‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 71 sur 89 · Joan., cap, xix, 26, 27. 4 Lu3., cap. xxiii · texte numérisé non relu

Joan., cap, xix, 26, 27. 4 Lu3., cap. xxiii

Chaque fois que le Christ martyr parle, il se révèle; mais son silence n'est pas moins lumineux que sa parole. Généralement Jésus se tait clans sa passion; cette circonstance a été relevée par les prophètes, comme le trait caractéristique de son attitude. Cependant, Messieurs, s'il est un fait remarquable dans la vie du Sauveur, c'est la souveraine efficacité de sa parole.

La parole a été dans sa bouche une arme victorieuse, dont il s'est maintes fois servi pour dompter l'opinion et confondre ses ennemis. D'où vient qu'il se tait. quand il est plus que jamais temps de parler? A-t-il donc perdu cette admirable présence d'esprit qui jamais ne lui fit défaut? Non, chaque fois qu'il ouvre la bouche, au palais, au prétoire, c'est pour en donner des preuves. Il est encore, on le comprend, maître absolu de cette force magique qui charme les esprits, entraîne les cœurs et les fait passer subitement du mépris à l'admiration, de la haine à l'amour. Un appel au peuple, dans ce langage simple, nerveux et sublime dont il possédait si bien le secret, eût mis en déroute les complots des pharisiens et changé lesmalé-

dictions de la loule en hosannas. Cependant il se tait; il se tait, et il est le maître de sa parole, et, par sa parole, il peut se faire une arme des passions populaires. Quel homme, Messieurs, quel homme, en pareille circonstance, eût résisté à la tentation de parler? Mais il est facile de voir que Jésus n'est pas un homme. S'il se tait quand sa parole pourrait le délivrer, c'est qu'il médite un grand dessein; et, parce que je n'en vois pas d'autre que la rédemption du monde par un sacrifice divin, je l'accepte, j'y adore la divinité de mon Sauveur et je m'écrie, avec le Prophète et l'Apôtre : « Il a été immolé parce qu'il l'a bien voulu • 5) Oblatiis est quia ipse voluit.

Toutefois, Messieurs, j'avoue que, près de ces grandes et sublimes manifestations, il y a des défaillances. Dans la grotte de Gethsémani, Jésus se trouble, a peur, tombe anéanti et semble demander grâce à son Père. Sur la croix, il pousse un cri de détresse et se plaint de son abandon. L'impiété, plus attentive à ces passagères faiblesses qu'aux prodiges, en profile pour amoindrir le noble et divin martyr, et le réduire à des proportions humaines. Elle se dé-

lecle dans cette œuvre hypocrite et malhonnête. Elle fait du Christ agonisant je ne sais quel beau garçon débordé par ses projets, abattu devant Tinsuccès, maudissant son âpre destinée, pleurant bêtement les beaux champs qu'il ne verra plus, les fontaines où il n'ira plus boire, les femmes qu'il aurait pu épouser. Vulgaire chapitre de roman qu'on pourrait intituler : illusions perdues ! Sur la croix, c'est le désespoir mêlé au regret de souffrir pour une race vile *. Et l'on appelle cela de la critique ! Mais, il me semble, Messieurs, que le premier devoir de la critique est de se conformer à cette inflexible règle des jugements historiques qui défend de jamais faire mentir un héros à lui-même, quand cela est possible. Or, Jésus- Christ se mentirait à lui-même, si cette prostration de forces dont on se sert pour accuser son attitude en face de la douleur n'était que le résultat de déceptions vulgaires. — Ne savonsnous pas qu'il a prédit sa mort avec calme, qu'il l'a désirée avec passion; et quand la mort, fidèle à ses prévisions, vient au-devant de ses désirs, il s'en étonnerait comme d'une surprise

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