‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 61 sur 89 · TIE DE JÉSUS. — LE MARTYR · texte numérisé non relu

TIE DE JÉSUS. — LE MARTYR

Eminentissime Seigneur, Messeigneurs S Messieurs,

Trois ans après que Jean-Baptiste a fait entendre au désert ce mystérieux avertissement : « Préparez la voie du Seigneur : Voici Tagneau de Dieu, d dans Taprès-midi du quatorzième jOur de nizan, la veille de la grande fête de Pâque ^, trois gibets, en-

1 . Son Eminence le cardinal Guiberl, archevêque de Paris ; Mgr. Langénieux, archevêque de Reims; Mgr. Ravinet, ancien évêque de Troyes.

2. Tous les Évangélistes s'accordent à dire que Jésus fut crucifié et mis au tombeau le vendredi ; mais ils paraissent différer sur le quantième du mois. Les trois premiers Évangélistes, rapportant au premier jour des azymes l'ordre de préparer la cène dans laquelle Jésus devait manger l'agneau pascal avec ses disciples, semblent indiquer le 15 nizan, c'est-à-dire le jour même de Pàque. Saint Jean, au contraire, place la dernière cène avant la fête de Pàque (ante diem festum Pasclioe). et toute la pas-

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lourés de soldats et de peuple, se dresseul sur une colline voisine de Jérusalem. Deux scélérats vulgaires accompagnent dans 1 1 mort honteuse de la croix un homme que toute la ville sainte a, quelques jours auparavant, honoré d'un pompeux et pacifique triomphe. Quel est cet homme? — Horreur! c'e.-l le docteur admirable dont on a dit : a Jamais

sion le jour de la préparation de la Pàque (erat autem parasceve Paschae). Il indique donc le 14 nizan. 11 fait même remarquer que le sabbat de celte année était un grand sabbat (erat autem magnus dies ille sabbati), à n'en pas douter, à cause de la coïncidence de ce jour avec la grande fête de Pàque. Ideler fait même remarquer que, d'après les usages juifs, observés encore aujourd'hui, la Pâque ne doit jamais tomber ni un lundi, ni un mercredi, ni un vendredi. Quand cette coïncidence se rencontre, on retarde d'un jour le premier du mois. D'oii il suit que le vendredi, jour de la mort de Notre-Seigneur ne peut pas être le 15 nizan. il faut donc s'en rapporter aux indications de saint Jean et concilier avec son récit celui des autres Évangélistes, en interprétant largement le premier jour des azymes, et croire que Jésus a anticipé la célébration de la Pâque. C'était son droit : maître du sabbat, il était aussi maître des fêtes et, du reste, n'allait-il pas substitue! la réalité à la figure?

Ce point établi, que Jésus est mort un vendredi, Il iJzan, il s'agit de déterminer l'année. Or, d'après les indications des tables astronomiques, l'an 33 de l'ère vulgaire (786 de Rome) est le seul des dix aas placés en deçà ou au

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personne n'a parlé comme lui; » c'est le thaumaturge bienfaisant qui délivrait les possédés, guérissait les malades et ressuscitait les morts ; c'est le doux prophète qui a pleuré sur les malheurs futurs de sa patrie. — Quel crime a-t-il donc fait? Aucun. Absous par la justice, il est crucifié par la lâcheté. — Mais, enfin, pourquoi est-il attaché, comme un brigand, sur ce bois d'infamie? — Pour donner à la vérité le suprême témoignage de son sang. C'est un martyr, c'est Jésus, le roi des martyrs.

Dès les premiers jours de sa prédication, les pharisiens, les prêtres et les princes du peuple, jaloux de sa divine éloquence et de son prodigieux pouvoir, résolurent de le perdre. Mais en vain ils l'entourèrent d'agents pro-

delà dans les limites de l'an 27 à Tan 38, qui nous donne un vendredi 14 nizan. De plus, il correspond parfaitement au milieu de la dernière des semaines d'années prophélisées par Daniel, et réalise l'accord de l'ancien et du nouveau testament.

C'est donc Tan 33 de l'ère nouvelle, le vendredi 14 nilar, que Jésus-Christ est mort. Il était âgé d'un peu plus de trente-six ou de trente-huit ans, selon qu'on le fait naître en 749 de Rome ou en 747.

Cf. Wallon, de la croyance à l'Évangile, part. 11, cb. IV

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vocalcurs, pour le surprendre dans ses discours : le voyant pénétrait leurs pensées et ne manquait jamais de les confondre; en vain ils essayèrent contre lui de la violence brutale : le thaumaturge se dissimulait à leurs regards, ou traversait, tranquille et insaisissable, les foules impuissantes qu'ils avaient ameutées. Ce ne fut que lorsque Jésus eut prononcé ces paroles : o: Mon heure est venue; je quitte le monde et je retourne à mon Père, d qu'ils purent exécuter leur exécrable projet.

L'Évangile nous les montre délibérant, dressant leurs pièges et soldant la trahison d'un apôtre. La fête de Pâque a dû amener encore une fois le Christ à Jérusalem ; ils le savent; et bientôt leurs soldats et leurs valets sont prêts pour l'aller saisir dans le jardin solitaire où il s'est retiré pour prier. Judas est avec eux et les conduit. Les tendres reproches de son maître ne peuvent rien sur ce cœur endurci; il livre par un baiser perfide celui dont il n'a reçu que des bienfaits. Le signal est donné ; la cohorte s'empare de Jésus, le garrotte comme un criminel,et l'entraîne au tribunal des pontifes.

Là, pendant une longue et infâme veillée, la haine multiplie les iniquités. Anne le rusé, Caïphe le violent, se succèdent pour convaincre le juste de crimes qu'il n'a pas commis. On écarte de lui les témoignages qu'il pourrait invoquer ; on suborne des faux témoins qui altèrent sa parole; on s'efforce de l'intimider parla menace, l'injure ou la violence : tout est inutile. Le tribunal anxieux et désespéré ne peut trouver aucun grief qui motive une sentence. Honteux jusqu'à la rage d'une telle impuissance, le grand-prêtre se lève, et, méprisant la loi qui interdit de forcer le prévenu à s'accuser lui-même, il s'écrie : « Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ fils de Dieu. » Jésus répond : « Tu l'as dit, je le suis! » Ego sum\ Jamais la justice, jamais la terre entière n'avaient entendu une semblable parole. Cependant, on l'attendait, car à peine est-elle prononcée que le grandprêtre déchire ses vêtements en disant : « Il a blasphémé, quel besoin avons-nous encore de témoins? Vous avez entendu son blasphème, que vous en semble?» Et tous, après lui : «Nous n'avons plus besoin de témoignage, sa bouche

il témoigné contrelui.D — «Que faut-il faire? > reprend Caïphe. Tous répondent : « Il est digne de mort » : Reus est mortis *.

Vous l'entendez, Messieurs, c'est pour affirmer s-a divinité que Jésus-Christ va mourir. La mort! — Singulier moyen de montrer qu*on est Dieu; et pourtant, il fallait que le Christ mourût. Si votre faiblesse se scandalise de cette nécessité, je pourrais tout de suite parer ce scandale en vous disant : — Attendez; la mort du Christ est le prélude d'un triomphe divin. Mais , non ; je veux sonder devant vous ce fait sinistre, afin de vous convaincre qu'il prouve avec une irrésistible éloquence la divinité du Sauveur, et par la manière dont il répond à sa préparation, et par la manière dont il s'accomplit, et par la constante et profonde impression qu'il produit sur le cœur humain.

Bien que la mort soit préparée par des révolutions intestines, par une lutte opiniâtre dont

t. MaUh., cap. xxvi, 65, 66. Marc, cap. xiv, 63,64. Luc, cap. XXII, ÇtQ, 71.

nous sommes à la fois le théâtre, les acteurs et les victimes, elle n'en conserve pas moins le caractère fatal d'une surprise. Nous savons, à n'en pas douter, que nous mourrons ; mais l'accident qui divisera notre nature, le jour, l'heure, l'instant qui nous verra passer de vie h trépas est pour nous enveloppé d'une ombre impénétrable. La clairvoyance du philosophe et la sagesse du chrétien sont bornées par ce conseil, à la fois prudent et banal : préparezvous :

La mort ne surprend pas lo sage, Il est toujours prêt à partir.

Une mort préparée de loin par des pressentiments est un phénomène étrange, que la science humaine s'efforce en vain d'expliquer; une mort préparée de loin par de claires prévisions est un prodige rare, dans lequel il faut reconnaître l'intervention du maitre de la vie.

Or, Messieurs, la mort de Jésus-Christ possède ce caractère merveilleux : elle a été préparée non par des conjectures vulgaires, tirées du milieu où il a vécu et des circonstances qu'il

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a traversées, maïs par des prévisions loi'ilaines, dont la clarté et la précision confondent la pénétration de l'esprit hnnnain.

L'innpiété contennporaineafrecle des attitudes méprisantes à l'endroit des oracles qui, disséminés dans diverses époques de l'antiquité judaïque, viennent se réunir comme une gerbe lumineuse sur la tête humiliée du Christ, et nous révéler sa divinité déguisée par ses abaissements; mais nous ne sommes pas dupes de cette tactique facile qui croit avoir vaincu l'histoire en proclamant la souveraineté du mépris. Les oracles sont des faits protégés par la plus vénérable des traditions, des faits dont la vive lumière perce triomphalement les nuages qu'entassent autour de nos récits évangéliques des inimitiés intéressées. Quoi que fasse l'impiété, elle ne pourra jamais détruire le merveilleux accord que Dieu s'est plu à créer entre les prophéties et les événements. Elle ne veut voir en Jésus-Christ qu'un homme dont la singulière illustration a fait époque; mais vous, Messieurs, vous verrez davantage, si vous vous appliquez à la contemplation de la plus étonnante et de la plus intéressante des mer-

veilles, entre toutes celles qui démontrent la divinité du Sauveur.

Jésus-Christ, ainsi que nous l'avons vu en étudiant la préparation de Tincarnation, n'a pas surpris le monde par une apparition soudaine: il était attendu. Chaque fois qu'il se révélait au cœur des vrais Israélites, d'ineffables tressaillements l'accueillaient comme le promis de Dieu et le désiré des nations. Quarante siècles d'oracles l'avaient précédé, et de chacun de ces siècles partaient comme des rayons lumineux qui éclairaient sa physionomie et le recommandaient au respect et à l'admiration de ceux que des espérances grossières n'avaient pas aveuglés. Toutefois, quand il fut livré aux mains de ses ennemis, condamné, méprisé, maltraité,conduitauGolgothaet attaché sur le gibet des esclaves, ce fut un effroyable scandale . Ses meilleurs amis ne surent pas vaincre leur étonnement et leur épouvante, ni comprendre que l'accomplissement des prophéties se poursuivait, en lui, avec une implacable rigueur. Leurs yeux ne furent ouverts que plus tard, et alors ils virent clair en ces jours ténébreux, et furent convaincus que le Christ

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(levait souffrir pour entrer dans sa gloire.

Oui, Messieurs, cela devait être : c*était dit ; c'était écrit. La passion du Sauveur, que nou.-? ne lisons jamais sans une religieuse émotion, n'est pas un simple calque des événements qui se sont accomplis, il y a dix-huit siècles, au jardin des Olives, dans le palais du grand-prêtre, au prétoire, dans les rues de Jérusalem et sur le Calvaire: c'est un poème lentement élaboré par l'Esprit de Dieu, et déjà achevé avant que celui qui devait en être le héros eût fait son apparition dans le monde. Les livres sacrés sont pleins d'oracles dispersés, ressemblant aux fragments épars d'une mosaïque sublime. Réunissez-les, mettez-les à leur place, vous avez un double anticipé du récit original que les Évangélistes ont écrit sur les derniers jours du Christ. Écoutez :

d Les rois de laterre se sontlevéset les prince? se sont ligués contrôle Seigneur et son Christ *. L'oint de Jéhovah, le souffle de votre bouche,

1. Astilerunt regcs terrae, et principes convenerunt in unum, adversus Dominum et ad versus Ghrislum ejus. (Psalni. II.)

ô mon Dieu, a élé pris dans leurs filets *.

(( Celui qui m'était uni, à qui je me confiais, qui mangeait à ma table s'est élevé contre moi ^ Si c'eût été mon ennemi, je l'eusse souffert sans me plaindre... Mais c'est toi, toi que je considérais comme un autre moi-même, toi mon ami intime. Je m'entretenais familière ment de mes secrets avec toi, et tu me tenais compagnie lorsque nous allions dans la maison du Seigneur ^.

ce Je t'ai aimé, j'ai aimé ceux qui me haïssaient, etils se sont déclarés mes ennemis, tandis que je priais pour eux. Ils m'ont rendu le mal pour le bien, et la haine pour l'amour dont je les entourais.! . Seigneur, donnez à l'impie tout pouvoir sur celui qui se met à leur tête, et que Satan se tienne à sa droite... Que sa prière se tourne

l,Spiriius oris nostri Ghristus Dominus captus est in peccatis nostris.(Jerem., Thren.y cap. iv, 20.)

Venatione ccperunt me quasi avem inimici mei gratis, (ibitl., cap, m, 52.)

2. Etenim homo pacis meaB, in quo speravi, magnificavit super me supplantationem.(Psalm. XL.)

3. Quoniam si inimicus meus maledixisset mihi sustinuissem utique. Tu vero homo unanimis, dux meus, et notus meus : qui simul mecum dulces capiebas cibos; in domo Dei ambulavimus cum consensu. (Psnlm. lïv).

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on p(^ché, fiue sa vie soit courte et qu*iin anfre reçoive son ministère *.

« Votre Christ, ô Seigneur, sera une pierre de scandale pour les deux maisons d'Israël, un piège et un sujet de ruine pour ceux qui habitent Jérusalem ^

ce G*est un homme de douleur, savant dans la peine... Dieu brise son cœur à cause de nos péchés ^.

« Framée, framée, réveille-toi, dit le Seigneur, viens contre celui qui m'est intimement lié. Épée, frappe le pasteur, et les brebis seront dispersées *.

1. Pro eo ut me diligerent detrahebant mihi : ego autem orabam. Et posuerunt adversum me mala pro bonis, et odium pro dileclione mea. Constitue super eum peccatorem ; et diabolus stet a dextris ejus... Oratio ejus fiât in peccatum. Fiant dies ejus pauci; etepiscopatum ejus accipiat aller. (Psal. cviil.)

2. Elit in lapidem offensionis et inpetram scandaliduabus domibus Israël; in laqueum et in ruinam habitantibus Jérusalem. (Isai, cap. viii, 14.)

3. Elvidimus eum... Virum dolorem et scientem infîrmitatem. . et ipse attritus est propter scelera nostra. (Ibid.cap. LUI, 3, 5.)

4. Framca suscilare super pastorem meum et super virum cohaerenlem mihi, dicit Dominus exercituum : per, cute, pastorem et dispergeiitur oves. (Zacbar., cap.xiii,".)

« De faux témoins se sont levés contre moi avec violence... Oui, Seigneur, on a demandé à votre Christ ce qu'il ne savait pas ^. Mais il n'a point ouvert la bouche, il a été mené à la mort comme une brebis, comme un agneau qui se tait sous la main du tondeur ^.

(k Les impies ont dit : éprouvons-le par l'outrage et les tourments^... Et nous l'avons vu comme un homme couvert de lèpre, méconniissable*! Il a tendu la joue à celui qui le frappait, il a été rassasié d'opprobres ^.

« 0 honte! Israël a vendu le juste pour de l'argent ^. On a pesé trente pièces pour me payer, et le Seigneur a dit : Allez porter au po-

i. Surgentes testes iniqui, quae ignorabam interrogabant me. (Psal. xxxiv, 11.)

2. Non aperuit os suuin : sicul ovis ad occisionem ducetur, et quasi agnus coram tondenle se obmutescet et non aperiel os suuni. (Isai, un, 7.)

3. Si enim est verus filius Dei... contumelia et tormentD interrogemuseurn.(Sap., cap. ii, 18, 19.)

4. El nos putavimus eum quasi leprosum;.. et vidimus eum et non erat aspectus. (Isai, un, 4, 2.)

5. Dabit percutienti semaxillam, saturabitur opprobriis. (Jerem., Thren.y cap. m, 30.)

6. Non convertam eum (Israël) eo quod vendiderit prO argenlo justum. (Amos, cap. u, 6.)

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lier celte belle somme, le prix qu'ils m'ont estimé \

«Ilestànous, mainlenarit,(Jisaient les impies, condamnons-le à la mort la plus inlàme ' et servons-nous du bois pour le faire mourir ^

« Et il a livré son âme, et il a été mis au nombre des scélérats *.

« Mon Dieu ! Ils ont percé mes pieds et mes mains, ils ont compté tous mes os. Ils ont partagé mes vêtements et jeté ma robe au sort^. Ils m'ont donné du fiel pour nourriture et, dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre ^. d

« C'est pour nos iniquités qu'il a été percé de tant de plaies. Tous ceux qui le voient l'in-

1: Appenderunt mercedem meam triginta argenteos: Et Dominus dicit ad me : Projice illud ad staliiarium , décorum pretium, quo appreciatus sum ab eis. (Zacli., cap. xi, 12, 13.)

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