ait pu lîirement donner son opinion. Dans leâ gouverîiçmens constitîonnels^ espèce de pacte entre le bon Dieu et Satan, où la part de Satan est toujours la plus riche^ c'est à ce moyen que le peuple a recours pour forcer le gouvernement à le conduire k sa manière ; dans un gouvernement démocratique, où le peuple gouverçjg lui-même par des agens élus , le refus.de Fimpâ^n'^ jamais lieu comme moyen coërcitif . En effet , <r'est un mauvais moyen : car,

tLÉwaan bteocRATiQiTB. 17

tout en j^nissant le gouvernement, on punit bien davantage le pays iju'on jette dans l'anarchie: Or, il est bien clair que personne, dans son bon sens , ne consentirait a payer une taxe de l'emploi de laquelle il ne retirerait aucun avantage ^ soit direct soit indirect. Il cîîste des objets de gouvernement qui intéressent toute la nation et pour lesquels tout entière elle doit contribuer, comme par exemple la défense du territoire et du commerce* étranger j il en est d'autres qui n'intéressent qu'une portion de la nation , telles que les mesures d'embellissement local, qui ne regardent que ceux qui en peuvent jouir. C'est donc a eux seuls à payer povir ces dépenses. Il est d'autres choses, connue la religion et les théâtres, qui ne peuvent être défrayées par legounient et doivent être laissées aux souscriptions individuelles. La religion, en effet, ce commercq intime entre l'homme et la divinité, est par sa nature même tout k fait individuel et. mystérieux. Chacun l'entend à sa manière; les bienfaits d'ailleurs qui doivent dériver de la religion ne sont pas de ce monde; nous avons la parole du maître! pour cela : or, comme l'association politique des hommes a pour but un bonheur tout a fait temporel , il est clair que la religion et le gouvernement n'ont absolument rien de commun et ne doivent jamais se mêler des affaires l'un de l'au-

It CHAriTBS 11.

tre. Le cas serait différent si la religion faisait des promesses temporelles^ comme les fétiches nègres, et surtout si elle les tenait, ce cju'aucun fétiche nègre ou autre n'a plus Fhabitude de faire. Sil on pouvait faire fondre les armées, tomber les murailles , et traverser les mers , comme cela se pratiquait tous les jours au temps jadis , à la bonne heure; il serait alors du devoir d'un bon gouvernement de négocier, pour s'assurer ces avantages , avec les ministres de U religion. Jusque-là, que ceux qui en veulent les paient. C'est l'opinion de M. l'abbé de Lamenais , avec lequel je suis bien charmé de me rencontrer une fois en passant.

Quant aux théâtres, est-il juste que l'on prennç une portion de l'argent du pauvre pour élever à la brochette des chanteuses et des danseuses, de qui n'approchera jamais sa misère et que probablement il ne verra et n'entendra jamais ? Le théâtre est par sa nature une spéculation tout à fait particulière ; une entreprise où les gens qui s'en mêlent doivent nous amuser ou mourir de faim , où la concurrence devrait être entièrement libre , ce qui nous assurerait des spectacles beaucoup plus nombreux, meilleurs et à meilleur marché.

Si les charges de l'association doivent être égales entre tous les citoyens , il en est de même

ûiàmmn BixocAATiQra. it

des droits politiques. Tons ceux donc qui paient des taxes ont droit d'intervenir dans leur assiette et d|ans leur emploi. L'outil du pauvre lui est aussi précieux qu'au riche son château , et il a le même intérêt à le conserver. Toute crainte de lois agraires est donc éminemment ridicule. Aucune société ne peut exister sans le respect de la propriété, car c'est surtout sa défense qui fait le but de toute société ; et si parfois on a vu quelques énergumènes ameuter les prolétaires ( pour me servir d'un mot à la mode , mais qui'n'a pat grand sens ) par de faux raisonnemens, ils ont été abandonnés par leurs disciples , des que ceux-ci ont eu gagné quelque argent, et qu'ils ont eu un intérêt à sa conservation. Pour arrêter un complot contre la propriété , il ne faut que distribuer quelques sacs d'écus entre les conspirateurs ; ils deviennent alors propriétaires eux-mêmes et chan* gent de parti.Les saint^simoniens eux-mêmes n'auraient pas tenu contre cette épreuve.Tout citoyen, quelle que soit sa fortune , a donc un droit égal à se mêler du gouvernement et k remplir les charges publiques , s'il a du reste les qualités requises. Il est| par exemple, indispensable que toutes les fonctions financières soient exercées par des hommes qui donnent un cautionnement et soient Bolvables ; autrement, l'état serait exposé à de trop grandes pertes. Pour les fonctions purement po-

|d CBAPITAB U.

litiques , la carrière doit être ouverte également à tous les citoyens, quelle que soit leur fortune.

Je ne puis pourtant pas considérer conune citoyens ceux qui , n'ayant rien , ne gagnant rien p n'ont aucun intérêt à la chose publique. Un ou^ Trier, un porte-faix même, a un état. Son métier, quelque facile, quelque abject qu'il soit, est un petit capital. 11 a un intérêt dans la chose publique; mais ceux qui vivent dans Toisiveté et lé vagabondage, tirant tout leur revenu de la ra-^ pineoudela mendicité, n'ont que des intérêts hostiles à ceux de la société, et par conséquent ne peuvent en être considérés comme membre^.

Ils peuvent être habitans d'un pays i ils ne sauraient en être citoyens. On peut même, par des lois pénales, les obliger ou à entrer dans l'associa^ tien en prenant un métier, ou à déguei^h'. Si la population était tellement nombreuse qu'il n'y eût pas d'ouvrage pour eux , œ serait rendre ua service à eux et à la société que de les transporter dans des colonies, où, en leur donnant les moyens d'une existence honnête , on les transfor^ merait en citoyens.

Du droit qu'a tout citoyen d'exercer également' une influence légale sur le gouvernement i il serait absurde de conclure que la part d'influence morale de chacun pût ou dût jamais être semblable. L'hommç ignorant^ obscur i^ p^u^

SLBMBIVT DIMOCBATIQIIS. Il

vre ne peut espérer de jouir des mêmes avantages sociaux cpie l'homme éclairé^ précédé d'une réputation acquise par des services publics et un vrai mérite. Pourvu i|ue chacun puisse également prétendre à l'instruction, à la gloire et à la fortune; personqprn'a sujet de se plaindre. Les chemins sont ouverts, que chacun en profite et tâche d'édipser ses rivaux. C'est justement à favoriser l'essor des capacités intellectuelles , et à letir as- 'fiur^r le plus possible leur influence naturelle '«ur la société q^e les bonnes lois doivent tendre. . C'est là ce que l'on a appelé mal à propoii Varisto^ ^cratie des Udens; elle doit être favorisée. Heureux ■le peuple qui est gouverné par elle! Danis quelques républiques anciennes, les places publiques étaient tirées au sort , afin d'en assurer la jouissance au sot, aussi bien qu^à l'homme capable* ^C'était renverser les principes du senâ commun : ^ar les places et les emplois ne doivent pas être <K)nsidérés conune des postes agréables à remplir, ni même comme des récompenses nationales. ' Ce «ont des charges emportantresponsabilité , impo* sant des devoirs , dont la rétribution, proportion- •née aux services , n'est qu We compensation de ce que gagnerait celui qui en est pourvu, s'il employait son temps et ses talens a ses propres af- £m*es , au lieu de les consacrer à la chose publiq^« Les emplois^ en un mot; n'ont pas éti tirées

Si csAmu n.

dans rintér£t des employés, mais dans cdui des gouTernés.

De toutes les conséquences du principe démocratique, celle qui est la plus fei-tile en résultats et lui imprime un caractère tout particulier, c'est la publicité. Il est juste, en effet, que les affaires qui intéressent la totalité des citoyens soient connues de chacun d*eux dans tous leurs détails. Il est nécessaire que chacun puisse donner de la publicité à son opinion , afin de pouvoir jouir de sa part d'influence sociale. Je ne parle pas seulement de la liberté de la presse. L'écriture n'est que le signe de la parole, conmie c^e-ci n'est que l'expression des idées. C'est celles-ci qui doivent jouir de la plus grande publicité, de quelque moyen qu'on se serve pour les communiquer. Ainsi donc, journaux, brochures, discours , théâtres , asseniblées publiques ou privées, caàcus et conventions, tout cela est nécessairement de l'essence du gouvernement de soimême.

Je l'ai déjà dit , l'immense majorité de toute nation est inerte , et vaque à ses affaires individuelles. C'est elle qui décide par son vote de toutes les questions. De petites minorités actives , représentant les différentes opinions et les diffisrens intérêts, s'agitent autour d'elle, chacune plaidant sa cause , et tâchant de persuadw à la

majorké d'adopter son opinion. Chalhine de ces minorités 7 chacun de ces partis aura son journal. Plus les journaux seront n^ultipliés , plus les nuances entre eux sei%it variées; plus une ques* tion sei*a présentée k la majorité sons un nombre de jouis difTérélis , plus le jugeipent de celle-ci sera éclairé , et phis elle sera bien servie. Il est donc indispensable que les journaux jouissent du plus de liberté possible. Il n'y a atfcun danger k c^ : car un journal qui contiendrait habitittdlement ime opinion diamétralement opposée Scelle de la majorité ne serait pas lu et serait très innocent. Il exciterait , dites-vous ', à la haine et au mépris du gouvernement. Vraiment ! Â)(ez donc voir si cela est possible aHK États-Unis ! Qu'un joijtamal s'amusât k y prêcher des doctrines monarchiques et k représenter la démocratie sous les plus odieuses couleurs, on s'en vengerait de la nfanière la plus cruelle, en ne le lisant pas. Oii le gouvernement mérite la haine et le mépris, il ne suffit pas d'exciter k ces sentimens , il faut s'occuper de le changer : car, dès qu'une forme de gouvernement cesse de convenir k la majorilé , elle doit cesser d'exister.

Il est donc parfaitement loisible k toute personne, k qui le gouvernement ou sa forme déplaît, de tâcher de tout son pouvoir de le renverser. Tant igÊe ceux qui pensait ainsi ne formeront

f* PU*??»»» »?•

qu'une mv^nlé » il3 i^ ppiirroi)}; iréif ssii* ; n\^^ s- ÎI3 aiTriyept eo0Q if ramener la majorité k l^ur ppinion ^ ils fiurpiit triomphé. Ici| ^ous le Êdspns pl)§erver, 1^ obé^ssanpe j^ssive çst due à la loi^ t^f^t g|if 'elle existe | et cette dbéissaupe s'accorni^e parjhijtemjsiit ^yec tous les ej|^f^ îi]is|^m^}<^ fi^ns le but de I4 frire çbiiuger. Le devoir du ci- ^y^ e$t cprrélafîf de so^ Srpit ; il y 9 une gr^lid^ ^é^ufie^tx^ yqpifpir cqny^npre la wajoritf.i ^ jfS^m h fiq^tffi^^ve ; Vm ert un drpit légfi ,

^9i|tiei f éifQÎpn ;^r|iiée^ tput ^éplpiemeat , tpujbç (^;^hji|>itfQn die pQJgpwd^ p voirie de cani^ | 49;j« lUI^r yuj^ bpdtflQ à la loji sont cniiiinels ^ ^(^yrat ^tre répfiiYié|^ par le magistrat ou. la fp^ce lur^éç f si besoin est , et sévèi*emefit pui^ii^ |^ les tribunaujL. ]^ais touf;e iixanifestation quelcon^ gue de l'opinion d'ji^ie njinorité , qpielque faiblf qu'elle f^inf. , est i^n droit sacré , pourvu néann|oin$ gu'f^e ne viole pi les d^its ni )es propriétés de fUfà que çq goijt » et ne cpn^mette aucun dé^prdrç. Cçrfj^epifefit je ne cf*ois pas qu'un certain upavpVS dp citoyens aient le djrpit de s'enjiparer de la voie publique , de crier^ d'insulter les passans > da su^ppndjre le& a#aîi;es du commerce , ou de (CK^mmettrp d^ dégf|s sur les propjâétés de ceujt: gui ne sont pas de leur 0|>inion , bien moina eniif»r# d'attep^r à jliei<i9 personnes j inai^îp oroii

^e le prçnijier venu a le droit de convocper à jouf fixe pt dans xin endroit déterminé , une asçeniblée Qif qui voudi^a se rendra, quand Lien fnême son objet avoué serait d'aviser aux moyens^ de renverser Iq gouvernement , pourvu que Toq. ne s'o^i}pa qup.de moyens légaux d'y parvenir. ^ Tfie peut donc ptre loisible , pu de se réunir ei^ {u^mes f ou de méditei'l assassinat des magistrats ^ pu d6 ponper|;er des mesures 4^ violence quelcongl^es. Mais gn peut faire des «dresses à la i^tation^ des pétitions aux autorités constituées , s'engagejç h soujtenir tel candidat ou à le combattre , adop-f ^er des sigups de ralliement et de reconnaissance ^particuliers ^ établir des comités de correspond- 4ançe , souscrire des fonds > etc. Tout cela se fait lh>us les joi^rs en Angleterre; seulement, dans ce pays baroque , où les plus grands contrastes se trouvent réunis^ quoique l'on puisse en assemblées publiques s'occuper du changement des jiois , ou même de la constitution , ce serait haute ^ahison que de parler d'un changement dans la personne du prenûer magistrat, absurde reste de la doctrine du moyen âge , qui met un indifvidu ou une famille au-dessus de la loi, et sacrifie à spn intérêt celui de millions d'hommes En Améi^que^ la liberté des assemblées est en^tière. iOn peut se concerter publiqueppaent pour cmpêAey la jpéélectiQn du p^^éiHifl^t^ ou pour le

te CBAPITAB II.

faire mettre en accusation derant le sénat. Des assemblées dans différentes villes se réunissent pour s'opposer k une mesure , à une loi , ou à un candidat y ou pour les soutenir. Ces différentes assemblées correspondent entre elles , et souvent nomment des députés qui se réunisseiit en conventions ^ et proposent des mesures générales pour faire prévaloir leur parti. Ainsi ^ il y a eu afree-trade corwention (convention du commerce libre) qui s'opposait à la loi sur les douanes; ctn american System corwention (convention du système américain) ; a ntanufacturing-interest con-^ mention (convention des intérêts manufacturiers)^ qui soutenaient le tarif et la protection de Finduslrie. Il y a même an antimasonic conifention (convention anti-maçoniquc) , qui a pour but de combattre la maçonnerie et d'exclure tous les membres des charges publiques. Toutes ces as- ^mblées passent des résolutions , font des adresses au peuple y recommatident tel candidat ou telle mesure à ses suffrages; mais naturellement l'obéissance à ces résolutions est parfaitement volontaire.

Les membres des législatures, ou seulement ceux d'entre eux qui entretiennent une opinion semblable, se réunissent souvent en assemblées exti'à-légales qu'on appelle caucus , pour s'occuper d'objets qui ne sont pas dans leurs attri*-

igLiMElVT AEMOCBATIQVE. %7

butions, et préparer Topinion publique à une mesure ou à une candidature , ou concerter les moyens d'arriver à un but donné. Ces assemblées sont publicjues , et quoiqu'elles soient désapprouvées par beaucoup de monde , elles sont strictement dans le droit, car là les membres deslégis** latures n'agissent qu'individuellement et en qualité de citoyens.

Mais, dira-t-on, pendant que les minorités s's<|;itent ainsi , et conspirent ouvertement contre les lois et l'ordre établi , que fait la majorité ? Reste-t-elle passive ? Non , certainement. L'opinion de la majorité est représentée par le gouvernement. Sa volonté s'exprime, non par de vaines résolutions , mais par des lois. La majorité , une fois qu'elle est émancipée , n'a rien à ci'aindre, le pouvoir lui restera; mais elle peut changer d'opinion , et dans ce cas le gouvernement doit suivre sa marche : car il ne doit être que son expression. ^

Tout ce que j'ai dit pourtant ne s'applique qu'à un gouvernement organe vrai de la volonté publique et se conduisant lui-même légalement:

car il n'y a aucun doute que les citoyens, assemblés paisiblement pour discuter leurs intérêts (àï ! grand Dieu ! qui plus qu'eux a le droit de ^'en occuper) , n'aient le droit de résister par la

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force à la force qui voudrait lès séparer, et outré cela de rendre respohèàlïies lès ag^ns de l'àùto^ rite qtii se seraient rendus coupables d'uni tel attentat a leur liberté. Oii s^iit les bornée dé l'anat'chîe, si le gôuVerhëriiërit Itil-tiiênié est le preÉiier k violer là loi? t'est dÉBis ce fcaS sêùlë-tnent que l'itisuirèctiott dévient le plus saint dfeî devoirs.

Tout ce que j'ki dit ôùèsi ne s*apjilli^e pas aux gduvëmwriens oîi là majorité est ténue eit es^àvage pât une Àiihôiitë. L& l'association a manque son but. BHè ii-àëcôrdè les avantages de l'état sbcial qù'S ùnlei portrétt dés hàbitans, et riiét foù-^ tes les iSià^gés ixit l'kùtre ; or, tbiit Contrat est ntyi 'd[ui ti'accbi'de J^aè des a\4intages réciproques, lié droit ne sàùi*âit exister la Bîi î! n'y â pas de côniràt. C'est donc à lia force a décidièr entre dieà intérêts opposés. La minorité peut bien pendant; qiiel^ue téthps tyranniser la thajbrîté ; mais, dëi que cell^-ci sera éclairée sur seô intérêts et sa forbe , ^lié ôbtiéhiitâ bien Vite le pouvbb dont élïé â besoin pbiir asstirèr aux citoyeiis la pïiis glande masse db b0nhéùr possible. C'est feettè lutte qui fhît maintenant l'état dé l'Europe. LA inajonté trîompberà. Alorè plus <fe révolutions i plus âe luttes de force brutale , ^ôiir amender ïèà iidsfitutions. Tout se plaidera à l'amiablë dèviàht

àhimun DSMOcaATiQQs. m

la majorité^ qui décidera tranquillement toute question. Tout le monde s'y soumettra à l'instant, se réservant pourtant de reconunencer le plaidoyer aux prochaines élections , et d'en appeler de César mal informé à César bien informé.

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