‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 2 sur 89 · E. Henan, Vie de Jésus, ch. u · texte numérisé non relu

E. Henan, Vie de Jésus, ch. u

Votre foi, Messieurs, proteste contre cette narration tronquée et mensongère. Je ferai droit à ses protestations, en vous montrant les grandeurs de Jésus-enfant, dans le cadre providentiel où il vient au monde, dans les miracles de sa naissance, dans la prise de possession du royaume que Dieu lui a promis.

En quelques lignes l'Eglise a écrit un long poème pour annoncer la naissance du Sauveur. Dans Tombre et le silence de la nuit qui précède la fête de Noël, elle le donne à chanter à l'un de ses prêtres ou à l'un de ses lévites, et des profondeurs du sanctuaire retentissent ces simples et admirables paroles : « Depuis la création du monde, alors que Dieu, au commencement de toutes choses, tira du néant le ciel et la terre, l'an cinq mille cent quatrevingt-dix-neuf; depuis le déluge. Tan deux mille neuf cent cinquante-sept; depuis la naissance d'Abraham, l'an deux mille quinze;

depuis Moïse et la sortie du peuple d'Israël de la terre d*Égypte, l'an quinze cent dix ; depuis le sacre du roi David, l'an treize cent deux ; dans la soixante-cinquième des semaines d'années prédites par le prophète Daniel ; dans la cent quatre-vingt-quatorzième olympiade; dans la sept cent cinquante-deuxième année de la fondation de Rome et la quarante-deuxième du règne d'Octave-Auguste; tout l'univers étant en paix et le monde entrant dans son sixième âiie : Jésus-Christ, Dieu de toute éternité, fils du Père éternel, voulant consacrer le monde par son miséricordieux avènement, après avoir été conçu de l'Esprit-Saint, les neuf mois depuis sa conception étant accomplis, Jésus- Christ, Dieu fait homme, naît, à Bethléem de Juda, de la Vierge Marie*. »

La première fois que j'entendis cette sublime

1. Anno a creatione mundi, quando in principio Deus creavit cœlum et terram, quinquies millesimo centesimo v^onagesimo nono: A diluvio vero,anno bis millesimo nonagentesimo quinquagesimo septimo : A nalivitate Abràhae, auno bis millesimo quinlo decimo : A Moyse et egressu populi Israël de Egyplo, anno millesimo quingentesimo decimo : Ab unctione David in regem, anno millesimo trigesimo secundo : Hebdomada sexagesima quinta juxta Danielis propheliam : Olympiade centesima nonagesima quai'ta : Ab

proclamation, je sentis tout mon être frémir et, après m'être prosterné sur le pavé du temple pour adorer le divin enfant, je me relevai les yeux baignés de larmes. J'étais sous, l'impression d'un langage unique dans l'histoire. Vous l'avez lue, Messieurs, et, quelque soin qu'on prenne d'encadrer noblement le berceau des liéros et des grands hommes, vous n'avez jamais vu, n'est-ce pas, rien qui ressemble à cette calme et écrasante majesté? L'enfant qui vient au monde, fût-il le rejeton du sang le plus illustre, n'a rien à démêler avec le passé. Il apparaît sans être longtemps attendu dans le fiot mouvant des générations, et, s'il plaît aux flatteurs de célébrer sa naissance par de glorieux: horoscopes, Hs n'oseraient convoquer près de son berceau le ciel, la terre, les rois, les peuples, les grands événements. — L'Église, vous

urbe Roma condila anno seplingentesimo quinquagesimo secundo : Anno imperii Octaviani Augusli quadragesimo secundo, tolo orbe in pace composite, sexta mundi aetate : lesusChrislus aeternus Deus, œternique Patris Filius, mundum volens advenlu suo piissimo consecrare; de Spiritu sanclo conceplus, novemque post conceptionem decursis mensibus.in BeUheem Judœ nascilurex Maria virgine, faclus homo. (Martyrolog : Rom. octavo. kalcndas. jaauarii 25 dec.)

venez de rentcndrc, n'a point de ces timidités. — Pourquoi donc? Parce queTendint dont elle chante la naissance est, selon la doctrine de rApôtreccrhériticr de toutes choses et l'ouvrier des siècles : )) Quem consiituit hœredem universarum per quem fecît et sœcula * ; le centre et le soutien de la création tout entière : In quo omnia constant; le terme suprême des mouvements que la Providence imprime, depuis l'origine des temps, h toutes les forces de rhumanité et à tous les événements de l'histoire : Omnia propter ipsiim.

Tous les âges du monde viennent se grouper autour de son berceau, car, dans tous les âges. Dieu le montre sous les traits d'un enfant qui prend vie dans les flancs de l'humanité pécheresse pour la sauver. — A nos premiers parents, épouvantés de leur chute et courbés sous le faix de la malédiction divine, il promet un rejeton vengeur qui triomphera des embûches de Satan ^; aux patriarches, un fils en qui

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