Voy. Luc, cap. xi, depuis le verset 21 jusqu'au
l'enfant. 5î
Synagogue, éclairée par les prophètes, les envoie à Bethléem, et l'étoile leur indique la demeure de celui qu'ils cherchent. Cruelle déception! Ils croyaient entrer dans un palais : une humble maison leur ouvre ses portes, et les voilà devant l'enfant de deux pauvres gens. Mais, sur le visage innocent de cet enfant, la beauté victorieuse d'un Dieu rayonne et séduit leurs cœurs. Ils tombent à genoux devant lui, et par des présents symboliques: l'or, l'encens et la myrrhe, ils adorent sa divinité, sa royauté, son humanité sainte et les précoces douleurs qu'il endure pour le salut du genre humain.
Jésus-enfantprosterne donc auprès de son berceau les savants et les puissants; en même temps, il épouvante le cœur d'un roi jaloux, qui déjà médite sa mort. Il faut, pour le soustraire au massacre dans lequel on croit l'envelopper, que Joseph et Marie l'emportent en Egypte, où les dieux s'écroulent sur son passage et d'où il ne reviendra qu'après la oiort d'Hérode* .
1. Voy. Matth., cap. ii, depuis le verset i jusqu'au 23". Cf. Summ. theol.y totam quaest. 36 : de Manifestatione Christi nati.
A quelle époque les Mages vinrent-ils à Jérusalem et de
vit; DE JESUS.
Tels sont, Messieurs, les faits évangéliques qui segroupent autour de la naissance du Sauveur. Depuis bientôt dix-neuf cents ans^la piété chrétienne les médite; elle n'en a pas encore épuisé les profonds et salutaires enseignements. Marchez sur ses traces, je vous y invite; mais, moi, je ne puis la suivre présentement dans ses saintes recherches. Pour être fidèle à mon su-
Jérusalem à Bethléem? — 11 y a plusieurs opinions à ce sujet. L'une, suivie par presque toute l'antiquité chrétienne et adoptée par saint Thomas dans la Somme, est conforme à l'ordre liturgique, et place l'adoration des Mages treize jours après la naissance de Notre-Seigneur. — Les saints rois, s'ils venaient de loin, auraient étéavertis à l'avance par l'étoile miraculeuse, peut-être à l'époque même de l'incarnation.
Ce sentiment offre une difiicullé. La présentation de Notre-Seigneur au temple adûsefaire quarante jours après sanaissance; or, saint Matthieu dit qu'aussitôt après le départ des Mages, Joseph, averti par l'ange des projets homicides du roi Hérode, prit l'enfant et sa mère et s'enfuit en Egypte. Comment la présentation a-t-elle pu se faire? Voici l'explication que donne Bossuet: c Hérode attendait les nouvelles certaines de l'enfant par les Mages, qu'il jroyait avoir bien finement engagés à lui découvrir sa demeure, il était naturel qu'il les attendît durant quelques jours, et, pour ne point manquer son coup, sa politique, quoique si précautionnée, se laissa un peu amuser. Durant ce peu de jours, il fut aisé à Joseph et à Marie de le porter au temple sans le découvrir. Les merveilles qui s'y passèrent pouvaient réveiller la jalousie d'Hérode; mais
jet, je dois appeler votre attention sur la royale grandeur de Tenfant qui commence son règne et prend souverainement possession de ses sujets. Dès les premiers jours de son existence terrestre, il nous donne un abrégé de l'histoire glorieuse que les siècles vont écrire après lui, en trois mots: LeChristest vainqueur, le Christ commande, le Christ règne: Christus vincit^
aussi furent-elles promptement suivies de la retraite en Egypte. Les politiques du monde seront éternellement le jouet de leurs propres précautions, que Dieu tourne comme il lui plaît; et il fait que tout ce qu'il veut s'accomplisse, sans que les hommes puissent l'empêcher, puisqu'il fait servir leurs finesses à ses desseins. t> (Elé' valions, xix, 1.)
Une autre opinion place l'adoration des Mages après la présentation, probablement le 6 janvier de ran 749 de Rome, un peu plus d'un an après la naissance de Jésus- Christ. Prenant à la lettre de texte de saint Matthieu, elle fait partir la sainte famille pourTÉgyptela nuit même qui suivit le départ des Mages. Le Père Papebrock, dans les Acta sanctoriim (apriK) et le Père Patrizzi, dans son ouvrage sur les Evangiles (iib. IIl, dissert. xx),ont réuni tous les éléments de cette question chronologique. Le long séjour que la sainte famille dut faire à Bethléem, d'après ce sentiment, peut s'expliquer facilement, dit l'abbé 'Darras {Hist. de l' Église j t"^^ part. 1" époque, ch. m, § 3 note), si l'on tient compte de toutes les données qui nous sont fournies par le texte sacré : 1° L'Évangile nous apprend que la sainte Vierge habitait Nazareth avant «on mariage, mais il ne nous dit pas le moins du monde
Chnslus régnât^ Chrislus imperat. En efïet, clans Taclion précoce de Jésus-enfant, connme dans Taction perpétuelle du Christ sur l'humanité, nous constatons les mômes moyens et les mêmes effets.
Les mômes moyens, c'est-à-dire les miracles et la grâce : les miracles pour ébranler l'âme humaine, la grâce pour briser les orgueilleuses
que sdiiii Josepn y tùi lixe. 2° Loin d'aUribuer ceiie résidence, môme inleiUionnelle, à saint Joseph avant l'époque où il reçut la mission d'être le gardien de Marie et le père nourricier de Jésus, l'Évangile suppose précisément tout le contraire. — En effet, lorsque, avertie par l'ange, la sainte famille quittera l'Egypte pour revenir en Palestine, ce n'est point en Galilée, où était située Nazareth, que Joseph se propose de retourner, mais dans la tribu de Juda Cin Judœa), où était située Bethléem. La crainte d'Archélaùs, fds d'Hérode, qui régnait en Judée, et un avertissement divin le déterminent seuls à revenir à Nazareth; et l'historien sacré note cet incident comme une circonstance providentiellement ménagée, en dehors de toutes les probabilités humaines : Ut adimpleretur quod dictum est per prophetas : quoniam Nazarœus vocabitur. (Matlh., cap. II, :23.)
Dans un sentiment comme dans l'autre, aucune difiiculté n'est insoluble.
Les Mages vinrent à Bethléem conduits par une étoile. Quelle était cette étoile ? Saint Thomas, avec toute l'ancienne tradition, la considère, non comme un astre faisant partie des constellations célestes, mais comme un phénomène de nouvelle création {stella de novo creata) apparaissant et
l'en'iant. 55
résistances de la raison devant les insondables mystères de la foi, et lui en faire admirer, malgré le scandale des apparences, les sublimes beautés.
Les miracles et la grâce ont soumis au Christ enfant les pauvres, les justes, les sages et les puissants; et, là où ils n'ont pas produit leur effet normal, ils ont semé l'épouvante et la haine. N'est-ce pas ce que nous voyons plus tard, lors-
se mouvant,au gré de la volonté deDieu,dans les hautes régions de l'atmosphère. {Summ. theoL III. P., quaest. 36, a. 7.) Celte opinion a l'avantage de s'accorder sans effort avec le texte sacré, qui suppose un mouvement de l'étoile des Mages d'Orient en Occident, des apparitions et des disparitions obéissant à une volonté libre plutôt qu'à des lois naturelles.
Les savants modernes pensent que les Mages ont regardé comme le signe divin de l'avènement annoncé par leurs traditions la triple conjonction de Jupiter et de Saturne, dont nous avons parlé plus haut. Ils se dirigèrent vers l'Occident, où leur apparaissait ce phénomène sidéral.
Ce phénomène eut, d'après les calculs de Kepler et d'Id- 1er, plusieurs apparitions et disparitions. La première apparition fut le signal du départ; la dernière indiquale point d'arrivée. Mais, dans ce sentiment, il faut suivre l'ordre liturgique et fixer Farrivée des Mages au 6 janvier 748, car en 749 le phénomène avait disparu. — On peut fondre ces opinions en une seule, et dire que les Mages ont été avertis
56 VIE lit JÉSUS.
que le Sauveur, après avoir annoncé Tavènement du royaunne de Dieu, travaille k son élablissement? Les miracles et la grâce rennplissent les trois années de sa vie publique et groupent autour de lui les élénnents de son Église, pendant que l'âme orgueiUeusedes pharisiens et des princes du peuple s'efTraie de son pouvoir,et s'emplit d'une haine jalouse qui ne sera satisfaite que par son supplice. Mais le supplice et la mort du Christ, loin de nuire à son règne, deviennent le point de départ de son universelle extension. Si les anges ne descendent plus des cieux pour annoncer la bonne nouvelle, les apôtres sont là. Leur parole convaincue ébranle l'univers, et les prodiges qu'ils opèrent projettent autour d'eux une clarté plus vive que celle qui dissipa les ombres de la nuit de Noël. Ils se succèdent à travers les âges, toujours annonçant le royaume de Dieu et toujours confirmant leur parole par l'exercice du pouvoir souverain que le maître leur a confié. Quand ce pouvoir devientmoins nécessaire, on voit briller l'étoile.
par le phénomène sidéral du prochain accomplissement d'une prophétie qu'ils connaissaient, et qu'ils ontéléconduits par une étoile miraculeuse jusqu'à la demeure de l'Enfant-Dieu.
l'enfant. 57
— L'étoile, c'est la doclrine du Christ, si haute, si pure, si harmonieuse, si féconde, que les esprits droits et élevés qui cherchent sincèrement la vérité ne peuvent s'empêcher de lui rendre hommage. L'étoile, c'est l'Église, tellement fidèle aux promesses d'indestructible vitalité qui lui ont été faites, tellement ferme au milieu des tempêtes lorsque tout croule autour d'elle, qu'il est impossible de n'y pas reconnaître un signe divin. En réponse à ces merveilles, et pour confirmer leur action, la grâce, continuellement répandue, attire mystérieusement les cœurs, donne à la foi le courage de s'affirmer par des œuvres, et fond ensemble les éléments divers du vaste royaume dont tous les sujets obéissent au même maître: Jésus-Christ.
Vous le voyez, Messieurs, ce qui s'est fait dans le monde chrétien, depuis plus de dix-huit siècles, n'est que la reproduction plus ample de ce qui s'est fait à la crèche. Et remarquez que, sous l'action des mêmes moyens, les mêmes phénomènes se reproduisent dans le même ordre. Ce sont généralement les pauvres et les ignorants, ceux qu'on appelle des gens de rien, qui se soumettent les premiers au sceptre du
roi Jésus. Partout et en tout teiups ils sont les privilégiés de son choix, comme si Dieu devait celle compensation à leur état humilié, etcelle récompense à leur simplicité, moins rebelle (jue la fière raison des sages aux manifestations de la puissance divine et à Tétrangeté des mystères.Peu après viennent les âmes intelligentes et droites, moins attentives aux signes extérieurs qu'à l'instinct divin qui les tourmente et les entraîne vers les lumineuses régions où brille la vérité. Les savants et les puissants arrivent en dernier lieu, parce qu'ils partent du pays lointain de l'orgueil, des délices et de la jouissance, et que leur raison, lente à se satisfaire, retarde leur acquiescement au vrai. Il n'est pas jusqu'au trouble, aux inquiétudes féroces et aux fureurs d'Hérode que nous ne voyions se reproduire en présence du mouvement qui conduit les âmes à Jésus-Christ. Leî, rois et les princes de ce monde ont plus d'une fois ensanglanté le royaume du Sauveur, et des millions de chrétiens ont succédé, dans les supplices, auxchers enfants que l'Église appelle les Fleurs du martyre. Sous le coup des persécutions, le Christ résiste dans ses membres:
mais, quelquefois aussi, il s'en va dans l'exil attendre des jours meilleurs, qui lui permettront de revenir aux lieux bénis où il lui plaît de prodiguer ses prodiges et ses grâces.
Là où il s'exile, sa divine verlu le suit; nous en avons pour preuve, Messieurs, une page de l'histoire moderne. Nos prêtres, proscrits parla révolution, ne craignirent pas d'aller demander l'hospitalité au peuple anglais. Leur présence sur le sol britannique fut comme un ferment sacré qui étouffa la rancune protestante et réveilla la foi catholique. Depuis qu'ils ont passé par là, les lois draconiennes de l'hérésie s'endorment, l'une après l'autre, dans la poussière des parchemins, et le règne de la tolérance, sincèrement inauguré, favorise le grand mouvement de conversion qui ramène l'Angleterre à la foi de ses pères. Nos prêtres sont revenus et, avec eux, la foi de Jésus-Christ; qu'on les proscrive encore, ils sauront rendre fécond leurexil^ et ramener parmi nous le Christ triomphant, lorsque la mort aura moissonné la misérable race des Hérodes, si l'infamie ne précède la mort pour les étouffer.
De ces comparaisons historiques vous devez
conclure, Messieurs, que tout est harmonieux dans le règne du Christ, que sa naissance n'est point un fait obscur etvulgaire, mais la prise de possession d'un roi, qui donne à l'avenir des gages, par une réduction prophétique de l'immense action qu'il doit exercer un jour sur le monde entier.
Allons donc ensemble à la crèche adorer notre roi. C'est un enfant, mais les siècles, le ciel, la terre, les patriarches, les législateurs, les rois, les prophètes, les peuples illustres, les maîtres du monde, les oracles, les grands événements, la paix universelle, les constellations. encadrent son berceau, et les plus étonnantes merveilles se multiplient pour fêter sa naissance. — 11 ne parle pas encore, mais il est si beau et si fort de ses charmes qu'il peut ravir les cœurs et les soumettre à son joug adoré. — Il soutient le monde, et il se laisse bercer dans les bras de sa mère, qu'il remercie d'un regard caressant, pour nous enseigner à honorer et à aimer cette très pure Vierge comme elle mérite d'être aimée et honorée, et à nous abandonner à sa maternelle protection. — 11 est l'égal de Dieu, et il se montre petit pour nous apprendre à nous hu-
l'enfant. 61
milier, à ne pas trop faire les hommes en présence des mystères, mais à les accepter avec la simplicité et la candeur des enfants
QUARANTE-QUATRIÈME CONFÉRENCE
VIE DE JÉSUS. — l'ouvrier
QUARANTE -QUATRIÈME CONFÉRENCE
VIE DE JÉSUS, -» l'ouvrier
Messeigneurs *, Messieurs,
Jésus-enfant a jeté Talarme dans le cœur d'un roi, qui craint de voir croître le revendicateur attendu de son trône usurpé. Avant de donner congé aux illustres, visiteurs que la Synagogue, sur la foi des oracles, envoie dans la petite ville de Bethléem, Hérode leur promet hypocritement d'aller bientôt joindre ses hommages à leurs hommages, s'ils reviennent le renseigner sur ce qu'ils auront vu. Il méditait déjà le massacre des Innocents. Mais les anges, qui avaient annoncé la naissance de l'enfant- Dieu, veillaient sur son berceau. Les Mages,
i. Monseigneur Richard, coadjiiteur de Paris; Monseigneur Ravinet, ancien évêque de Troyes.
averlis des sinistres projets d'II/irodC; rotonrnèrentdaris leur pays sans passer par Jérusalem, et Joseph, réveillé par un messager céleste, prit Fenfant et sa mère, et s'enfuit avec eux en Egypte.
UEvani^ile ne nous dit rien des fatii^ues de ce voyage ni des douleurs de cet exil, mais pour qui sait ce que les pauvres ont à souffrir lorsqu'ils émigrent sur une terre étrangère, il est facile de le deviner.
(( Hérode étant mort, écrit iT.vangéliste saint Matthieu, voilà que Fange du Seigneur apparut à Joseph, qui dormait en Egypte. Il lui dit: Lève-loi, prends i'enfimt et sa mère, et va dans la terre d'Israël, car ceux qui recherchaient la vie de l'enfant sont morts. Joseph, se levant donc, prit l'enfant et sa mère, et vint en Israël. Et apprenant qu'Archélaùs régnait en Judée à la place d'Hérode son père, il craignit d'y aller; et, averti de nouveau dans son sommeil, il se retira en Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth *. lo
C'était là que, cinq ans auparavant, l'ange était venu demander à l'humanité son consen-