Exposition des uvres de Trouillebert
La Renommée est bien la plus sotte personne qui soit. Pendant trente ans, on travaille, on a du talent; on lui souffle un nom à l'oreille. Elle n'en a cure. Et puis, tout à coup, voilà que, à propos d'un incident plutôt grotesque, elle crie ce nom au monde entier.
A l'âge de cinquante-deux ans, Trouillebert, ancien élève de Corot et d'Hébert, ayant déjà fait des centaines de paysages et de femmes nues, était encore inconnu.
Il a fallu une mésaventure arrivée à Dumas fils pour que l'existence de l'artiste fut révélée à la foule.
Jusqu'en juin 1 883, date du scandale qu'il n'est pas besoin de rappeler, il avait grand'peine à gagner sa vie.
Ce qu'il faut dire et répéter, c'est que Trouillebert qui, pour être cause de l'incident, n'avait fait que continuer son métier de peintre, ne tenta rien pour profiter de Timbrogiio.
Il ne chercha pas la moindre réclame.
Le lendemain du jour où éclata l'événement, il partait pour la Hollande dans l'intention de faire des études de moulins.
Si, quinze jours plus tard, je ne l'avais pris au débotté, si je n'avais, à la demande de Francis Magnard, publié en première page du Figaro un article relatant en ses moindres détails toute l'histoire, celle-ci certainement aurait eu le sort de bien d'autres scandales éteints, étouffés, oubliés.
Je devins l'ami de Trouillebert au point qu'il me pria d'être son témoin quand il se maria.
Sa mort m'a fait une grande peine.
Trouillebert s'en est allé trop tôt.
11 a connu le succès; il a gagné beaucoup d'argent.
Il lui a manqué ce qui, — bien qu'il s'en défendit, — était le rêve de sa vie d'artiste et d'honnête homme : la consécration officielle.
Au Salon, on le plaçait si mal qu'il cessa d'y envoyer.