‹ Exposition des uvres de TrouillebertChapitre 2 sur 5 · II. n'a jamais eu la moindre récompense · texte numérisé non relu

II. n'a jamais eu la moindre récompense

La rosette étrangère qu'il portait, il la devait à l'amitié.

Que lui reprochait-on?

La seule ignorance de ceux qui trouvaient qu'il ressemblait à Corot.

Ses paysages avaient, il est vrai, un peu de la

poésie du maître, mais on voyait clairement que Trouillebert les avait fixés sur la toile avec sa facture personnelle, sans autre préoccupation que la Nature elle-même.

Est-ce que, pour peindre Venise, il s'est contenté de regarder Ziem ? Non, il est allé à Venise.

En 1 8 S 5 , il passa l'été à Cergy où jadis Daubigny prit tant de motifs. Trouillebert a fait alors vingt paysages d'après Cergy.

Depuis, il eut envie d'acquérir une propriété sur la Loire.

En la cherchant, il rit cent paysages d'après les lieux traversés.

Loin d'être un imitateur, Trouillebert était un instinctif.

Il n'a jamais peint que comme il savait peindre; il n'a jamais voulu, ou dans le nu, ou dans le paysage, qu'être Trouillebert.

Très modeste, il blâmait même ceux qui trouvaient qu'il ressemblait à Corot :

— Us ne s'y connaissent pas, disait-il. Ah ! quel artiste je serais, si je savais donner à mes ciels la légèreté, la transparence des ciels de Corot! Mais j'ai beau gratter, refaire. . . .

Il n'a jamais vendu un tableau, que signé.

Quel argent n'eût-il pas gagné, en reproduisant des motifs de Corot !

S'il eut de bonnes années, c'est uniquement à cause de sa facilité, de son ardeur du travail.

On se souvient des expositions qu'il fit presque annuellement et qui ne comptaient jamais moins de quarante tableaux.

Les toiles qui atteignaient les plus hauts prix étaient des études de nu. Ses paysages également étaient fort disputés.

La vérité est que Trouillebert était éminemment décoratif. Il savait choisir ses sujets, tous différents.

On peut avoir un salon très élégant, très varié, avec un Bord de VOise, une Vue de Venise, un Champ, un Château de la Loire, une Gardeuse d'oies, un Moulin, une Tsigane de Trouillebert.

Il s'est vendu; il se vendra. 11 y a plus: il plaira.

L'exposition, que M. Danthon fait de ses œuvres en ami, en admirateur, surtout, aidera, je l'espère, à hausser l'estime qu'on avait de son talent.

Cette tentative ne sera point la seule.

Tout un groupe veut que Trouillebert, mort, occupe dans l'art original la place qu'il briguait vivant. C'est seulement quand on lui aura rendu justice que ceux qui l'ont aimé, apprécié à sa juste valeur, auront le droit de se reposer. Ce jour-là, ils auront apaisé l'àme inquiète qui s'en est allée avec le ressentiment d'un rêve inassouvi.

Charles Chincholle.

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