‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 85 sur 89 · Luc, cap. XXIV · texte numérisé non relu

Luc, cap. XXIV

2. Conturbati vero et conterriti, existimabant se 3pirituna viclere. (Luc, cap. xxiv, 37. Joan., cap. xx, 26-2.

En plus, l'hallucinalion est un phénomène purement subjectif, qui doit varier comme le tempérament et les dispositions mentales des visionnaires. Or, chaque fois qu'il y a ensemble plusieurs témoins de la résurrection, et leur nombre s*est élevé jusqu'à cinq cents, ils voient exactement le même objet et de la même manière. La fièvre imitative, si puissante qu'elle soit, ne fait pas de ces miracles.

Enfin, l'hallucination n'a qu'un temps.

Dût-elle persister pendant un certain nombre d'années, il faudra bien qu'elle succombe sous les protestations du bon sens, quand on devrait attendre pour cela la mort de tous les visionnaires. Eh bien, non, voilà plus de dix-huit cents ans que, de génération en génération, le christianisme se transmet ce cri triomphal : c Le Christ est ressuscité : » Surrexit Christus. Tout part d^ ce fait, tout repose sur ce fait, tout se groupe autour de ce fait : notre foi, nos espérances, nos institutions, notre culte, notre histoire, nos témoignages. Car, entendez-le bien, la résurrection du Christ n'est point pour nous une vérité purement spéculative, que

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nous défendons par des arguments, c'est un jfait pratique pour lequel nous nnourons. Des millions de martyrs ont scellé de leur sang l'affirmation par laquelle les apôtres ont inauguré leur prédication. D'où il suit, Messieurs, que si la critique disait vrai, nous aurions sous les yeux le plus monstrueux des spectacles : c'està-dire, dans Tordre intellectuel, moral et social, le plus grandiose, le plus universel, le plus persévérant des effets ayant pour cause le dérangement de cerveau de quelques visionnaires^ l'atome engendrant un monde; le désordre produisant l'ordre; la folie régentant le génie, provoquant l'héroïsme, commandant les adorations du genre humain; le christianisme, en définitive, obligé de changer le titre pompeux de ses annales : Histoire de VÉglise^ en celui-ci : Mémoires d'un hôpital. A quel homme raisonnable, dites-moi, fera-t-on jamais accepter ces conclusions insensées?

Mais, sans aviser si loin à l'effet de la prédication des apôtres, je trouve tout près d'eux, et dans le fait même de leur prédication, une réponse écrasante aux imaginations du rationalisme. Devant le peuple assemblé

sur les places de Jérusalem, au milieu des foules qui les entourent, sur le parvis du temple, en présence des prêtres et des anciens, ils prêchent le Christ ressuscité. Voilà ce qui irrite tous ceux qui ont trempé dans le crime du Golgotha. Ils commandent le silence à coups de verges. Pourquoi donc, s'ils ont affaire à des hallucinés? Il est une manière bien simple, pourtant, non pas de convaincre ces prédicateurs étranges, puisqu'ils sont fous, mais de prouver au peuple leur folie, c'est de produire le cadavre du crucifié. — Allons, dépositaires des traditions d'Israël, gardiens de l'ordre public, montrez le mort; et, devant l'imposture confondue, toute agitation va cesser. Mais,iion, ils se troublent, ils ont peur, il se consultent, ils cherchent piteusement le moyen de faire taire les intrépides hérauts de la résurrection. — Etsavez-vous la belle explication que donne le rationalisme, de leur •conduite? Écoutez, Messieurs, c'est un prodige. Les Juifs, dit-on, pressés d'aller célébrer la fête de Pâque, avaient enterré, à la hâte, le Christ et les deux larrons morts près de lui, personne ne se rappelait plus où on

les avait mis K Après cinquante ans, peut-être; mais, après cinquante jours, allons donc! — Quand la critique prend le parti désespéré de clore une discussion par de semblables inepties, on peut être tranquille; les faits demeurent enlapossession de ceux qui les défendent. Donc, nous possédons, Messieurs ; et seuls nous pouvons expliquer comment la chaîne des événements, si violemment rompue parla mort du Christ, se renoue dans la merveilleuse transformation des apôtres; comment cette transformation communicative change la face du monde. Les apôtres ont vu le Christ vainqueur de la mort, ils ont conversé avec lui, ils ont touché son corps glorieux, ils ont assisté à sa triomphale ascension, ils ont reçu, selon sa promesse, l'Esprit de lumière et de force, et personne, indifférent ou ennemi, n'a pu donner un démenti à cette impérieuse affirmation de leur âme convaincue : « Le Sei-

1 Strauss, dit Hettinger, prend le parti désespéré de dift. |ue le Christ ne fut pas enseveli régulièrement, mais seulement enterré à la hâte sur le calvaire, et qu'après la Pentecôte on ne put pas retrouver le corps pour l'opposer à la prédication des apôtres. (Apolog. du C/ijHstianisnie tom. II, chap. xv, note...)

LE TWOMPHATEDR.

gneur est vraiment ressuscité : » Surrexit Dominus vere.

Nous tenons la vérité du triomphe de Jésus- Christ sur la mort; il est temps d'en admirer et goûter les divines splendeurs et les divins bienfaits. Dans ce monde lumineux et béni, notre maître saint Thomas va nous servir de guide.

Entre toutes les merveilles par lesquelles le Christ a manifesté sa divinité, la résurrection occupe, sans conteste, le premier rang. C'est le miracle transcendant, le sceau du souverain pouvoir et de la bonté de Dieu sur l'Évangile. Les pages, déjà si lumineuses de ce livre saint, en reçoivent une nouvelle clarté dont s'abreuve la foi, jusqu'à devenir triomphante romme celui qui triomphe de la mort.

Nous avons remarqué, dans les prodiges opérés par le Christ, deux caractères propres qui les distinguent de tous les autres prodiges : la toute-puissance spontanée et la bienfai-

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sancc. Or, ces deux caractères brillent au plus haut degré dans la résurrection : La mort y est à jamais vaincue par la propre vertu de celui qui s'est livré volontairement à ses âpres morsures, et les bienfaits divins s'en échappent comme un fleuve impétueux, dont les eaux vivifiantes trempent, à la fois, nos âmes et nos corps, et jaillissent jusqu'à Téternelle gloire.

Approchons-nous, Messieurs, approchonsnous avec un religieux tremblement du tombeau où des mains pieuses ont déposé le corps martyrisé du Sauveur, et contemplons, des yeux de l'âme, le mystère de cette grotte funèbre. Le voilà couché sur la froide pierre, muet, immobile, celui dont la parole commandait à la nature, ravissait les esprits et remuait si profondément les cœurs ; celui dont les saints attouchements guérissaient toutes les infirmités. Si nous écartons son linceul, nous verrons, sur son corps sacré, les marques de l'incroyable barbarie de ses ennemis : les déchirures de son front labouré parles épines, les plaies de ses mains et de ses pieds percés de clous, l'ouverture profonde de son côté,

traversé de part en part, par la lance du soldat, et, partout, les meurtrissures et les sillons de la flagellation. Malgré cela, il y a encore, dans ce cadavre, je ne sais quelle mystérieuse beauté. Ses yeux clos semblent sommeiller; son visage auguste porte Tempreinte du souverain pouvoir et de l'adorable bonté qui attiraient à lui les foules reconnaissantes et charmées ; et, tout entier, il est enveloppé de grâces pudiques qui commandent le respect. Quelle belle proie pour la mort! Elle a abattu sa victime et, maintenant, elle se prépare à son lugubre festin et y convie les sinistres ravageurs des tombeaux. 0 mort! C'est assez du pouvoir que le Christ t'a donné sur la croix, tu n'iras pas plus loin. Cette chair livide que tu convoites ne t'appartient plus, elle appartient à la vie. Entends-tu l'oracle du saint roi? a: 0 Dieu, tu ne permettras pas que ton saint soit entamé par la corruption : » Non dabis sanctum tuum videre corrwptionem.

Ce qui livre nos corps aux dents féroces de la mort, c'est la faiblesse de notre âme, dépouillée de la justice originelle, et devenue, par là, impuissante à résister aux forces en-

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nemiesqui travaillent sourdementnosorganes. Elle a beau s'attacher au corruptible édifice que ses patients efforts ont si bien construit, un jour, elle en sera chassée, et rien ne pourra plus le défendre de la décomposition, ce misérable corps, ni l'empêcher de s'évanouir en une aride poussière. Mais l'âme du Christ n'avait point nos faiblesses. Souveraine maîtresse de sa chair adorable, elle la livrait librement à la souffrance; elle n'en a point été chassée, elle en est sortie d'elle-même parcequ'elle Ta voulu, et quand elle l'a voulu. Cependant, puisqu'elle n'est plus là, qui protégera le corps qu'elle a abandonné? Qui le préservera du lamentable sort réservé aux cadavres? Soyez sans crainte, Messieurs; l'âme du Christ est absente, mais sa divinité demeure personnellement unie à sa dépouille inanimée que nous venons de contempler dans le sépulcre. Elle la pénètre, elle y entretient l'ordre inaltéré des organes et des éléments, elle l'embaume, mieux que les précieux aromates qiii nous ont conservé les restes défigurés des rois fameux qu'adorait l'antiquité. La mort rôde tout autour, mais elle n'y touchera

pas; car, en séparant Tesprit et la chair du Christ, elle n*a rien pu contre la grâce d*union qui donne, à Tun et à l'autre, la divinité pour complément. L'âme de mon Sauveur peut aller où le devoir l'appelle, son corps est bien gardé. Dût-elle s'absenter durant de longues années, elle le retrouvera tel qu'elle l'a laissé, à l'heure où elle s'est échappée dans le grand cri qui a ébranlé le ciel et la terre *. En ce moment suprême, l'âme du Christ

1. Cf. Summ. IheoL, 111. P. quaesl 50, a 2. Utrum in morte Christi fuerit separata divinitasa camef

Non fuit conveniens corpus Chrisli putrefieri, vel quocumque modo inoinerari : quia putrefactio cujuscumque corporis provenit ex infîrmitate naturae illius corporis, quae non potest amplius corpus continere in unum. Mors autem Christi (sicut supra dictum est) non debuit esse ex naturae infîrmitate, ne crederelur non esse voluntaria : et ideo non ex morbo, sed ex passione illata voluil mori, oui se obtulit sponte. Et ideo Christus, ne mors ejus naturœ infirmitati ascriberetur, noluit corpus suum qualilercumque putrefieri, aut qualitercumque resolvi : sed ad ostensionem virlulis divinae voluit corpus illud incorruptum permanere. [Inde Chrysost. dicit, quod viventibus aliis hominibus, bis scilicet qui egerunt strenue, arrident propria gesta : his autem pereuntibus, pereunt. Sed in '^hristo est totum contrarium : nam ante crucem omnia funt mœsta et infirma : ut autem crucifixus est, omnia clariora sunl fada, ut noscas non purum hominem crucifixum. (Quaîst. 51, a. 3. c.)

n'ftsl point condamnée à errer jusqu'au troisième jour qu'ont désigné les oracles. Le mouvement qui l'arrache à la croix la précipite aux lieux sombres où les âmes des justes, enchaînées par la seconde mort, attendaient leur délivrance. Qui dira la profonde joie de cette foule gémissante lorsque la bienheureuse âme du Christ leur apparut, inondée des splendeurs de la divinité, et s'écria : « Me voici :d Ego sum. (( La paix soit avec vous:» Fax vohis. Tous les patriarches, depuis le vieil Adam, père de la mort, jusqu'à l'humble Joseph, qui s'est endormi sur la poitrine du père de la vie; tous les prophètes, depuis Moïse, le législateur de l'Ancien Testament, jusqu'à Siméon, qui a chanté l'adieu de la loi près du maître de la nouvelle alliance; tous les martyrs, depuis le doux Abel jusqu'à l'austère Jean-Baptiste; tous ceux qui ont cru, espéré et aimé dans l'attente du libérateur, saluent sa présence par un puissant hosanna, et s'abandonnent avec ivresse au bonheur de le posséder. L'écho de leurs transports émeut les voûtes inexorables sous lesquelles les maudits se roulent dans les flammes éternelles, et l'en-

fer répond aux limbes par un immense cri de désespoir *.

Les justes sont consolés. Après les avoir convoqués pour le triomphe de l'ascension, l'âme du Christ retourne au tombeau, car Theure du grand miracle approche. Les soldats sont toujours là; mais, point de thaumaturge comme auprès du sépulcre où Lazare dormait. Le thaumaturge. Messieurs, c'est celui-là même qui, dans un instant, sera le ressuscité. Il a réservé pour sa propre chair, je ne dirai pas le plus grand effort, car, en Dieu, il n'y a pas d'efforts, mais le plus grand acte de sa puissance : acte incommunicable, qui ne se peut passer à aucune créature. Les prophètes et les saints ont commandé et commanderont encore à la vie; aucun ne s'est ressuscité, aucun ne se ressuscitera lui-même. Le Christ, lui, à la fois passif et agissant, pénètre son âme de l'infinie vertu de sa divinité, et fait planer ce pur et puissant esprit sur son corps inanimé. Il dit à son propre cadavre : « Toi qui sommeilles comme un athlète fatigué

1. Cf. Summ. Iheol. 111. P. quaîst. totam 52, De descensu Chrisli ad in fer os.

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après un long et rude combat, chair adorable, écoute, tu fus le vase obscur et fragile de l'humiliation et de la souffrance. Depuis les anéantissements de la crèche jusqu'aux sanglants opprobres du Golgotha, as-tu été assez méprisée, rebutée, maltraitée? Mais tes religieuses et saintes bassesses, tes privations, tes soupirs, tes gémissements, tes larmes, les ondulations de ton cœur martyrisé, les gouttes du beau sang que tu as répandu jusqu'à ce qu'il n'en restât plus dans tes veines sacrées, tout a été compté et pesé dans la balance de la divine justice. Maintenant, c'est l'heure de la vie sans fm, de la gloire sans rivages, de la félicité sans mesure. Debout! Surge *! i) Et alors. Messieurs, sans bruit, sans éclat, sans brisement, à travers le sépulcre clos, le Sauveur triomphant sort des bras de la mort, comme il est sorti du sein virginal de sa mère*. Les mercenaires qui le gardaient n'étaient pas dignes de le voir. La terre n*a

1. Cf. Summ. theol. III. P. quaest. 53, a i. Utrum Christus fuerit causa suœ resurrectionis ?

2. Corpus Christi de sepulcro clauso exivit. (Summ. theol. ni. P. quaest. 55. a 2. ad. 2.)

tremblé, Tange n'est descendu des cieux, la pierre n'a été renversée que pour les épouvanter, en leur montrant le tombeau vide. Ils s'enfuient, pendant que le ciel chante : Alléluia! Et maintenant, ô mort, où est ta victoire : Ubi est mors Victoria tua? Cache ton flanc de tes mains tremblantes, car tu viens d'y recevoir une blessure éternelle. Quand Jésus ressuscitait le fils de la veuve, la fille de Jaïre et son ami Lazare, tu n'étais qu'humiliée, puisque tu comptais les reprendre, mais, aujourd'hui, tu es à jamais vaincue; le Christ, qui t'a laissé faire, se reprend pour ne plus jamais tomber sous tes coups. Écoute le chant de l'Apôtre : a Le Christ ressuscité ne meurt plus ; la mort n'a pas sur lui d'empire ; ce qui vit en lui, vit à J)'\&\X'.^)Ghristm resurgensjam non moritur^ mors illi ultra non dominabitur, quodenim vivit,vivit Deo, Impitoyable bourreau de nos cadavres, c'est donc fini de ta puissance. En vain tu convoquerais toutes les forces de destruction que recèle la nature, tu n'entamerais pas le corps glorieux du Sauveur^ . Il t'est même interdit de l'enchaîner

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