‹ Exposition des uvres de TrouillebertChapitre 3 sur 5 · QUELQUES EXTRAITS DE JOURNAUX · texte numérisé non relu

QUELQUES EXTRAITS DE JOURNAUX

Le Figaro :

Un artiste qui a eu son heure de bruyante célébrité, et qui d'ailleurs avait mérité, sans cela, par son talent et par son œuvre une place des plus distinguées, Paul Trouillebert, vient de mourir, après une longue et douloureuse maladie, à l'âge de soixanteneuf ans.

On se rappelle l'incident du Corot qui fut reconnu un Trouillebert, et d'ailleurs déclaré par Meissonier et Détaille un remarquable tableau. Ce « faux Corot » lança Trouillebert et attira sur lui l'attention des amateurs.

Son œuvre, au reste, est des plus variés, et comprend non seulement des paysages, qui ne ressemblent en rien à ceux de Corot, mais des figures, du nu, des scènes rustiques, etc.

Une exposition de ses œuvres eut lieu il y a peu d'années au Figaro et fut très appréciée.

Gil Blas :

Trouillebert s'en va au moment où sa réputation, solidement établie, lui assurait une situation indiscutée parmi les meilleurs paysagistes de notre temps. Mais avant d'en arriver là, que de luttes, que d'efforts, que d'assauts soutenus! Tout d'abord, le peintre de ces vaporeux paysages, où on sent murmurer le vent dans les branches aux printannières

ramures, s'était destiné à la finance; mais il quitta bientôt la Bourse pour l'atelier de Lefebvre, dont il fut un des meilleurs élèves. Car, et on l'ignore généralement, Trouillebert était surtout un portraitiste remarquable, un peintre ayant la science difficile des lignes précises qui rendent l'aspect des physionomies et les émotions de l'âme. Il faisait du paysage par manière de distinction, i! s'amusait à reproduire la nature comme il la voyait et comme il la sentait, lui donnant une attitude particulière qu'on ne trouve pas ailleurs.

Mais ce que je tiens à souligner en terminant, c'est que Trouillebert avait une personnalité bien à lui, un genre qui procède de la libre facture de Corot si on veut, mais qui ne l'imite pas. Comme le disait hier un des meilleurs connaisseurs de Paris, c'est un des maîtres les plus originaux du paysage contemporain qui s'en va.

L'Echo de Paris :

Trouillebert était devenu tout à coup célèbre, il y a une vingtaine d'années, à la suite d'une aventure fort amusante, bien faite pour confondre l'orgueil des critiques d'art et des experts.

La Fronde :

Nous serions fort embarrassés si nous devions classer Trouillebert dans une école quelconque; il appartenait au groupe indépendant qui se contente d'avoir du talent — et beaucoup — en dépit des formules.

Ce paysagiste, au ton poétique, commença par être un portraitiste coté et classé; les comptes rendus des Salons de 1870 à 1880, mentionnant des succès dans

ce genre, qui auraient assuré la réputation de l'artiste, si le hasard ne l'avait poussé dans une autre voie.

Pour s'amuser, tout au moins pour sa satisfaction personnelle, Trouillebert afin de se reposer des portraits des bourgeois graves et cossus, peignait de petits paysages qu'il ne mettait pas dans le commerce mais qu'il offrait à ses amis; ces toiles minuscules valent aujourd'hui leur pesant d'or, c'est bien le cas de le dire.

A propos d'une exposition de ses œuvres, un critique écrivait: « Trouillebert a une personnalité bien à lui, une manière qui procède de la libre facture de Corot, à coup sur, mais ne l'imite pas. Un des secrets de Trouillebert est de reproduire la nature telle qu'elle est, avec une touche poétique qui dégage une impression d'une rare vérité ; en regardant ses toiles, on sent les arbres frissonner au grand air, et ses verdures sont pleines de la lumière vive des campagnes infinies. Celui-ci est un maître. MM. les boutiquiers, qui fabriquez du paysage sur commande d'après les procédés connus, vous pouvez le railler aujourd'hui, le discuter, le méconnaître, je suis bien tranquille, son œuvre restera. »

Ce jugement indépendant, d'une conscience artistique ferme, se trouve vérifié par le courant qui a surélevé dans les galeries la valeur des œuvres du maître qui vient de mourir.

La vogue vint et il n'y a pas aujourd'hui de bonne galerie sans un Trouillebert faisant pendant à un Th. Dubois et vis-à-vis à un Lepine ou un Harpignies.

Les principales toiles de Trouillebert, qui sont du reste en Amérique, sont Le Moulin de la Vilaine, les Faneuses, les Pâturages, l'Aube, la Rentrée au village. Grand Midi, etc.

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