‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 58 sur 89 · Hettinger, Apologie du christianisme, t II, ch.xv · texte numérisé non relu

Hettinger, Apologie du christianisme, t II, ch.xv

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ment. 11 veut qu'on croie à ses œuvres, si son enseignement n'a pas le don de convaincre; et le but suprême qu'il assigne à ses œuvres est de prouver, sans réplique, la vérité fondamentale de son enseignement, à savoir, qu'il est Fils de Dieu, Dieu comme son Père. a. Tout ce que fait le Père, dit-il, le Fils le fait aussi bien que lui... Si le Père ressuscite les morts et vivifie, le Fils aussi donne la vie à qui il veut. Il faut donc honorer le Fils comme on honore le Père^.. Du reste, le Père et moimême ne faisons qu'un. Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne croyez pas en moi. Mais si je les fais, et s'il vous répugne de croire à ma parole, croyez à mes œuvres, et sachez par là que le Père est en moi et que je suis dans le Père ^. y> Voilà qui est clair.

1. Quaecumqiie Pater Tecerll, ijaec elFilius simiiiter facit, sicut enim Pater suscitât mortuos, et vivificat: sic etFilJius, qiios vult, vivificat... Ut omnes honorificeut Filliuni, sicut honorificant Patrem. (Joan, cap. v, 20, 21, 23).

2. Ego et Pater unum sumus... Si non facio opéra Patris mei, nolite credere mihi. Si autem facio, et si mihi non vultis credere, operibus crédite, ut cognoscatis, et credatis quia Pater in me est, et ego in Pâtre. (lbid.,cap. X, 30, 37, 38.)

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Les plus illustres thaumaturges de Tancienne loi opéraient pour la gloire de Jéhovali, dont ils publiaient les révélations et les commandements. Jésus opère pour sa propre gloire et pour établir sur le monde le souverain empire de son intelligence et de sa volonté. C'est, dans l'histoire du merveilleux, la plus étrange et la plus audacieuse des nouveautés.

Arrêtons ici noire narration, Messieurs, et raisonnons quelques instants. Tout ce que vous venez d'entendre sur l'excellence des miracles du Christ, sur la manière dont il les opère, sur le but qu'il leur assigne, n'est pas de mon invention. J'ai copié fidèlement l'Évangile : vous pouvez vérifier vous-mêmes l'exactitude des faits que je viens de rappeler à votre mémoire. Vouloir que ces faits se soient introduits dans nos Livres saints parle travail lent et successif de générations anonymes, c'est une prétention insoutenable. L'unité y est manifeste et trahit le dessein arrêté de narrateurs qui se consacrent à la gloire d'un héros. Ces narrateurs ne sont-ils que des romanciers inventifs, qui ont greffé sur de vieilles légendes un récit d une tournure originale? On l'a dit, Messieurs; mais, moi, je pré-

'.»H VII. i)K arscs.

tends que cela est tout à fait impossible, et je proteste, de toutes les forces du bon sens, contre cette sacrilège affirmation. Le Christ thaumaturge, tel que l'ont peint les Évangélistes, est un type absolument introuvable dans l'histoire du merveilleux. Quand bien même les écrivainsacrés se seraient inspirés, pour inventer, des meilleurs souvenirs de cette histoire, ce n'est point le Christ tel qu'ils nous le montrent qu'on rencontrerait dans leurs écrits. Ils auraient exagéré peut-être des types connus, jamais ils n'auraient créé cet auguste inconnu : ce thaumaturge si profondément distinct de tous les opérateursde prodiges parl'habitude et Tampleur de ses œuvres surnaturelles, la spontanéité de sa toute-puissance, le désintéressement, l'amoureuse effusion des merveilles, l'inouïe et audacieuse affirmation qu'elles ont pour but de démontrer. Malgré le soin qu'il prend de dissimuler ses infirmités et ses passions, Thomme se trahit toujours par quelque endroit. Dans un merveilleux de pure invention, on verrait facilement s'accuser l'ostentation de pouvoir, lespro diges inutiles, le penchant au fantastique et au terrible, le désir d'étonner plutôt que d'ins-

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truire. Vous avez de cela raille exemples dans tous les livres sacrés de Tlnde et de la Perse, ainsi que dans les mythologies occidentales. Rien de pareil dans l'Évangile ; tandis que les sectateurs de Mahomet, qui ont écrit après de si beaux modèles, n'ont pas su éviter cet écueil K Il faut donc croire, Messieurs, que le Christ thaumaturge, si grandiose, si parfait, si entièrement neuf, n'a pu être décrit avec tant de simplicité et de précision que parce qu'il a été vu, et que nous ne l'eussions jamais connu s'il eût fallu l'inventer. Ce n'est pas ainsi qu'on invente, et la critique est mal venue de supposer des arrangements et des exagérations de vieux récits qui n'ont rien à faire ici. Incontestable-

I . On lit dans la vie de Mahomet que Halib, fils de Malec, chef influent parmi les Arabes, promit à Mahomet de croire en lui comme au prophète de Dieu s'il faisait des miracles, ou plutôt une série de miracles tous plus fantastiques les uns que les autres. Alors, la lune descendit d'un bond sur la Kaaba, en fit sept fois le tour et se prosterna devant Mahomet, après ce pieux pèlerinage; puis, elle se sépara en deux parties, dont l'une se dirigea vers l'orient, l'autre vers l'occident, et, dès que les deux moitiés furent réunies, la lune off'rit aimablement ses services au prophète. (J. Gagnier, Vie de Mohonet^ t. 1, ch. xix, cité par Heitinger.)

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ment, un artiste qui n^auraitvu que les paysages de Normandie ne pourrait jamais peindre un site oriental; il y mettrait des brumes, des pâturages et des pommiers ; de môme les Évangélisles, s'ils n'eussent eu sous les yeux que l'histoire antique du merveilleux, n'eussent jamais pu raconter le Christ thaumaturge. Ils l'ont raconté cependant, et toute âme élevée, droite et sincère, en le voyant apparaître sous leur plume fidèle, s'écrie irrésistiblement: ils Font vu. — Oui, ils ont vu, ce magistral pouvoir qui s'emparait de toute la création; ils ont vu cette puissance spontanée qui d'un mot, d'un geste, par des effluves invisibles, opérait les plus étonnants prodiges; ils ont vu cette noble discrétion qui se refusait à toute vaine ostentation de force; ils ont vu cet amour infini qui ne multipliait les merveilles que pour prodiguer les bienfaits et faire pénétrer, jusqu'au plus intime des âmes, la joie et la paix du salut ; ils ont vu un être à qui rien ne résistait s'abstenir de se protéger lui-même, afin d'accomplir l'adorable promesse qu'il avait faite de son sacrifice, lorsqu'il disait: « J'ai un violent désir d'être baptisé dans mon sang, car personne ne peut mieux

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aimer qu'en donnant sa vie pour ses amis; » ils ont vu le Docteur divin se couronner d'œuvres divines,et demander, au nom de ses œuvres, la foi des peuples; ils ont vu! et ni les raisonnements métaphysiques ni les commissions scientifiques n'ont besoin de diriger le bon sens dans l'enquête d une vérité qui s'offre d'elle-même et se justifie à la simple inspection, dès qu'on impose silence à ses passions pour lire les récits évangéliques.

Je ne sais. Messieurs, si j'ai pu vous faire partager l'impression que j'éprouve. Pour moi, la contemplation du Christ thaumaturge dans l'Évangile le met au-dessus de toute contestation. Cependant, s'il vous reste quelques doutes, le divin Docteur a préparé, pour les dissiper, un argument suprême. Il est court, mais c'est une charge à fond contre les dernières résistances de la raison.

Non seulement le Christ de l'Évangile est thaumaturge, il est voyant. Son regard profond,

après avoir pénétré les cœurs et deviné les pensées, franchit les bornes du présent et lit dans l'avenir des événements qui, de leur uature, échappent à toute humaine pénétration. Il prédit ses souffrances et sa mort, avec des circonstances que les habitudes juives ne permettaient pas de prévoir; il annonce à son apôtre Pierre son triple reniement, malgré les protestations de son zèle présomptueux; à ses disciples, la trahison de Judas, alors qu'il était investi d'un ministère de confiance et qu'il partageait avec les autres le pouvoir de guérir miraculeusement et de chasser les démons^ Toutes ces prophéties se sont accomplies de point en point; mais, comme on peut m'objecter qu'elles ont été inventées après coup, je les sacrifie volontiers , et j'oppose à la critique la plus exigeante ses propres aveux.

Dans la seconde moitié du ii' siècle, le canon des Évangiles était fixé. C'est ce dont conviennent les ennemis les plus acharnés de leur authenticité. Eh bien. Messieurs, que lisonsnous dans les Évangiles à cette époque? — Nous lisons que Jésus-Christ a prédit la destruction de Jérusalem et Ig ruine totale du temple. De

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celte merveille du monde, il ne doit pas rester pierre sur pierre *. Les enfants d'Israël emmenés captifs seront à jamais dispersés, et la ville sainte sera foulée aux pieds des gentils, jusqu'à ce que le temps des nations soit h son terme -. Tout cela s*est-il accompli? Allez le demander à Jérusalem, aujourd'hui déshonorée par la domination musulmane, à Jérusalem, vaste ruine dontTaspect mélancolique navre le cœur des pèlerins. Allez le demander aux restes mutilés d'une nation mise à l'index par tous les peuples, et doublement écrasée par le souvenir d'un crime inoubliable et parle fardeau de ses vaines espérances. Allez le demander à la colHne dévastée où s'élevait jadis le plus beau et le plus saint des temples, et où l'on ne découvre plus au-

i. Cum egrederetur de templo ait illi unus ex discipulis suis : Magister, aspice quales lapides, et quales structuras. Et respondens Jésus, ait illi : Vides has omnes magnas aedificationes? Non relinquetur lapis super lapidem,qui non destruatur. (Marc, cap. xiii, 1. 2.)

2. Cadent in ore gladii; et captivi ducenlur in omnes gentes; et Jérusalem calcabitur a gentibus : donec impleantur tempora nationum. (Luc, cap. xxi, 24.) Ce ne sont point des paroles en l'air que prononce Jésus-Christ, il fait remarquer à ses disciples que c'est une véritable prédiction : Ecce praedixi vobis. (Matth., xxiv, 25.)

204 VI K ut: JKsus.

jourd'hui que la terre nue et aride. Après iiois siècles (le désolation, Julien l'Apostat voulut faire mentir roracle de celui qu'il appelait dédaigneusement le Galiléen. Les enfants de Jacob tressaillirent à son appel, et leur chef Alypius avait déjà découvert les fondements du temple ruiné sur lesquels il espérait bâtir. Mais (ceci est de Tbistoire racontée par les païens eux-mêmes) un feu mystérieux éclata tout à coup au milieu des travailleurs, en brûla un grand nombre et consuma leurs outils; la terre tremblante bouleversa ce qui restait des fondations de l'ancienne maison de Jéhovah, et personne n'osa plus mettre la main à cette œuvre réprou-

vée *.

Nous lisons encore dans l'Évangile que Jésus- Christ a dit aux Juifs et à ses disciples : « Les peuples viendront d'orient et d'occident s'asseoir au banquet du royaume de Dieu -. — Mon

1. Ammien Marcellin. xxiii, i. Ce fait est raconté par tous les historiens chrétiens : Socrate, Sozomène, Théodoret, Riifin, etc..

2. Multi ab oriente et occidente venient, et recumbent cum Abraham, et Isaac, el Jacob, in regno coelorura. (Matth., cap. viii. 11.)

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Évangile sera prêché par toute la terre ^ Allez, enseignez les nations ^. Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi ^. y> Cela s'est-il accompli? — Vous le savez, Messieurs, à la fin du II* siècle de l'ère nouvelle, Tertullien s'écriait fièrement : « No us ne sommes que d'hier, et nous remplissons déjà vos villes, vos îles, vos châteaux, vos campagnes, vos camps, vos tribus, vos décuries, vos palais, votre sénat, votre forum; nous ne vous laissons que vos temples. Si nous nous séparions de vous, ce serait vous punir. Vous seriez épouvantés de la solitude qui se ferait autour de vous, du silence profond et de la stupeur de l'univers, comme frappé de mort par notre absence; vous chercheriez à qui commander *. y> Tertullien exagérait peut-

1. Praedicabitur hoc evangelium in universo mundo (Matllî., cap. XXIV. 14.)

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