‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 38 sur 89 · Matth., cap · texte numérisé non relu

Matth., cap

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toutes choses dans les flots mobiles de la création, les autres le reléguant dans une perfection égoïste où il ignore nos misères; les unes nous grandissant à l'égal de la divinité, les autres nous avilissant à l'égal de la matière; les unes imputant la responsabilité de nos crimes à un principe pervers, éternel comme le bien, les autres nous jetant, sans pitié, entre les mains brutales de la fatalité; les unes exagérant l'honneur de la vertu au profit de Torgueil, les autres confondant la vertu avec le plaisir; les unes nous promettant le paradis des sens, le ciel des brutes, des transmigrations insensées, les autres ne proposant à nos espérances que les embrassements du néant. Les deux plus hautes philosophies de l'antiquité, celles de Platon et d'Aristote,sont souillées de taches ir.délébiles. Sans parler de celles qui déshonorent leur métaphysique, c'est assez, pour la honte de ces deux grands génies, qu'ils aient sacrifié toute une classe de la société au mépris et à la tyrannie des hommes libres \

Dans la doctrine au'il a donnée lui-même à

l.Cf. mon Introduction nu dogme catholique, appeiv (lice 1 : des Principales erreurs de la raison.

VIE DE JtSUS.

son peuple, Dieu, tenant compte des progrès (I<; son plan éternel dans le temps, ainsique de la dureté des esprits et des cœurs, a laissé à dessein des lacunes, des imperfections qui, aujourd'hui,nous paraissent des taches.

Mais, dans la doctrine de Jésus-Christ, point de vides. Toutes les vérités se pressent, se soutiennent, s'enchaînent, se pénètrent, et nous conduisent, par une route inondée de lumière, de notre point de départ à nos destinées éternelles. A cette doctrine plénière vous pouvez poser toutes les questions; pour toutes elle a des réponses claires, profondes et sublimes. D'où venons-nous? D'un Dieu bon qu'on appelle le Père, d'un Dieu vigilant dont l'attentive Providence nous suit pas à pas sur le chemin de ia vie, d'un Dieu vivant en trois personnes, toutes trois employées à l'œuvre de notre salut. — Qui sommes-nous? Des âmes plus précieuses que l'univers entier, des corps destinés à une glorieuse transformation, des pécheurs qu'il faut racheter, et, tous ensemble, une société éternelle dont un Dieu est la tête, dont tous les membressontpénétrésdeDieu. — Quelle est la nature de nos relations avec Dieu?

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Le culte en esprit et en vérité, par l'incarnation d'un Dieu, avec ses magnifiques dépendances de rédemption et de grâces. — Quelle est la règle de notre vie ? Les préceptes qui font le juste, les conseils qui font le parfait. — Où allons-nous? A la résurrection de nos corps, par un Dieu ressuscité: à Téternelle malédiction et à l'éternelle souffrance, si nous n'avons pas été baignés dans les flots de la rédemption ou si nous en sommes sortis par le péché; si nous sommes justes, au royaume d'éternelle gloire, où nous serons une seule chose dans le Dieu qui est un avec son Fils et avec son Esprit.

Four arriver a ce terme suprême et y acquérir une gloire d'autant plus grande que notre vie terrestre sera plus parfaite, aucun secours ne nous manque. Toutes les vertus nous sont proposées sous une forme nouvelle, qui nous fait pressentir leur merveilleux épanouissement. La foi, protégée par une autorité infaillible, entend les appels de mystères plus élevés et plus profonds; l'espérance est invitée à s'appuyer plus fermement sur celui en qui se sont réalisées les promesses divines; la charité, plus hardie et plus active, à entreï plus avant dans

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TinliiniLé de Diou et à se donner plus lar^^enicnt à tous les honnmes; la prudence, à se déga£,^er des liens de la chair et à imiter la simplicité des enfants; la justice, à créer, dans la conscience chrétienne, des devoirs exceptionnels, ignorés de la nature; la force, à affronter plus vaillamment les douleurs de la vie, les mépris du monde et les persécutions des méchants; la tempérance, à pousser jusqu'à la mortification, la mortification ; jusqu'à l'amour des croix; l'humilité, à descendre jusqu'à l'héroïque abjection ; le désintéressement, à monter jusqu'à l'amour de la pauvreté; la chasteté, à chercher sa perfection dans une sorte de mutilation spirituelle, qui ne prive la chair d'une fécondité que Dieu a bénie que pour donner à l'esprit une angélique vigueur, au cœur une plus grande puissance de dévouement.

Avec les vertus que nous propose la doctrine du Christ, que de grâces elle nous assure! grâces de génération spirituelle, d'affermissement par l'Esprit-Saint, d'union intime avec Dieu par la manducation d une chair divine, de résurrection après la mort du péché, de lumière, de fécondité, de communication des

dons de Dieu à ceux qui doivent régir la société chrétienne, de fidélité à ceux qui s'unissent pour propager leur vie sanctifiée.

Et, dans la proposition des vertus, dans la répartition des grâces, aucune condition n'est oubliée. L'amour est appelé à les fondre ensemble, et chacune d'elles reçoit la mesure de ses devoirs : les princes du monde et leurs sujets, les maîtres et leurs serviteurs, les enseignants et les enseignés, les riches et les pauvres, les heureux et les souffrants. S'il y a des préférences, c'est toujours pour les petits et les déshérités.

Quelle plénitude, mon Dieu! et, dans cette plénitude, quelles profondeurs encore inexplorées! La science sacrée travaille, depuis dix-neuf siècles bientôt, à en découvrir les richesses. Aujourd'hui, comme au jour où l'apôtre saint Jean désespérait de raconter l'œuvre de son maître, elle sent bien qu'elle ne verra jamais le bout des filons mystérieux qui l'attirent sans cesse.

Avec cela. Messieurs, pas une erreur, pas une tache. Jésus peut dire de sa doctrine ce qu'il dit de sa personne • Quis ex vobis arguet me

de peccato *. Ce n'est qu'à ceux qui rentendent mal que l'impiété peut adresser des reproches; ceux qui l'ont acceptée dans sa pureté native et en ont fait la règle de leur vie se sont élevés à une perfection telle, que la plus irréprochable honnêteté est terne et vulgaire dans la lumière que projettent leurs vertus. La doctrine de Jésus-Christ a fait les saints.

Ah! je comprends qu'on ait pu dire : Nwiquam locutus est homo sicut hichomo : d Jamais homme n'a parlé comme cet homme, d En effet, ni les leçons des plus grands génies, ni les religieux enseignements des sages et des prophètes inspirés de Dieu ne s'élèvent à la hauteur delà doctrine évangélique. Elle est si neuve qu'il faut une langue nouvelle pour l'exprimer. S'il y a des rapports entre cette doctrine et celles qui l'ont précédée, ce sont les rapports du plein jour avec l'aube et l'aurore. Le soleil, arrivé au sommet de sa course, n'a point emprunté sa lumière aux clartés grandissantes du matin. C'est lui qui teignait l'horizon des pâles lueurs de l'aube et de la pourpre de l'au-

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