‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 15 sur 89 · Mallli., cap. Il, 19-29. Luc, cap. il · texte numérisé non relu

Mallli., cap. Il, 19-29. Luc, cap. il

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lement pour les noces du Verbe avec notre nature; là qu'avait retenti le fiat qui appela l'Esprit-Saint dans le sein d'une vierge ; là que Marie avait porté avec un profond respect et caché avec une pieuse discrétion le mystère divin; là que Joseph avait appris à vénérer la maternité virginale de son épouse et le fruit béni qu'elle attendait. Ils croyaient avoir dit adieu à cette ville consacrée par l'incarnation du Verbe; mais Dieu les y ramène pour préparer dans l'ombre une nouvelle manifestation de son fils. Les années vont s'écouler autour de la sainte famille, silencieuses et vulgaires, éclairées seulement d'un trait de lumière que les hommes oublieront bientôt, et cela durera jusqu'à ce que Jean s'écrie : Ecce agnus Bel! « Voici l'agneau de Dieu! })

Ne dois-je pas respecter le siïence des saintes Lettres, et passer discrètement près de la petite maison de Nazareth, sans jeter un regard dans son intérieur? Non, Messieurs; lesÉvangélistes se proposaient de faire connaître au monde la vie publique de leur maître, sa doctrine, ses miracles, son sacrifice, son triomphe et l'établissement de son œuvre éternelle; mais ils n'ont

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pas prétendu nous interdire de suivre, par la pensée, la vie obscure de Jésus adolescent, de contempler sa nnerveilleuse croissance, de demander à son religieux silence et à son humble travail des leçons pour notre propre vie. Allons donc à Nazareth comme nous sommes allés à Bethléem ; voyons ce qui s'y passe, et instruisons-nous près de celui dont les actions les plus simples et les plus ignorées doivent être fécondes pour ceux qui savent les méditer chrétiennement.

Non loin des bords de T Adriatique, snrle som met d'une colline d'où l'on aperçoit les flots azurés de la mer, s'élève une petite ville, presque un bourg, qu'on appelle Lorette. Les voyageurs que rien ne presse s'y arrêteraient peut-être pour jouir un instant de la fraîcheur delà brise et des beautés du site ; ceux qui se hâtent ne lui jetteraient qu'un coup d'œil en passant, s'il n'y avait là une divine attraction. Sous le dôme d'une vaste basilique, une toute petite chambre invite les pèlerins à l'adoration. Bramante Ta

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enchâssée dans un riche marbre de Carrare orné de bas-rehefs et de sculptures représentant Tenfance du Sauveur; mais le chrétien qui vient la visiter est moins pressé d'admirer les chefsd'œuvre de l'artiste que de pénétrer dans l'intérieur, où son œil ne rencontre pourtant que des murs nus et brunis par le temps, une porte basse, une étroite fenêtre et quelques reliques d'un pauvre ménage. C'est la chambre virginale de Nazareth, miraculeusement transportée sur les rivages chrétiens d'Italie. Dans ce lieu béni : le Verbe s'est incarné, la sainte famille, revenue d'Egypte, a iixé son séjour, Jésus-enfant croissait et se fortifiait. Je n'oublierai jamais l'immense émotion dont je fus saisi lorsque je baisai les pierres sacrées, où je croyais voir l'empreinte des petites mains de mon Sauveur, d où je croyais entendre sortir le bruit de sa fraîche et douce voix. — Jamais adoration plus profonde et plus passionnée n'est sortie de mon cœur.

Après avoir adoré, je me transportai en esprit d'Occident en Orient, de Lorette à Nazareth. Je replaçais sur ses fondements la sauta casa réservée à Marie; je descendais dans la chambre

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souterraine où reposaienl Joseph el l'enfant; je reconstruisais, sur les flancs de la maison, l'appentis mobile qui servait d'atelier au charpentier et k celui qu'on appelait son fils; j'encadrais cette modeste demeure d'un doux el grandiose paysage éclairé par un beau ciel, vers Fequel s'élèvent les cimes du Carmel, du Thabor, du Liban, el j'avais sous les yeux la terre sainte et le mystérieux sanctuaire où Jésus se cacha pendant plus de vingt-cinq ans.

Que faisait-il en cet obscur séjour, où ne pénétrait jamais l'œil indiscret du monde? Il croissait et se fortifiait, nous dit l'Evangéliste, comme croissent et se fortifient les enfants : Puer autem crescehat et confortabatur; et, pour se rendre utile dans la famille pauvre où il avait choisi de vivre, il employait ses petites forces au service de ses parents. On montre encore à Nazareth la fontaine où il allait puiser de l'eau pour sa mère, car « Notre Dame, dit saint Bonaventure, n'avait point d'autre serviteur que lui ». Les anges invisibles l'accompagnaient toujours et adoraient les traces de ses pas, et lui, le roi des anges, semblable aux enfants pauvres, se laissait commander,

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par ses créatures, les plus humbles offices de la vie domestique.

Il avait toutes les grâces touchantes et aimables du jeune âge, et pourtant rien de puéril, ni dans les traits de son grave et doux visage, ni dans ses paroles, ni dans ses actions ; car, pendant que la nature, en son corps très pur, gravitait lentement vers sa plénitude, ce la sagesse divine remplissait sa sainte âme et la grâce y épuisait tous ses dons : )) Plenus sapientia et gratia Dei erat in illo *.

Cependant, par respect pour l'autorité de ceux à qui il était soumis, et pour ne pas prendre sur eux Tascendant d'un maître, il tempérait les manifestations extérieures de ses perfections cachées, comme le jeune arbre, qui ne déploie que petit à petit ses bourgeons, ses feuilles et ses fleurs avant de nouer ses fruits; comme le soleil, qui, après avoir légèrement blanchi l'horizon, le colore des rougeurs croissantes de l'aurore avant d'inonder l'espace de ses rayons victorieux et de montrer sa face resplendissante. De temps en temps, Joseph et Marie tressaillaient sous l'impression de quelque

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