‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 81 sur 89 · iloan., cap. xxi · texte numérisé non relu

iloan., cap. xxi

2. Deinde visus est plus quam quingentis fratribus siniul, ex quibus multi manent usque adhuc, quidam autem dormierunt. (I Cor., cap. xv, 6.)

3 Malth., cap. xxviii, 1G-20 Marc, cap. xvi, 14-18.

12Si VIE Dt JK.SU3

de son Esprit, il les conduit au fnontde.>5 Oliviers. Là, il les bénit, et s'élève vers les cieux, pendant qu'ils contemplent sa marche triomphale jusqu'à ce qu'une nuée lumineuse vienne le dérober à leurs yeux ravis K

Messieurs, voilà en substance le récit évangélique des apparitions du Christ ressuscité. J'y ai omis, pour ne pas nous attarder, une foule de détails d'une naïveté charmante et d'une adorable simplicité. Mais, tel que vous venez de Tentendre, ressemble-t-il à une invention ou à un témoignage ? J'en appelle à votre bon sens et à votre sincérité. Pour peu que vous connaissiez l'esprit humain, vous direz : c'est un témoignage. Un prodige, comme celui de la résurrection spontanée du Christ, s'il eût été inventé par l'esprit humain, porterait sa marque de fabrique. On y verrait le fantastique se mêler au grandiose, les sentiments exaltés et les fortes passions s'agiter tumultueusement, la crédulité aller au devant des manifestations, enfin, l'imagination créer des tableaux séduisants- et des scènes à effet. Rien

l.Luc, cap. XXIV, 50-53. Marc, cap. xvi, 19. Act., cap. i, 2-12.

de pareil dans l'Évangile; mais des narrations brèves et dépouillées de tout artifice; un récit sans autre ornement que l'extraordinaire même des faits, racontés comme on raconte les choses les plus ordinaires, avec une placidité que le merveilleux ne peut déconcerter; enfin, une absence totale de ravissement et d'enthousiasme, là 011 les plus froides natures n'eussent pas manqué de manifester leur trouble et leur émotion. En présence de ce phénomène unique dans l'histoire des monuments de l'esprit humain, une âme réfléchie se sent écrasée sous le poids de cette pensée à double pression : le récit évangélique de la résurrection est trop simple pour que le fait ne soit pas vrai : le fait de la résurrection était trop vrai pour que le récit n'en fût pas simple.

Dans la simplicité du récit, admirons, Messieurs, avec saint Thomas, la miséricordieuse et sage économie des apparitions. La femme y est conviée d'abord, afin que celle qui (ut jadis, auprès de l'homme, la messagère de la mort réparât son premier crime, en devenant l'apôtre de la vie, et reçût, dans ce glorieux ministère, l'absolution de son ignominie

2Si; VIE DE JÉSUS.

et de la malédiction qu*elle avait encourue*. L'honnme s'y montre rebelle à la foi, afin que son incrédulité providentielle détermine un progrès de manifestations, par lequel l'esprit humain est entraîné jusqu'à la parfaite et impérieuse conviction. En effet, k mesure que les apparitions se multiplient, elles se prolongent. Nous voyons s'accroître successivement le nombre des témoins de un jusqu'à cinq cents. Les preuves s'accumulent, et le Christ se révèle tout entier. C'est bien le Fils de l'homme, le même que celui qui a vécu au milieu des hommes : on le voit, on l'entend, on louche et on baise ses membres saints; il parle, il salue, il converse, il rompt le pain, il mange. C'est bien le même martyr que celui qui est mort sur la croix : on contemple les cicatrices de ses plaies, on met la main dans son côté. C'est bien le même docteur que celui

1, Ideo autem primo mulieribus apparuit, ut mulier, quae primo nuntium mortis ad hominem detulit, primo etiam vilam resurgenlis Christi in gloria nuntiaret ; uiide Cyril, dicit : Fœmina quae quondam morlis fuit minislra venerandum resurreclionis mysterium prima percipit, et nuntiat : adeptum estigitur fœmineura genus, et ignominiaî absolu tioiiem et maledictionis repudium. (Summ. theol. , III, P. quaest. 55, a. 1, ad. 3.)

qui enseignait ses disciples et le peuple : il cite les Écritures qui ont parlé de lui, et en explique le témoignage. C'est bien le même Dieu que celui qui commandait à la nature : il manifeste encore sa toute-puissance par des miracles ^ Oui, c'est bien lui. Cependant, il ne veut pas qu'on croie qu'il est revenu à une vie mortelle, comme ceux qu'il ressuscitait jadis.

i. Argumenta fuerunt sufficientia ad ostendendam veram resurrectionern et gloriosam. Quod autem fuerit vera resurrectio, oslendit uno modo ex parte corporis. Girca quod tria ostendit : Primo quidem quod esset corpus verum et solidum, non corpus faantaslicum vel rarum, sicut est aer. Et hoc ostendit per hoc, quod corpus suum palpabile prae. buit. Unde ipse dicit Luc. ult. Palpate et videte quia spiritus carnem et ossa non habet, sicut me videtis habere. Secundo ostendit, quod esset corpus humanum, ostendendo eis veram efligiem, quara oculis intuerentur. Tertio ostendit eis, quod esset idem numéro corpus, quod prius habuerat, ostendendo eis vulnerum cicatrices. Unde ut legitur Luc. ultimo : Dixit eis, videte manus meas et pedes meos,^quia ego ipse sum. Alio modo ostendit eis veritatem suae resurrectionis ex parte animœ, iterato corpori unitae. Et hoc ostendit per opéra triplicis vilae. Primo quidem per opus vitae nutritivae in hoc quod cum discipulis manducavit et bibit : ut legitur Luc. ult. Secundo per opéra vitœ sensitivae, in hoc quod discipulis ad interrogala respondebat, et praesentes salutabat : in quo ostendebat se et videre et audire. Tertio per opéra vitae intellectivae, in hoc quod eis loquebatur, et da Scripturis disserebat. Et ne quid deesset ad perfeclionem manifestationis. ostendit etiamse habere divinam naturam»

Il apparaît et il disparaît*. Assez manifest'? pour convaincre la raison, enveloppé néanmoins de mystère pour nous laisser le mérita' de la foi.

Ainsi étudié, Messieurs, le fait de la résurrection du Christ s'impose déjà, et nous sommes en droit de demander, à ceux qui le nix3nl, de sérieux efforts et de savantes recherches pour le réfuter. Eh bien 1 le croiriez- vous? L'incrédulité, dans ses critiques, n'est, nulle part, plus faible, plus piteuse, plus misérable qu'à rencontre de ce miracle transcendant. Contre toutes les lois de la stratégie intellectuelle, la vivacité et la puissance de ses attaques diminuent en proportion de l'importance du fait qu'il s'agit de démolir. Pas un seul argument

per miraculum quod fecit in piscibus capiendis, et ulteriuf per hoc quod eis videntibus ascendit in cœlum : quia ut dicitur, Joan., m : Nemo ascendit in cœlum, nisi qui descendit de cœlo, Filius hominis qui est in cœlo. Gloriam eliam suaBresurrectionis ostendit discipulis, per hoc quod ad eos, januis clausis, intravit. (Summ, theol., 111 P., quaest 55, a. 6 c.)

1 . Ad gloriam resurgentis manifestandara, noluit continue conversari cum eis, sicut prius fecerat, ne videretur ad talem vitam resurrexisse, qualem prius habuerat. (Sunuu theol., 111 P., quoest. 55, a. 3, c.)

historique, comme le remarque judicieusement un critique allemand, mais deux ou trois hypothèses puériles, que se passent, de siècle en siècle, les ennemis du Christianisme, depuis les vaines tentatives de Celse et de Porphyre : Pour les uns, la mort apparente du Christ; pour les autres, un enlèvement furtif. L'apologétique chrétienne avait beau jeu contre ces suppositions gratuites. Elle aurait pu se contenter de les mépriser; mais, comprenant l'immense valeur du fait de la résurrection, dans Fensemble des preuves qui établissent la divinité de Jésus-Christ, elle n'a rien négligé pour démontrer que la mort apparente et l'enlèvement furtif étaient les deux plus fortes sottises que pût imaginer l'esprit d'incrédulité, en quête d'objections. Elle a patiemment étudié la nature des supplices auxquels le Christ a été soumis, dans leurs rapports avec les résistances de la vie humaine; elle a compté les coups, jaugé les plaies, recueilli tout le sang répandu; elle a suivi toutes les phases de l'ensevelissement, elle a invoqué le témoignage des bourreaux eux-mêmes; elle a mesuré le sépulcre, pesé la pierre qui le fer-

mait,cl6torminé le nombre d'hommes qu'il fallait pour la renverser; elle a sondé le sol environnant, pour établir l'impossibilité d'un travail souterrain; elle a interrogé le sommeil des gardes et relevé, dans la loi romaine, les pénalités auxquelles les exposait l'infidélité à leur devoir; elle a mis en présence les passions humaines, pour savoir jusqu'à quel point des ravisseurs, qui commettaient un crime au profit d'une doctrine austère, pouvaient s'entendre entre eux et garder une discrétion qui ne s'est jamais démentie; elle a audacieusement demandé aux juifs une enquête et un jugement sur ces trois crimes énormes : violation sacrilège de sépulture, bris du sceau de l'État, trahison de la consigne militaire, et, ne les ayant point obtenus, elle a décidé victorieusement, qu'il fallait s'en tenir à cette explication si simple et si raisonnable de l'Évangile: d Quelques-unsdes gardes vinrent dans la ville et annoncèrent aux princes des prêtres tout ce qui était arrivé. Là-dessus, ils s'assemblèrent avec les anciens du peuple, et, après avoir délibéré, ils donnèrent une grosse somme d'argent aux soldats, disant :

Affirmez que les disciples sont venus la nuit et l'ont enlevé pendant que vous dormiez. Et, si le gouverneur vient à savoir, nous le persuaderons et nous vous mettrons en sûreté. Et les soldats, ayant reçu l'argent, firent ce qu'on leur avait dit *. »

Ainsi donc. Messieurs, point de mort apparente, point d'enlèvement furtif ; l'apologétique chrétienne a prouvé cela jusqu'à la minutie. Je ne lui en fais pas un reproche. Dans une si grave question, abondance de preuves ne saurait nuire.

Cependant, je mets de côté ces preuves, et je vous prie d'étudier, un instant avec moi, un fait considérable d'où ressort, avec une impérieuse évidence, la vérité du triomphe de Jésus-Christ sur la mort.

Ce fait, c'est la transformation des apôtres. Hommes de basse condition et de pays méprisé, ils étonnent ceux qui les voient en compagnie de l'incomparable docteur dont la parole et les miracles émeuvent la Judée ; et ils semblent s'appliquer à justifier cet étonnement par leur ignorance et leur

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