VIE DE JESUS. — LE DOCTEUR
Éminentissime Seigneur, Monseigneur *, Messieurs,
L'an quinzième du règne de Tibère, sous le gouvernement dePonce-Pilate,en Judée, Jean, fils de Zacharie, saisi par Fesprit de Dieu, commença à prêcher au désert et à donner le baptême de pénitence à ceux qui venaient Tentendre. Sa vie austère et ses puissants discours attiraient autour de lui de grandes foules, auxquelles il annonçait celui qui devait bientôt venir, et dont il n'était pas digne de délier la chaussure ^. Précurseur du Messie, il récapitulait, en sa personne, les temps anciens et les temps modernes : semblable au dernier reste
1 Son Éminence le cardinal Gui bert, archevêque de Paris; Monseigneur Ravinet, ancien évêque de Troyes. 2. Luc, cap. III, 1-17. Matth., cap. m, 1, 12. Marc,
tap. 1, 2-3.
liO Mh bfc JÉSUS.
rriine nuit consolée par des légions d'astre^ froids et pâles, au doux miroir d'un aslre glorieux qui va paraître, h l'étoile du matin qu'on voit poindre à l'horizon pendant que le soleil se balance en des espaces invisibles comme pour prendre son élan vers le sommet des cieux. Avant de recevoir le témoignage de son maître, qui l'appellera bientôt le plus grand des enfants des hommes, Jean-Baptiste l'annonce et l'attend au désert; et Jésus-Christ, ayant atteint l'âge parfait, Tàge sacerdotal*, sort des
1. Si l'on fait dater le règne de Tibère de la mort d'Auguste (19 août 767 de Rome), sa xv" année court du 19 août 781 au 19 août 782. Jésus n'ayant que trente anenviron à celte époque, il faut placer sa naissance an 25 décembre 751. Mais, Hérode étant mort dès le mois d'avril 750,11 est nécessaire de modifier cette date.
Plusieurs chronologistes, le père Patrizzi entre autre-, disent que la xv» année de Tibère doit se compter à partir de l'association de Tibère à la puissance tribunitienne, l'an 765 de Rome. Dans ce système, la xv" année de Tibère commence en octobre 778. Si l'on place le baptême de Jésus-Christ au commencement de la mission de Jean- Baptiste, il n'aurait, en le supposant né le 25 décembre 747, qu'environ trente et un ans.
Mais d'autres chronologistes, parmi lesquels Sanclemente et Borghesi, croient que l'an xv de Tibère doit dater de la mort d'Auguste et se reporter à la date in 19 août 781 au 19 août 782. D'après ce sentiment, l'ex-
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ombres silencieuses de Nazareth et arrive au rendez-vous fixé par la Providence.
Malgré les résistances de Jean, il veut recevoir son baptême, non pas qu'il vienne se purifier du péché ni se manifester lui-même, mais il va sanctifier les eaux qui seront le principe de notre génération spirituelle, et prendre part à la solennelle manifestation des personnes divines au nom desquelles le genre humain sera désormais baptisé. En effet, au moment où il sort du Jourdain, les cieux s'entr'ouvrent, l'Esprit de Dieu, sous la forme d'une colombe, descend sur lui, et la voix du Père céleste fait entendre ces paroles : Tu es mon fils bien-aimé
pression « environ trente ans >, dont se sert saint Luc, doit s'entendre au sens le plus large. G*est de droit, pour les nombres décimaux; selon Keppler, les mots € environ trente ans > peuvent se dire d'un lioimne qui a plus de vingt-cinq ans et moins de trente-cinq. Observons donc que laint Luc se propose, non de fixer une époque rigoureuse, mais de constater que Jésus-Christ, en commençant sa prédication, avait passé l'âge sacerdotal, c'est-à-dire trente ans. En l'an xv de Tibère (781-782), Jésus aurait donc eu trente-quatre à trente-cinq ans, si on le suppose né le 25 décembre 747 ; trente-deux à trenle-trois ans, s'il est né seulement en Tan de Rome 749. (Cf. Wallon, Croyance ^' l'Évangile. Docteur Sepp, Vie de Jésus-Christ,)
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en qui f ai mis toutes mes complaisances *. Sans plus tarder, il pourrait dire à Jean : (i Tais-toi ; ); àceux qui l'entourent :(( Ecoutez-moi.)^ — Main non; Tère de notre restauration doit ôtre précédée d'un drame analogue à celui qui ouvrit l'ère de notre déchéance. Jésus, quittant les rives du Jourdain, s'enfonce dans le désert, où il prélude, par un jeûne de quarante jours, au combat qu'il veut soutenir contre l'ennemi du genre humain. Le témoignage de Jean le poursuit dans cette solitude. Dès qu'il apparaît au loin, le précurseur le montre à ses disciples et s'écrie : Voici V agneau de Dieu, voici celui qui va effacer le "péché du monde^. Enfin, le jeune se termine par une faim mystérieuse, symbole des appétits qui tourmentent notre nature déchue, et le drame commence. Satan, soupçonnant le mystère de la seconde création qu'ont annoncée les prophètes, s'approche du nouvel Adam, et reprend contre lui l'infernale stra-
1. Malth., cap. m, 13-17. Marc, cap. i, 9-H. Luc, cap. m, 21-22.
Cf. Summ. theol., III P., totam qusestionem 39 : de Buptizatione Christi.
% Joan., cap. i, iOy 35 et3d.
tégie dont nos premiers parents furent les tristes victimes. Il fait progressivement appel à la sensualité, à la vaine gloire et à l'extravagant orgueil, qui ne sait pas reculer devant le mépris de Dieu. Mais le Christ tenté ne daigne pas user de sa toute-puissance. Pour grandir l'homme dans ces combats et pour humilier son superbe adversaire, il se contente d'invoquer la loi dont toute âme juste doit être armée*. Satan confondu se retire, et les anges respectueux viennent servir leur roi 2.
Jésus a donné une magnifique leçon à ceux qu'il va sanctitler. Il leur apprend qu'aucune vertu n'est à l'abri des tentations et que, pour vaincre, il ne faut jamais perdre de vue la loi sainte qui règle nos actions \ Après cela, il passe en Galilée, où il fait entendre sa première prédication : Faites pénitence, voici venir le
1, Cf. Summ. theol., III P., quaest. 41, A. i. Utrum fiierit convenicns ordo et modus tentationis Christi?
2. Mallh., cap. iv, 1-11. Marc, cap. 1-13. Luc, cap. IV, 1 14.
'A. U. Sainm. theoî., UI P. quaest. 41, A. 1 : Utrum fuerit convenicns Christum tentari? A. 2 : Utrum Christus in descrto icniari (h-hucrit? A 3 : Utrum Christi tcn la tio ilebuerit cssepost jcjunium'?
I I 't VI K DE JÉSUS.
royaume de Bien ^ La vie publique est commencée.
Quel vaste champ est ouvert devant nous! Vous n'attendez pas, Messieurs, que j'en suive, l'un après l'autre, les glorieux sillons. Plusieurs années ne suffiraient pas à cette œuvre. Permettez-moi de vous renvoyer à l'Évangile, et de m'en tenir au résumé que faisaient les disciples d'Emmaûs de la vie publique du Sauveur, en ces deux mots : // fut puissant en parole et en œuvres ^ Puissant en parole, c'est le Christ docteur; puissant en œuvres, c'est le Christ thaumaturge. Je vous parlerai aujourd'hui du Christdocteur, et je m'appliquerai àjustifier, par l'examen de sa doctrine et de la manière dont il l'a enseignée, ce cri arraché par l'admiration aux envoyés des pharisiens : Nunquarn locutiis est homo sicut hic homo : « Personne n'a jamais parlé comme cet hommes »
1. Exinde cœpit Jésus praedicare, et dicere: Pœnitenliam agite ; appropinquavit enim regnum coelorum. (îlattli , cap. IV, 17.)