Joaii., cap. viii
rore. Ainsi, Messieurs, le suprême docteur a illuminé les siècles, avant de paraître pour enseigner lui-même son incomparable doctrine.
Un jour, on lisait en public un discours de Démosthène; les auditeurs, ne pouvant contenir leur admiration, l'exprimaient par de frénétiques applaudissements. Alors, celui qui lisait (c'était un rival du grand orateur) s'écrie : « Que serait-ce donc si vous l'eussiez entendu parler? y>
Messieurs, je puis dire la même chose du Christ docteur. Si son enseignement, considéré en lui-même, est marqué au coin d'une puissante et surhumaine originalité qui lui assure une divine supériorité sur tous les enseignements, la manière dont il a enseigné relève singulièrement la grandeur et l'autorité de sa doctrine. — On y remarque une triple puissance : la puissance d'affirmation, la puissance de rectitude, la puissance de communication.
Pour ôlre cru, il ne suffit pas de vouluir Tôtre. Aussi, malgré ses ambitions et ses audaces, Tespiit humain sent-il le besoin de s'ouvrir un chemin dans les âmes auxquelles il propose une doctrine. Il sonde les résistances, il en fait le siège, il discute. Il sollicite toutes les puissances de l'intelligence et du sens commun, il raisonne, il multiplie les preuves, il enchaîne les thèses, il s'applique à séduire par des théories et des systèmes habilement construits, il fait appel aux passions. Là où la force des arguments et des démonstrations ne peut ouvrir la brèche par où il espérait entrer, il déploie les charmes de la diction, il vocalise, il remplace les opérations du siège par une sérénade littéraire qui, peut-être, fera de l'âme ravie une maison amie où il pourra installer ses pensées.
Ainsi ont enseigné les sages et les philosophes de l'antiquité, qui parlaient en leur propre nom. Quant aux prophètes de l'ancienne loi, qui venaient au nom de Dieu, ils se sont effacés pour laisser à la parole d'en haut toute son autorité, et l'on a compris, à leur langage, qu'ils n'étaient que des instruments au service d'un
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maître souverain auquel l'esprit devait se soumettre.
Rien de pareil, Messieurs, dans Tattitude du Christ docteur. Pour l'ordinaire, son enseignement va droit à l'âme, sans recourir à la discussion ni aux moyens de persuasion qui font le succès de l'éloquence humaine. Il brave les résistances, il étonne la raison plutôt qu'il ne la satisfait, il meurtrit les passions, il se résume en des formules brèves, claires, pénétrantes, que l'affirmation enfonce vigoureusement dans les esprits les plus exigeants et les plus rebelles. Jésus affirme avec Tautorité d'un maître suprême, qui ne sent au-dessus de lui aucun contrôle et qui ne supporte pas de démenti. A chaque instant, on entend sortir de ses lèvres des locutions impérieuses qui n'appartiennent qu'à lui ; a: En vérité, en vérité, je vous le dis; — Moi, je vous dis*, moi qui vous parle; — Croyez à ma parole; — Faites ceci; — Évitez cela; — Je suis la lumière; — Je suis la vérité, je suis le chemin, je suis la vie. y> — Il est bien vrai qu'il déclare tenir sa doctrine de son
1. Celte parole est répétée jusqu'à soixante-treize fois dans les discours de Jésus -Christ.
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Père, et ne vouloir parier que comme son Père lui a dit de parler; mais au fond de cet aveu on découvre aisément, entre lui et son Père, une mystérieuse identité qui lui permet de dire : f( Ma doctrine, ma parole : d Mea doctrina^ verbum meum. Elle est bien à lui. On le comprend à la manière dont il l'impose. 11 est évident qu'en entrant dans les âmes il entre chez lui, comme s'il y avait depuis longtemps préparé une réponse à la souveraine autorité de ses affirmations. Pourquoi s'attarderait-il à des démonstrations inutiles et à ces vains ornements du discours dont les orateurs humains parent leurs élucubrations? L'âme qu'il veut instruire est son bien , et tout ce qu'il y a en elle de vérité et de puissance pour la vérité, il en est Fauteur. « Moi, qui vous parle, dit-il, je suis le principe : y> Ego principium qui et loquor vobis\ On ne peut expliquer que par cette parole profonde le ton magistral et imposant de son enseignement.
Jésus affirme. Les plus impénétrables mystères ne font pas reculer sa merveilleuse au-