‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 72 sur 89 · E. Henan, Vie de Jésus, ch. xxm et xxv · texte numérisé non relu

E. Henan, Vie de Jésus, ch. xxm et xxv

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et la repousserait comme un lâche! Qui poujrait le croire?

Et , cependant , les apparences sont là L'impiété les exploite à sa manière ; mais la foi chrétienne les explique, et, je ne crains pas de le dire, la noble et saine critique est de son côté. Oui, dit-elle, oui, Jésus est accablé; Jésus va mourir de tristesse et de peur, s'il n'est miraculeusement soutenu ; Jésus a le cœur brisé de son suprême délaissement; mais, plus la défaillance est profonde, plus je crois qu'il est Dieu. Le calice de ses maux, il ne le verrait pas, s'il n'était doué d'une pénétration divine; et, s'il ne voyait que lui, il serait moins triste et moins épouvanté. Mais il voit aussi le calice de nos iniquités. Quarante siècles de péchés l'ont précédé et le menacent. Quarante siècles le sui^ vront peut-être, et il y voit prophétiquement toutes les ingratitudes dont sera payé soa amour infini. Il lit, à travers les ruisseaux de larmes qui coulent de ses yeux, les pages sinistres où sera écrit son déshonneur. Blasphèmes, sacrilèges, rébellions, débauches de l'esprit, du cœur et des sens, vous étiez là pour insulter, par votre ironique persévérance, à son

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dévouement 3t à ses immolations. Vous étiez là, Messieurs, j'étais là, ô mon Jésus, moi, votre pi'être, moi, votre religieux, et nos trop nombreuses fautes, nos trop longues ingratitudes pesaient de tout leur poids sur votre cœur adorable. Ah ! tombez dans la poussière, appelez votre Père au secours de la nature humaine que la divinité accable de sa prescience; plaignez-vous d'être abandonné pour tant et de si grands misérables; plus je vous verrai humilié et brisé, plus j'entendrai se tourmenter les flots de vos saintes passions, plus vous serez pour moi le Dieu que je veux adorer et aimer.

Ce n'est pas tout, Messieurs; le Christ martyr voit encore venir après lui d'immenses légions de souffrants et de crucifiés, qui ont besoin d'un grand exemple. Il faut apprendre à ces victimes prédestinées comment on se relève des accablements de la douleur, comment, après avoir prié Dieu de nous délivrer du mal, on doit lui dire avec abandon : « que ta volonté soit faite; y> commciiL, après d'épouvantables prostrations, on s'écrie, Surgîte eamus : « debout, marchons ; » comment, après avoir exhalé

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amoureusement sa plainte dans le sein de Dieu , on lui livre son âme. Pater in manus tuas commendo spiritum meum. Voilà pourquoi, Messieurs, Jésus veut être faible. Mais, vous Tentendez bien, vous le comprenez bien, les défaillances du grand martyr sont des actes ordonnés, des ombres bienfaisantes autour de ses sublimes manifestations, des prodiges d'amour, des miséricordes divines.

Et maintenant, mourez, mon Christ bien aimé, mourez; rien ne m'étonne plus dans votre faiblesse, tout me ravit dans votre force. Avec ceux qui ont entendu sur le Golgothala dernière clameur de votre bouche adorable, je m'ëcrie : « Cet homme était vraiment le Fils de Dieu : Vere Filius Dei erat îste.

Messieurs, lorsqu'un homme est mort et que disparaît sa livide dépouille, que peut-on attendre ou craindre de lui? S'il a été bon comme la providence, ses mains raides et glacées ne s'ouvriront plus pour obéira son cœur; s'il a fait

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trembler l'humanité, son œil éteint et ses lèvres immobiles ne serviront plus désormais une âme farouche et tyrannique. Chairs profanées par la corruption, os humiliés dans la poussière, vous n'êtes plus rien qu'une lugubre dérision semblable au néant; sanctuaire d'une âme bienfaisante ou terrible, on a pitié de vous, on vous oublie. L'oubli et la pitié, voilà qui vous étouffe plus sûrement que la froide pierre du sépulcre. — Non, des morts il ne reste plus rien, rien; si ce n'est, par privilège, et de temps en temps, sur les pages avares de l'histoire, des noms, dont chaque jour qui s'écoule semble consacrer l'impuissance. Cependant, un homme est tombé, il y a dix-huit siècles, tombé comme un rebut dans la moisson des vivants, et voilà qu'hier, aujourd'hui et toujours, sa triste image et son souvenir saisissent le cœur humain et le pénètrent d'une profonde et constante impression. D'où cela vient-il? Je vous le demande, à vous qui avez peut-être oublié tous vos morts, à vous qui ne pouvez pas échapper à l'influence posthume de ce supplicié.

Voyez donc ! Le Christ est mort sur le gibet

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des infûmos, et la conclusion de ce drame horrible qui, dans la pensée de ses ennennis, devait faire éternellement justice de sa gloire et de sa force, se poursuit indéfiniment, à travers les siècles, avec la môme alternative qu'au jour solennel oii le forfait des juifs fut consommé. Prodige admirable! d'autant plus admirable qu'il est indestructible : Jésus crucifié et comme près de mourir est toujours debout entre ses amis et ses ennemis, produisant toujours sur eux le même effet : sublime provocateur, ineffable consolateur pour les uns; horreur et tourment pour les autres.

On avait dit, en le voyant mourir : Le blasphème est vaincu; et voilà qu'il prouve encore sa divinité, avec autant d'évidence qu'à l'heure suprême où il expirait, couronné par les prophéties, illuminé par les miracle.^, resplendissant de ses vertus.

Voulez-vous vous en convaincre, Messieurs? Prêtez l'oreille et écoutez cette strophe triomphale que chante l'humanité chrétienne :

Crux fidclis, inter omnes

Arbor una nobilis !

NuUa silva talem profert»

Fronde, flore, gcrmine.

Dulce ^ignum, dulces clavos, Dulce pondus sustinet'.

« 0 croix fidèle, arbre unique par ta noblesse, nul bois n'a jamais porté de fruit semblable à celui qu'on voit pendre à tes rameaux sanglants ! Tout y est doux, le bois, les clous et le poids qu'ils soutiennent. y> — C'est une foule immense qui chante ainsi. Messieurs. Dans cette foule immense, je vois des millions de martyrs de tous les âges et de toutes les conditions, qui ont affronté les plus horribles souffrances pour unir le témoignage de leur sang au témoignage du sang de Jésus- Christ, et affirmer ainsi sa divinité. La nature, par toutes ses voix les plus touchantes et les plus persuasives, protestait contre leur sacrifice, mais ils ont entendu le cri du grand martyr : « Debout, marchons: )) Surgîte eamus, et ils ont répondu : « Armons-nous de patience et courons au combat qui nous est proposé, les yeux fixés sur l'auteur et le consommateur de notre foi, Jésus, qui, au lieu de la joie qu'il pouvait se promettre, a méprisé l'ignominie et enduré le supplice de la croix. y>

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