XVI PRÉFACE
meilleure^ parce que c'est celle qui assure le plus Tordre public. La marche du gouverûement, sous cette forme, est uue, stable, quels que soient les agens, parce qu'elle ne change pas à chaque règne, ou suivant les caprices du moment ; mais qu'elle n'est altérée qu'en même temps que les opinions et les intérêts de la majorité , c'est à dire d'une manière séculaire. C'est celle aussi qui offre le plus de garanties contre toute révolution, parce qu'elle présente des remèdes légaux con-> tre tous les abus, tandis que, sous d'auti*es formes de gouvernement, la loi n'en présentant aucun^ le peuple est obligé dPavoir recours à la force brutale pour se faire justice par lui-même.
Ce n'est pas ma faute non plus si le gouvernement actuel de la France appelle ordre public la mollesse qu'il a mise a réprimer les mouvemens carlistes du midi et de la Vendée, s'il donne ce nom aux poursuites contre la presse, aux charges faites dans les rues, aux émeutes 3ans cesse renaissantes, provoquées par les agens de police, et à l'état de siège proclamé après que le danger est passé ; s'il décore de ce nom enfin l'itat de quasi-terreur dans lequel il tient le pays. Je sai^ bien que Ton me dira qu^une terreur pour rire, comme celle du présent, vaut mieux qu'une terreur réelle comme celle de quatre-vingt-treize. Sans disputer sur leur mérite relatif^ il n'en est
pas moins vrai que Ton peut tuer aussi a coups d'épingle^ et que la mort est résultée d'un chatouillement prolongé. L'ordre publie ne consiste que dans Tobseryation scrupideuse de la loi, quelle qu'elle soit ^ tant qu'elle existe. Or^ le gouvernement a été constamment le premier/ soit à la violer ouvertement^ soit à l'éluder avec une escobarderie et une mauvaise foi insignes.
L'existence même du gouvernement actuel est en opposition directe avec les principes sur lesquels il fut établi. Le régime présent est encoi*e pire que celui de la restauration^ et le seul avantage qu'il ait sur lui est la certitude qu'il ne durera pas aussi long-temps. Ceux pourtant qui sont chargés de l'exécution des lois et sont les premiers a les violer^ de toutes les manières, ont bien mauvaise grâce à inscrire ordre public smr leurs bannières^ lorsque tout le désordre vient de leur fait. Les mots les plus simples^ les plus faciles à comprendre, reçoivent quelquefois de circonstances particulières une signification exceptionnelle. L'expression à! ordre public en est un exemple. Prise dans son acception littérale et grammaticale^ elle indique l'état de société politique le plus désirable^ de même qvLe juste-milieu exprime la plus parfaite des théories, celle qui, évitant des erreurs opposées et l'exagération fies difféi'eiites écoles^ suit un éclectisme niitoyen
entre elles et se rapproche davantage de la vérité. Mais ces expi:ession6 ont été perverties par le gou*yernenient, . qui a voulu couvrir sous leur apparence spécieuse ses faux systèmes. Cependant ici. gouvernement actuel passera^ son système de désordre et de peur imiverselle sera peu à peu complètement oublié^ et les expressions di ordre public et. de juste-milieu reprendront bientôt leur véritable signification. C'est de cette signification ^e tout écrivain qui n'écrit pas dans un journal ^ qui compte être lu Tsmnée prochaine doit faire usage : car^ sans cela il ne serait bientôt plus compris. J'en reviens donc à dire que ce n'est pas ma faute si l'usage que les partis ont fait des mots de république et à' ordre public ^ leur ont donné des significations exceptionnelles et temporairesopposées^et je soutiens^ au contraire, qu'en les prenant dans leur sens naturel. Tune ne saurait aller sans l'autre.
Le nom de république n'est pas populaire en FraniCe, et c'est tout simple. Ce nom a laissé de profonds souvenirs de gloire , mais peu de traces de bonheur. Le peuple n'a pas eu le temps de recueillir, sous le régime qui portait ce nom, tous ce qu'il avait semé. D'ailleurs, une république réelle n'a jamais existé en France. Un état révolutionnaire, une dictature forcée, a durée jusqu'en 1814. La Convention eUe*même avait proclamé
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que le gouvernement de la France était révolutionnaire jusqu'à la paix, et cet état s'est prch* longé même au travers de l'empire. La faute eu fut à rhydrc sans cesse reuaissfinte de la tyrannie, qui, soudoyée par Faiistocratie anglaise, rendit de nouvaux triomphes sians cesse nécessaires, et força Fempereur Napoléon k entrer dans une carrière de conquêtes, oii il finit par succomkei*. La république se présente donc, aux yeux d'une majorité des Français, sous l'aspect d'un état exceptionnel rempli de gloire, de sacrifices, de dangers et de priy;ations, et. auquel aucune des personnes qui l'ont vu ne voudrait revenir. Cette majorité a raison ; mais ce qu'elle appelle république et redoute n'est pas ce que je vais lui présenter sous ce nomi. Qu elle examine sa;ns pré-> ventionsy et qu'elle juge.
^'- Gst élpignement de la majorité pour .1h l'ép.u-r blique, c'es(. k dire pour une espèce de GToquenûtaine .de sapropre création, un revenant imaginaire de gS , est encore augmenté par l'exagération des doctrines d'une portion du parti rér publicain. Mais cette exagération, quelque tovt qu'elle fasse k la cause en général, est la consé-t quence de la conduite du gouvernement depuis la révolution de Juillet. Lorsque des doctrines opposées restent long-temps en présence, les esprits s'exaspbrei&t par la conjtradiction mutueUç^
et les plus bouîllans et généreux sont aptes a se laisser emporter à une exagération funeste. Le bon lèns, la froide et saine raison la eondamnent, mais Tesprit humain est ainsi fait. Qui i*endit la révolution de 89 nécessaire^ sinon les abus sans Dombre du gouvernement de l'époque ? Après qu'ils eurent été redressés par l'Assemblée constituante, qui empêcha la constitiitibft de 91 de se consolider et de durer^ si ce n'est la lïahison continuelle de la cour? La révolution dé Juillet
semblait devoir omiîr une nouvelle carrière k la- Fratice. La nation était unanime^. Une moharehie aux institutions républicaines devait sertir de transition facile pour arriver enfin k la république, seul terme oh puisse s'arrêter l'esprit progressif qui nous agite en ce moment. Quia détrutt lès chances de durée de cette nouvelle monaihihie^ qui l'a entraînée dans rbrnièrc de la reslaifràtroh ? Qui a obligé la nation de faire ditorèé'avecéllé? Certes, ce ne sont pas les républicains. En juillet i85o, ils étaient satisfaits des succès obtenus, ils étaient et seraient restés partisans dîi nouveau gou^eraement, si cela eût été possible. Mais la marche rétrograde que le gouvernement adopta des les premiers jours, mais sa mauvaise foi patente , mbis les persécutions dont eux-mêmes devinrent immédiatement l'objet, les forcèrent à fVloigner de leur propre ouvrage, et le\u» firent
appeler la république à grand cris. Chaque nou- Telle persécution n a fait que redoubler leur irritation, et n'a servi qu*à augmenter Fexagération de principes que les persécutions précédentes avaient lait naître. Si cet état de choses continue, la marche de l'exagération ne s'arrêtera qu'après avoir tourmenté jusqu'à la folie les esprits les plus généreux et lés plus impatiens du joug et de la contradiction. Cette exagération est donc le finit delà conduite du gouvernement, peut-être même sa conséquence prévue et calculée. . . •
Be quelque part ^[u'elle vienne pourtant, elle &it grand tort au parti de la république, et tend même souvent à le rendi*e ridicule. Est-ce que la république consiste à des modes d'habillement particuliers, & des tournures de phrases rejetées par l'usage ? Ce serait avoir une bien pauvre idée du parti qui dsm s cinquante ans gouvernera le mondé. Mais ce qui fait te plus de tort au parti républicain, c'est son alliance momentanée avec les saint - simoniens , ou du moins l'adoption de quelques-unes des doctrines économiques de ces derniers. La réforme politique est tout-à-fait indépendante de la réforme sociale, et doit nécessairement la précéder. Les saint-sîmoiiiens et autres sectes à doctrines coopératives ont donc nécessairement besoin de la république pour pouvoir cof^uiotilber l'expérience de leurs théories;
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mais les républicains n'ont pas besoin d'eux. , Bien au contraire : car rien n'est plus opposé à la doctrine, de la liberté républicaine^ qui est basée sur Félection^ la libre concurrence et Tindividualisme, que le principe despotique du classement saint-simonien. Si le systèm.e saintsimonien est un progrès ( ce que je suis loin d'admettre)^ c'est un progrès sur le principe républicain, et le monde doit d'abord^pa^ser par là^ avant de Tessayer. Après que 1^ république aura détruit de fond en combl^le çionopole et le priyîlége> et égalisé les droits et les devoirs de chacun, viendra le pape saint-Siimonien qui détruira la propriété , émancipera la femme, et fera d'autres petites gentillesses ; si pourtant le développe* ment que la république aura donné aux facultés intellectueles des citoyens, appelés sans cesse, sous un régime de concurrence, à dbcuter leurs intérêts politiques, n'empêchera p^ entièrement la prise en considération de^-çlpctrines du p§(te. Quelles que soient les opinions que plusieurs républicains eutretiennejit à présent sur la question économique, ils doivent sentir qu^e ce n'est pas le moment de les discuter, ou de les niettre en avant, et qu'au contraire en agissant ainsi , ils compliquent la question, et réunissent contre eux beaucoup d'intérêts individuels à celui du gouvernement • La question politique est unç
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question constituante. U faut d'abord constituer le gouvernement ayant de voir l'usage qu'il fen de ses pouvoirs, pour réformer l'ordre social et économique. Il &ut d'abord constituer le gou«vemement, mais sur les principes purement ré* publicains et équitables, de manière k ce que tous les intérêts y soient également représentés. n L'intérêt le plus général, dans ce moment, est celui de la propriété : car il embrasse toutes les dasses. Tout le monde, même le plus pauvre, est propriétaire. Nos lois actuelles sont certainement imparfaites en ce qu'elles accordent des privilèges à quelques espècç&de propriétés, qu'elles refusent à d'autres ; mais ces taches légères peuvent être facilement effacées, sans toucher aux sauvegardes de la propriété. Uest impossible d'égaliser les fortunes. Ce n'est pas non plus par une loi agraire que le pauvre peut s'enrichir. C'est au contraire en respectant scrupuleusement la propriété de celui qui a déjà fait fortune, afin qu^oii respecte sa propriété lorsqu'il en aura amassé une à son tour. C'est a le protéger dans sa car^ rière industrielle, c'est à lui assurer une concurrence libre et salutaire, que de bonnes lois doivent tendre. Il faut bien se garder d'ameuter le pauvre contre le riche : car cela ne mènerait à aucun résultat définitif général, quoique cela pût détruire le bonheur de millionç d'indii^us^ swa
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apporter aucun changement krordreéconomic[ue. Qu'importe^ sous ce rapport^ que le banquier s'appelle Rothschild^ et le mendiant Martin, ou que Martin soit banquier, et Rothschild mendiant? Si ce changement avait lieu, Martin prendrait, avec la fortune, les intérêts et les opinions de Rothschild ^^ ^^ice ç^ersâ. Faudrait-il recommencer alors un nouveau changement de rôles ? Et oii s'arrêter ? Sous un système pareil, rien ne saurait être stable et assis, et toute industrie serait détruite : car personne ne voudrait se donner la peine d'acquérir ce qu'il ïie pourrait conserver. La plupart de ces réflexions^ me sont suggérées par une feuille volante que j'ai sous les yeux, intitulée : Doctrines républicaines, et qui me semble contenir des doctrines extrêmement fausses et dangereuses, et de nature à faire beaucoup de tort au parti républicain en augmentant les préventions que les propriétaires ont déjà contre lui. Il m'est pénible de me séparer de personnes de qui, sur beaucoup de points, mes opinions me rapprochent entièrement. Mais, quel que soit mon regret, la vérité doit passer avant tout. J'ai entrepris l'exposition des principes de la république, d'une république, comme le lecteur verra, bien différente, et je me dois à moi-même de ne pas rester sous l'ânathème, le juste anathème ^'uqe majorité de la nation prononce contre la
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fantôme de terreur qu'elle décore du nom de république. L'ordre républicain^ comme je l'eatends, conune il est entendu pratiquement par treize millions d'individus» est tout différent de ce &utôme et de la théorie présentée par les Doctrines républicaines dont je viens de parler. U est fondé sur le droit de propriété et tous les intérêts sociaux. Il a pour premier but de les assurer contre toute espèce d'arbitraire. Le peuple souverain adopte^ dans la constitution» une règle de conduite future» et s y tient. Il peut» il est vrai, changer cette constitution tous les jours ; mais, même en le faisant» il doit respecter les droits acquis sous elle» et que lui-même a garantis. Jamais la loi ne peut avoir d'effet rétroactif» ou relever les parties a un contrat des obligations qu'il impose. Voilà la république comme je l'ai vue» comme je l'expose» comme elle' paraîtra au lecteur qui» sans s'arrêter à l'étiquette de ma doctrine» voudra bien l'examiner en détail. Ceci n'est pas une utopie. Jusqu'au 4 de juillet 1 776 » il n'y avait jamais eu sur la terre ua seul homme libre de fait comme de droit : car les citoyens des républiques anciennes et de celles du moyen- . âge étaient les esclaves des caprices arbitraires de la multitude» et leurs droits n'étaient pas protêtgés contre elle. Maintenant» il y a treize millions d'hommes libres qui jouissent d'un état de pros-
périté sans exemple dans l'histoire^ pas^ emnine on le dit, parce qu'ils sont disséminés sur nn immense territoire, ou parce qu'ils sont éloignés de l'Europe , mais parce qu'ils sont libres et bien gouvernés ; parce que jamais et nulle part la TÎe et la propriété n'ont été si sûres ; parceque les lois sont faites dans l'intérêt de tous, et non d^une classe privilégiée ; parce que l'égalité règne ; que la concurrence est ouverte ; que le riche n'a pas de monopole qui écrase le pauvre , et que celui-ci est sûr, par l'industrie, de pouvoir s'élever à la fortune. Il n'y a que le vice et la paresse qui restent pauvres en Amérique, et la concurrence et l'élection populaire y classeniles individus, chacun suivant son mérite, bien plus exactement que ne pourraient le faire tous les papes saint-simoniens présens et futurs. J'ai cru rendre im service au parti républicain en Europe, en faisant connaître ce système, le seul pratique. Je crois mon livre nouveau, et peut-être aurai -je eu la gloire le premier d'exposer en détail à l'Europe le système qui doit la gouverner dans cinquante ans.
En terminant cet entretien individuel avec toi, lecteur, je te prie de te souvenir que cet ouvrage ne contient qu'une partie d'un système vaste et complet. Tu t'apercevras toi-même des pierres d'attente que j'ai laissées; et^ pour peu qUe tu m'y
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encourag^s^ je ne serais pas éloigné^ l'année prochaine^ de reprendre en sous-^uvre la question économique^ et de te la présenter sous une foime analogue à celle de cet ouvrage^ et d'une manière cooi*donnée aux mêmes principes.
En attendant^ lecteur^ je te souhaite un gouyemement aussi bon que celui des États-Unis.
DES PRIjVCIPES
TEL QiriL A ÉTÉ PEUFECTIO^ilVÉ ES AJIÉEIQUE.