Ibid., cap. ix
leurs vénérés, les ignorants en maîtres pleins de science, les égoïstes se dévouent, les lâches et les désespérés sont devenus des héros et des saints. Que s'est-il donc passé? — Écoutez. Si au lendemain d'une de ces tempêtes effroyables qui, descendant des montagnes à la plaine, déchirent la terre, renversent les moissons, déracinent les arbres, et mêlent ensemble mille débris sans forme et sans nom, vous revoyiez, au même endroit, la nature heureuse et souriante, parée de son manteau de verdure et d'épis dorés, vous vous écrieriez : Miracle! Eh bien, voilà le mot révélateur de la transformation des apôtres. Entre ce qu'ils étaient hier et ce qu'ils sont aujourd'hui, un grand prodige s'est opéré; ils nous disent eux-mêmes, dans leurs premières prédications : « Hommes de Judée, habitants de Jérusalem, ce Jésus de Nazareth que vous avez crucifié parles mains des impies. Dieu l'a ressuscité; nous sommes les témoins de ce haut fait*. Princes du peuple et anciens, sachez que si nous guérissons, c'est au nom de ce
1 . Viri Judaei et qui habitatis Jérusalem universi... Jesum Nazarenum. .. per manus iniquorum affigeiUes, interemis-
.Jésus de Nazareth que vous avez crucifié et que Dieu a relevé d'entre les .morts ^ » La résurrection! Il ne fallait rien moins que ce coup de soleil divin pour donner aux apôtres la science, le dévouement, l'audace, l'héroïsme, la merveilleuse puissance dont nous les voyons doués; pour expliquer la crainte et la vénération dont ils sont entourés, presque au lendemain de la catastrophe qui les avait anéantis.
Ce n'est point ainsi, cependant, que l'entend la critique. Les apôtres n'ont pas vu leur maître ressuscité, ils ont cru le voir; cela suffit pour expliquer l'étrange changement qui "s'est opéré en eux : ce sont des hallucinés.
L'hallucination! voilà, Messieurs, le dernier refuge du rationalisme aux abois. 11 se canlonne dans ce phénomène, comme une bête fauve, affolée par la poursuite, dans un maigre buisson qu'elle prend pour un impénétrable
tis. .. Illum resuscitavit Deus, cujus omnes nos lestes sumus. (Act., cap. H, 22, 23-32.)
1. Notum sit omnibus vobis, et omni plebi Israël, quia in nomine Domini nostri Jesu Christi Nazareni, quem vos crucifixislis, quem Deus suscitavit amortuis, in lioc iste astat coram vobis sanus. (Act., cap. iv, 10.)
fourré. Une vierge vaillante, conduite par les voix d'en haut, délivre son pays de Toppression des étrangers : hallucination! Une enfant naïve et pure converse avec le ciel : hallucination ! Un saint, une sainte sont ravis à la terre et contemplent les mystères divins, lisent dans les âmes, prédisent l'avenir : hallucination ! On en a mis partout; et l'habitude en est si bien prise que nous aurions parfaitement le droit de dire à ceux qui nous traitent si obstinément d'hallucinés : « Vous êtes des maniaques, » et nous serions quittes. Mais cette manière expéditive de résoudre les questions doctrinales et historiques n'est point dans nos mœurs apologétiques. Nous savons tenir tête à l'ennemi, malgré les raisons qu'il nous donne de suspecter sa bonne foi.
Il prétend expliquer la transformation des apôtres par l'hallucination, soit ; mais nous lui ferons observer qu'il a mal lu l'Évangile, car il y aurait vu, que l'incrédulité opiniâtre des apôtres a précisément pour première et prin-' cipale cause la crainte de l'hallucination. Au témoignage des saintes femmes, ils répondent résolument : «Gesontdesvisionnaires:))^^^?^5^i5
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sunt ante illos, sicuù deliramentum, ver ha hla. € N ous ne croyons pas : y) Et non crediderunt illis '. Et, quand Jésus leur apparaît dans le cénacle, la première impression qu'ils éprouvent est de voir un fantôme. Il leur faut des paroles et des actes sensibles, pour calmer leur trouble et dissiper leur doute. Thomas, plus incrédule que les autres, pousse Taudace jusqu'à toucher Tapparition et mettre la main dans ses plaies, et ce n'est qu'après avoir senti, qu'il s'écrie : e Tu es mon Seigneur et mon Dieu ^ »
Remarquons encore, Messieurs, que l'hallucination est un phénomène morbide, qui se produit dans les imaginations vives et habituellement surexcitées; et, Dieu merci, ce n'est pas par l'imagination que pèchent les apôtres; gens de labeur et de grand air, ils se portentbien, et, de leur pied robuste, ils franchiront, tout à l'heure, d'immenses distances, pour aller porter la bonne nouvelle jusqu'aux extrémités du monde.