‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 57 sur 89 · Malth., cap. xii · texte numérisé non relu

Malth., cap. xii

ciples lui demandent de faire descendre le feu du ciel sur une ville coupable, il les reprend ^ Tous ses miracles sont des actes de bienfaisance, épargner aux hôtes qui le reçoivent une confusion, nourrir les affamés, encourager les travailleurs fatigués d'un labeur sans succès, sauver ses amis d*un péril imminent, délivrer les tristes esclaves du mauvais esprit, consoler les cœurs affligés, rendre la santé et la vie : voilà ses œuvres! Sa bonté va au-devant du malheur, et sa puissance passe partout en faisant le bien. Aussi le voyons-nous constamment entouré, dans ses pérégrinations, d'une foule avide et reconnaissante, où les solliciteurs confiants se mêlent aux débiteurs de son pouvoir surnaturel. Le désarmement volontaire de ce pouvoir, qui se consacre à Tamour et s'interdit tout dommage et toute sévère répression, a inspiré à un auteur protestant ces judicieuses réflexions : « Les auditeurs du Christ, loin de le regarder avec une crainte excessive qui les

1. Jacobus et Joannes dixerunt : Domine, vis dicimus ut ignis descendat de cœlo, et consumât illos (Samariianos) ? Et conversas increpavit illos, dicens : Nescitis cujus spiritus estis. Filius bominis non venit animas perdere, sed :salvare. (Luc, cap. ix, 54, 56.)

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aurait empêchés d'écouler sa doctrine avec intelligence, apprirent peu à peu, môme en reconnaiss.int son extraordinaire pouvoir, à le traiter avec une vivacité intempérante qu'ils auraient hésité à témoigner à un ennemi... à vrai dire, ils le croyaient désarmé, par sa propre volonté, de la force qu'il possédait, et ils avaient raison; il ne punissait leur malice que par des paroles de reproche, et ils prirent ainsi, ^eu à peu, le courage d'attaquer la vie de celui 4ont ils ne mettaient pas en question la miraculeuse puissance ^ y> Et pourtant, s'il eut ^oulu, quelle terreur il eût répandue autour de lui! Mais non, c'est par un sacrifice d'amour qu'il doit terminer sa vie; il a besoin, pour cela, d'enhardir ses ennemis, tout en permettant aux cœurs amis une confiance sans limite.

Mais, pour bien comprendre tout l'amour que Jésus met dans ses miracles, il faut, Messieurs, en suivre jusqu'au bout la profonde efficacité. Ce ne sont pas des bienfaits purement extérieurs ; ils ouvrent à travers les corps où

1. Ouvrage anonyme inlitulé : Ecce homo, traduit et cité par M. Guizoï : Méditations sur l'esêence delà religion chrétienne, appendice.

s'exerce la force thaumaturge un chemin à la grâce, qui saisit les âmes et les transforme. Encore une fois, le Fils de l'homme est venu pour sauver; mais nos maladies, nos langueurs, nos infirmités spirituelles sont l'objet propre et définitif de son action rédemptrice. Il a enseigné que l'homme ne gagnerait rien à la possession du monde entier s'il venait à perdre son âme; c'est donc à l'âme qu'il s'adresse, c'est l'âme qu'il appelle avec une touchante sollicitude, lorsqu'il dit : « Voulez-vous être guéri? y> C'est pour donner à l'âme la lumière de la foi qu'il ouvre les yeux du corps ; c'est pour briser les liens qui enchaînent Tâme au péché qu'il rend aux membres paralytiques leur vigueur et leur souplesse; c'est pour abattre dans l'âme l'enflure de l'orgueil et des vains désirs qu'il allège le corps hydropique; c'est pour purifier l'âme de la lèpre spirituelle qu'il guérit la chair lépreuse ; c'est pour inviter rame à louer le Dieu qu'elle oublie qu'il fait parler les bouches muettes. Il voit plus loin et plus profondément que le peuple ému qui admire ses prodiges, et, certain qu'ils ont porté coup, il est heureux de dire : « Aie confianr

lOi VIE DR JÉSUS.

mon (ils, tes péchés te sont remis *... Te voilk guéri, va en paix et ne pèche plus '. d Môme lorsqu'il agit sur de vulgaires substances ou qu'il se transfigure, c'est toujours aux âmes qu'il s'adresse ; ses miracles sont les symboles ou les précurseurs de quelque bienfait supérieur. Le changement d'eau en vin est l'image d'une transformation mystérieuse qui doit nous donner son sang comme breuvage ; la multiplication des pains au désert représente le pain descendu des cieux, sa chair vivifiante qui doit se multiplier à l'infini, sans cesser d'être une, pour nourrir, dans tous les lieux et dans toute la suite des âges, les générations chrétiennes fatiguées de leur pèlerinage à travers le désert de cette vie. Le prodige du Thabor nous révèle, avec une pieuse prévoyance, la fin bienheureuse qui servira d'éternelle compensation à notre îaborieux voyage sur une route difficile et abrupte, à nos combats contre les ennemis de la vertu, aux souffrances qu'il nous faudra par-

i. Confide fili, remittimtur libi peccata tua. (Mutth., cap. IX, 2.)

2. Ecce sanus factus es, jam noli peccare. (Joan, cap. \ , U.)

tager avec le Christ, si nous voulons être apl^elés au partage de sa gloire K Enfin, comme on Ta fort bien dit : « Si la doctrine du Christ est un miracle, ses miracles sont une doctrine \ y>

Doctrine et miracle, la critique affecte de séparer ces deux choses : Jésus les unit constam-

1. Dominus discipulos suos praenuntiata sua passîone induxerat eos ad suae passionis sequelam. Oportet autem ad hoc quod aliquis directe procédât in via, quod finem aliqualiter praecognoscat : sicut sagittator non recte jaciet sagiltam, nisi prius signum prospexerit, in quod jaciendum est. Unde et Thomas dixitJoan. xiv: Domine nescimus quo vadis : et quomodo possumus viam scire?Et hocprœcipue necessarium est, quando via est difficilis et aspera, et iter laboriosum, finis vero jucundus. Ghristus autem per suam passionem ad hoc pervenit, ut gloriam obtineret non solum animae, quam habuit a principio suae conceptionis, sed etiam corporis : secundum illud Luc. ult. Haec opporluit Christum pati, et ita intrare in gloriam suam. Ad quam etiam perducit eos, qui vestigia suae passionis sequuntur : secundum illud. Act. xiv : Per multas tribulationes oportet nos intrare in regnum cœlorum. Et ideo conveniens fuit, ut discipulis suis gloriam suae claritatis ostenderet . quod est ipsum transfigurari, cui suos configurabit, secundum illud. Philip, m, reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae. Unde Beda dicit super Matth. : Pia provisione factum est ut contemplatione seinper manentis gaudii ad brève tempus delibata, fortius adversa lolerarent. (Summ. theol., c.lll P., quaest 45, A 1. 6.)

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