Politique, 2, i
â. Quœst. Tusc, v, 36.
des jeux* . Parlout la même antipathie chez les peuples où le paganisme a triomphé. L'ouvrier appartient à des classes rebutées, et. considéré comme une bête de somme, il n'est retiré de Vergastulum où pourrit sa misère que pour aller, sous la conduite d'un esclave un peu moins méprisé, à des fatigues qui oppriment sa pensée et ruinent son corps sacrifié.
Le Verbe de Dieu, descendant des cieux à la rencontre de l'humanité, entendit gémir de ses abaissements immérités la grande nation des travailleurs. Et, comme il venait prendre l'homme au plus bas pour l'élever à Dieu, il voulut prendre au plus bas la société pour réhabiliter ceux qu'elle méprisait. 11 s'est fait chair, diiV A^otve: Ver bum car o factum est. Chair, afin que la création tout entière, représentée par ses plus obscurs comme par ses plus glorieux éléments, participât, en sa personne, à l'honneur de l'union divine. Ainsi, voulant
1, (Idem populus) nunc se contînet
Atque duas tanlum res anxius oplat, Paiiem et circeuses... (Juvénal, sat. x.) Cf. la lettre pastorale pour le carême 1877 par le cardinal Joachim Pecci (aujourd'hui S. S. Léon XUI) : l'É'jli.^e et la civilisation, d'où ces citalious sont tirées.
l'ouvrier. 99
prouver, par un à fortiori sublime, queThumble travail des mains, tant flétri par Torgueil, estdigne de l'homme, il s*y soumet, il Tépouse, il le juge et le proclame digne d'un Dieu • il se fait ouvrier : et Verbum faber factiim est.
Atelier de Nazareth, tu grandis Touvrier, et tu réponds, plus éloquemment que les plus beaux discours, aux sophismes et aux utopies sociales qui prétendent niveler les conditions, aux criminelles provocations des agitateurs qui ne montrent à l'ouvrier que les côtés humiliants et lugubres de son état, pour allumer dans son âme le feu de l'envie et le lancer à Tassant de la richesse publique, dont ils sauront, en définitive, s'approprier les épaves, sans que le soldat des émeutes et des révolutions, qui souvent paie de sa liberté et de son sang, en recueille un denier. Aussi, pourquoi les écouter, travailleur? Pourquoi mettre tes suffrages et tes bras robustes au service des ambitieux égoïstes qui te séduisent et t'exploitent aujour d'hui, si demain nous devons encore entendre le cri de tes amères déceptions? Quitte-les et regarde à l'Orient. Jésus-ouvrier t'appelle et te tend la main. Prends-la, et sois fier de ce divin
BIBUOTHECA
lOU VIE DE JÉSUS.
compagnon. Avec lui, promène-toi le front haul à travers le monde ; tu ne rencontreras personne qu*il ait autant aimé, personne qu'il ait autant honoré que toi. Aux rois, aux grands, aux puissants, aux riches, aux hommes de faste et de loisirs, tu pourras dire hardiment : Mon Dieu n'a pas voulu vous ressembler, mais, avec moi et pour moi, il s'est fait ouvrier. A moi, trente ans de sa vie! Trente ans d'une vie divine consacrés à m'instruire, à me consoler, à signer mes lettres de noblesse. Aussi, malgré ses humiliations, ses épreuves et ses fatigues, j'aime mon état.
Et, défait, Messieurs, comment l'ouvrier n'aimerait-il pas son étal, s'il comprend tout l'honneur qu'il retire des abaissements divins, tout le secours qu'il peut en obtenir? Plus avantagé que les apôtres, dont Jésus n'a exercé le ministère que pendant trois ans, il reçoit sur sa vie laborieuse et humiliée le reflet direct de trente années de la vie du Sauveur. Quoi qu'il fasse, de quelque côté qu'il se retourne, il rencontre le souvenir et l'image adorée du divin travailleur Il aime ses enfants, objets de si tendres soins et de si poignantes sollicitudes, et, parce
l'ouvrier. 101
qu'il n'a pas de demeure k lui, souvent chassé par des époques fatales, il est obligé de transporter d'un lieu à un autre ces pauvres petits, dont le dernier est encore au berceau. Cruelle nécessité! Mais il se rappelle que son Dieu, fils d'ouvrier comme ses enfants, né dans une étable et couché dans une crèche, n'eut pas la permission de se reposer longtemps en ce misérable réduit, et qu'il fallut bientôt l'emporter en exil pour le soustraire à la persécution d'un roi jaloux. Il est condamné à îourmenter, pendant de longues heures, une matière grossière et rebelle, mais son Dieu en a fait autant. Il se fatigue, il souffre, il se meurtrit, il se blesse; mais son Dieu s'est fatigué, a souffert, s'est meurtri, s'est blessé comme lui. !I gagne péniblement son pain et celui de 3L famille; mais son Dieu l'a gagné comme lui. On lui dispute le prix de son travail; mais on Ta disputé à son Dieu. Il vit au jour le jour, abandonné à la providence ; mais telle fut la vie de son Dieu. En présence des lois divines et humaines qui pèsent sur sa vie laborieuse, des accidents et des circonstances qui limitent ou entravent l'exercice de ses forces, des pa-
Irons qui le commandent, des riches dont les exii^cnces le harcèlent, des professions dont le monde honore la supériorité, il se sent dans un état de continuelle dépendance; mais son Dieu, maître souverain de Tunivers, a voulu se soumettre à ses créatures : Erat subditiis illis. Toujours son Dieu! partout son Dieu! Ah! si la nature, parfois trop accablée, murmure el gronde, il peut lui dire : Tais-toi, je ne suis pas plus qu'un Dieu ! Allons chercher comme lui des consolations dans le sein de notre père des cieux, et appuyons-nous tranquillement sur son bras tout-puissant ; car, si Jésus a daigné annoblir l'ouvrier en se faisant ouvrier luimême, il saura bien, quand il le faudra, venir en aide aux glorieux compagnons de son travail.
Malheureusement , Messieurs , nous n'entendons guère aujourd'hui ce langage de l'ouvrier. L'esprit chrétien s'est évanoui dans la tourmente révolutionnaire qui emporta les religieuses corporations, où le souvenir de Nazareth planait sur les plus humbles métiers, où le travailleur, fortifié par l'esprit de corps, protégé par des lois qui réglaient son salaire et
l'ouvrier. 103
sa peine, respecté par la société, apprenait à se respecter lui-même et à se contenter de ressembler à un Dieu. Depuis lors , l'ouvrier, sans traditions et sans appui, est devenu la proie des cupidités impitoyables qui exploitent ses forces, de l'envie qui le ronge, et des ambitieux qui excitent ses colères et le poussent aux aventures meurtrières, en lui représentant sous les plus noires couleurs sa vie opprimée et en leurrant ses convoitises par des promesses menteuses. Il pouvait être jadis malheureux et digne, il est devenu misérable jusqu'à rappeler, en pleine civilisation chrétienne, l'abjection des siècles païens. — Vous vous êtes émus de ces infortunes. Messieurs, et vous avez pensé qu'il était temps d'appliquer les principes chrétiens à la solution de cette formidable question ouvrière qui s'impose à notre époque anxieuse et tourmentée. Je vous félicite de votre résolution et je prie Dieu de bénir vos efforts.
Ce n'est pas ici le lieu de vous tracer un programme, permettez -moi seulement de vous donner un conseil. Si vous avez dessein de parer à un dani^er social en vous occupant
104 VIE ijt: JÉSUS.
de transibrmer les idées, d'élever les sentiments et d'anfiéliorer la condition de Touvrier, c'est bien. Si vous cédez à cette généreuse conipassion qui incline les cœurs chrétitjns vers ceux qui souffrent, c'est nnieux. Mais vous n'atteindrez la perfection que lorsque vous niêlereZjà votre sollicitude pour le bien public et à vos miséricordes, le religieux respect que Jésus-ouvrier demande pour ceux dont il a annobli et sanctifié la vie pendant les années fécondes de son séjour à Nazareth. De tous les actes civilisateurs, celui-là est le plus efficace. Les meilledres intentions, les plus grands bienfaits peuvent être gâtés par une hautaine protection. Au contraire, l'ouvrier reviendra d'autant mieux et plus vite au sentiment de sa dignité, qu'il la verra plus sincèrement respectée par ceux qui la lui rappellent. C'est ainsi qu'en ces temps qu'on appelle barbares l'Eglise faisait l'éducation du travailleur. Volontairement descendus du faîte des grandeurs, de hauts et puissants seigneurs endossaient le froc monastique et se condamnaient au travail des mains, pour honorer la vie laborieuse et cachée du Dieu de Nazareth. L'un