X PREFACE
tes et valant la peine d'être consignées dans un livre.
Lecteur , je suis dans ce cas. Quoique n'ayant pas encore terminé mon long voyage, et n'en prévoyant plus le terme , il fut pourtant un temps ou je me croyais près du port , et oîi je m'étais préparé à répondre aux questions que mes amis m'eussent faites sur les nombreux pays que j'ai visités. Privé du bonheur de revoir mes foyers, je ne pus me résoudre à avoir fait des notes en pure perte , et je publai un volume d'Esquisses sur les États-Unis. En ce faisant, mon premier but était de faire profiter le public des connaissances locales que j'avais pu acquérir en voyageant ; mais j'avais, outre cela, en vue un but moral d'une bien plus haute importance. C'était de jeter en terre les semences d'un système phi^ losophique complet, et de voir comment elles prospéreraient. Il paraît pourtant que j'avais si bien réussi à les cacher sous un enveloppe étrangère, que très peu des personnes qui lurent mon ouvrage s'aperçurent de leur existence. Je fus en général très bien traité par la presse. lEUe me fit beaucoup d'éloges, que j'étais loin d'avoir m&*rités , sur tout ce qui était descriptif et 4ocal, et servait* pour ainsi dire, de coquille à l'amande que jé^ésirais voir germer; ipais, quant k cette amande elle-même, fruit de mes veilles et de
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OMBS élucubrations continuelles pendant quinse ans, personne n'eut Tair de s'apercevoir de son existence. Quel désapointement pour un auteur f
Ne voulant pourtant pas en rester là, et, d'un autre côté, n'étant pas préparé a publier mon système dans son entier, avant d^avoir de nouveau sondé Topinion publique, je me remis à Fouvrage, et composai un nouveau livre oii je le montre plus à découvert. Dans mon premier essai, j^avais voulu faire passer une médecine salutaire , mais amère à beaucoup de palais, à Taide d'un peu de sucre ; mais j'en mis trop. Cette fois^-ci, j'ai changé la dose, et, si je suis plus ennuyeux, au moins aurai-je quelque chance d'être utile. J'ai tâché de montrer mon système à nû dans tout ce qui se rattache à Tordre politique, et j'ai laissé de nombreuses pierres d'attente, où je pourrai quelque jour rattacher ce qui a rapport à Tordre moral, et à Tordre économique, et qui me permettront ainsi de compléter l'exposition de mon système dans son entier.
U faut, pourtant, lecteur, que je te fasse une confession biea honteuse. C'est que j'ai le malheur de ne penser conune personne. Je n'ai jamais pu m'assujettir au credo d'une secte, d'une école^ ou d'un parti. Je ne me suis jamais dit : cr Puisque je suis républicain, il faut que je sache comment monsieur un tel, de la chamlu^
XII Préface.
des député^y pense ou du moins parle^ et que je dise la m^me chose. » Je ne jure pas par les doctrines d'un homme, d'un journal, d'une assemblée ou d'un parti. J'examine tout, et rejette sans balancer ce qui me semble mauvais, quelque part que je le trouve : car l'erreur n'en est pas moins erreur pour se trouver en compagnie de beaucoup de vérités. Je me suis, en un mot, occupé de la recherche du vrai, du juste et de l'utile, sans m'inquiéter du nom cpii servait d'étiquette à ridée, et qui souvent fesait tout son mérite aux yeux des autres. En travaillant ainsi, l'on a raison il est vrai ; maïs on a raison, tout seul. Les doctrines collectives, fondées sur la parole du maître, sont au contraire souvent fausses; l'erreur, une fois qu'elle s'y est introduite^ s'y perpétue ; mais ces docti^nes font masse, et l'on arrive par elles à de grands résultats.
La vérité est si simple, si pure, si belle, si resplendissante; elle s'offre à mes yeux d'une manière si claire et si définie, que je ne puis résister à l'envie de la montrer, comme moi individu, usant de mes facidtés individuelles; je la vois et l'adore. Lecteur, si, après que je te l'aurai montrée ainsi, tu ne la trouves pas adorable aussi, c'est que nos yeux ne sont pas faits de même. Mais , comme je ne puis m'abonner à loucher pour te faire plaisir, quelque envie que j'aie de te coni-
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plaire^ si mon idole ne te charme points je ne Ten adorerai pas moins qu'auparavant^ à moins que tu ne me fasses découvrir en elle des défauts que j 'y cherche inutilement tout seul .
Je dois problahlement cette singularité dans ma manière de voir au genre de vie que j'ai mené. Depuis l'âge de quinze ans^ jen'ai jamais eu de maîtres d'aucune espèce , et j'ai été obligé de faire mon ^ucation tout seul. Depuis cet âge, j*ai vécu dans l'exil, souvent parmi des ennemis , plus souvent isolé à la campagne ou dans les bois, toujours éloigné des salons, ou je m'ennuie à périr « Je n'ai pas eu occasion de ^ ressentir les effets de l'esprit de coterie ou de secte, ou d*apprendre a plier ma raison aux formes d'une école. J'ai très peu lu. La vie errante, agitée et fugitive, oii j'ai été jeté, m^en a empêché ; mais jW beaucoup médité. Cela peut se faire partout. C^est une ressource toujours prête contre Fennemi. Errant dans les montagnes d'Autriche, traversant à cheval les bois de pins brûlans de la Floride ou de la Géorgie, ballotté par la tempête au milieu de TAtlantique, ou coudoyé par la foule des rues de Londres, où je me trouve aussi seul que dans le désert, j^ai toujours eu recours à fnes deux compagnes fidèles, Fimagination et la mémoire. Elles ont toujours créé autour de moi, à ma volonté, im monde intellectuel d^une admirable beauté et
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d^une régularité parfaite. Tout y prospère et y va de rayant, et tous les ressorts de sa machine me sont connus. C^est dans ce monde que je vis. Ce n'est que là que je me trouve à Taise. Si Tunîvers réel lui ressemblait, tout le monde serait heureux, ou du moins il ne dépendrait que de chacun de le devenir en s'harmonisant au grand tout. Mais cela est-il possible ? Les hommes ontils fait des progrès vers Tordre et la vertu depuis le commencement de leur existence ? €es progrès sont-ils autre chose qu'un rapprochement du monde réel à mon monde intellectuel ? Les réponses que je suis obligé de me faire à ces questions me démontrent, non-seulement la vérité de mion système , mais, de plus, qu'il est et a été senti, si non avoué, de tout temps, par une grande partie du genre humain, qui tend et qui gravite vers lui.
Ce système pourtant est une unité complète, et toutes les parties en sont liées comme cela doit Têtre de tout système qui est vrai. Les honunes ne Tont pas encore suivi dans son enti^ ; mais là oii ils en ont adopté une partie, ils en ont rejeté une autre. De façon que, quoique je me trouve toujours d'accord avec beaucoup de monde pour les détails, pour Ténsemble je reste seul. Exposer les liaisons que les différentes parties de ce système ont entre elles serait une œuvre majeure à
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laquelle je travaille depuis long-temps , mais cpii est encore loin d'être ébauchée. Une synthèse complète de Vordre moral et politique manque' entièrement, et n'est pas l'ouvrage de quelques jours, n faut, avant de pouvoir le présenter au public, faire beaucoup d'études de détails, et, pour' oeia, il iaut du temps et l'occasion, ce qui m'a presque toujours manqué dans ma vie.
Ne voulant pas cependant retarder la publication de quelques-unes des vérités pratiques que ce grand ouvrage devrait contenir, j'ai cru bien faire en présentant au public le peu de pages qui suivent. C'est une déduction de ceux des principes de mon système qui sont applicables à l'ordre politique. Une considération plus forte que toutes les autres m*a déterminé à ne pas différer cette publication. Elle est expliquée à la fin de V introduction. Je crois en effet qu'il est important d'ouvrii' les yeux à la nation française, gardienne de tpntes les libertés de l'Europe, sur les vrais principes de la liberté et de l'ordre public. Je sais qu'aux yeux de la partie plus jeune et plus fonceuse du parti républicain, en France, ces deux mots jurent d'une terrible manière ; mais est-ce ma faute à moi, si la haine de là tyrannie leur fait prendre l'anarchie et le viol des garanties sociales les plus importantes pouj* la république ? A mon avis, la forme républicaine est la